La question nationale (1978)

by

(Compte-rendu paru dans Socialisme Mondial N° 9, publié par le Parti socialiste du Canada, été 1978)

Nation et lutte de classe de Josef Strasser et Anton Pannekoek. Chez 10/18, 1977.

Avant la première guerre mondiale, l’Autriche était un empire multinational dans lequel l’empereur et sa bureaucratie régnaient non seulement sur des Allemands et des Hongrois mais aussi sur des Tchèques, des Polonais, des Croates, des Slovènes et autres. De ce fait l’aspect théorique de la “question nationale” devint une spécialité de la social-démocratie autrichienne.

Le problème était surtout critique en Bohème où Allemands et Tchèques vivaient côte à côte et où une “querelle linguistique” sévit à propos des écoles, des emplois dans l’administration publique, des panneaux dans les gares, etc. Même le parti social-démocrate n’a pas été épargné; on a vu la scission du parti tchèque en 1905 en deux groupes, ceux qui voulaient la séparation de la Bohème et ceux qui étaient prêts à travailler avec le parti de langue allemande au sein de l’empire autrichien.

Il fut difficile pour la social-démocratie orthodoxe de parler contre les séparatistes tchèques, puisqu’elle même était nationaliste, considérant la nation non seulement comme une forme politique légitime mais même comme le cadre le plus approprié pour l’établissement du “socialisme”. Cependant, il y eut au sein du mouvement social-démocrate des gens qui insistèrent sur la nature mondiale du socialisme et sur l’inconciliabilité du nationalisme et du socialisme. Ils se donnèrent le nom d’”internationalistes intransigeants”.

Parmi ceux-ci on trouve les auteurs des deux articles, d’abord publiés en 1912, et publiés maintenant en un seul volume: Josef Strasser, rédacteur d’un journal social-démocrate régional en langue allemande à Reichenberg (alors faisant partie de la Bohème autrichienne, et maintenant de la Tchécoslovaquie sous le nom de Liberec) et Anton Pannekoek qui, né aux Pays-Bas prit une part active dans le Parti social-démocrate en Allemagne du Nord.

Strasser dans son article “L’Ouvrier et la nation” expose les divers arguments des nationalistes qui expliquent pourquoi les travailleurs devraient se considérer comme faisant partie d’une nation ayant un intérêt commun (langue, terre natale, caractère national, etc.) et il les démolit l’un après l’autre. Il attaque aussi les sociaux-démocrates qui appuyaient le point de vue selon lequel la meilleure façon de l’emporter sur les nationalistes était d’emprunter leur style en montrant que le programme social-démocrate est dans “l’intérêt national”. Selon Strasser, ce raisonnement (qui était en fait la politique du parti social-démocrate autrichien) se donnait à l’échec, et devrait être rejeté.

L’article “Lutte de classe et nation” de Pannekoek est plus théorique. Il accepte la définition qu’Otto Bauer, théoreticien principal du parti autrichien, donne de nation: “l’ensemble des hommes reliés par une communauté de destin en une communauté de caractère”. Cependant Pannekoek considère les nations comme étant le produit de la phase de l’essor de la bourgeoisie durant laquelle les capitalistes et les travailleurs formeront “une communauté de destin” contre les forces du féodalisme.

Avec le développement du capitalisme cependant, la lutte de classe entre capitalistes et travailleurs s’accentue de plus en plus et détruit leur “communauté de destin”. Alors, la classe remplace la nation comme “communauté de destin” pour les travailleurs. La conscience de classe implique donc le rejet du nationalisme. Pannekoek décrit le “conflit national” dans les États multinationaux tels que l’Autriche comme un aspect tout simple de la concurrence des capitalistes dans de tels États, avec les diverses sections utilisant la langue et le nationalisme pour gagner l’appui des travailleurs dans le seul but de protéger leurs propres droits acquis.

Pannekoek voulait que les travailleurs de même langue se trouvant divisés entre deux États différents (il donne comme exemple les travailleurs de langue ukrainienne qu’on pouvait trouver alors en Hongrie et en Russie) ne forment pas un seul parti à travers les frontières, mais qu’ils joignent le parti social-démocrate de l’État dans lequel ils vivent, de façon à aider la lutte pour le pouvoir politique dans cet État.

Pannekoek souligne le caractère mondial du socialisme plutôt que son caractère inter-national:

“Le mode de production socialiste ne développe pas d’oppositions d’intérêts entre les nations comme c’est le cas pour le mode de production bourgeois. L’unité économique n’est ni l’État ni la nation, mais le monde. Ce mode de production est bien plus qu’un réseau d’unités productives nationales liées entre elles par une politique intelligente des communications et par des conventions internationales, tel que le décrit Bauer page 519; il est une ORGANISATION DE LA PRODUCTION MONDIALE EN UNE UNITÉ et l’affaire commune de l’humanité entière” (p. 163, c’est Pannekoek qui souligne).

Pour Pannekoek les “nations” ne survivront au sein du socialisme mondial qu’en tant que “des communautés de même langue” et même à ce moment il se peut qu’une unique langue mondiale se développe.

Voir aussi:

Publicités

Étiquettes :

Une Réponse to “La question nationale (1978)”

  1. L’internationalisme (Strasser, 1912) « La Bataille socialiste Says:

    […] N°1135 (Nous avons déjà publié le compte-rendu de ce livre paru en 1978 dans Socialisme mondial ici). La brochure complète est actuellement disponible en allemand sur […]

    J'aime

Les commentaires sont fermés.


%d blogueurs aiment cette page :