Ministérialisme individuel et ministérialisme collectif (1911)

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Article de Henrik (Henri) De Man dans La Lutte de Classe, Belgique, 15 août 1911.

On jette de hauts cris chaque fois que nous faisons un rapprochement quelconque entre les théories ministérialistes de certains camarades du P. O. B. et les expériences personnelles de « participation au pouvoir » auxquelles se rattachent les noms de Millerand, Briand, Viviani, et tutti quanti. Ces expériences-là, nous dit-on, n’engageaient que des individus, et si ceux-ci se sont trouvés impuissants à faire du bien à la classe ouvrière, c’est précisément parce qu’ils n’étaient pas soutenus et contrôlés par leur parti, par la classe ouvrière elle-même. Ce que nous voulons, nous, les réformistes, c’est que le parti lui-même décide de participer au pouvoir et y délègue des hommes sous sa responsabilité et sous son contrôle ; alors nous pourrons faire de grandes et belles choses.

En êtes-vous bien sûrs, camarades ?

Nous croyons, pour notre part, que le système de la participation officielle et collective, au lieu d’être meilleur que celui de la participation individuelle, est pire encore. Au lieu d’engager un ou quelques hommes, on engagera le parti tout entier, toute son activité et toute sa propagande. La « raison d’État » – l’obligation pour tout gouvernement dans la société bourgeoise de servir les intérêts de cette société, c’est-à-dire de ses classes possédantes et dominantes – au lieu de paralyser un individu, paralysera tout notre mouvement. Notre parti tout entier risquera de devenir une machine pour l’exploitation de l’État, une pépinière de budgétivores, une hiérarchie de serviteurs du pouvoir, une feuille de vigne démocratique sur la nudité brutale de l’exploitation capitaliste. Et la gangrène ministérialiste, au lieu de manger un ou deux individus, s’attaquera à notre parti tout entier. L’arrivisme collectif est plus dangereux que l’arrivisme individuel.

Et les désillusions qu’il engendre, qu’il doit fatalement engendrer, tout ou moins chez ceux que la corruption n’aura pas atteints, au lieu de porter sur des individus, comme celles du prolétariat français ont porté sur Millerand, feront perdre à la classe ouvrière sa confiance non pas en quelques hommes, mais en son propre parti, en sa propre action politique, en un mot : en elle-même.

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