La Révolution espagnole en danger (1937)

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(Appel du Comité pour la Révolution espagnole auquel « Spartacus » s’associe sans réserves)

Le Comité pour la Révolution espagnole est dans la nécessité de porter à la connaissance des travailleurs et des antifascistes des faits d’une extrême gravité, susceptibles de compromettre irrémédiablement les destinées de la révolution espagnole.
Depuis de longs mois, le Parti Communiste d’Espagne et le Parti Socialiste Unifié de Catalogne (affilié à l’Internationale communiste) mettant à profit la popularité que leur a valu le ravitaillement de l’Espagne par la Russie soviétique et pins encore les abondantes ressources matérielles dont ils disposent par suite de leur contact intime avec l’U.R.S.S, ont déclenché au sein de la démocratie espagnole une abominable campagne contre le Parti Ouvrier d’Unité Marxiste, fondé par Joaquin Maurin, mort pour la révolution, contre la Confédération Nationale du Travail et la Fédération Anarchiste Ibérique, organisations ouvrières hostiles à leur domination, résolues de s’opposer à l’établissement de toute dictature totalitaire, résolues à pousser aussi loin que possible les conquêtes de la classe ouvrière.
On a vu depuis des mois les partis staliniens exiger et annoncer la mise hors la loi et l’extermination physique de ces révolutionnaires gênants. On les a vus obtenir, grâce à leur puissance militaire, fondée sur les brigades internationales et à la pression diplomatique des représentants officiels de l’U.R.S.S., des mesures d’ostracisme contre le POUM et la CNT. L’unité antifasciste a ainsi été systématiquement poignardée par ceux qui, aux ordres de Moscou, ne veulent pas de démocratie ouvrière en Espagne.
Rappelons les faits. A Madrid où il a perdu des centaines de militants au front, le POUM se voit, contre toute légalité, confisquer sa station de T.S.F., supprimer son hebdomadaire « El Combatiente Rojo », fermer son Secours rouge. A Bilbao, l’organe de la CNT est supprimé, à la veille de l’attaque sur Guernica, et ses rédacteurs emprisonnés. A Valence, Maroto, compagnon d’héroïsme de Durutti, est emprisonné avec plus de 200 libertaires. Une certaine presse répète tous les jours que le POUM est un parti d’agents de Hitler-Franco-Mussolini, donc un parti à fusiller. Peu importe que le sang des prolétaires de ce parti coule à flots sur tous les fronts. Les insulteurs n’en ont cure, ils poursuivent leur dessein. La calomnie pour le discrédit. Le discrédit avait l’étranglement politique. Pour finir, l’assassinat légal ou extra-légal.

On sait la cause des événements des 3 et 6 mai : La crise du pouvoir en Catalogne, due à la pression du PSUC (Internationale communiste) qui réclame le désarmement de la classe ouvrière et un pouvoir fort contre les travailleurs. La crise atteint son point culminant lorsque, le 3 mai, la police, commandée par un officier du PSUC, attaque les militants des deux confédérations syndicales, charges de garder le Central téléphonique. On sait la vive et puissante réaction du prolétariat catalan tout entier qui se trouve maître de la situation pendant plusieurs jours et, par une fidélité peut-être mal comprise à la cause antifasciste, se laisse ensuite désarmer, perdant ainsi tout le bénéfice de sa victoire. Le plus gros effort dans cette admirable passe d’armes a été fourni par les militants de base de la CNT, de la FAI et du POUM. Pendant les tragiques journées, les staliniens du PSUC ont délibérément assassiné (après arrestation) le philosophe et militant anarchiste Camille Berneri et le petit-fils du grand fusillé de Montjuich en 1909, Francisco Ferrer. Il semble bien que les partisans du régime totalitaire aient perdu toute norme morale et soient décidés à ne plus s’arrêter devant rien.
Nous apprenons enfin, qu’après avoir provoqué la chute du cabinet Largo Caballero en exigeant la dissolution du POUM, mesure illégale et anticonstitutionnelle du point de vue même de la démocratie bourgeoise, — mesure à laquelle Largo Caballero aurait refusé de souscrire, — ils ont repris l’offensive avec le concours du cabinet Negrin-Prieto. Ils parlent ouvertement de mettre hors la loi un parti de 50.000 travailleurs dont des milliers de membres se sont comportés au front en héros et y sont morts. Ils entendent instituer ainsi en Espagne le régime du baillon et la terreur à l’arrière. « La Batalla », organe quotidien du POUM, vient d’être suspendue à terme indéfini. Nouvel attentat à la liberté de la presse ouvrière. Julian Gorkin, l’un des leaders du POUM, vient d’être inculpé en raison des événements du début de mai et se trouve en état d’arrestation.
Il est grand temps d’alerter la classe ouvrière et les hommes de bonne volonté. C’est toute la révolution espagnole qui est en danger. En la poignardant à l’arrière, on rend impossible sa victoire militaire. On provoque la désaffection des travailleurs et on prépare une dictature militaire qui conduirait un peuple épuisé par ses sacrifices à quelque régime totalitaire, abusivement qualifié de républicain, sans pain ni liberté.
Nous en appelons à toutes les organisations ouvrières, à tous les militants sans distinction de partis, pour exiger impérieusement, inlassablement, au nom du salut de l’Espagne ouvrière :

  • La cessation des campagnes systématiques de mensonges et de calomnies qui emprisonnent toute la vie politique ;
  • La cessation des brimades et des scandaleuses mesures de répression à sens unique, dirigées contre les travailleurs partisans de la transformation sociale et adversaires des dictatures totalitaires .
  • Le bénéfice intégral de la légalité pour le POUM, le CNT, la FAI ;
  • La liberté pour les travailleurs arrêtés après les journées de mai ;
  • La liberté de presse pour tous les partis ouvriers ;
  • La liberté pour Julian Gomez Gorkin ;
  • Le châtiment des assassins bien connus de Camille Berneri et de
  • Francisco Ferrer.

LE COMITÉ
POUR LA RÉVOLUTION ESPAGNOLE.

encarté dans Le Guépéou en Espagne : les journées sanglantes de Barcelone, du 3 au 9 mai 1937 (Marcel Ollivier, Spartacus, juin 1937).

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2 Réponses to “La Révolution espagnole en danger (1937)”

  1. Neues aus den Archiven der radikalen Linken - eine Auswahl « Entdinglichung Says:

    […] Marxista (POUM): The Spanish Revolution, 28. Oktober 1936 * Comité pour la Révolution espagnole: La Révolution espagnole en danger (1937) * Independent Labour Party (ILP)/Dan McArthur: We carry on: our tribute to Bob Smillie […]

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  2. Le Comité d’Action Socialiste pour l’Espagne en 1937 « La Bataille socialiste Says:

    […] La Révolution espagnole en danger (Comité pour la Révolution espagnole, 06-1937) […]

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