La transformation socialiste de la société

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Page publiée sur l’ancien site Démocratie socialiste de 2002 à 2007

Un changement radical

Pauvreté, chômage, pénurie de logements, famine, guerres, etc., en dépit de l’infinité de gouvernements de tous poils et de toutes tendances qui se sont succédés dans le monde tout au long du 20ème siècle, pas un des problèmes auxquels l’humanité était confrontée il y a plus de cent ans n’a été résolu… et d’autres sont venus se greffer : marées noires, désertification, pollution, réchauffement du climat, veau aux hormones puis vache folle , etc. La raison en est qu’aussi longtemps qu’une minorité contrôlera les ressources productives de la planète, les richesses seront produites pour le seul profit de cette minorité capitaliste, et cela avant toute autre considération.

Pour mettre un terme à cette situation, les socialistes se fixent comme objectif, unique et immédiat, la transformation radicale – révolutionnaire, mais oui – de la base de la société, qui consiste en le transfert des moyens de production et de distribution des richesses de la société, des mains de la minorité possédante à l’ensemble de la société. De cette façon, la propriété, une fois devenue sociale, permettra la mise en place d’une administration démocratique des moyens d’existence de la société, qui pourront ainsi être organisés, non plus dans l’intérêt égoïste d’une minorité parasite, mais dans celui de l’humanité toute entière.
L’établissement d’un tel système de société n’est peut-être pas pour demain, mais cela dépend uniquement de nous. Ceux qui croient cette tâche impossible feraient bien de réfléchir au prix que nous allons tous payer au fur et à mesure que le capitalisme va continuer ses ravages. L’Histoire humaine ne nous montre-t-elle pas qu’elle est faite de changements ? Il n’y a pas si longtemps encore, quel serf pouvait imaginer qu’un jour il serait libéré du joug du seigneur féodal ?

Un changement pacifique

Pour un socialiste, il est toujours difficile de recourir au terme révolution, tant il évoque de scènes de violence, de massacres, de drames humains, qui provoquent chez la plupart des gens des sentiments légitimes de crainte et de rejet. C’est vrai qu’à l’époque de la monarchie absolue, face à une autorité, le roi, qui « détenait son pouvoir de Dieu et n’avait de comptes à rendre qu’à Dieu », c’est-à-dire en l’absence de mécanismes démocratiques, toute tentative de transformation sociale était difficilement concevable sans violence. Lors de la Révolution russe, le processus démocratique, qui mit fin (de manière pacifique) au régime tsariste, fut brutalement interrompu, quelques mois plus tard, par une organisation, le parti bolchevique, désireuse de s’approprier le pouvoir. L’imposition d’un gouvernement « communiste » despotique à toutes les autres parties en présence – y compris aux socialistes – et sa défense contre l’intervention des puissances occidentales ne pouvait déboucher que sur la violence.

Si nous, socialistes, ne préconisons pas l’insurrection ou la guerre civile contre le système actuel, c’est, d’abord, parce qu’il nous est inconcevable de construire « un monde meilleur » au prix de sacrifices humains. Mais c’est aussi parce que nous estimons, d’une part, que c’est inefficace, d’autre part, que c’est inutile. Le recours à la violence est inefficace pour la simple raison que ce qui permet au capitalisme de se perpétuer, ce n’est pas le monopole, par les gouvernements capitalistes, de la force armée, mais le fait que la grande majorité de la population se conforme à ce système, le tolère et l’« accepte », comme le prouvent, à chaque élection, les victoires systématiques des partis pro-capitalistes, qu’ils soient de gauche ou de droite. La plupart des gens ne voient aucune alternative – ils ne l’envisagent même pas – à un système basé sur la propriété privée, le travail salarié et la production de marchandises. Ils ne conçoivent même pas que la société puisse fonctionner sans propriété privée, sans inégalité ni privilèges, sans argent ni banques, sans forces armées ou États-nations. Pour eux, c’est tout simplement « utopique ». Une insurrection menée par un groupe minoritaire ne peut, en aucune façon, triompher de ce manque de conscience socialiste.

D’un autre côté, si une majorité de la population en vient à désirer le socialisme (comme il se doit pour que celui-ci puisse fonctionner), la violence n’est plus nécessaire. En effet, les gouvernements dépendant d’un minimum de consentement pour pouvoir diriger, qui vont-ils gouverner lorsque ce consentement leur est retiré ? Et même si la petite minorité capitaliste voulait, en s’appuyant sur les forces armées, s’accrocher par la violence à ses privilèges, ne courrait-elle pas au suicide ? Contre la violence d’une minorité prête à tout pour conserver sa position dominante, la majorité ne serait-elle pas en droit de défendre sa volonté, telle qu’elle se serait démocratiquement exprimée dans les urnes ? Cette majorité, remplie de l’espoir d’une vie meilleure enfin à sa portée, et consciente de sa supériorité numérique, laisserait-elle une poignée de capitalistes désespérés briser ses rêves ? Enfin, quelle armée, dont les membres font d’ailleurs partie de la classe salariée, et sont donc perméables aux idées qui la traversent, resterait suffisamment puissante et soudée pour s’opposer à la force immense que représente une majorité révolutionnaire consciente de son nombre et de sa force ?

La révolution n’a donc pas à être synonyme de combats de rue, de barricades, de bains de sang et d’exécutions sommaires. Elle signifie, tout simplement, un changement rapide et radical dans la base économique (suppression de la propriété privée des moyens de production) et sociale (abolition de la division de la société en classes sociales antagoniques) de la société et, par voie de conséquence, l’instauration de la propriété et de la démocratie sociales.

Un changement démocratique

Actuellement, les moyens de production sont entre les mains d’une petite minorité de la population – la classe capitaliste – qui les gère dans son intérêt exclusif. Ses droits de propriété, qui assurent à ses membres un droit de contrôle sur ces moyens, sont garantis par une législation élaborée et votée par ses représentants politiques au Parlement. C’est cette législation qui est défendue par l’État et ses forces de l’ordre, un ordre qui reflète en réalité la domination de la société par la minorité possédante. Pour cette raison, sous couvert de représenter l’intérêt général, l’État n’est en fait que l’instrument de défense des intérêts de cette classe minoritaire.

Pour paralyser l’action de l’État, la classe salariée, organisée, doit donc en prendre la direction avant d’abolir le capitalisme, ou, en d’autres termes, avant d’établir la propriété sociale, condition indispensable à la gestion des moyens d’existence dans l’intérêt de la collectivité toute entière. La prise du pouvoir politique obéit donc à deux nécessités : 1. affaiblir le contrôle que la minorité capitaliste exerce sur les forces armées, dans le but de l’empêcher d’utiliser celles-ci pour résister par la force au changement désiré par la majorité ; 2. utiliser les structures administratives utiles de l’État pour coordonner le passage au socialisme.
L’utilisation des institutions démocratiques actuelles obéit à d’autres raisons :
1. Puisque le socialisme sera une société pleinement démocratique, il s’ensuit que le socialisme ne peut être établi que de manière démocratique. Pour les socialistes, fin et moyens sont donc indissociables.

2. Si les politiciens professionnels n’ont eu de cesse de nous montrer la rapidité avec laquelle ils sont capables d’oublier leurs promesses électorales et leurs programmes de campagne, aussitôt élus, les candidats socialistes, eux, seront des délégués mandatés, révocables à tout moment en cas de manquement à leur mandat et aux instructions de l’organisation socialiste qu’ils représentent.

3. La participation aux élections, utilisées comme un baromètre de l’état d’esprit de l’électorat, permet de mesurer, mieux que tout autre instrument, les dispositions des électeurs envers les différentes parties en présence et, par conséquent, les forces respectives de celles-ci.

Un changement organisé

Pour utiliser à leur profit les institutions démocratiques, les salariés doivent donc s’organiser politiquement en un parti socialiste, c’est-à-dire en une organisation se fixant comme objectif – unique et immédiat – l’instauration du socialisme. La majorité salariée, devenue socialiste, utilisera ce parti politique pour s’emparer du pouvoir (il n’est nulle question de former un gouvernement). Une fois l’État et ses forces de répression neutralisés, c’est cette majorité socialiste, à l’aide de son parti, qui procèdera à la prise de contrôle des moyens de production.

Dans ce but, elle se sera parallèlement organisée sur ses lieux de travail, dans le cadre des syndicats et des autres formes éventuelles d’organisation économique qu’elle aura estimées nécessaires de mettre en place, pour assurer la continuité de la production et établir la structure administrative de la société future. Ceci fait, les institutions répressives de l’État seront démantelées. De leur côté, les administrations utiles (Santé, Éducation, Logement…) et les services publics (transports, électricité, eau…) seront réorganisés à tous les niveaux – local, régional, mondial – sur une base démocratique.

Le développement de l’organisation des salariés, tant au niveau politique qu’économique, doit donc être vu comme un processus simultané et interdépendant, consécutif à la diffusion des idées socialistes parmi les travailleurs et au développement de leur conscience de classe. La prise de contrôle de l’État, puis des moyens de production, est, de cette manière, une action menée par la classe travailleuse elle-même, et par ses délégués au Parlement, chargés, au nom de la première, de la mise en place de la législation adéquate.

Un changement conscient

En dépit du fait que les salariés représentent l’immense majorité de la population, ils subissent la domination de la minorité capitaliste. En fait, dans nos démocraties, c’est le soutien massif des salariés aux partis pro-capitalistes, exprimé à travers le bulletin de vote, qui donne à cette minorité sa légitimité. Cette dernière commande parce que la majorité veut bien lui obéir. En d’autres termes, c’est parce que les salariés acceptent un système social – le capitalisme – qui, par définition, ne peut fonctionner que dans l’intérêt des capitalistes, qu’ils sont responsables de la perpétuation de ce système… et de leurs problèmes.

Pourquoi cette apparente contradiction entre la force de l’infime minorité possédante et la faiblesse de l’écrasante majorité salariée ? La raison en est que, dès notre plus tendre enfance, nous absorbons en permanence les idées diffusées par les institutions les plus diverses et nous en imprégnons : de la famille (qui subit ces mêmes influences et leur sert de relais), en passant par l’école (qui développe notre fibre nationaliste à travers l’enseignement de l’Histoire de France), jusqu’à l’Église (dont le message, fait de soumission, de docilité et de résignation, favorise l’acceptation du statu quo social), et, surtout, les médias (dont le monopole donne à la classe capitaliste un immense pouvoir d’endoctrinement et de persuasion).

Ce monopole des détenteurs de capitaux sur les moyens d’information permet à ces derniers de contrôler, orienter, censurer, le contenu de l’information à (ne pas) diffuser (ainsi, le capitalisme n’y est même jamais mentionné, un capitalisme supposé aussi « naturel » que l’air que nous respirons), de fixer les limites aux débats publics, et de privilégier les idées qui légitiment son existence. De cette manière, la population est maintenue dans l’ignorance d’une alternative – le socialisme – à la société actuelle. De sorte que la mention d’une telle alternative, à une audience peu habituée à des débats sortant des sentiers battus, ne peut rencontrer qu’étonnement, indifférence ou incompréhension. Les médias nous invitent ainsi à « accepter » le monde tel qu’il est, « même si, bien sûr, concèdent-ils, il n’est pas parfait ». Le conditionnement imposé aux salariés est donc la raison pour laquelle ces derniers supportent de vivre une existence faite, pour une grande part, de précarité, d’insécurité, d’incertitude, de stress ou de chômage.

Pourtant, l’existence des socialistes est la preuve que des salariés peuvent échapper à ce conditionnement, qu’ils peuvent voir la société telle qu’elle est, et non telle que nos maîtres – et leurs serviteurs – souhaitent que nous la voyions. Les esclaves antiques et les serfs féodaux pensaient, n’en doutons pas – et à l’encontre de ce que nous montre l’Histoire –, que leur monde était immuable et qu’ils étaient condamnés à subir le joug de leurs maîtres et seigneurs… tout comme les salariés d’aujourd’hui pensent qu’ils sont condamnés à l’arbitraire patronal à perpétuité. Mais, pourquoi le système actuel devrait-il être plus éternel que ceux qui l’ont précédé ?

Devenir un socialiste, donc, signifie comprendre la nature véritable d’un système basé sur l’appropriation, par une minorité privilégiée, des moyens d’existence de la société, et l’organisation, logique et inévitable, de la production dans l’intérêt exclusif de cette minorité ; comprendre que nos problèmes ne sont pas des catastrophes naturelles, comme les raz de marée ou les tremblements de terre, mais des problèmes sociaux, créés par une société – le capitalisme – que des hommes ont établi, et que d’autres peuvent renverser ; comprendre que, aucune réforme ne s’attaquant à la propriété privée, la société existante, parce qu’elle est basée sur la propriété privée des moyens d’existence, ne peut pas être réformée, « humanisée » ou gérée dans l’intérêt général ; comprendre que les salariés de la planète, en dépit des différences de nationalités, d’activités ou de salaires, ont des intérêts en commun, qui les opposent aux capitalistes ; comprendre que les salariés et leurs familles représentent l’immense majorité de la population et que, unis et organisés, tous leurs rêves sont permis. En bref, comprendre la réalité pour la transformer, est-ce si difficile ?

Ils l’ont dit…

Pour nous, il ne saurait être question de la transformation de la propriété privée, mais uniquement de son anéantissement ; il ne saurait être question de masquer les antagonismes de classe, mais de supprimer les classes ; non pas d’améliorer la société existante, mais d’en fonder une nouvelle.

Karl Marx-Friedrich Engels, Adresse au comité central de la Ligue des communistes, mars 1880. Cité dans Textes sur l’organisation, Spartacus, Paris, 1972, pp. 39-40.

si la révolution devait encore passer par une guerre civile acharnée (outre le fait qu’elle serait l’équivalent d’une troisième guerre mondiale) elle ne ferait que prouver son immaturité. La révolution future se fera avec un minimum de violence car elle aura modifié radicalement le rapport des forces en devenant le mouvement de l’immense majorité au détriment de l’infime minorité exploiteuse, cherchant à maintenir à bout de bras un système économique épuisé et périmé.

Claude Bitot, Le communisme n’a pas encore commencé, Spartacus, Paris, 1995, p. 243.

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