Introduction au socialisme (1982)

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Tract 4 pages encarté dans Socialisme mondial N°20 (été 1982)

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introduction au socialisme

Au cours des années, le mot ‘socialisme’ a été utilisé pour décrire les buts et principes de nombreuses organisations variées et les politiques de nombreux gouvernements et régimes variés. Aujourd’hui, en France, dans l’esprit de la plupart des gens, le mot ‘socialisme’ va de pair avec le nom du P.S. ou des nombreux petits groupes gauchistes, ou bien avec le nom de pays tels que la Russie, la Chine et Cuba.
Pour nous, le socialisme ne veut rien dire de tout cela. Nous avons toujours défini le socialisme en termes de société mondiale démocratique et sans argent, dans laquelle chacun aurait libre accès, selon ses besoins, à tous les biens et services existants. Nous avons aussi soutenu que le socialisme n’arriverait que lorsqu’une majorité de gens iraient aux urnes et voteraient pour en toute connaissance de cause.
Mais pour que notre définition du socialisme, et de la manière dont on peut amener son établissement, puisse être bien comprise, il nous faut d’abord exposer nos vues sur le système de société actuel et expliquer pourquoi nous estimons que ce système doit être aboli.

La société actuelle

Nous appelons le système de société actuel ‘capitalisme’. Par capitalisme, nous entendons une société marchande, basée sur la vente et l’achat. C’est ce système qui règne dans le monde entier: en Russie, en Chine, à Cuba et dans tous les autres pays du même style, ainsi qu’en Europe occidentale et en Amérique du Nord. Il n’a pas toujours existé et n’existera pas éternellement. Il ne s’agit pas d’une sinistre conspiration mais simplement d’un type d’ordre social qui a été nécessaire au progrès de l’humanité. Il a développé les sciences et la technologie au-delà de ce que l’imagination aurait permis d’espérer; il a unifié le monde dans le domaine des communications et donné à un nombre de gens plus élevé que jamais un haut niveau de connaissances et une grande capacité d’adaptation.
Mais le capitalisme n’a pas su mettre les progrès qu’il a réalisés au service de la majorité de la population, et ceci pour la bonne raison qu’il n’est pas en mesure de le faire. Il n’a pas unifié le monde politiquement : il y a des guerres un peu partout, et nous vivons sous la menace permanente d’une Grande Guerre qui nous anéantirait tous. Il n’a pas utilisé ses connaissances et sa technologie pour rendre l’activité productrice des hommes et des femmes utile, digne et satisfaisant. Il a condamné le travail à être, pour la plupart des gens, l’élément le plus désagréable de leur vie.

Ce que le capitalisme a fait, ça été de créer la possibilité d’une abondance de richesses capable de satisfaire les besoins humains à une échelle gigantesque, presque inimaginable, mais sans réussir ensuite à transformer cette possibilité en réalité. Cet échec tient à la nature du système d’économie capitaliste qui n’est pas fait pour distribuer les richesses mais pour les rationner, et c’est à cela que servent ses deux structures fondamentales : le marché et le système du salariat. C’est un système qui réagit d’une manière complètement folle à la menace de l’abondance, et c’est ainsi que nous voyons des millions de tonnes de nourriture « excédentaire » devenir un grave problème alors que, dans le même temps, au moins 10% de la population mondiale est en train de mourir de faim.
Le capitalisme fonctionne en exploitant la majorité de la population. Oui, la majorité de la population est exploitée ! Par cela nous ne voulons pas dire que les gens gagnent des salaires de misère, ni qu’ils vivent dans des conditions dignes du XIXe siècle, ni que les employeurs font des profits excessifs. Nous voulons simplement dire que les gens sont une source de richesses, mais que ces richesses leur sont retirées ; qu’ils produisent davantage de richesses qu’ils ne reçoivent en salaires. Ceci devrait être assez évident, mais la plupart des gens, mal renseignés par éducation trompeuse ou par les média, qui reflètent le système, ont tendance à considérer le monde comme un endroit où l’on devrait s’estimer heureux d’avoir l’occasion de gagner sa vie grâce à un employeur bienveillant ou à un gouvernement humanitaire. La vérité, c’est que les richesses du monde sont produites mais non possédées par la vaste majorité des gens, qui, afin de vivre, sont obligés de se louer à un employeur pour un salaire. Donc, même si on ne nie pas que les conditions de vie se soient considérablement améliorées dans le courant des cent dernières années, il faut voir la répartition des richesses. Or, les statistiques données par Robert Lattès dans La Fortune des Français indiquent que 75% des foyers ne possèdent que 25% de la fortune française, tandis que 10% des foyers en possèdent 58%. Les statistiques pour les autres pays donnent des chiffres à peu près semblables.

La classe travailleuse

Cette vaste majorité de gens qui produisent toutes les richesses mais n’en possèdent qu’une parcelle, nous l’appelons la classe travailleuse. Pour beaucoup de gens, parler de classe travailleuse (ou de classe ouvrière), c’est parler d’une certaine sorte d’éducation ou d’emploi, ou même de détails comme l’accent ou les manières. Ces définitions peuvent avoir leur utilité, mais pour nous, la classe travailleuse se compose purement et simplement de ces gens qui, par nécessité économique, sont obligés de vendre leurs facultés afin de vivre. La classe travailleuse est donc une classe de salariés, et, en tant que telle, elle comprend les employés de bureau, les fonctionnaires, les professeurs, etc., aussi bien que les travailleurs manuels.

Son intérêt s’oppose diamétralement à celui de l’autre classe de la société, la classe employeuse ou capitaliste, qui comprend les personnes qui détiennent les moyens de production (terres, usines, fermes, bureaux, entrepôts, etc.) et n’ont donc pas besoin, pour vivre, de vendre leurs énergies à un employeur.
Les capitalistes gagnent là où les travailleurs perdent et vice versa: plus les salaires sont élevés, plus les profits sont bas.
Nous n’en voulons pas personnellement aux capitalistes ni en tant qu’individus, ni en tant que classe. Nous faisons simplement remarquer que, même avec toute la bonne volonté du monde, leur intérêt ne peut que
s’opposer à celui des gens qu’ils emploient. Il faut bien admettre que la société dans laquelle nous vivons est une société divisée en deux classes.

Les réformes

En plus des conflits qui opposent tout le temps employeurs et employés au sujet du montant des salaires et des conditions de travail, le capitalisme produit une foule d’autres problèmes insolubles. Parmi ceux-ci, on compte la guerre et la menace de guerre, le chômage, l’inflation, la crise du logement, la mauvaise qualité des marchandises, l’anxiété, la solitude, la nature ennuyeuse et déprimante du travail quotidien. Le résultat de tout ceci, c’est une société pleine de conflits et de mécontentements, et une existence généralement précaire pour la majorité des gens. Les partis politiques qui s’occupent d’administrer le système ne cessent de proposer des réformes pour amener des améliorations. Mais une fois mises en application, ces réformes ont rarement les effets bénéfiques attendus et elles créent souvent de nouveaux problèmes, qui demandent de nouvelles réformes. De plus, on s’aperçoit souvent, si on y regarde de près, qu’elles ont pour but principal simplement de mettre de l’huile dans les rouages du capitalisme et de sa machine à profit. Prenons, par exemple, le système de Sécurité sociale. Il ne s’agit, en fait, que d’un service de réparation corporelle fait d’une part pour renvoyer rapidement les gens malades à leurs bureaux ou à leur usine, et, d’autre part, pour maintenir les travailleurs en bon ordre de marche afin qu’ils puissent remplir leur fonction et créer des profits pour leurs employeurs.
Certains individus bien intentionnés disent souvent que, tout en étant en faveur du socialisme à long terme, on peut bien travailler à obtenir des réformes en attendant. Nous disons, nous, que cela ne fait que retarder l’établissement du socialisme, et que des énergies qui seraient employées plus utilement à nous rapprocher du socialisme s’éparpillent ainsi en activités dont les résultats sont douteux et qui sont plus susceptibles de renforcer le capitalisme que de nous en débarrasser. Nous ne considérons donc pas que ce soit notre fonction de militer pour des réformes ni de nous faire soutenir sur un programme de réformes.

Jusqu’à présent, il a été relativement aisé de canaliser le mécontentement des travailleurs dans une direction réformiste plutôt que dans une direction socialiste. Certaines personnes iraient même jusqu’à dire que les travailleurs ne sont pas particulièrement mécontents, qu’en gros ils sont même assez satisfaits de leur sort. Mais ce n’est pas « satisfaits » qu’il faudrait dire, mais plutôt apathiques. Ce que veulent la plupart des gens dans la vie, c’est la sécurité et la tranquillité, choses que le capitalisme ne leur accorde pas. Leurs projets sont continuellement bouleversés par des guerres, des crises, des réorganisations du travail, des économies gouvernementales et aussi par la violence dans leur vie quotidienne et par l’agitation et les changements perpétuels de ce système dynamique et compétitif qu’est le capitalisme. S’ils réagissent avec apathie à tout ceci, c’est parce qu’ils sont habitués à ce que les décisions soient prises pour eux, arbitrairement, par une « autorité supérieure ». Mais les choses n’iront pas en s’améliorant et, finalement, il faudra qu’ils s’attaquent aux problèmes à leurs sources et qu’ils mènent une action collective pour établir le socialisme.

Le socialisme découle du capitalisme

Qu’est-ce qui nous fait penser qu’ils mèneront jamais cette action ? Il n’y a, en effet, aucune garantie que cela arrive, mais certaines tendances à long terme à l’intérieur même du capitalisme rendent la chose de plus en plus probable. Le capitalisme a déjà créé une vaste classe travailleuse, bien organisée, bien qualifiée, qui exécute à elle seule l’essentiel de l’activité productrice, administrative et éducative dans l’ensemble du monde avancé, et qui est constamment poussée du fait de sa position sociale subordonnée et de ses conditions de travail à mettre en question le statu quo. Le capitalisme a aussi produit, et continue à produire, les conditions matérielles nécessaires à l’établissement et à l’organisation d’une société unifiée, à savoir des communications rapides d’un bout à l’autre du monde et une abondance en puissance de biens et de services. En outre, un grand nombre des problèmes du capitalisme moderne (pollution, menace de guerre nucléaire, terrorisme, récessions, etc.) sont des problèmes de société qui, même dans le cadre du système actuel, ne peuvent être abordés qu’à une échelle mondiale, ce qui fait prendre conscience aux travailleurs de la nécessité de solutions mondiales d’une manière générale.
Rien de tout ceci, nous l’avouons, ne garantit que le socialisme soit pour demain. Mais, comme nous l’avons fait remarquer, le capitalisme est un système en ébullition constante, où les changements sont rapides, où rien n’est sacré, et qui alimente donc de lui-même et continuera à alimenter la dissémination des idées socialistes.

Comment arriver au socialisme?

Puisque le socialisme sera une société pleinement démocratique dans laquelle les décisions finales seront prises par la majorité, mais où les minorités auront droit à la parole, il s’ensuit que le socialisme ne peut être établi que démocratiquement, c’est-à-dire lorsque la majorité des gens en seront venus à le comprendre et à le désirer. Il n’est pas question qu’une petite élite, qui se croit capable déjuger pour les autres, octroie le socialisme au reste de la population. Une telle révolution minoritaire ne pourrait qu’échouer et mener à la continuation du capitalisme avec de nouveaux gouvernements de minorités, comme c’est arrivé en Russie, en Chine et dans les autres pays qui se font appeler socialistes ou communistes, mais que nous appelons, nous, capitalistes d’État. Puisque le socialisme naîtra d’une révolution de la majorité, il n’y aura aucun besoin de violence. La vision ‘révolutionnaire’ avec batailles de rues et barricades, si typique de la gauche romantique d’aujourd’hui, est du pur XIXe siècle. Aujourd’hui, aucune barricade ne pourrait tenir tête au pouvoir de l’État moderne et, en tout cas, on n’aura pas besoin d’avoir recours à la violence, car, dans les pays économique¬ment développés, où les travailleurs constituent une grosse majorité avec un niveau très élevé de formation, le capitalisme a été obligé de leur accorder certains droits politiques élémentaires, en particulier le vote. Donc, lorsqu’une majorité décidera qu’elle veut le socialisme, ses membres pourront s’organiser pour former un parti politique démocratique et sans dirigeants (tout comme nous nous organisons à présent dans le cadre de nos partis) et utiliser les urnes pour envoyer leurs délégués au parlement avec pour mandat non pas de former un nouveau gouvernement mais d’abolir le capitalisme et toute sa machine gouvernementale.
Les sceptiques demanderont : mais la classe capitaliste permettra-t-elle que tout cela arrive ? A cela nous répondons : que pourront-ils contre une majorité politiquement consciente, dont les membres viendront de toutes les sections (police, armée, etc. comprises) de la classe travailleuse ?

Comment sera le socialisme?

Comment sera le socialisme, une fois établi ? Nous ne pouvons évidemment pas fournir de plan détaillé du socialisme, puisque les détails précis seront élaborés par la majorité qui dans l’avenir établira cette société et y vivra. Mais nous pouvons faire certains commentaires généraux sur sa nature.
Nous pouvons dire que ce sera la fin de la vente et de l’achat ainsi que de toutes les autres institutions financières et commerciales telles que l’argent, les prix, les salaires, les banques, la publicité,…
Nous pouvons dire qu’avec la disparition de facteurs tels que le coût et la compétition, les gens planifieront la production démocratiquement, selon leurs besoins, et se serviront librement de ce dont ils auront besoin dans l’abondance de biens produits par la technologie moderne.
Nous pouvons dire que le travail se fera par coopération volontaire, qu’il perdra son côté de tâche rebutante pour devenir une activité positive et agréable, et qu’hommes et femmes seront tous égaux dans la société.
Nous pouvons dire qu’il règnera une démocratie totale dans tous les secteurs de la vie et qu’on aura la liberté de choisir ses activités et ses occupations sans être bousculé par des décisions venant d’en haut ni par aucune sorte d’autorité arbitraire.
Nous pouvons dire que le socialisme sera mondial : il ne peut être que mondial. Un socialisme français, canadien ou britannique est une contradiction dans les termes et, en tout cas, le monde est si bien unifié maintenant en matière de communications, de modes et de dissémination d’idées, que si les habitants d’un pays étaient prêts pour le socialisme, ceux du reste du monde ne pourraient pas être loin derrière.

Nous ne pouvons rien dire d’autre sauf, qu’à notre avis, l’établissement de cette communauté mondiale fondée sur la possession en commun et l’administration démocratique est la seule solution aux problèmes de la vie moderne. C’est une solution qui peut sembler appartenir à un avenir lointain, mais si vous êtes d’accord avec nous et que vous nous aidez à répandre les idées socialistes, vous nous en rapprocherez. Et si vous devenez membre d’un des partis compagnons du socialisme mondial, vous vous trouverez appartenir à une organisation politique unique, une organisation -la seule d’ailleurs- qui est complètement démocratique, n’a pas de dirigeants, pas de secrets, et dans laquelle toutes les opinions ont le même poids : une organisation, en d’autres termes, qui donne un avant-goût de la manière dont sera organisée la société socialiste elle-même.

les principes du socialisme

Objectif
L’établissement d’un système de société où la communauté tout entière possédera et administrera démocratiquement, dans son propre intérêt, les moyens et instruments de production et de distribution des richesses.
Déclaration de principes
1. La société, telle qu’elle est à présent constituée, est fondée sur le fait que la classe capitaliste ou dominante possède les moyens d’existence (terres, usines, chemins de fer, etc.) et tient ainsi asservie la classe travailleuse qui, par son travail seul, produit toutes les richesses.
2. Il en résulte dans la société un conflit d’intérêts qui se manifeste par une lutte de classes entre ceux qui possèdent mais ne produisent pas et ceux qui produisent mais ne possèdent pas.
3. On ne fera disparaître ce conflit qu’en émancipant la classe travailleuse du joug de la classe dominante,
grâce à la conversion en propriété commune de la société des moyens de production et de distribution et à l’administration démocratique de ceux-ci par la population tout entière.
4. Puisque, dans l’ordre de l’évolution sociale, la classe travailleuse est la dernière à gagner sa liberté, l’émancipation de la classe travailleuse impliquera l’émancipation de l’humanité entière, sans distinction
de race ni de sexe.
5. Cette émancipation doit être l’œuvre de la classe travailleuse elle-même.
6. Puisque la machine gouvernementale, y compris les forces armées de la nation, n’existe que pour conserver à la classe capitaliste le monopole des richesses enlevées aux travailleurs, la classe travailleuse doit s’organiser consciemment et politiquement en vue de conquérir les pouvoirs gouvernementaux, à la fois nationaux et municipaux, afin que cette machine, forces armées comprises, puisse, d’un instrument d’oppression, être convertie en un agent d’émancipation qui renversera les privilèges ploutocratiques ainsi qu’aristocratiques.
7. Puisque tous les partis politiques ne sont que l’expression d’intérêts de classes et que l’intérêt de la classe travailleuse est diamétralement opposé aux intérêts de toutes les sections de la classe dominante, le parti qui a pour but l’émancipation de la classe travailleuse doit être hostile à tout autre parti.
8. Le parti socialiste entre donc dans le champ de l’action politique, résolu à mener la lutte contre tous les autres partis politiques, qu’ils prétendent agir au nom des travailleurs ou qu’ils se disent ouvertement capitalistes, et invite les membres de la classe travailleuse de ce pays à se ranger
sous sa bannière afin de mettre promptement un terme au système qui les prive des fruits de leur travail et afin que la pauvreté cède la place au confort, le privilège à l’égalité et l’asservissement à la liberté.

SEPT PARTIS SOUTIENNENT CES PRINCIPES :

Nous vous invitons, si vous êtes d’accord avec les vues exposées ci-dessus, ou même si vous n’êtes pas totalement convaincus et souhaiteriez en discuter plus à fond, à prendre contact avec nous à une de ces sept adresses.
Une brochure en français, Pour le socialisme mondial, est disponible au prix de 10 francs (port payé). Ecrire au Socialist Party of Great Britain, au Parti Socialiste du Canada ou à …

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Une Réponse to “Introduction au socialisme (1982)”

  1. zamor Mac-Arthur Says:

    j’aimerais avoir une comparaison entre le systeme socialisme et le systeme capitalisme.merci de votre comprehension

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