Le futur socialiste (correspondance Rubel/Socialisme mondial, 1983)

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Courrier de Maximilien Rubel et réponse, extrait de Socialisme Mondial N°22 (1983)

CORRESPONDANCE

Le futur socialiste

A propos de l’article « le socialisme: monde sans argent » (SM 21, p. 5) j’aurais à commenter et à critiquer la thèse (hypothèse ? postulat moral ?) affirmant que « le socialisme naîtra des conditions matérielles qui le rendent possible », etc. Et comment «naîtra» la conscience, la volonté de mettre à profit ces « conditions matérielles » ? Si c’est un voeu, un désir, un espoir – pourquoi exprimer tout cela sous forme de prophétie? Pourquoi ces propos (p. 12) plutôt naïvement religieux: « Heureusement, c’est le capitalisme lui-même qui est le plus grand propagandiste pour le socialisme », etc ? Le « mécontentement » présuppose un choix réfléchi, une décision éclaircie par une compréhension éthique, parce que critique de ce qui est, de ce qui ne doit pas être et de ce qui pourrait remplacer «dem Dreck » bourgeois et capitaliste.

M.R., Paris

Réponse: Si nous avons donné dans un ou deux articles l’impression de faire des prophéties, c’est sans doute parce que nous avons parlé du socialisme au futur. Nous sous-entendions, et pensions que le lecteur sous-entendrait avec nous, « si le socialisme doit un jour être établi », mais visiblement nous aurions dû être plus nets. Car comment parler du socialisme sinon au futur ? II n’a jamais existé dans le passé, n’existe nulle part dans le présent, et si l’on en parle au conditionnel, alors le sous-entendu devient « si le socialisme devait un jour exister », ce qui donne lieu à un deuxième sous-entendu « chose très improbable ».

Pourquoi partir battus ? Pourquoi partir en se disant que le socialisme n’arrivera probablement pas ? Le socialisme est une solution logique, sans doute la seule solution aux problèmes que nous connaissons aujourd’hui. Mais ce n’est pas en nous indignant moralement (« compréhension éthique ») sur le sort d’autrui que nous trouverons cette solution. Car les jugements moraux sur « ce qui ne devrait pas être » comme les guerres, la faim dans le monde, la pauvreté, l’injustice sociale, peuvent en effet provoquer chez de nombreuses personnes une indignation sincère. Cependant, ce ne sont pas les victimes de ces phénomènes qui ressentent cette indignation mais plutôt ceux qui en sont les témoins sur leur petit écran ou autrement, et c’est une réaction qui tient donc davantage de la pitié ou de la compassion que de la compréhension.

Or pour arriver à établir un nouveau système social qui fonctionnera dans l’intérêt de chacun, il faut que chacun veuille changer non pas le sort de son voisin, mais le sien propre. Et pour cela ce n’est pas d’une compréhension éthique que nous avons besoin mais d’une compréhension tout court de comment marche le système actuel. Car si tous les salariés du monde avaient cette compréhension, ils sauraient que le système ne fonctionne nullement dans leur intérêt ni dans celui des 90% des autres habitants de la terre et il leur serait alors, étant les plus nombreux et donc les plus forts, facile d’y mettre fin, sans la moindre indignation morale, mais simplement en disant non.

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    […] socialisme: monde sans argent (extr. de Socialisme mondial N°21, 1982) suivi d’un échange avec Maximilien Rubel (SM […]

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