Manifeste du cercle syndicaliste Lutte de classes (1937)

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Les mouvements revendicatifs de juin ont permis aux salariés d’obtenir des améliorations substantielles. Reprenant conscience de leurs force, en masse ils ont rejoint la C.G.T.

Un moment débordé, le patronat s’est ressaisi. Organisant méthodiquement la contre-offensive, il entend reprendre, morceau par morceau, les conquêtes sociales de la classe ouvrière.

La C.G.T., forte de ses 5 millions d’adhérents, dispose des moyens nécessaires pour faire respecter les engagements pris.

Au lieu de s’orienter dans cette voie, la seule conforme aux traditions du syndicalisme lutte de classes, elle pratique une politique de compromis et d’abandons successifs, facilitant la contre-attaque patronale et désarmant les syndiqués qui ne demandent qu’à agir collectivement pour défendre leurs droits.

Contre cette attitude, nous, les défenseurs du syndicalisme lutte de classes et d’action révolutionnaire, nous entendons mettre en garde les travailleurs organisés.

Pour la liberté syndicale,

Liberté d’expression des minorités.

En conformité avec la lettre et l’esprit de la Charte d’unité, loi commune pour chaque syndiqué, nous affirmons notre volonté de défendre sur chacun des problèmes économiques et sociaux posés la conception du syndicalisme lutte de classes.

Continuant la tradition glorieuse des fondateurs de la C.G.T., nous nous prononçons contre l’intégration du syndicalisme dans l’Etat.

Nous revendiquons, en application du principe de la démocratie syndicale, la liberté d’expression des minorités dans les Assemblées syndicales régulières, le droit de représentation de ces minorités dans les organismes dirigeants du mouvement syndical, de la base au sommet.

Respectueux des décisions prises à la majorité, nous serons tojours disciplinés dans l’action et au premier rang pour mener celle-ci à bien.

Notre plate-forme revendicative

Défenseurs conséquents des intérêts matériels, moraux et sociaux des salariés, nous considérons comme tâche urgente du moment l’amélioration des conquêtes sociales légalisés ou non imposées au patronat grâce à l’action spécifique de la classe ouvrière par:

a) la généralisation des conventions collectives avec adjonction de clauses concernant l’échelle mobile, l’extension du rôle des délégués d’ateliers, le libre exercice du droit syndical, l’application sans restriction des congés annuels payés et de la semaine de 40 heures;

b) l’amélioration de la procédure réglementant l’élection des délégués d’ateliers;

c) la lutte contre les affameurs de la population laborieuse;

d) le contrôle ouvrier préparant le monde du travail à la direction de la nouvelle économie en gestation;

e) la nationalisation effective des industries de guerre et industries-clés, sans indemnité ni rachat.

Adversaires de toute mesure et législation visant à restreindre, directement ou indirectement, les moyens de défense des salariés contre le patronat, nous nous prononçons pour l’exercice intégral du droit de grève, y compris l’occupation des usines, contre l’arbitrage obligatoire.

Devant la menace que constituent pour la classe ouvrière les formations fascistes armées, nous affirmons la nécessité pour le mouvement syndical de créer sa propre organisation d’autodéfense…

Pour l’internationalisme prolétarien

Contre l’union sacrée

Le fascisme et la guerre sont des produits naturels du capitalisme. Ces deux fléaux ne disparaîtront qu’avec le régime qui les engendre, par l’action révolutionnaire internationale des prolétaires organisés.

Internationalistes, nous combattrons, de quelque côté qu’elle vienne, la propagande chauvine, l’union sacrée, toute tentative visant à entraîner les travailleurs dans une nouvelle guerre impérialiste, soit sous le prétexte d’une soi-disant défense nationale qui ne peut exister en régime capitaliste, soit sous celui non moins mensonger de la défense des démocraties bourgeoises contre le fascisme.

Antimilitaristes, nous nous prononçons pour la réduction immédiate du service militaire, l’octroi des droits politiques et syndicaux aux soldats et toutes leurs revendications immédiates: augmentation du prêt, des permission, etc…

Défenseurs du syndicalisme révolutionnaire

voilà ce que nous sommes!

Le présent manifeste définit notre position. Nous appelons tous les syndiqués soucieux de faire respecter la démocratie syndicale, triompher les revendications des salariés, combattre le réformisme, le chauvinisme et la nouvelle Union sacrée, à seconder nos efforts!

Ensemble, nous servirons la cause de l’émancipation totale du prolétariat!

Le Groupe syndicaliste Lutte de Classes

janvier 1937

Note :

Ce cercle, lancé par Gustave Galopin et où militaient notamment Jean Bernier, Michel Collinet, Gaston Davoust, Raymond Guilloré, Nicolas Lazarévitch, Paul Le Pape et Charles Ridel (Mercier-Vega), publiera de janvier 1938 à juillet 1939 l’hebdomadaire ou bimensuel Le Réveil syndicaliste tirant à 5 000 exemplaires.

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