Relire « La peste brune » de D. Guérin

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à lire ou à relireSpartacus, ISBN : 2-902963-34-3. 136 pages. 10.00 euros

Descriptif éditeur:

En août et septembre 1932, dans ces mois qui précèdent l’accession d’Hitler au pouvoir, Daniel Guérin part sac au dos visiter cette Allemagne qu’on perçoit comme à la veille d’un affrontement politique décisif. Dans les auberges de jeunesse, les brasseries, les locaux syndicaux, au Reichstag et dans les rédactions des journaux d’extrême-gauche, il prend la mesure de la misère, des divisions, mais aussi des attentes et des espoirs des couches populaires, et de la jeunesse en particulier. Il en rapporte des articles qui paraîtront dans plusieurs revues, et dont il tira plus tard le texte publié ici.

Au printemps de 1933, il retourne en Allemagne, sur les mêmes lieux, pour prendre la mesure de l’emprise du nouveau régime sur la population et des capacités de résistance du mouvement ouvrier. Son long reportage est publié dans le Populaire, le quotidien de la S. F. I. O.
Signe des temps, son récit, riche en constats abrupts et en témoignages sera accueilli avec incrédulité par une partie des lecteurs.

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Note précédemment parue sur le site syndicaliste Ensemble:

Première publication à chaud de Guérin sur le fascisme allemand, qui devait être suivie  ensuite de son ouvrage majeur Fascisme et grand capital, ce livre est un récit de deux voyages en Allemagne d’un jeune journaliste militant, proche de Pierre Monatte et de Marceau Pivert. Le premier, intitulé “Avant la catastrophe” est une randonnée, sac au dos, d’auberges de jeunesses en quartiers ouvriers, à l’été 1932. Le second est en mai-juin 1933, très peu de temps après l’arrivée au pouvoir des nazis. Témoignage vivant et politiquement acéré, La peste brune révèle tangiblement la nature profondément contre-révolutionnaire du nazisme, fausse solution aux immenses problèmes des travailleurs allemands plongés dans la crise économique.

Le livre se lit comme du petit lait et constitue une approche de l’histoire très vivante. Combien d’analystes se seront plantés en s’essayant à des analyses à chaud des grands accidents de l’histoire humaine? Daniel Guérin a su éviter cela en se plongeant avec  fraîcheur et lucidité dans le corps physique du problème, partageant les chants et les pleurs, marchant, observant, discutant. Son témoignage a merveilleusement vieilli, au point d’en être devenu un des meilleurs et des plus solides.
Un incontournable de toute bibliothèque militante.

S.J.

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Extrait publié sur danielguerin.info:

Au terme de cette enquête et de ce voyage, je dirai seulement ce dont je suis sûr.

J’ai vu la peste brune passer par là. J’ai vu ce qu’elle a fait d’un grand pays civilisé. Mon témoignage est pur de tout chauvinisme. Vous ne m’aurez pas entendu dire, comme on l’a murmuré jusque dans nos propres rangs socialistes, ici en France : « Tout cela est arrivé… parce que ce sont des Boches ! »

Je ne dirai pas davantage, avec le leader social-démocrate Wels, que la classe ouvrière allemande ne s’est pas montrée à la hauteur… Si ses chefs l’ont trahie, ce n’est pas la volonté de lutte qui lui a manqué, qui lui manque encore.

J’ai vu, de mes yeux, le fascisme. Je sais aujourd’hui ce qu’il est. Et je songe qu’il nous faut faire, avant qu’il soit trop tard, notre examen de conscience. Depuis dix ans, nous n’avons pas prêté au phénomène une attention suffisante. César de Carnaval, blaguait Paul-Boncour. Non, le fascisme n’est pas une mascarade. Le fascisme est un système, une idéologie, une issue. Il ne résout certes rien, mais il dure. Il est la réponse de la bourgeoisie à la carence ouvrière, une tentative pour sortir du chaos, pour réaliser, sans trop compromettre les privilèges de la bourgeoisie, un nouvel aménagement de l’économie, un ersatz de socialisme.

J’ai appris en Allemagne que, pour vaincre le fascisme, il faudrait lui opposer un exemple vivant, un idéal de chair… Ah ! si l’URSS, redevenue république des Soviets, pouvait comme après 1917, être un pôle d’attraction irrésistible !

J’ai appris que, si la carence ouvrière se prolonge, le fascisme se généralisera dans le monde. Attendrez-vous, ici, que pleuvent les coups de matraque ? Le fascisme est essentiellement offensif : si nous le laissons prendre les devants, si nous restons sur la défensive, il nous anéantira. Il use d’un nouveau langage, démagogique et révolutionnaire : si nous ressassons, sans les revivifier par des actes, les vieux clichés usés jusqu’à la corde, si nous ne pénétrons pas jusqu’au fond de ses redoutables doctrines, si nous n’apprenons pas à lui répondre, nous subirons le sort des Italiens et des Allemands. Enfin, le fascisme est essentiellement un mouvement de jeunesse. Si nous ne savons pas attirer à nous la jeunesse, satisfaire son besoin d’action et d’idéal, elle risque de nous échapper et même de se retourner contre nous. Si nous ne purgeons pas notre action du moindre vestige de nationalisme, nous creuserons, nous aussi, sans le vouloir, le lit d’un national-socialisme. Qui sait, ce lit est peut-être, chez nous, déjà en train de se creuser…

« La Peste Brune », 1932

D. Guérin en 1936

Une Réponse to “Relire « La peste brune » de D. Guérin”

  1. REDON Says:

    Il est urgent de relire La peste de Brune. Quand le FN fait du 16/18 % aux cantonales et est jugé comme acceptable par 52% d’electeurs !

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