Pas de collectivistes au PS

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« On voudrait nous faire croire que s’opposent, au Parti socialiste, partisans et adversaires de l’économie de marché. Pas de collectivistes chez les socialistes. Pour nous, la question n’est pas celle de l’acceptation ou non de l’existence du marché, mais celle des réponses politiques proposées pour le réguler et redistribuer les richesses. « 

Extrait de la motion C présentée par… la gauche pour le congrès de Reims du Parti soi-disant socialiste, issue d’une fusion des 7 contributions initiales signées par Benoit Hamon, Henri Emmanuelli, Marie-Noëlle Lienemann, Gérard Filoche, Jean-Luc Mélenchon, Marc Dolez, Jacques Fleury, Pierre Larrouturou, qui s’engagent juste à ne pas faire d’alliance avec le centre [1].

On comprend mieux le silence général sur la dernière déclaration de principes. « Réguler le marché » ça tombe bien, c’est justement ce qu’a demandé Sarkozy à l’ONU. C’est aussi ce que prône la bureaucratie syndicale: « La tâche fondamentale de réglementer les marchés financiers » (CSI).
Rappelons une fois de plus qu’à l’origine, le Parti socialiste était « un parti de classe qui a pour but de socialiser les moyens de production et d’échange, c’est-à-dire de transformer la société capitaliste en une société collectiviste ou communiste, et pour moyen l’organisation économique et politique du prolétariat. Par son but, par son idéal, par les moyens qu’il emploie, le parti socialiste, tout en poursuivant la réalisation des réformes immédiates revendiquées par la classe ouvrière, n’est pas un parti de réforme, mais un parti de lutte de classe et de révolution. » (Déclaration de principes, 1905)

Non seulement le PS n’est pas un parti de lutte de classe [2] et de révolution, mais sa gauche s’affirme partisane de l’économie de marché en pleine crise financière. « Transformer la société capitaliste en une société collectiviste » en 1905 est devenu « Pas de collectivistes chez les socialistes » en 2008. Quant à même modestement réguler et redistribuer les richesses, on n’avait de toute façon pas remarqué que le bilan des législatures PS ( 1981-86, 1988-93 et 1997-2002) allait dans ce sens… Mais tout le monde s’en fout au PS, ce qui compte c’est de laisser entrouvertes les portes pour une synthèse où chacun aura une bonne place dans l’appareil. Donner des gages de non-collectivisme à gauche est dès lors un exercice obligé.

Quand c’est la gauche du PS elle-même qui dit « Pas de collectivistes chez les socialistes« , cela veut dire: il n’y en a pas, il ne peut pas y en avoir, il n’y a pas de place pour eux, pour les anti-capitalistes, au PS. Reprenons la citation de la motion C et remplaçons « économie de marché » par « capitalisme » et « collectivistes » par « anti-capitalistes ». On obtiendrait:

On voudrait nous faire croire que s’opposent, au Parti socialiste, partisans et adversaires du capitalisme. Pas d’anti-capitalistes chez les socialistes. Pour nous, la question n’est pas celle de l’acceptation ou non de l’existence du capitalisme, mais celle des réponses politiques proposées pour le réguler et redistribuer les richesses.

Il n’y a pas de « collectivistes » au PS, c’est la gauche du Parti qui vous le dit.

S.J.

Notes:

[1] Pour une critique plus générale de la motion C, lire Denis Collin sur le site La sociale. Il conclut ainsi: “Élaboré par le concile des grands chefs de cette petite gauche, Dolez et Mélenchon étant sommé de le prendre tel qu’il est, ce texte, loin de traduire le renouveau de la gauche du PS, en montre au contraire la décomposition politique et morale.”
[2] François Hollande vient d’ailleurs récemment d’avouer qu’un parti réformiste ne peut plus être un parti ouvrier:

Du reste, la part des ouvriers dans la société française est aujourd’hui très faible. Peut être certains le regrettent-il, mais c’est un fait. Cela ne veut pas dire que le PS doivent les oublier, bien au contraire, mais il doit présenter un projet de société plus juste pour l’ensemble des citoyens, sinon nous devons renoncer à la voie parlementaire et au réformisme.”

(extrait d’un courrier de François Hollande du 19-09-2008 au groupuscule trotskyste Militant qui… milite au PS).

Voir aussi:

 

 

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2 Réponses to “Pas de collectivistes au PS”

  1. lucien Says:

    Voir la Lettre ouverte aux militants de Forces Militantes et de PRS sur le site La Sociale, se concluant par:
    « Estimant que la motion C ne permet pas de rassembler des militants sur une base clairement anticapitaliste, nous refusons de la soutenir, nous retirons notre signature lorsque nos grands chefs ont pris la liberté d’utiliser notre nom, alors que nous n’avons ni participés à la rédaction, ni même lus le texte.

    Aujourd’hui, nous lançons un appel, pour que les militants qui considèrent que le socialisme est la seule alternative possible à cette crise, se regroupent et s’organisent pour discuter de ce qu’il convient de faire dans la situation présente. »

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  2. lucien Says:

    Revue de presse
    Congrès PS: Royal vainqueur du vote militant devant Delanoë et Aubry

    PARIS (AFP) — Le « vieux » Parti socialiste est sorti désavoué jeudi du vote des militants PS pour le congrès de Reims, qui a consacré la prééminence de Ségolène Royal et l’émergence d’une nouvelle génération autour de Benoît Hamon.

    Favori des sympathisants, selon les sondages, et appuyé par une grande partie des cadres et élus socialistes, Bertrand Delanoë a été devancé de quatre points par l’ex-candidate à la présidentielle de 2007 qui, avec 29% des suffrages, se trouve ainsi en position de force pour tenter de constituer une majorité au 75e congrès la semaine prochaine.

    Candidat déclaré au poste de numéro un du parti, le maire de Paris n’est même pas certain d’arriver deuxième, puisque, comme Martine Aubry, il a recueilli « autour de 25% », a indiqué Stéphane Le Foll, bras droit de François Hollande. Il manquait encore quelques résultats, notamment de l’outre-mer.

    Le jeune eurodéputé Benoît Hamon (41 ans), qui avait réuni derrière lui toute la gauche du parti, recueille « autour de 19% », le meilleur score qu’il pouvait espérer. Le « pôle écologique » et « Utopia » obtiennent « autour de 1,50% à 2% ».

    Sans doute lassés des querelles internes et de la « guerre des chefs » dans un parti qui a perdu les trois dernières présidentielles, les militants se sont assez peu mobilisés. Avec 128.978 votants, la participation a atteint 55,38%.

    Le résultat constitue un revers pour la direction sortante, emmenée par François Hollande, qui soutenait M. Delanoë, tout comme les présidents des groupes parlementaires, Jean-Marc Ayrault et Jean-Pierre Bel. M. Delanoë n’a même pas pu compter sur la voix de Lionel Jospin, qui l’avait pourtant appuyé, l’ancien Premier ministre étant absent de Paris.

    Partisan de Martine Aubry, le député Jean-Christophe Cambadélis parle de « coup de tonnerre sur l’appareil du parti », « du jamais vu ». En difficulté ces dernières semaines, notamment après son meeting controversé du Zénith, Mme Royal, la plus populaire chez les militants, est parvenue à inverser le courant en mettant « au Frigidaire » son ambition de prendre la tête du parti. Elle était soutenue par d’importantes fédérations comme les Bouches-du-Rhône, où elle aurait obtenu 73% des voix, et l’Hérault.

    François Rebsamen, numéro deux du parti et soutien de Mme Royal, a vu dans le vote « un choix en faveur du changement, de la transformation du parti ». Un point d’accord au moins avec Benoît Hamon, qui se félicite d’un score où il voit « la marque d’une volonté de changement, de réorienter le message des socialistes vers une gauche plus décomplexée, plus résolue ». Le jeune eurodéputé reste candidat à la succession de M. Hollande, estimant avoir « une grande légitimité à diriger ce parti ».

    C’est maintenant à Mme Royal de tenter d’organiser le rassemblement pour constituer une nouvelle majorité au congrès de Reims (14-16 novembre). « Ségolène Royal a la responsabilité de rechercher avec nous la plus grande unité du PS », a déclaré M. Rebsamen. Pour M. Delanoë, pas question toutefois de rejoindre un bloc qui, comme Mme Royal, s’accomoderait d’une alliance avec un parti « qui ne s’assumerait pas clairement de gauche », sous-entendu le MoDem.

    Chez Mme Aubry, on ne renonce pas à constituer un rassemblement majoritaire. « Nous allons maintenant travailler à élargir le rassemblement sur une ligne de changement et d’ancrage à gauche », a déclaré le fabiusien Guillaume Bachelay.

    Compte tenu de l’aspiration au renouvellement, le député européen Vincent Peillon, 48 ans, paraîtrait avoir le meilleur profil dans l’équipe Royal pour revendiquer le poste de chef du parti. Une candidature de la présidente du Poitou-Charentes semble peu probable.

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