Comment réaliser le socialisme? (1913)

by

Extrait de Petit Pierre sera socialiste (La vulgarisation socialiste, mai 1913), résumé des idées contenues dans la 4° partie: réponses aux objections.

1. – Un théoricien du collectivisme a dit avec juste raison: Les adversaires du socialisme sont de deux sortes: les ignorants, qui ne le comprennent point, – et les parasites, qui le comprennent trop!

C’est pourquoi, dans leur effort de propagande, nos militants rencontrent des contradicteurs non seulement en la personne des capitalistes, mais jusque parmi les travailleurs eux-mêmes. Ce sont ces derniers qu’il s’agit de convertir tout à fait, en leur prouvant que leurs objections contre le socialisme ne sont pas fondées et reposent presque toutes sur des équivoques soigneusement entretenues par la bourgeoisie dans le public ouvrier et paysan.

2. Si quelques travailleurs s’imaginent que le socialisme consiste dans l’étatisation de la propriété, C’EST QU’ILS CONFONDENT L’ÉTAT AVEC LA NATION.

Or, dans le régime économique actuel, l’État n’est pas autre chose que l’ensemble des institutions créées pour la protection du privilège social de la classe capitaliste. Son Parlement, son armée, sa police, ses tribunaux, ses fonctionnaires d’autorité, etc., sont des instruments de règne pour maintenir la masse du peuple dans la soumission.

Et l’État, qui possède déjà toutes ces forces de domination, serait le plus dangereux et le plus autoritaires des patrons s’il disposait par-dessus le marché de l’outillage et des capitaux.

Les socialistes ne sauraient donc être des « étatistes ». Ils savent d’ailleurs que DANS LA SOCIÉTÉ COLLECTIVISTE, où tous les individus jouiront du droit de propriété et même du pouvoir de contrôle sur les instruments de production et sur le fonctionnement des différents services publics, il ne pourra plus exister d’État dominateur, parce qu’il n’y aura plus de classe dominante.

LE GOUVERNEMENT DES HOMMES PAR D’AUTRES HOMMES AURA FAIT PLACE A L’ADMINISTRATION DES CHOSES.

3. Quant à la question de savoir « comment ça marchera » et « qui commandera le travail », il n’y a qu’à voir ce qui se passe de nos jours, où le travail est déjà dirigé par les salariés, sans que les « patrons » – qui s’appellent aujourd’hui des sociétés anonymes par actions – aient à s’en mêler d’aucune façon.

Avec la démocratisation de la propriété capitaliste, interviendra nécessairement la démocratisation de la direction du travail.

4. La transformation de la propriété capitaliste privée en propriété nationale ou sociale est parfois considérée comme une « utopie ».

Nous avons cependant sous les yeux des choses bien existantes qu’on traitait également d' »utopies » autrefois: les machines à vapeur, la navigation aérienne et sous-marine, la télégraphie sans fil, etc., etc., et même le régime politique électoral et parlementaire, dont les ordres privilégiés du Moyen-Age ne pouvaient pas avoir la moindre idée.

Et LE COLLECTIVISME EST D’AUTANT MOINS UNE « utopie », QUE NOUS EN VOYONS APPARAITRE DÉJÀ LES PRINCIPAUX ÉLÉMENTS DANS LA SOCIÉTÉ CAPITALISTE ELLE-MEME, comme on voit se former dans la fleur d’aujourd’hui la plupart des organes du fruit de demain. L’évolution économique en cours nous y conduit nécessairement.

5. Pour arriver à cette transformation, dont les éléments matériels existent déjà, il ne manque qu’une chose: LA VOLONTÉ DES TRAVAILLEURS.

Les travailleurs ont le nombre pour eux, mais cela ne suffit pas: il faut qu’ils aient aussi la force, et cette force ne peut s’acquérir qu’au moyen de L’ORGANISATION.

Isolés, sans lien entre eux, ils se trouvent, malgré leur grand nombre, livrés sans défense à la minorité d’exploiteurs puissamment organisée contre eux.

Unis, au contraire, GROUPÉS DANS LEUR PARTI DE CLASSE, ils deviendront aisément les maîtres du pouvoir et triompheront sans difficulté des résistances capitalistes. Et la révolution sociale qu’ils ont à faire sera pacifique ou violente, suivant le degré de résistance qu’elle pourra rencontrer.

Plus ils seront fortement organisés, plus ils viendront facilement à bout de cette résistance. Leur intérêt à tous – y compris ceux qui craignent ou désapprouvent l’emploi des moyens violents – est d’entrer dans L’ORGANISATION DE CLASSE qu’est le PARTI SOCIALISTE.

6. Non seulement la pratique de l’organisation donne aux travailleurs la force nécessaire pour abattre le régime capitaliste, mais elle leur procure en outre le moyen de développer leurs capacités administratives.

Elle constitue pour ainsi dire les cadres de la société future, en préparant chacun des éléments au rôle social qu’ils auront à jouer quand ils seront les maîtres du pouvoir et des instruments de production.

pp450

Une Réponse to “Comment réaliser le socialisme? (1913)”

  1. Neues aus den Archiven der radikalen Linken - eine Auswahl « Entdinglichung Says:

    […] Petit Pierre sera socialiste: Comment réaliser le socialisme? (1913) * Socialisme mondial: Israël: un échec du sionisme (1982) * Paul Mattick: Marxismen – […]

    J’aime

Commentaires fermés


%d blogueurs aiment cette page :