La fondation du Parti socialiste du Canada

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Première partie de History of the Socialist Party of Canada, de J. M. Milne (1973), traduite et publiée dans Socialisme mondial N°6, traduction revue et corrigée par la BS .

First dominion executive committee Socialist Party of Canada 1904 (Peterson, Stebbings, Kinglsley, McKenzie, Morgan, Pritchard, unknow, Lambert)

Des idées socialistes au Canada ont leur origine en Ontario, le centre industriel du pays. Leur présence se firent sentir à partir des années 90.
Le Socialist Labor Party (Parti ouvrier socialiste), un rejeton du SLP of America, apparut au début des années 1890 établissant quelques sections dans les provinces de l’est, à Winnipeg et Vancouver, et contestant les élections après 1898 en Ontario. Il est encore actif, ses membres étant principalement concentrés en Ontario, et prenant part aux campagnes électorales.
En 1898, la Canadian Socialist League (Ligue socialiste canadienne) fut formée par des ex-membres du Socialist Labor Party avec une branche à Montréal. Au mois de janvier 1902 plus de soixante branches étaient en existence dans différentes parties du pays, incluant le Nouveau-Brunswick, le Manitoba et les Territoires du Nord-Ouest (le Saskatchewan et l’Alberta n’étant devenues provinces qu’en 1905), mais principalement en Ontario et Colombie britannique. De ce mouvement fut formé le Socialist Party of Ontario (Parti socialiste de l’Ontario), le Socialist Party of Manitoba (Parti socialiste du Manitoba) et le Socialist Party of British Colombia (Parti socialiste de la Colombie-Britannique).
L’anti-capitalisme, à ce stade, était une mixture de réformisme, de fraternité chrétienne et de pas beaucoup plus, et c’est seulement au début du siècle que les études de Marx et Engels commencèrent à montrer une influence notable. L’influence était mince mais se montra quelques fois une clarté surprenante.

Les journaux
Parmi les pionniers du socialisme au Canada était G.W. Wrigley qui aida à établir à Toronto en 1897 le Citizen and Country (« Le citoyen et le pays »), un hebdomadaire social-réformiste « qui se développa graduellement en journal socialiste avoué » (Western Clarion, 2 juillet 1903). Comme secrétaire à l’organisation, Wrigley travailla à l’expansion de la Socialist League. Il déménagea par la suite dans l’ouest à Vancouver et à Victoria et devint actif dans la Socialist Party of British Colombia nouvellement fondé. Un peu plus tard, retournant à Toronto, il continua ses activités comme membre du Parti Socialiste du Canada.
En juin 1902, R.P. Pettipiece qui publiait un journal de mineurs dans le centre de la Colombie Britannique, le Lardeau Eagle (« L’aigle de Lardeau »), journal exprimant les vues de la Socialiste League, disposa de ce journal et acheta des intérêts dans le Citizen and Country. Il déménagea ce journal à Vancouver et le publia à partir de juillet, avec l’assistance de Wrigley sous le nom de Canadian Socialist (« Socialiste canadien »). En octobre, il en changea le nom en celui de Western Socialist (« Socialiste de l’ouest »), pour acheter plus tard un journal de Namaimo (Colombie Britannique), The Clarion/ »Le Clarion ») et les réunir tous deux avec un bulletin de grève de la United Brotnerhoed of Railway Employées (la Fraternité unie des employés de chemin de fer) sous le nom de Western Clarion qui fit sa première apparition le 8 mai 1903.
La United Brotherhood of Railway Employees était à cette époque en grève dans l’ouest du pays, expliquant l’inclusion du bulletin de grève dans le journal fusionné, la UBHK « estima que le bulletin avait un double emploi et que, comme elle n’avait pas de privilèges postaux, son influence se trouvait donc réduite ». On espérait aussi « établir le Western Clarion en tant que journal ouvrier qui ferait pleinement justice au mouvement ouvrier industriel et politique ». Un tirage de 8,000 exemplaires, trois éditions par semaine, fut garanti.
Le Western Clarion et ses quelques prédécesseurs ne furent jamais sous la propriété ou la contrôle du Parti Socialiste. Ils furent, comme plusieurs journaux ouvriers de l’époque, possédés à titre privé. Le Western Socialist, par exemple, « publié hebdomadairement dans l’intérêt du mouvement socialiste du Canada », était la propriété de Pettipiece et « endossé par le Socialist Party of British Columbia , la Fishermam’s Union of BC (l’Union des pêcheurs de la CB), l’American Labor Union (l’Union américaine du travail), la Western Fédération of Miners (la Fédération des mineurs de l’ouest) et toutes les unions de mineurs qui lui étaient affiliées en Colombie Britannique » (Western Socialist,2 janvier 1903).Des endossements similaires furent enregistrés dans le Western Clarion. Les deux journaux, cependant, exprimaient largement les vues du Socialist Party of BC et de son successeur le Parti Socialiste du Canada, excepté que toutes les versions des controverses internes étaient habituellement reproduites, et souvent dans des termes explosifs.
Les partis socialistes de l’Ontario et du Manitoba n’étaient pas aussi fortunés en ce qui concerne la presse. Aucun journal ne leur accorda de support exclusif. En Ontario,, quelques Journaux ont quelquefois favorisé le parti et au Manitoba le parti bénéficiait d’une chronique, quelques fois davantage, dans le journal The Voice (« La voix ») —publié hebdomadairement par A.W. Puttee— qui par ailleurs supportait tous les efforts pour établir un parti travailliste. Par conséquent, les partis d’Ontario et du Manitoba se tournèrent graduellement vers les journaux de Colombie Britannique comme leurs organes officiels, une condition qui aida à uniformiser les vues des trois partis.
Le Socialist Party of Ontario

Le Socialist Party of Ontario fut fondé à une convention de la Socialist League d’Ontario tenue le jour d’action de grâce 1903. Numériquement, le nouveau parti eut un bon départ, la convention ayant accueilli des délégués de Toronto, St. Thomas, London, Guelph, Galt, Paris, Preston, Grillia, Manitoulin Island et Mount Forest —en tout une cinquantaine de délégués. Idéologiquement, il eut aussi un bon départ, une résolution de la convention se lisant comma suit:

Nous, les délégués de la Socialist League d’Ontario, et les camarades non-affiliés à travers la province, assemblés en convention, affirmons notre croyance dans 1’interprétation matérialiste de l’histoire qui stipule « que dans chaque époque historique, le mode de production économique et d’échange ayant cours, et l’organisation sociale qui en découle nécessairement forment la base de toute construction sociale, et sur laquelle uniquement peut être expliquée l’histoire politique et intellectuelle de cette époque » et déclarons notre allégeance au programme socialiste révolutionnaire international comme le seul mouvement de classe conscienceux pour atteindre ce qui est désiré et nous déclarons notre but être l’organisation de la classe ouvrière et de ceux qui lui sont sympathiques dans un parti politique ayant pour objectif la conquête des pouvoirs des gouvernements et de les utiliser dans le but de transformer la présent système de distribution privée en une propriété collective populaire.

La convention en vint à la conclusion suivante:

Tandis que nous acceptons plusieurs soi-disantes mesures de réformes, telles que la législation directe, la représentation proportionnelle, la propriété publique des services sociaux,etc., comme démocratiques et par conséquent socialistes, nous reconnaissons le fait que lorsqu’administrées par un gouvernement capitaliste, elles ne peuvent, au mieux, que servir de palliatifs et, par conséquent, nous nous montrons fermement contre toute alliance ou fusion avec n’importe quels partis indépendants ou se disant réformistes prônant une ou chacune de ces mesures, mais nous promettons de faire en sorte que nos représentants votent en faveur de toutes et chacunes des mesures qui seront au bénéfice de la classe ouvrière dans les champs et les usines (Western Clarion, 29 octobre 1903).

La continuation de l’acceptation de mesures de réformes, quoique « fermement » qualifiée, viendra en conflit avec l’objectif de propriété collective et donnera au parti des périodes quelques peu troublées, une expérience non-inconnue chez les autres partis ayant pour but l’abolition et la reconstruction de la forme de société existante.

Le Socialist Party of Manitoba

Le Socialist Party of Manitoba fur fondé en 1902. Son programme et sa constitution apparurent dans l’hebdomadaire The Voice du 7 novembre de cette même année. Le programme se lit comme suit:

OBJECTIF: La socialisation des moyens de production, de distribution et d’échange pour être contrôlés par un État démocratique dans les intérêts de la communauté entière et la complète émancipation du travail de la domination du capitalisme.

PLATEFORME:
1) Tous les organisateurs ou administrateurs seront élus par le suffrage adulte, direct et égal, et seront maintenu par la
communauté.
2) Une législation par le peuple de telle manière qu’aucun projet de loi ne prenne force avant d’être accepté par la majorité
du peuple.
3) L’abolition de l’armée régulière et l’établissement des Forces nationales des citoyens: le peuple doit décider de la paix
et de la guerre.
4) Toutes formes d’éducations seront obligatoires, laïques et industrielles avec pleine compensation pour tous les enfants de la part de l’État.
5) L’administration de la justice sera gratuite pour tous.
6) Les moyens de production, distribution et échange seront déclarés et traités comme propriété collective ou commune.
7) La production et la distribution des biens sera règlementée par la communauté dans l’intérêt commun de ses membres.

DEMANDES IMMEDIATES:
1) La propriété publique de toutes les industries contrôlées par les monopoles, les trusts et combines. Aucune portion des
revenus de telles industries ne devra être appliqué à une réduction d’impôts sur la propriété, mais devra être totalement
appliqué à l’augmentation des salaires et à la réduction des heures de travail des employés et à l’amélioration des services.

2) L’éducation de tous les enfants jusqu’à seize ans et les livres, vêtements et nourriture fournis par le municipal et l’État. L’établissement de collèges provinciaux pour l’éducation des deux sexes»

3) Aucun enfant en bas de seize ans ne doit être employé dans un métier ou une occupation. Une infraction de la part de l’ employeur sera punissable d’emprisonnement.

4) La journée de travail normale doit être de huit heures ou moins ou de pas plus de quarante-quatre heures par semaine et un salaire minimum doit être fixé dans tous les métiers et industries par promulgation législative. Les employeurs et employés qui enfreindront la loi seront punissable d’emprisonnement.

5) L’établissement d’un bureau public pour l’emploi. Du travail utile devra être fourni à tous les sans-travail à un salaire courant.

6) L’établissement d’une pension adéquate pour les ouvriers âgés et infirmes.

7) Un niveau de vie égal et les droits politiques à tous les nommée et femmes. L’ abolition des qualifications financières et foncières pouf les candidats et électeurs à toutes élections. Les jours d’élections doivent être jours de congé.

8) L’abolition du sénat, l’établissement d’initiative et de référendum, de la représentation proportionnelle et du droit de
révoquer les représentants par ceux qui les ont élus.

9) L’établissement d’une monnaie nationale exclusive et l’extension des banques et des bureaux de postes de manière à ce qu’ils puissent absorber toutes les institutions privées qui tirent un profit des opérations monétaires et du crédit. Toutes les assurances vie, incendie et autres devront
être opérées dans 1’intérêt du peuple entier.

10) Aucune autre aliénation des terres du Dominion ou du provincial. Les concessions seront révoquées lorsque les conditions n’auront pas été remplies. La terre ne sera louée que lorsque utilisée par la communauté.

11) Tous les revenus devront provenir des impôts sur les valeurs terriennes, par des impôts cumulatifs sur le revenu et par des impôts de successions.

12) La municipalisation et le contrôle public du commerce de l’alcool.

13) L’établissement d’hôpitaux publics gratuits, de maisons de convalescences, de services médicaux et de dispensaires.

Au Manitoba, le parti avait clairement quelques distances à franchir sur le chemin de la compréhension socialiste —à preuve, la candidature du parti aux élections civiques de Winnipeg de cette périodes le candidat est référé
comme « candidat travailliste » et supporté sans référence au socialisme et fut endossé par une Labor Representative League (Ligue des représentants du travail). Mais contrairement aux partis travaillistes des années qui ont
suivis, lesquels sont débarrassés de la pensée socialiste, le Socialist Party of Manitoba approfondit ses connaissances et produisit quelques orateurs et écrivains sérieux, parmi lesquels George Dales qui devint éditeur du
Western Socialist, John T. Mortimer et J.C. Morgan (« Geordie » était son nom de plume dans le Western Clarion). Dales et Morgan servirent plus tard
comme secrétaires du Dominium du Parti Socialiste du Canada. Tous trois écrivent fréquemment dans la chronique consacrée au parti dans le
journal The Voice aussi bien que dans les journaux socialistes de Colombie Britannique.
Le Socialist Party of Manitoba n’eut pas d’importance numérique prépondérante; la province étant largement agricole, le parti à cette époque était presque complètement confiné à Winnipeg.

Le Socialist Party of British Columbia

Le transfert du Citizen and Country de Toronto à Vancouver en dépit de la taille numérique de la Socialist League d’Ontario fut une preuve de la force du mouvement socialiste de l’est à la côte ouest. La Colombie Britannique, tout comme l’Ontario, régions industrielles,comprenaient quelques industries lourdes, et rares étaient les villes minières de la province qui
n’avaient pas leur union ou leur local socialiste, quelquefois dans les mêmes édifices et habituellement exprimant les mêmes idées. Le Western socialist du 24 janvier 1903 nota que « la Western Federation of Miners…se déclara sans équivoque pour le socialisme en tant que politique et qu’il agirait ainsi au scrutin ».
Le Socialist Party of British Colombia débuta son existence en 1901, tirant ses origines de la Socialist League de Vancouver et, comme en Ontario, eut numériquement un bon départ en absorbant la plupart des branches de la ligue dans le province. Mais des discussions s’élevèrent sur le « potentiel » du programme du parti qui suit:

1) Législation directe.
2) Représentation proportionnelle.
3) Abolition de la qualification foncière pour les électeurs et les candidats aux élections provinciales.
4) Abolition du système de dépôts pour les candidats aux élections provinciales.
5) Suffrage adulte.
6) Une loi de salaire minimum fixant les salaires à un minimum de $2 par jour pour les adultes.
7) Réduction des heures de travail dans tous les métiers jusqu’à quarante heures par semaine.
8) La propriété et le contrôle par la province de toutes les mines dans l’intérêt du peuple.
9) L’impôt foncier graduel similaire à celui de Nouvelle-Zélande.
10) L’assistance médicale gratuite à tous ceux qui en ont besoin.
11) Une gérance scientifique et pratique des pêcheries, des forêts et des cours d’eaux dans l’intérêt de la province.
12) Du travail productif utile aux sans-travail.
13) L’extension du pouvoir municipal.
14 L’éducation gratuite, laïque et obligatoire pour tous les enfants au-dessous de quatorze ans. Les livres scolaires, nourriture et vêtements fournis aux enfants sur les fonds publics lorsque nécessaire.
15) Municipalisation et contrôle public du commerce de l’alcool.
16) Abolition de la poll and personal property tax.
17) L’arrêt des bonus privés par concessions foncières et subventions en argent comptant aux particuliers ou aux sociétés.

Les différences existant dans le parti devinrent suffisamment fortes pour causer la scission des membres de Namaimo qui fondèrent leur propre organisation, le Revolutionary Socialist Party (Parti socialiste révolutionnaire), ayant des branches à Northfield, Ladsmith et Vancouver, obtenant le Clarion de Nanaimo comme son périodique officiel. A l’automne 1902, un candidat du Rerolutionary Socialist Party obtint 40 pour cent du vote dans une élection complémentaire provinciale. Durant la même année un candidat du Provincial Progressive Party (Parti progressiste provincial), un parti travailliste qui fut d’une durée éphémère, J.H. Hawthornthwaite fut élu à la législature provinciale. Il essaya de réconcilier les différentes tendances socialistes et travaillistes ; après avoir échoué, il joignit le RSP. Ces indications de la force électorale du parti de Namaimo causèrent des discussions plus en profondeur avec le SPBC, le résultat étant la fusion des deux partis, le rejet du programme de réforme du SPBC et l’adoption du programme avancé du RSP. Une convention tenue le 2 septembre 1902 confirma cette action dans une résolution adopté à l’unanimité:

II est résolu que cette convention désira être minutée comme absolument opposée à l’ introduction de palliatifs ou demandes immédiates dans le travail de progande,ces mesures étant sujettes à retarder la mise en application de notre but final, et que le Socialist Party of British Colombia dorénavant os place fermement sur la question de l’abolition du présent système d’esclavage salarial comme la base de toute organisation politique (Western Clarion,11 septembre 1903).

Le programme du parti, et la plateforme qui devait être celle des candidats du SPBC fut reproduit régulièrement dans les journaux du parti (par la suite avec quelques changements dans la terminologie):

PLATEFORME:
Nous, le Socialist Party of British Columbia, réuni en convention, affirmons notre allégeance et appui aux principes et programmes de la classe ouvrière révolutionnaire internationale.
Le travail produit tous les biens, et, en toute justice, ils doivent appartenir au travail. Aux propriétaires des moyens de production appartiennent les produits du travail. Le système économique actuel est basé sur la propriété capitaliste des moyens de production; par conséquent tous les produits appartiennent à la classe capitaliste. Le capitaliste est le maître; l’ouvrier l’esclave.
Aussi longtemps que les capitalistes demeurent en possession des rênes du gouvernement tous les pouvoirs de l’État seront utilisé pour protéger et défendre leur droit de propriété des moyens de production et leur contrôle sur les produits du travail. Le système capitaliste donne aux capitalistes une marge toujours croissante de profits et donne aux ouvriers une mesure toujours croissante de misère et de dégradation.
dégradation.
Les intérêts de la classe ouvrière sont dans la libération de l’exploitation capitaliste par l’abolition du salariat. Pour accomplir ceci,il est nécessaire de transformer la propriété capitaliste des moyens de production en propriété collective ou propriété do la classe ouvriers. L’irrépressible conflit d’intérêts entre le capitaliste et l’ouvrier sa transforme rapidement en lutte pour la possession du pouvoir gouvernemental. Le capitaliste lutte pour garder ce pouvoir; l’ouvrier lutte, lui, pour s’en emparer par l’action politique. Ceci est la lutte de classes.
Par conséquent, nous lançons un appel à tous les ouvriers à s’organiser sous la bannière du Socialist Party of British Colombia avec comme objectif la conquête des pouvoirs publics dans le but de mettre en pratique le programme de la classe ouvrière comme suit:
1) la transformation, aussi rapidement que possible, de la propriété capitaliste des moyens de production (ressources naturelles, usines, manufactures, chemin de fer,etc.) en
propriété collective de la classe ouvrière.
2) L’organisation et la gestion démocratique et directe des industries par les ouvriers.
3) L’établissement aussi vite que possible de la production pour l’usage au lieu de la production pour le profit.
Le Parti socialiste, lorsque élu, devra toujours et partout jusqu’à ce que le présent système soit aboli, faire de la réponse à cette question sa règle de conduite: Est-ce que cette législation fait avancer les intérêts de la classe ouvrière et aide les ouvriers dans leur lutte contre le capitalisme? Si c’est le cas, le Parti socialiste est en sa faveur; si ce n’est pas le cas, alors le Parti Socialiste est absolument opposé à cette législation.
En accord avec ce principe, le Parti socialiste s’engage à mener toutes les affaires publiques qui seront entre ses mains de manière à promouvoir les intérêts de la classe ouvrière uniquement.

Le 8 octobre 1903, le Western Clarion commémorait l’anniversaire du parti: »Le Socialist Party of British Colombia tout juste vieux de deux ans -— une année dans le ‘réformisme’ et une autre dans le ‘révolutionnarisme’— demeure fermement sur la plateforme la plus claire et la plus intransigeante au monde ».
Quelques temps auparavant, le 3 janvier, le Western Socialist demandait aux ouvriers « de voter comme si leurs candidats étaient sur la liste en écrivant ‘SOCIALISME’ sur le bulletin de vote ». Quelques semaines plus tard, le parti sortait un manifeste électoral à l’occasion d’une élection complémentaire dans laquelle trois candidats se présentaient: un libéral, un indépendant et un « supposé candidat travailliste ». Le manifeste déclarait :

Aucun socialiste conséquent ne peut supporter ou voter pour aucun des trois candidats, et ce parti recommande à tous les électeurs qui ont quelque sympathie avec les principes du parti socialiste de se rendre aux bureaux de vote et de protester contre le capitalisme en inscrivant ‘JE DESIRE LE SOCIALISME’ sur leur bulletin de vote (Western Socialist, 5 janvier 1903).

Le « supposé candidat travailliste », Chris Foley, fut défait} selon le journal The Voice du 6 février, cette défaite était attribuable en partie à la campagne d’opposition menée par les socialistes irréconciliables»

C’est l’attitude généralement prise par le SPBC et le Parti Socialiste du Canada au fil des ans, à la consternation des aspirants aux offices publiques et des syndicats qui commanditaient ou endossaient souvent les candidats travaillistes. Que le parti jouissât d’un support important dans les syndicats était dû aux positions dominantes et à l’agressivité de leurs membres au sein de ces organisations plutôt qu’au développement d’une conscience socialiste parmi les ouvriers. Plusieurs permanents syndicaux étaient membres du parti.

Les réformes

Cependant l’attitude du parti envers les réformes fut toujours sujette à discussion. Une tendance préconisait que le parti ne devrait rien à voir avec les réformes; c’est-à-dire que le parti devrait constamment s’opposer à toutes les réformes parce que le soutien aux réformes aidait à préserver la croyance que le capitalisme pourrait servir les intérêts de la classe ouvrière et que c’était une perte d’un temps qui pourrait être utilisée à propager le socialisme. Une autre tendance était d’avis que la propagande générale devrait consister entièrement dans le travail éducatif socialiste mais que les membres élus au parlement devraient examiner les réformes et supporter celles approuvées par le parti. L’attitude officielle était un mélange de ces tendances alignées avec la plateforme du parti qui affirmait que le parti supporterait les législations avancées dans l’intérêts de la classe ouvrière. En pratique cependant, cela signifiait que, tout en s’opposant au réformisme des autres partis politiques, ses propres membres, élus dans les législatures et dans les meetings publics, pourraient discuter des mesures considérées comme étant dans les intérêts des ouvriers. Mais le parti ne prônait pas qu’exclusivement des réformes, ni ne plaçait les réformes avant le socialisme, et ne prônait pas de réformes en les qualifiant de révolutionnaires. Pour les pionniers du socialisme, les réformes étaient considérées comme nécessaires et souvent méprisées. Le parti était révolutionnaire et considérait tous les problèmes en se basant sur la science marxienne, mais l’ampleur de son soutien aux réformes lui fit augmenter ses effectifs et ses problèmes [Aux élections fédérales de 1904, J.T. Mortimer, un candidat du Parti en Colombie Britannique recueilli 752 voix; « Dans les élections provinciales, une année plus tôt, près du double votèrent pour lui. A cette occasion, il jouissait du support des syndicalistes; mais dans la dernière élection, il demanda uniquement le support de ceux qui étaient en sympathie avec lui en tant que socialistes »(The Voice,11 novembre 1903)]. Les membres qui furent élus aux diverses fonctions publiques ne le furent pas en tant que socialistes.

Vers la fusion

Les points de vues des partis socialistes d’Ontario, du Manitoba et de Colombie Britannique devinrent tellement uniformes en 1903 que se firent sentir des pressions favorisant la fusion des trois partis et la formation d’une organisation nationale. Dans le Western Clarion du 9 mai 1903 apparut un rapport d’un comité exécutif sur cette perspective:

La question de la formation d’un parti socialiste national a été discutée, et il fut considéré qu’aucun bénifice ne pourrait être récolté par le parti par l’affiliation avec d’autres organisations socialistes du Dominion étant donné que les dépenses qui seraient rendues nécessaires pour l’envoi de délégués aux conventions nationales seraient trop lourdes pour le parti à son stade actuel, considérant que nous avons plus de travail que nous ne pouvons en faire financièrement. Il a été décidé par conséquent de remettre la question à la prochaine convention.

La troisième convention annuelle du parti se tint le 8 septembre 1903 et prit connaissance du rapport du secrétaire provincial, Burns:

II fut décidé que pour le moment, une organisation nationale était difficilement possible, mais il fut déclaré opportun d’ envoyer un peu plus tard l’organisateur Kingsley en tournée dans les provinces de l’est de manière à ‘éduquer’ les habitants de ces régions dans la philosophie du socialisme authentique. Il fut aussi suggéré par le camarade Burns qu’il serait peut-être sage d’inviter le camarade Simpson de Toronto à faire une tournée dans cette province…Aucune recommandation définie ne fut faite concernant une organisation nationale (Western Clarion, 11 septembre,19O3).

Il est peu probable que les limitations théoriques des partis d’Ontario et du Manitoba (leur programme de réformes) causèrent des difficultés pour leur fusion. Le parti de Colombie Britannique, durant cette période, invitait fréquemment et admettait comme membres des groupes dont le socialisme laissait à désirer, pour employer une expression mensurée. Un item paru dans le Western Clarion du 6 octobre est pertinente:

II y avait un lien de sympathie évidente entre les supporteurs du ‘parti travailliste’ (dans la campagne électorale qui venait de se terminer) et les socialistes, cependant ceci fut le cas non pas à cause de la fusion mais parce que la majorité sentait que la prochaine fois nous combatterions unis sous la bannière du SPBC.

Une élection provinciale fut tenue en 1903, le SPBC désigna 13 candidats: J.C. Watters et 0. Lee Charlton (Victoria); Parker Williams (Newcastle); J.H. Havthornthwaite (Nanaimo); George Taylor (Alberni); David H. Halliday (Cumberland); A.R. Stibbinge et Ernest Burns (Vancouver); J.W. Bennett (Revelstoke); Samuel Shannon (Kaile); J.L. McPherson (Fernie); John Riorden (Grand Forks); Ernest Mills (Greenvood). Ce nombre fut réduit à dix le jour des nominations. Hawthornthwaite et Williams furent élus. Un candidat travailliste fut aussi élu, William Davidson, qui s’associa avec les membres du Parti dans la législature.

L’année 1903 en fut un succès pour le SPBC, du point de vue électoral, mais pas pour le Western Clarion qui à la fin de l’année suspendit sa publication jusqu’en 1904 et ensuite en octobre jusqu’en janvier 1905.Cette suspension fut attribué à une trésorerie dégarnie par les activités électorales et un support insuffisant de la part des membres:

Avis des éditeurs: Après un an de ‘tribulations aveugles’ et de suffocage,le Western Clarion recommence avec cette édition sa publication sur une base solide.

E.T. Kingsley et L.T. English furent nommés comme « propriétaires et éditeurs » (Western Clarion,28 janvier,1905).

Le Parti socialiste du Canada

L’influence du parti, bien qu’ainsi entravée, continua de croître, tout comme l’idée d’un parti national. La quatrième convention du SPBC se tint les deux derniers jours de 1904. Les délégués furent avisés que:

Suite aux résolutions passées et aux représentations faites par les locaux de Winnipeg, Toronto et Fredericton (Nouveau— Brunswick), en plus de la correspondance de camarades parsemés à travers le Dominion, il sera nécessaire pour cette convention de considérer l’opportunité d’organiser l’embryon du ‘Parti Socialiste du Canada’, en notant soigneusement les actions déjà entreprises par les camarades de l’est et leur acceptation de notre plateforme et programme comme présentement constitué.

Une résolution datée du 4 décembre 1904 et signée par H.R. Siemon, le secrétaire du local de Winnipeg fut lue:

Camarades : j’ai été designé par le Socialiste Party du Manitoba pour vous remettre une copie d’une résolution passée à la réunion d’aujourd’hui comme suit: ‘Nous, le Parti Socialiste du Manitoba, endossons dans son intégralité la plateforme, les engagements et la construction générale de la présente constitution du Parti Socialiste de Colombie Britannique, et nous nous engageons, au cas ou le parti de CB inaugurerait un mouvement pour organiser un parti socialiste du Canada sur les mêmes lignes, à rejoindre ce parti. De plus, que cette résolution soit présentée aux éxécutifs du Parti Socialiste de Colombie Britannique, du Parti Socialiste d’Ontario, et qu’elle soit envoyée aux journaux The Voice, The Western Clarion et au Standard de Port Arthur (Ontario) pour publication’.

Des lettres de H.H. Stuart, secrétaire-trésorier de la Fredericton Socialiste League (Ligue socialiste de Frédéricton,Nouveau Brunswick) et de G.W. Wrigley, de Toronto, furent lues. Stuart écrivait:

Nous sommes satisfaits que le SPBC discute de la possibilité d’organiser un parti socialiste canadien… J’ai posté aux membres de la Fredericton Socialist League, les 9 et 10 du mois en cours, un référendum dans lequel figurent les deux questions suivantes :
1) Est-ce que la FSL doit adopter la plateforme du SPBC?
2) Au cas où le SPBC organise un parti socialiste canadien, est—ce que la Ligue doit s’affilier avec ledit Parti Socialiste
du Canada?

La lettre de Wrigley était non-officielle :

Le Parti Socialiste d’Ontario a, réuni en convention le jour d’action de grâce, adopté la plateforme, les engagements et le programme du Parti Socialiste de Colombie Britannique et désire s’affilier avec lui.
Une résolution fut soumise à la convention par J.C. Morgan et E.T. King demandant que « le nom de parti soit changé en celui de Parti Socialiste du Canada et que le Parti procède à l’organisation ». La résolution fut adoptée pour être votée par les membres (Western Clarion.28 janvier,1905).

Les quelques semaines qui suivirent virent le Parti Socialiste du Canada accepté par tous les concernés, incluant le Socialist Party of the Yukon Territories (le Parti Socialiste des Territoires du Yukon) et un groupe d’Edmonton (Alberta). Le Clarion nota le 15 avril que l’ adhésion du groupe du Yukon comportait 21 noms. Selon le secrétaire A. Douglas, il y avait 50 membres à Dawson (principale agglomération du Yukon) « mais le plus grand nombre sont en dehors dans les criques« .
La première réunion du comité exécutif du Dominion eut lieu le 19 février; étaient présents John E. Dublerley (président), Alf Leah, V.H. Flowers, G. Peters, A.J. Wilkinson(trésorier), Charles O’Brien, R.P. Pettipiece (organisateur). (Western Clarion, 25 février,1905).

Le PARTI SOCIALISTE DU CANADA était en marche.

Avec la formation du parti sur une base nationale, les controverses des années précédentes continuèrent. Il a déjà été fait mention des différentes attitudes à prendre envers les réformes. Le sujet, dans les premières années du mouvement, n’était pas regardé comme vital, les membres au mieux dessinant une vague distinction entre réformes et réformisme, le point de vue décisif étant celui qui permettrait d’avancer des réformes pourvu que ce soit par un parti révolutionnaire. Quelques années plus tard, les idées sur les réformes furent le sujet d’une confrontation conséquente.
Des différences existaient sur un certain nombre d’autres sujets comme la religion, l’immigration, les syndicats et la position du fermier.

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