Jean Ellenstein, réformiste (Socialisme mondial, 1979)

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Extrait de Socialisme mondial N°12 (automne 1979)

Dans son émission « Questionnaire » sur TF1 du 6 novembre, Jean-Louis Servan-Schreiber interviewait Jean Ellenstein, écrivain appartenant au PCF et qui, depuis les élections de mars 1978, s’est affirmé comme l’un des leaders de l’opposition au sein de ce parti. Le PCF est bien entendu lui-même une organisation réformiste, mais lors de cette émission, Jean Ellenstein n’a pas cherché à dissimuler à quel point il l’était. La « révolution » qu’il désire , dit-il:

« ne peut ressembler en rien du tout [à] ce que l’histoire à produit jusqu’à présent. Elle ne peut donc être que démocratique, pacifique, graduelle et légale, c’est-à-dire s’exercer, se développer d’une façon graduelle dans le cadre de la légalité. »

Nous ne reprochons pas à Ellenstein de dire que la révolution doit être « démocratique » et « pacifique » – après tout, c’est notre propre point de vue – mais nous devons le critiquer quand il dit qu’elle doit être « graduelle ». Ceci pour la simple raison qu’une révolution n’est pas une révolution si elle est graduelle. Le mot n’implique pas seulement un changement fondamental (dans ce contexte, de la base de la société), mais un changement mené à bien – que ce soit pacifiquement ou violemment – assez rapidement. La révolution qui mène du capitalisme au socialisme, même si elle peut être réalisée pacifiquement, doit être une rupture rapide et radicale.

Ce n’est pas l’avis d’Ellenstein. Sa prétendue révolution n’est qu’un long processus ,graduel, de réforme sociale. C’est ce qu’il dit quand il préconise une « troisième voie », à mi-chemin entre la social-démocratie et la ligne traditionnelle du PC:

« C’est une voie de réforme. C’est l’ensemble des réformes qui constituent le processus révolutionnaire de longue durée. La différence avec la social-démocratie, je la vois dans le fait qu’il ne s’agit pas de réformes au sens de petites réformes et même de réformes sociales que l’on peut accomplir et qui peuvent être utiles, mais de grandes réformes de structure qui modifient profondément l’organisation économique et sociale de notre pays. »

Mais ce n’est absolument pas une théorie révolutionnaire. C’est du pur réformisme. Et cela ne diffère pas fondamentalement de la social-démocratie. Le sociaux-démocrates disaient cela eux aussi, et réclamaient de « grandes réformes » – mais c’était avant qu’ils n’aient appris que dans un régime capitaliste, c’est au profit que l’on donne la priorité. Alors les « grandes réformes » devinrent de « petites réformes » et, par la suite, les « petites réformes » devinrent de « mini-réformes ». Cela était inévitable, car on ne peut pas réformer le capitalisme de façon à servir les intérêts de la classe majoritaire des salariés. Ceux qui prennent cette voie, loin de « modifier profondément » le capitalisme, en sont eux-mêmes modifiés, et ne deviennent ni plus ni moins que des gérants du capitalisme. Et pourtant, avec l’échec manifeste de la social-démocratie sous les yeux, voilà qu’Ellenstein veut recommencer cette politique inefficace et vaine de réforme graduelle!

Le capitalisme ne peut pas être aboli graduellement par une série de réformes sociales réparties sur une longue période. Il ne peut être aboli que d’un seul coup, une fois que la majorité en est venue à comprendre et vouloir le socialisme. Une fois que cette majorité existe, on peut, certes, abolir le capitalisme pacifiquement, en se servant des institutions démocratiques existantes, mais ceci en un seul acte révolutionnaire, et non graduellement.

sm12

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Une Réponse to “Jean Ellenstein, réformiste (Socialisme mondial, 1979)”

  1. Neues aus den Archiven der radikalen Linken - eine Auswahl « Entdinglichung Says:

    […] L’affaire Netchaïev (1937, Auszug aus La vie de Karl Marx) * Socialisme Mondial: Jean Ellenstein, réformiste […]

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