L’ascension et la chute de Salvador Allende

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Article paru dans Socialisme mondial N°2/3 (1974)

Salvador Allende — qui se prétendait marxiste, mais qui était en fait un franc-maçon — fut élu président de la République Chilienne en septembre 1970, comme candidat de l’Unité populaire, née d’une coalition formée principalement du Parti « Socialiste » et du Parti « Communiste » mais comptant aussi dans ses rangs diverses tendances radicales et même des formations démocrates-chrétiennes dissidentes. Quand il prit le pouvoir en novembre de cette même année, la presse se demandait s’il était possible pour le Chili d’établir légalement le genre de régime qui n’a été instauré à Cuba que par l’insurrection armée et une dictature brutale. En effet, l’Unité populaire proclamait dans son programme avoir pour objectif « la construction du socialisme au Chili ».
Et aujourd’hui, trois ans plus tard, le président et ses ministres dont quelque-uns étaient membres du Parti « Communiste » ont été renversés par les forces armées et Allende lui-même a été assassiné (ou selon la version des généraux: Allende s’est suicidé). Même avant ces événements, son gouvernement a eu de graves ennuis: l’inflation qu’il avait promis de régler une fois pour toutes, les pénuries de nourriture qui furent, en certaines occasions pires que sous les gouvernements capitalistes traditionnels précédents, les manifestations et les actes de terrorisme de l’opposition… Allende dut même introduire dans son cabinet des représentants des forces armées.
La réaction immédiate des gauchistes du Chili (M.I.R., P.C.R.C. et autres) et d’ailleurs fut de proclamer qu’il est impossible d’établir pacifiquement le socialisme et que le Chili en était la preuve. Arrêtons là ce mythe, détruisons le en le confrontant avec la logique marxiste.

Premièrement, ce n’est pas le socialisme, mais le capitalisme d’État que visait le programme de l’Unité populaire. Il se proposait de mettre la plus grande partie de l’industrie sous le contrôle de l’État, de morceler les grandes propriétés terriennes et de voter différentes réformes sociales. Même si ce programme avait été entièrement exécuté, la position du prolétariat chilien n’en serait pas pour autant modifiée: il continuerait d’être la classe sociale qui vend, qui doit vendre sa force de travail par l’entremise du salariat à la classe de parasite que constitue les capitalistes et dans le cas présent, principalement à l’État, comité exécutif de la classe capitaliste. La production continuerait à être déterminée par la vente en vue du profit, même si ce profit est fait par l’État. La consommation de la classe ouvrière continuerait à être restreinte, et ceci afin que les personnes chargées d’accumuler les revenus d’État puissent accumuler les fonds pour de nouveaux placements.
Il est vrai que l’achèvement de ce programme réduirait considérablement le pouvoir des simple capitalistes chiliens et aussi celui des corporations multinationales et américaines qui investissent là. Dans ces conditions cela signifierait un changement dans la composition de la classe dirigeante, de la classe maîtresse: des simples capitalistes l’on passerait à une autre clique de patrons, capitalistes d’État. C’est la raison pour laquelle les simples capitalistes s’opposaient résolument au gouvernement d’Unité populaire d’Allende, usant de sabotages économiques et de complots, lesquels se sont prouvés efficaces en provoquant un putsch militaire.
Ces capitalistes n’agissaient cependant pas seuls, ils disposaient toujours du soutien de beaucoup d’ouvriers et de paysans et les 55% de leurs votes aux dernières élections en mars de cette année le confirment. Les élections présidentielles de 1970 le montraient bien aussi: ce fut un combat triangulaire entre Allende — capitalisme d’État, Allesandri — capitalisme privé non réformé et Tomic — capitalisme privé réformé avec quelques éléments de capitalisme d’État. Allende réunit 36% des suffrages, Allesandri 35% et Tomic 28%. Bien que la majorité ait voté pour un certain progrès vers le capitalisme d’État, cette majorité ne fut donc pas en faveur du programme intégral de l’Unité populaire. C’est un détail extrêmement important qui signifie que non seulement le programme d’Allende n’est pas socialiste, mais encore qu’il n’était pas soutenu par la majorité des électeurs chiliens. Tout ce qui s’est produit dans ce pays, et nous insistons bien, n’a rien de commun avec le socialisme, qui pourra certainement être établi dans la paix quand l’IMMENSE MAJORITÉ des travailleurs le désirera et le comprendra.

C.B., Essex, Grande Bretagne et Shu, Montréal, Québec

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