Les « crimes » de la Gauche révolutionnaire (1937) [1]

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DISCOURS PRONONCE PAR MARCEAU PIVERT
AU CONSEIL NATIONAL EXTRAORDINAIRE
DU 18 AVRIL 1937 A PUTEAUX

Camarades,

Je ne vous demande qu’une seule chose, avant de commencer mon exposé, c’est de croire à son absolue sincérité.

J’aborde cette tribune sans émotion et la conscience tranquille quant aux accusations dont mes amis et moi nous sommes l’objet.

Mais mon inquiétude est certaine en ce qui concerne le Parti. Une réunion brusquée du C.N. pour des questions dites de « discipline » à vingt-six jours des assises du Congrès National, prend un sens qui ne nous échappe pas. C’est pourquoi, dans les explications que je vous dois, camarades, je m’efforcerai de conserver toujours présente à l’esprit la nécessité de l’intégrité du Parti, tel qu’il a été forgé, avec sa structure et ses caractères propres, par nos devanciers et par nos propres efforts.

On devait en terminer très vite avec le programme du Rassemblement populaire. Vous n’avez pas perdu le souvenir de ce que Paul Faure écrivait en août: « Nous aurons réalisé le programme avant la fin de l’année ».

Il avait dit aussi en juin: « S’il y a des obstacles sur notre route, nous les dénoncerons devant le pays…« .

Or, les obstacles se sont dressés: l’obstacle militariste de l’Etat-Major; l’obstacle financier de la haute banque; l’obstacle clérical aussi…

Où avons-nous entendu la dénonciation?

Silence général…

Ah! si, j’oubliais! C’est une tendance du Parti, ce sont les camarades qui n’ont eu que le tort de jeter le cri d’alarme, que l’on dénonce violemment comme des « criminels », des « traîtres » et des « factieux ».

Ainsi la question est nettement posée: si nous sommes vraiment coupables comme on l’affirme, si nous constituons vraiment un péril grave pour le Parti, il ne faudra pas hésiter à nous frapper. Mieux, il faudra demander au Congrès, qui donnera une forme plus solennelle à la sanction, après un rapport motivé, de nous exclure du Parti.

Mais auparavant, camarades, il faut nous entendre, il faut que vous vous assuriez toutes les garanties qu’on doit à des membres du Parti. Quand vous serez informés, il faudra que vous retourniez devant les militants pour être mandatés. La force d’une majorité ne suffit pas! L’autorité du Secrétariat ne suffit pas. Le prestige du gouvernement ne suffit pas. Il faut que la justice socialiste soit satisfaite.

Lorsqu’il s’est agi des indisciplines d’une fraction parlementaire se dressant contre la volonté du Parti, on a pris d’infinies précautions. Cependant ils étaient, eux, indisciplinés à l’égard des décisions RÉGULIÈRES du Parti, ce qui n’est pas le cas en ce qui nous concerne. Ils avaient voté les crédits militaires en mai et cependant, en juillet 1933, vous vous dressiez tous pour les protéger. Et en novembre encore, alors que leur volonté de scission était patente, Paul Faure leur tendait des mains traternelles.

Malgré l’humiliation que comporte pour nous cette comparaison, nous constatons que nous sommes traités beaucoup plus cruellement alors que nous sommes restés fidèles, nous, aux engagements pris devant le Parti et à ses principes constitutifs.

Car nous affirmons n’avoir pas violé la discipline du Parti. Quand à la discipline à observer à l’égard du Gouvernement, c’est évidemment sur ce point que la discussion doit porter.

LE DOSSIER DE L’ACCUSATION

Si quelque chose m’a vraiment surpris dans cette séance, c’est d’avoir vu monter à la tribune un délégué qui me paraît être parmi les moins qualifiés pour dresser un tel réquisitoire contre nous. Je revois Francis Desphilippon [*], il y a quelques années, à la suite d’une réunion de propagande que j’avais faite à la 19° section. Il était alors associé aux milieux communistes, à la revue Monde, et je me souviens de l’insistance que je mettais à le convaincre de la nécessité d’adhérer à notre Parti. Que ce soit lui qui ait fait l’effort maximum, aujourd’hui, pour obtenir qu’on m’en fasse sortir me paraît tout de même manquer d’élégance.

Je le revois ensuite donnant des articles à la publication trotskyste La Vérité, et lié continuellement et défendant des motions avec les trotskystes (dont Molinier)… Que ce soit lui qui soit venu établir ici frauduleusement l’existence d’un vaste complot « trotskyste » contre le Parti, cela me paraît assez indécent.

Enfin, je l’entends encore, il y a quelques jours, au Conseil fédéral de la Seine, qui devait, par 7.500 mandats sur 11.000 s’opposer à toute exclusion de la minorité (la minorité n’osant même pas proposer des exclusions) me demander de faire une motion unanime pour s’opposer ici à toute exclusion. Ces attitudes jugent un homme et une thèse. Nous demanderons à la fédération de la Seine si c’est ainsi qu’elle avait compris le mandat de son délégué. Mais pour le moment, je me bornerai à reprendre une à une les accusations apportées à cette tribune contre la Gauche révolutionnaire.

Qu’il se lève, le délégué d’une fédération dans laquelle mes amis ou moi nous avons porté préjudice au Parti par notre propagande extérieure. Personnellement, j’invoque le témoignage des camarades de Nancy, Marpent (Nord), Blois, Keryado, Dijon, Orléans, Corbie, Bordeaux, Saint-Etienne, Firminy, Migennes, Roche-laMolière, Longwy, Chartres… où je suis allé ces dernières semaines…

Nous avons porté nos critiques à l’extérieur? Dans le Populaire à la tribune libre, nous avons dit ce que nous pensions. On nous a blâmés, nous nous sommes inclinés. Dans la Vie intérieure du Parti, nous avons dit ce que nous pensions, on nous blâme encore. Est-ce que l’on voudrait nous empêcher de penser et de dire ce que nous croyons être la vérité à nos camarades du Parti?

Nous sommes loyaux à l’égard du Parti: nous faisons confiance à l’honnêteté politique et à l’indépendance de ses militants. Aucune preuve sérieuse n’a pu être apportée ici pour établir la réalité d’un « complot » contre l’unité du Parti. Rien, dans l’idéologie de la Gauche Révolutionnaire, qui est démocratique et fidèle aux aspirations des masses, ne permet de maintenir cette prétention.

LE DOCUMENT COLLINET

On s’appuie sur une lettre de Collinet. Ce document-massue, émanant d’un camarade retenu en Espagne et qui écrit librement une lettre privée à quatre de ses amis sur la situation politique et les tâches de la Gauche Révolutionnaire n’a pu être utilisé qu’à la suite d’un méprisable abus de confiance. Mais dès que certains de ses passages, arbitrairement tronqués ont commencé à circuler nous avons nous-mêmes demandé à la fédération de la Seine sa publication intégrale et bien loin d’indigner les militants, il a été apprécié comme l’effort d’un camarade qui réfléchit à ses responsabilités et veut travailler dans le Parti.

Certes, il parle des « cellules socialistes » d’usine. Et cela prend un caractère mystérieux et assez en marge de la discipline formelle. Mais qu’est-ce que la discipline dans ce cas précis? Nous avons en effet, à la 15° section, en dehors de toute décision de Congrès, il y a plus de quatre années déjà, constitué des groupes de militants socialistes sur la base de l’entreprise. C’est sans doute là une des raisons du développement remarquable de notre section, la plus forte de Paris, passant de 270 adhérents à 1.600 et conservant pour le Parti et pour ses délégués au Gouvernement, les sentiments de loyauté et de solidarité dont peuvent témoigner Vincent Auriol, Jardillier, Blancho, Léo Lagrange, appelés dans nos réunions.

Indiscipline, la création de « Groupes socialistes d’usines »? Allons donc… la formule correspondait si bien à une nécessité que la fédération depuis l’avènement du Front populaire et en dehors de toute décision de Congrès, a constitué à son tour, et avec un grand succès des Amicales d’Usine. Ce que nous trouvons dans la lettre Collinet, c’est la nécessité de faire circuler dans ces formations des mots d’ordre socialistes. Et nous n’éviterons pas la divergence fondamentale qui nous oppose, au fond: la politique du Gouvernement est une chose que nous devons expliquer et, s’il y a lieu, critiquer, du point de vue de la politique socialiste, qui en est distincte

Mais dans tout cela, rien ne permet d’affirmer, comme on l’a fait, que nous constituons une sorte de noyau de désagrégation dans le Parti. Je l’ai déjà dit, je le répète ici: Si j’avais le sentiment que l’un quelconque de mes camarades vienne à notre mouvement d’opinion avec l’intention de faire ce travail de sabotage, je serais le premier à le prier de ne pas rester avec nous.

LA 17° SECTION

Beaucoup de faits disparates sont d’ailleurs portés à cette tribune d’après les récits fantaisistes parus dans la Lutte ouvrière, organe trotskyste dont l’intention est trop évidente et devrait, à elle seule, permettre de récuser de tels témoignages.

C’est le cas, en particulier pour les « crimes » commis par la 17° section qui s’est rencontrée, en effet, avec des éléments prolétariens, (mais qui a constaté très vite l’impossibilité d’un accord quelconque) pour certaines actions communes analogues à celles qui se pratiquent au Front populaire.

De même les paroles prononcées par nos camarades à un meeting relatif à la révolution espagnole tenu le 18 mars, et rapportées par La Lutte ouvrière, sont formellement démenties par les témoins sérieux.

J’ajoute que cette fameuse section « dominée par le trotskysme » ne compte pas plus de cinq anciens communistes sur 450 adhérents, et que pour le vente du Populaire, elle est actuellement au sixième rang des sections de la seine.

L’AFFAIRE DU LOT

Il y a encore un autre crime dont s’est rendu coupable Collinet… Il est allé, lui, universitaire (agrégé de mathématiques) passer deux nuits dans le train pour faire de la propagande dans le Lot et comme il avait été régulièrement invité par les J.S. du Lot, il a assisté à leur Congrès. Je ne m’explique l’incident que par un manque de liaison entre les J.S. et la fédération. Mais tout militant de bonne foi trouvera extraordinaire qu’on ait monté en épingle un tel événement et qu’on l’ait considéré comme « absolument intolérable ». Je me bornerai à lire la lettre qui a été adressée à Paul faure par le secrétairefédéral des Jeunesses Socialistes du Lot, que je ne connais ni de près, ni de loin, et dont l’Entente a voté, à Creil, avec B. Chochoy et Laforgette.

Le Secrétaire Fédéral à Paul Faure:

Aynac, le 17 avril 1937.

Mon cher Camarade,

Je tiens à protester énergiquement contre le document D. [**] paru sur le dernier B.I.S. pour sa non conformité avec les faits:

Le camarade Collinet a effectivement assisté au Congrès fédéral des J.S. du Lot, mais non dans l’intention d’y intervenir au nom de sa tendance. Ceci avait d’ailleurs été convenu avant l’ouverture du Congrès.

La présence de Collinet s’explique par le fait qu’il devait participer le soir, à un meeting adulte à Goudon.

J’affirme qu’en aucune façon Collinet n’a essayé d’influencer le vote de la fédération, et qu’une telle délicatesse n’a pas été observée par Coll. Ce dernier a exercé une pression odieuse et indigne d’une organisation démocratique. Il a même soulevé la réprobation générale en intervenant dans une question fédérale pour faire désavouer un camarade non présent.

Je prends sur moi l’entière responsabilité de cette lettre et, en toute impartialité, j’insiste pour qu’elle soit jointe au dossier de Collinet, dans le cas où ce dernier serait convoqué devant une commission de discipline.

Avec toute ma confiance, je vous prie d’agréer, mon cher camarade, mes sentiments socialistes.

Jean THAMIE.

Tout cela n’est pas très sérieux, mais prouve une volonté systématique de charger le dossier de l’accusation sans doute un peu trop maigre.

CLICHY

J’arrive au grief le plus important: celui de l’action extérieure dont nous avons pris la responsabilité pleine et entière.

Ce sont les événements eux-mêmes qui ont fait éclater cette discordance entre nos militants, ceux qui nous font confiance, et la majorité du Parti. Pour comprendre l’extériorisation décidée par plusieurs grosses sections parisiennes au moyen d’une affiche et par la majorité de l’Entente des Jeunesses de la Seine, au moyen d’un numéro spécial de la Jeune Garde, il faut commencer par expliquer Clichy. Ces deux manifestations, sans relation matérielle directe, mais dont la parenté idéologique est évidente, ne se seraient pas produites s’il n’y avait pas eu Clichy. En juin 1936, la classe ouvrière n’avait pas de contacts avec la police et il n’y a eu aucune divergence entre nous. En mars 1937, la police tire sur les ouvriers; si l’on veut juger sans parti pris, on doit tenir compte de ce fait initial et comprendre qu’il ne peut pas ne pas y avoir de répercussion sur la vie du Parti.

Je voudrais donner aux délégués une idée de ce drame atroce, sur lequel nous voulons faire toute la lumière… [***]

Voici pour commencer, quelques passages du journal socialiste Le Prolétaire de Clichy (la section de Clichy n’est pas sur les positions de la Gauche Révolutionnaire et son récit ne peut être suspect).

« Malgré les ordres du ministre de l’Intérieur, les forces de police se regroupent autour de la mairie, les élus se heurtent à l’incompréhension criminelle des chefs qui ne veulent pas céder le terrain.

« .. Dormoy est allé au devant des fusils donner des ordres. Mais il ne sera pas obéi et jusqu’à 1 h. du matin, malgré le ministre, malgré le Préfet de Police en personne, les officiers factieux pourront continuer à canarder cette foule admirable et exaspérée qui résiste héroïquement, se sert de tous les projectiles possibles et dresse même une barricade à l’angle des rues Villeneuve et Dagobert… »

Ce qu’attend avec impatience la classe ouvrière de la Région parisienne, ce que nous avons réclamé, c’est le nom et la révocation de ces chefs de la police qui n’obéissent pas à leur ministre.

Mais en même temps, la réaction et les radicaux sommaient le Gouvernement de ne pas toucher au service d’ordre et l’idée qui a circulé dans tous les esprits exaspérés par ces évènements, c’est qu’ils avaient une logique interne… oui, on a rapproché (et rien ne sert de fermer les yeux sur cette réalité) les mesures prises par le Gouvernement pour rétablir la confiance des possédants et les mesures de protection de la réunion des croix de feu. Oui, on a difficilement compris que le rassemblement populaire, la fédération de la Seine, la municipalité socialiste de Clichy, convoquent une contre-manifestation et que le ministre de l’Intérieur, socialiste, n’interdise pas la réunion fasciste. Mais surtout, imaginez la révolte et la douleur des compagnons de Solange Domangel, membre de notre 18° section, couchée sur le sol avec une balle dans le cervelet. Imaginez l’atmosphère des sections parisiennes au lendemain de cette fusillade tragique. Et vous comprendrez comment j’ai été amené à considérer comme une obligation de fournir aux militants le moyen d’exprimer, avec le maximum de modération – je dis bien de modération – leurs véritables sentiments. Ce n’est pas mon rôle, direz-vous? Comme secrétaire de section, responsable du développement du Parti sur le territoire de mon arrondissement, si (et c’était la même chose pour d’autres camarades de sections) la fédération n’avait pas de position, car elle « regrettait » la décision du ministre de l’Intérieur. Et la C.A.P.? Oui! la C.A.P.! Mais permettez-moi de vous dire que la C.A.P., où siègent précisément nos camarades ministres, était dans une situation trop délicate pour interpréter avec une véritable objectivité les sentiments réels de la classe ouvrière et même du Parti, et en tout cas des militants de la Région parisienne. J’ai donc rédigé cette affiche, en marquant notre volonté de ne plus capituler et d’entamer la lutte contre les trusts. Du point de vue socialiste, quel reproche peut-on faire à cette affiche?

Qu’il y ait eu des provocations au cours de cette soirée, c’est possible. N’y a-t-il pas eu un chef policier fasciste amenant les brigades de réserves des 20 arrondissements et leur disant: « Armez vos revolvers, vous aurez à vous en servir! » puis lançant ses hommes dans la nuit, sans cadres, sans ordres précis, en pleine débandade? N’y a-t-il pas eu, au pied de la maison d’Auffray, un petit groupe de fascistes, protégés par le barrage de police et qui auraient effectivement tiré les quatre premiers coups de feu, d’où est né le drame, car la foule a pu croire que ces coups de feu venaient de la police? Différents témoins me l’ont affirmé.

INTERPRÉTATION POLITIQUE

Mais cette provocation n’a été rendue possible que par suite d’une attitude politique contre laquelle je me suis élevé dès le lendemain à la C.A.P. Il ne fallait pas autoriser cette manifestation de croix de feu dans une cité ouvrière comme Clichy, dressée toute entière contre cette provocation. Si on l’a autorisée, n’est-ce pas parce qu’on a dû céder, sur d’autres terrains, à des adversaires ou même à des alliés peu sûrs? Mais les masses, elles, ne sont pas disposées à céder; elles sentent quel est l’enjeu de la bataille anti-fasciste. Elles restent fidèles aux méthodes d’action directe qui ont déjà brisé la vague fasciste et sans lesquelles il n’y aurait pas eu de gouvernement de Front populaire.

C’est là que réside le véritable problème: il est essentiellement politique; il y aura lieu de l’examiner à fond devant le Congrès National. Mais on doit comprendre dès maintenant que toute discordance sérieuse entre l’attitude du gouvernement et les désirs, la combativité des masses prolétariennes a sa répercussion inévitable sur la vie du Parti. Notre « Gauche Révolutionnaire » exprime précisément la mesure de cette température des masses, qui commence à monter. Nous constituons pour le Parti une sorte de thermomètre: vous pouvez sans doute briser le thermomètre. Est-ce que cela guérira la fièvre?

Notre rôle de militants ne peut pas consister à fermer les yeux mais au contraire à étudier la nature des difficultés qui ont surgi entre nous de manière à conserver au Parti sa cohésion et sa force.

Indiscipline à l’égard du Gouvernement, oui, sans doute… Mais il n’est pas un Gouvernement socialiste et l’essentiel est de rester disciplinés à l’égard du Parti. Et c’est au Parti lui-même, et non à un Conseil National qu’il convient de poser la question.

Ce que nous combattons, je tiens à le préciser, ce ne sont pas des hommes, ce ne sont pas des camarades, placés à des postes de responsables, c’est une ligne politique fausse, qui n’est plus d’accord avec les principes adoptés au début de l’expérience, ni avec les conditions que nous avions mises à notre solidarité sans réserves. C’est ce que nous dirons au Congrès de Marseille.

PRÉCISIONS

Cette attitude appelle une protestation énergique contre certains procédés employés à notre égard. Nous prenons en charge les faits précis qui relèvent de notre tendance et même ceux qui peuvent être considérés comme accomplis sous notre influence, mais il y a manifestement dans le dossier apporté à cette tribune des textes qui ont été presque miraculeusement fournis aux accusateurs pour leur donner un élément de justification, par exemple cet article d’un trotskyste connu comme tel, aujourd’hui retourné aux Jeunesses Socialistes  Révolutionnaires, croyez-moi camarades, si nous avions eu, comme on l’a affirmé faussement, une organisation de la Gauche Révolutionnaire dans la Jeunesse, nous aurions guidé nos jeunes camarades de manière que certaines imprudences de langage ne puissent pas leur être attribuées. On comprendra mal, sans doute, ce que je précise, en ce moment, les uns diront: « Dégonflage? », les autres: « Cynisme? », mais je ne fais que dire la vérité toute simple: notre mouvement intérieur au Parti a des répercussions inévitables, et en dehors de notre propre initiative, dans la pensée et l’orientation de la classe ouvrière et donc des Jeunesses. Mais nous ne pouvons endosser qu’une responsabilité politique générale, qui correspond au courant d’opinion que nous exprimons. Par exemple, on a lu une circulaire des Jeunes exclus qui demandent à leurs camarades de rester unis et de n’aller ni aux anarchistes, ni aux trotskistes, ni aux communistes, mais d’entrevoir la formation d’un grand Parti révolutionnaire. Il est bien évident que les termes mêmes de cette circulaire, que j’ignorais il y a quelques heures traduisent un état d’esprit assez confus consécutif à la mesure brutale prise contre des jeunes gens qui avaient une conception élevée de nos organisations et qui s’en trouvent chassés. Les excès dans la répression bureaucratique déterminent des réactions en sens contraire. Mais où se trouvent les véritables responsabilités? Malgré tout, je suis convaincu que les excellents militants dont on veut à tout prix se séparer devraient être traités avec un minimum d’équité et de compréhension socialistes. Au lieu de cela, on demande aux jeunes à qui on s’adresse pour reconstituer l’Entente un engagement de « refuser de participer à toutes discussions politiques« . Je lis textuellement pour vous montrer avec quel état d’esprit invraisemblable on aborde la jeunesse ouvrière.

RESPONSABILITÉS

Dans la mesure où j’ai une conception diamétralement opposée de l’éducation, j’ai ici encore une responsabilité que j’accepte, comme je l’ai écrit dans la préface de la brochure que vous avez sous les yeux.

(Ici Roucayrol puis Château posent des questions à l’orateur)

A suivre

Notes de la BS:

* Francis Desphilippon (1894-1965) deviendra collabo, membre de la direction du R.N.P. de Déat.

** Une des pièces annexes à la circulaire de Paul Faure convoquant ce C.N. extraordinaire.

Note de Marceau Pivert:

*** Au cours de son exposé, Marx Dormoy devait apporter une accusation monstrueuse contre la Gauche Révolutionnaire en disant: « Il y avait à Clichy 200 membres de la G.R., organisés en T.P.P.S. et participant à l’attaque du barrage de police. » On imagine quelkle atmosphère cette affirmation peut créer. Avec le maximum de sang-froid j’affirme que cette accusation ne résulte que de rapports de police non contrôlés par les témoins ouvriers, par les organisations ouvrières; la preuve est facile à faire: Aucun appel particulier n’a été lancé par la Gauche Révolutionnaire. Les T.P.P.S. constituent l’organisme de sécurité des deux fédérations, placés directement sous l’autorité des bureaux fédéraux, ils s’interdisent absolument toute discussion ou activité de tendance et la correction absolue de leur attitude a été reconnue dans un ordre du jour unanime de la Commission exécutive de la Seine voté le 5 avril. Je n’ajouterai aucun commentaire, si Marx Dormoy a plus confiance dans ses policiers que dans ses camarades du Parti, nous aurons certainement d’autres occasions d’en discuter.

M.P.


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4 Réponses to “Les « crimes » de la Gauche révolutionnaire (1937) [1]”

  1. lucien Says:

    Lire la deuxième partie ici

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