Réflexions sur la grève générale de Barcelone (Nin, 1931)

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Article d’Andreu Nin paru dans La lutte de classe N° 34-35 (août-septembre 1931). Le texte est évidemment antérieur à la rupture avec le trotskysme, l’Alliance ouvrière et l’expérience de l’insurrection des Asturies.

La grève générale déclarée au début de septembre par la Fédération locale des syndicats de Barcelone et appuyée avec une unanimité et une discipline admirables par le prolétariat de cette ville et celui des centres industriels les plus importants de Catalogne, est un épisode des plus importants de la lutte de classe ouvrière qui se développe en Espagne depuis le 14 avril.

Les militants révolutionnaires doivent soumettre à une analyse détaillée ce mouvement, riche en expérience. Nous nous limiterons aujourd’hui à signaler, au courant de la plume, quelques-unes des leçons qu’il comporte et à noter les réflexions qu’il nous a suggéré.

Les grèves dans la situation actuelle

Le mouvement de grèves qui, au moment de la chute de la monarchie, a dressé des masses ouvrières considérables a pris depuis la proclamation de la République, une ampleur véritablement gigantesque. Ce mouvement dans la majeure partie des cas a eu un caractère purement spontané, et les organisations syndicales, en réalité, n’ont eu qu’à les sanctionner, en se plaçant à leur tête, même contre leur volonté, pas perdre la confiance des masses travailleuses. Ainsi, le mouvement en apparence le plus futile réussit à mobiliser de grandes masses ouvrières. Cela n’a rien de surprenant. Ceux qui s’alarment, et même qui s’indignent devant le caractère « chaotique », « anarchique », « irresponsable » de ces mouvements, semblent ignorer une circonstance essentielle: c’est que l’Espagne est en pleine révolution, et que celle-ci ne se réalise pas selon un plan scrupuleusement élaboré à l’avance. Dans de telles périodes, les grèves spontanées, les actions « chaotiques », sans liaisons, isolées, et les « excès » de toutes les classes constituent un phénomène tout à fait normal. Chercher à s’y opposer équivaut à chercher à empêcher un torrent de s’écouler, à arrêter la tempête. Toutes les révolutions sans exception ont connu ces périodes; plus: elles sont inconcevables sans ces périodes. La révolution n’est pas l’acte d’un jour, le grand soir dont parlaient les syndicalistes révolutionnaires d’avant la guerre, sans processus long et douloureux, au cours duquel les masses cherchent leur chemin dans une lutte semée de difficultés, d’actions « chaotiques », d’offensives partielles, de victoires et de défaites. La grève est une des manifestations les plus caractéristiques de cette lutte. La classe ouvrière ne peut apprendre que grâce à sa propre expérience. Ce qui est important, c’est de tirer de celle-ci les leçons nécessaires pour que les sacrifices ne restent pas stériles et que le prolétariat renverse efficacement les obstacles auxquels il se heurte en chemin.

Le caractère de la grève de septembre

La grève générale de Barcelone fut, en ce sens, un mouvement typique des périodes révolutionnaires.
La cause initiale de la grève fut la protestation, tout à fait juste, contre l’ignominie des détentions gouvernementales (arbitraires). Sa signification et sa transcendance furent incomparablement plus profondes. Le mouvement reçut le sceau indélébile de l’époque exceptionnelle dans laquelle il s’est produit.
Les détentions gouvernementales ne constituent pas, malheureusement, un fait nouveau. La République, à ce sujet comme à beaucoup d’autres, n’a fait que continuer la tradition invétérée de la monarchie déchue. Mais il a fallu l’existence d’une situation nettement révolutionnaire pour que la pratique de ce procédé abominable, qui ne provoquait auparavant l’indignation que des minorités les plus conscientes, ait ému et dressé des centaines de milliers d’ouvriers. Pourquoi – clamaient, indignés, les vestales de la « légalité » républicaine – pourquoi ces ouvriers, qui supportaient passivement sous la monarchie les détentions en masse, l’application systématique de la « loi de fuite » et la dictature militaire, se lèvent-ils aujourd’hui, alors que la consolidation du nouveau régime doit constituer la préoccupation principale, contre le maintien en prison, par décision gouvernementale, de quelques prisonniers? Pourquoi, eux qui ont fait pendant de si longues années preuve de tant de patience, se montrent-ils aujourd’hui si patients?
C’est parce que la situation est actuellement révolutionnaire et ne l’était pas jusque là; parce que la dictature militaire et les répressions sanglantes n’étaient pas – comme se l’imaginaient ces messieurs – la cause de la passivité de la classe ouvrière, mais son résultat. Parce que l’énergie, l’activité, l’esprit combatif du prolétariat ne sont pas un phénomène constant, égal dans toutes les périodes, mais existent surtout dans les périodes révolutionnaires. Après ces périodes de haute tension, la classe ouvrière, surtout si elle a été vaincue, tombe inévitablement dans un état de découragement, de passivité, qui facilite le chemin de la réaction.
Pour comprendre la signification profonde de la dernière grève générale de Barcelone il n’y a qu’à la replacer dans la situation générale du pays. Alors on se rendra compte clairement de l’inconsistance de cette opinion – répandue non seulement dans les milieux bourgeois, mais malheureusement aussi dans certains secteurs ouvriers – selon laquelle cette grève fut exclusivement l’œuvre d’un groupe d’anarchistes irresponsables. Ce n’est pas nous qui nieront le rôle joué par les éléments de la Fédération Anarchiste Ibérique dans le déclenchement du mouvement. Mais il est indubitable que si leur initiative a été couronnée de succès, si elle a été appuyée par la totalité du prolétariat, cela est dû non à leur audace, à leurs méthodes « dictatoriales », mais à ce que les circonstances objectives – la situation révolutionnaire – et subjective – l’esprit combatif de la classe ouvrière – leur étaient complètement favorables. En ce sens on peut affirmer sans aucun doute que les éléments de la F.A.I. interprètent plus fidèlement l’état d’esprit du prolétariat et ses intérêts historiques que Pestana, Peiro, Arin et autres syndicalistes « raisonnables » signataires du fameux manifeste réformiste qui leur a valu tant d’éloges de la part des milieux bourgeois.
Les groupes anarchistes n’existent pas d’aujourd’hui. Le désir de déclencher des grèves générales à tout moment ne leur est pas venu avec la République; par goût il les déclaraient tous les lundis. Mais combien de fois leurs appels sont tombés dans le vide! En échange, le 4 septembre ils ont trouvé un écho ardent dans la classe ouvrière. Pourquoi? Parce que le terrain était préparé, parce que les circonstances poussaient irrésistiblement le prolétariat à la lutte.

Quelle attitude faut-il adopter vis-à-vis des mouvements « chaotiques »?

Nous avons déjà vérifié un fait: que, dans les circonstances actuelles, les mouvements « chaotiques » sont inévitables. Cela veut-il dire qu’il n’y a là aucun danger pour la révolution, et qu’il faut en fomenter systématiquement? En aucune façon.
Devant ces mouvements, on peut adopter trois positions fondamentales:
La première. Celle de ceux qui condamnent en bloc parce qu’ils considèrent que dans le moment actuel la classe ouvrière est essentiellement incapable de faire la révolution et doit se limiter à un lent travail de préparation d’organisation et d’éducation possible sous un régime de démocratie bourgeoise. C’est la position du groupe Pestana-Peiro et Cie, qui repoussent l’émancipation de la classe ouvrière aux calendes grecques.
La deuxième, est celle de ceux qui fomentent systématiquement de tels mouvements, poussés par un sentiment révolutionnaire instinctif, mais qui manquent d’une théorie et d’une tactique révolutionnaire, et qui se perdent dans l’abstraction. Ce sont les éléments de la F.A.I.
La troisième est celle de ceux qui considèrent comme absurde la prétention de vouloir retenir les mouvements isolés, « chaotiques », des masses dans une période comme la période actuelle, qui comprennent les dangers que font courir le manque d’objectif et de direction, et s’efforcent d’en profiter pour faire comprendre à la classe ouvrière la nécessité d’un parti forgé dans le feu du combat et subordonné à la lutte générale révolutionnaire, qui doit conduire le prolétariat à la prise du pouvoir et à l’instauration de sa dictature. Telle doit être la position des communistes.

La première de ces attitudes est dictée par le manque absolu de foi dans la capacité révolutionnaire de la classe ouvrière, par une crainte irréversible de la révolution, motivée par le manque de programme correct, et conduit inévitablement à l’étranglement des actions combatives du prolétariat et à la collaboration, directe ou indirecte, avec la bourgeoisie républicaine. La politique des éléments réformistes de la C.N.T., qui cherchent à retenir les mouvements de grève par une série de mesures qui les placent à la queue de l’U.G.T., – comme on peut le voir par la circulaire du Comité confédéral – la solution honteuse du conflit des métallurgistes, l’abandon des téléphonistes, engagés dans une lutte d’une extrême importance, l’abandon des revendications d’une plus profonde signification politique (reconnaissance des comités d’usine, etc…) et finalement, la politique d’appui direct à la Généralité, sont là pour le démontrer avec évidence. Cette tendance doit être combattue implacablement puisqu’elle constitue un danger aussi grave pour la révolution que le socialisme réformiste de Largo Caballero et Cie, avec lesquels ils coïncident fondamentalement.

La seconde tendance n’est pas moins dangereuse, car elle conduit – et conduira inévitablement – le prolétariat à une défaite sanglante. Les éléments de la F.A.I. sont capables uniquement de provoquer des mouvements de masses sans avenir ou des actions isolées héroïques, mais en définitive stériles. La magnifique défense du syndicat du Bâtiment par une douzaine de militants admirables a montré le trésor de combativité et d’abnégation que recèle la classe ouvrière et a révélé les prodiges qu’elle pourrait accomplir avec une direction et une discipline cohérentes.

Les communistes doivent s’efforcer de faire comprendre aux excellents éléments révolutionnaires de la C.N.T. la nécessité d’un parti, et chercher à former avec elles [sic], au moins un front unique pour l’action. Seule son intervention active, énergique et assurée peut éviter la défaite du prolétariat et l’avènement d’un régime de dictature bourgeoise sanglante. En juillet 1917, les ouvriers et soldats de Petrograd se sont lancé[s] dans un mouvement impétueux en faveur de la prise du pouvoir par les soviets. Le mouvement fut complètement spontané, « chaotique ». Les bolcheviks le considéraient comme prématuré, irrémédiablement condamné à la perte. Mais ils comprirent qu’il était impossible de le contenir, et au lieu d’abandonner les masses à leurs forces élémentaires, ils se sont mis à leur tête, les ont dirigées et canalisées. Grâce à cette politique, véritablement révolutionnaire, le mouvement, qui, livré à sa propre impulsion, aurait dérivé en une insurrection prématurée, se transforma en une manifestation armée, et la classe ouvrière peut se retirer en ordre avec le minimum de sacrifices. Si le parti n’avait pas existé, la classe ouvrière aurait été écrasée, une période de réaction aurait été ouverte, et le prolétariat n’aurait pas pu prendre le pouvoir comme il l’a pris, trois mois après.

Pour le comité d’usine

Nous avons parlé de la nécessité du front unique révolutionnaire. Mais sur quelle base doit-il s’appuyer?

Il est certain que l’histoire du mouvement révolutionnaire de la classe ouvrière ne nous a pas offert jusqu’à présent un organe de front unique aussi parfait et efficace que le soviet, qui est l’instrument de lutte aujourd’hui, et de pouvoir demain, de toute la classe ouvrière, représentée dans le soviet par des délégués de toutes les usines et ateliers sans distinction, quelles que soient les organisations syndicales et politiques auxquelles ils appartiennent. Un des côtés négatifs de la grève de Barcelone, comme auparavant de celle de Séville, a été l’absence d’un pareil organisme, surgi au cours de la lutte. Combien différentes auraient été l’importance et les conséquences politiques du mouvement dans le cas contraire! Mais le fait est qu’il ne surgit pas et n’a pas surgi d’aucun des grands mouvements ouvriers qui sont produits dans le pays durant les mois antérieurs, et que pour l’instant, on ne note aucune tendance dans ce sens dans la classe travailleuse espagnole. Surgira-t-elle plus tard? Il faut l’espérer, quoiqu’il soit certain que la classe ouvrière de notre pays arrivera à sa création par des chemins distincts de ceux qui ont été suivis par le prolétariat russe.

Mais en attendant que vienne ce moment, on ne peut adopter une attitude passive. Il faut lancer immédiatement les bases du front unique, il faut créer les prémisses nécessaires pour la création d’organismes destinés à grouper la classe ouvrière et à la préparer à la lutte. Cette base pourrait être trouvée dans les Comités d’usine.

Jusqu’à aujourd’hui, y compris en 1917-1920, années de l’apogée du mouvement révolutionnaire, il n’a pas existé en Espagne de comités d’usine proprement dits. Mais le système des délégués, de représentation de l’usine et de l’atelier a eu une large diffusion. Et durant les derniers temps l’idée des comités d’usine a fait beaucoup de chemin et acquis une certaine popularité parmi les masses.

Il faut donc partir de là et pousser activement à la création de ces organismes, en leur assignant comme fin immédiate le contrôle de la production. Les dirigeants de la C.N.T. les acceptent et les préconisent, mais les conçoivent exclusivement comme organismes syndicaux désignés par en haut par les comités de syndicats. Les socialistes, par leur représentant dans le gouvernement provisoire, M. Largo Caballero, préparent, pour leur part, un projet de contrôle ouvrier qui, en réalité, ne recherche pas le contrôle ouvrier, mais la collaboration des classes.

Les communistes doivent combattre avec une égale énergie ces deux conceptions. Les comités d’usine ne doivent pas être désignés par en haut, mais élus démocratiquement par tous les ouvriers, sans exception. Le contrôle ouvrier doit avoir comme but non la collaboration avec la bourgeoisie, mais la prise de possession des instruments de production.

Aucun ouvrier révolutionnaire ne pourra pas ne pas se sentir disposé à lutter en commun avec les communistes sur la base de la lutte pour les comités d’usine. Et cette lutte, bien orientée, bien dirigée, se convertira irrésistiblement en un puissant mouvement qui conduira à la création, sur la base des comités d’usine, de soviets, et d’autres organismes analogues par leur structure et leurs fonctions.

Pour toutes ces raisons, nous considérons que la création de Comités d’usine doit être le mot d’ordre fondamental au moment actuel. Toute grève importante, tout mouvement de masse doit être utilisé en ce sens.

L’expérience de la lutte des guérillas

Un des épisodes les plus intéressants de la grève générale de Barcelone a été la défense armée du Syndicat du Bâtiment. Durant plus de 6 heures, une douzaine d’ouvriers, retranchés dans le local du syndicat, et mal armés, tinrent en respect des forces de police considérables. Parallèlement d’autres groupes ouvriers, dans des rues voisines, abrités derrière une barricade, inquiétaient la force publique, et après une heure de lutte, se retiraient stratégiquement, sans laisser un seul prisonnier aux mains de l’ennemi.

Cet épisode est riche en enseignements.

Pendant l’insurrection de Décembre 1905 à Moscou, quelques centaines d’ouvriers mal armés soutinrent tenacement le combat, grâce à une lutte de guérillas habilement dirigée, contre des milliers de soldats parfaitement armés et équipés. Kautsky d’abord, puis Lénine, tirèrent de cette expérience la conclusion que la lutte de guérillas jouait un rôle beaucoup plus important que ne l’avaient imaginé jusque là les révolutionnaires.
Mais l’insurrection fut vaincue. Avec l’arrivée de nouveaux renforts, les ouvriers de Moscou furent obligés de se rendre. Pour la victoire définitive, il était nécessaire qu’une bonne partie de l’armée russe passe du côté de la révolution.
Les combattants héroïques de la rue Mercaders durent, en fin de compte, se rendent, et les lutteurs de la barricade de la rue Moncada furent obligés de se retirer.

Quelle leçon peut-on tirer de cet épisode?

Que la tactique des groupes anarchistes ne peut conduire qu’à une lutte de guérillas; que celle-ci, combinée avec la grève générale et l’action révolutionnaire organisée, peut constituer un élément auxiliaire de premier ordre comme moyen de distraire les forces de l’ennemi, ce qui permet de porter les coups décisifs sur les points décisifs, mais est incapable de donner seul, la victoire: que pour atteindre celle-ci – aujourd’hui beaucoup plus qu’en 1905, car la technique militaire a fait des progrès énormes – il est indispensable de conquérir à la cause de la révolution une bonne partie de l’armée.

La conséquence pratique qui découle de tout cela est la nécessité urgente d’intensifier le travail de propagande et d’agitation dans le sein de l’armée et de commencer sans tarder la constitution de Comités de Soldats.

La grève et les illusions démocratiques

Il est incontestable que la grève générale de Barcelone a considérablement ébranlé les illusions démocratiques des masses ouvrières. Mais ce serait une erreur profonde de considérer ces illusions comme définitivement dissipées. Maurin, par exemple, part de cette prémisse pour justifier la position absurde adoptée par le Bloc Ouvrier et Paysan, qui renonce aux mots d’ordre démocratiques et lance celui de la prise du pouvoir par le prolétariat.

La réalité, qui est la seule chose qui puisse servir de base à une véritable politique marxiste, est malheureusement plus complexe. Une partie, non la moindre, de notre classe ouvrière, a perdu toute confiance en la république bourgeoise; une autre commence à se sentir assaillie par le doute; mais l’immense majorité croit en la république. Si elle proteste, si elle se met en grève générale, ce n’est pas contre le régime, mais contre les « mauvais républicains ». La majorité des ouvriers s’imagine encore que, si l’on élimine du pouvoir Maura, si l’on destitue les gouverneurs et Anguerro de Sojo et si l’on les remplace par des « véritables républicains », les choses iront beaucoup mieux.

Les anarcho-syndicalistes, en première ligne, ont contribué à répandre cette illusion, avec leur politique de soutien de la petite bourgeoisie radicale, avec leurs éloges du « vénérable », du « tout à fait intègre », de « l’honorable » Macia – expressions qui se trouvent d’une façon répétée dans Solidaridad Obrera – de même que Maurin, qui, dans sa conférence à Madrid, a préconisé la prise du pouvoir par les « éléments avancés de l’Aténéo ». Comment serait-il possible dans ces conditions que la classe ouvrière, qui apprend lentement et apprend seulement grâce à sa propre expérience, ait abandonné d’un seul coup ses illusions démocratiques?

Ces illusions ont reçu un rude coup, mais seule une politique juste peut contribuer à les dissiper complètement. A celle-ci les communistes doivent consacrer toute leur attention, sans lancer des mots d’ordre qui ne répondent pas à l’état d’esprit réél des masses, mais sans prendre celui-ci comme base principale pour l’élaboration de notre tactique.

La crise interne de la C.N.T.

Deux mots, pour terminer, sur la crise de la C.N.T.
La grève générale, décrétée contre la volonté des dirigeants de cette centrale révolutionnaire, a indubitablement aiguisé la crise. La récente démission de la rédaction de Solidaridad Obrera en est une preuve. Le fait que l’organe confédéral, pour la première fois dans l’histoire de notre mouvement, a condamné catégoriquement la grève lors du premier numéro paru depuis celle-ci, était déjà assez éloquent, et révélait aux yeux de tous la grave maladie qui agite la C.N.T.

La crise s’accentue encore. Dans des circonstances plus ou moins normale[s], des crises pareilles peuvent se conjurer avec une facilité relative. Dans des circonstances révolutionnaires, comme elles le sont maintenant, c’est beaucoup plus difficile. Les divergences n’ont pas un caractère abstrait, mais sont une conséquence logique du problème de la situation posée à la C.N.T., qui exige d’elle, inexorablement, une réponse claire et précise: comment faire la révolution?

Le parti communiste ne peut rester en marge de cette lutte intérieure des tendances, dont le résultat peut avoir des conséquences immenses pour l’avenir du prolétariat espagnol. Il ne faut pas oublier, que pour neuf dixièmes, celui-ci dépend du fait que les ouvriers de la C.N.T., qui sont la fleur de la classe ouvrière de notre pays, suivent et accordent leur confiance aux anarchistes. Conquérir ces ouvriers constitue l’objectif principal de notre parti. Et on y arrivera non par la stupide tactique scissionniste suivie jusqu’à aujourd’hui, mais au moyen d’une politique intelligente qui saura tirer profit de la lutte interne de la C.N.T., non en insultant ses dirigeants, en mettant en circulation des qualificatifs imbéciles comme celui « d’anarcho-fascistes », mais en démontrant patiemment, obstinément, aux ouvriers révolutionnaires la stérilité de l’anarcho-syndicalisme et la nécessité d’un puissant parti communiste pour éviter que la situation révolutionnaire actuelle, au lieu de conduire à la victoire du prolétariat, conduise à l’instauration d’une dictature de type fasciste.

Septembre 1931, Barcelone.

ANDRES NIN

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