Racistes, votez PC ! (1981)

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(Article paru dans Socialisme Mondial 16, printemps 1981, publié par le Parti Socialiste du Canada)

« Prolétaires de tous les pays, unissez-vous » disaient Marx et Engels. Mais pas Georges Marchais qui veut « stopper l’immigration officielle et clandestine » et « arrêter l’entrée en France de nouveaux travailleurs immigrés ». En ceci il est en plein accord avec Lionel Stoléru, secrétaire d’État aux Travailleurs manuels et immigrés, qui a déclaré lors d’une visite a Metz en octobre dernier: « Il n’est pas question d’accueillir un seul étranger nouveau en France ». Il y a, il est vrai, un certain désaccord entre le PC et Stoléru – « il bavarde, mais des mesures il n’y en a pas » ont déclaré au Monde (4 novembre) deux conseillers PC d’Ivry-sur-Seine à Paris. Le Bureau Politique du PC, dans une déclaration sur « le logement des travailleurs immigrés » publié dans L’Humanité (sic!) du 6 novembre, a aussi accusé Stoléru de n’avoir pas été assez rigoureux pour stopper l’immigration:

« Ces travailleurs ont été appelés en France par un patronat et un gouvernement avides de profits. Aujourd’hui, le gouvernement déclare qu’il faut arrêter l’immigration. Nous disons, nous communistes, oui il faut arrêter l’immigration sous peine de jeter de nouveaux travailleurs français et immigrés au chômage. C’est leur intérêt réciproque. Mais le pouvoir de M. Giscard d’Estaing, son ministre Stoléru ne font pas ce qu’ils disent. Ils contribuent à l’entrée clandestine organisée de travailleurs dépourvus de droits sociaux, avec l’objectif de peser sur les droits de travailleurs français. Nous exigeons que soit mis fin à ces pratiques et que les trafiquants qui s’y livrent soient réprimés. »

Au lieu, donc, de regarder les travailleurs immigrés comme d’autres membres de la classe salariée mondiale qui sont venus travailler dans cette partie du monde, le PC dit en effet: « Oui, les immigrés sont un problème mais ce n’est pas notre faute; c’est la faute de Giscard et des capitalistes ». Lucien Lanternier, maire PC de Gennevillers dans la banlieue parisienne, a même suggéré (L’Humanite, 4 novembre) que ces capitalistes acceptent ces immigrés chez eux au lieu de les parquer dans « les municipalités ouvrières ».

De l’autre coté de Paris, à Vitry-sur-Seine le maire PC est allé encore plus loin. La veille de Noël il a préside à la mise à sac d’un immeuble (« opération bulldozer ») afin d’essayer d’empêcher le relogement de trois cents immigrés noirs dans sa commune. Voila quelqu’un qui ne fait pas que bavarder!

Lors de son premier show télévisé pour la course aux présidentielles (« le grand débat », TF1 3 février) le leader du PC, pour justifier les événements de Vitry réaffirme: « il faut éviter les ghettos et se partager les immigrés » (sous-entendu : partageons-nous ce fléau!). Curieuse philosophie qui semble délibérément oublier qu’avant de se voir coller l’étiquette « attention, immigrés » par un organisme se prétendant défenseur du prolétariat, ceux-ci demeurent avant tout des travailleurs à part entière, et qui admet ainsi le principe même du racisme sans le remettre en cause un seul instant.

Par cette campagne anti-immigration (pour ne pas dire anti-immigrés) le PC espère sans doute recueillir quelques voix bon marché pour Georges Marchais, voix qui iraient autrement aux candidats du Front National ou du Parti des Forces Nouvelles. Encore une fois – après son soutien pour la soi-disant « force de frappe », après « produisons français », après le « socialisme » aux couleurs de la France – le PC montre qu’il n’est qu’un parti chauvin et nationaliste. Si ça continue il devra penser à changer son nom … en Parti Populaire Francais?

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