La gratuité des transports (1983)

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(Article paru dans Socialisme Mondial 22, Nº 1, 1983, publié par le Parti Socialiste du Canada)

N’avez-vous jamais pensé combien il est absurde d’avoir à payer pour voyager dans le métro? Ou au gaspillage que représente le coût de l’impression des billets, de la rémunération des agents qui les vendent et qui les contrôlent et, last but not least, de l’installation de tourniquets de plus en plus sophistiqués dans le seul but d’empêcher les gens de voyager gratuitement? C’est bête, comme le disait récemment un slogan publicitaire de la RATP, le métro parisien.

Une Association Transport Gratuit des Voyageurs (TGV, bien sur!) vient de se constituer (adresse: 33, rue des Vignoles, 75020 Paris) et de publier un manifeste dans lequel elle plaide la cause de la gratuité des transports publics et propose une « grève de gratuité », c’est-à-dire un refus de payer, comme moyen d’atteindre ce but. Son argument se présente comme suit:

« Par souci d’une plus grande justice sociale, le tarif zéro réduit bien des préoccupations du voyageur et offre à tous un service social indispensable. Les dépenses de contrôle et de billetterie peuvent servir plus utilement l’amélioration des conditions de déplacements des usagers. (…) La circulation individuelle, génératrice d’importantes charges monétaires pour I’automobiliste est également responsable d’un coût social lourd de conséquences pour la collectivité (accidents de la route, bruit, pollution, stérilisation de I’espace…) si bien que le tarif zéro permettra au contribuable les économies de loin supérieures au coût théorique apparent de la gratuité. »

Dans le socialisme l’accès aux transports collectifs sera gratuit car ce sera une société amonétaire où l’accès sera libre pour tous à tout ce dont ils ont besoin. Mais la gratuité d’accès aux transports publics peut exister également dans le cadre du capitalisme. En fait elle existe déjà, par exemple à Provins (Seine-et-Marne) où le député-maire « n’est autre que le très redoutable réactionnaire et ancien ministre de la Justice Alain Peyrefitte »… qui est loin d’être un opposant au capitalisme.

Isolée du contexte de la gratuité généralisée qui régnera dans la société socialiste, la gratuité des transports ne serait donc qu’une réforme du système capitaliste. D’ailleurs I’Association TGV le reconnaît parfaitement en cherchant à justifier sa proposition selon la logique capitaliste:

« Les précédentes campagnes de revendication, de luttes pour l’obtention de la gratuité d’accès aux transports publics n’utilisaient qu’une argumentation philosophique, idéologique ou sociale. Mais quel est le poids d’arguments, fussent-ils des plus légitimes, voire moraux dans une société, fût-elle de gauche, basée sur l’exploitation des individus dans le travail et la consommation, sur le profit, où l’on ne parle que P.I.B., taux de croissance, déficit extérieur, déficit de I’Etat, tenue du franc… concurrence? Seul l’argument économique (le concret) peut être compris des « représentants du peuple » et autres «responsables » .

S’il est vrai qu’une argumentation philosophique ou morale n’influence en rien le capitalisme, de même les gestionnaires de ce système n’acceptent que les réformes qui bénéficient à une quelconque section de la classe capitaliste. C’est-à-dire que si la gratuité des transports était adoptée, ce serait pour servir I’intérêt d’un groupe spécifique de capitalistes, par exemple les employeurs du centre de Paris qui pourraient verser des salaires plus bas n’ayant plus besoin d’y inclure un montant pour couvrir les frais du voyage aller-retour domicile-lieu de travail.

C’est pourquoi, tout en comprenant pourquoi certains voudraient la gratuité d’accès aux transports même dans le cadre du capitalisme, nous préférons concentrer nos efforts sur la propagation de l’idée d’une société ou l’accès sera gratuit et libre pour tous à tous les produits et services, ce qui présuppose la possession commune et la gestion démocratique de tous les moyens de production et de distribution.

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