L’immigré et la « loi de la population » dans le capitalisme moderne (Reeve, 1997)

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Article de Charles Reeve paru dans L’Oiseau-tempête N° 2 (automne 1997). Le site de cette revue n’est malheureusement plus disponible. Ce texte a été traduit en allemand et repris dans la revue Wildcat N°40/41 (décembre 1997, voir: Einwanderer und das »Bevölkerungsgesetz« im modernen Kapitalismus )

Y a-t-il une contradiction entre la mondialisation de l’économie et le renforcement des restrictions que les États imposent aux mouvements migratoires ? Interrogé à ce propos, un ministre de l’Intérieur socialiste protestait contre l’approche libérale du contrôle des migrations, pour ajouter : « Ce n’est pas seulement l’immigration qu’il faudrait contrôler (…) ce sont d’abord les mouvements de capitaux et les concurrences déloyales. » [1] Or, dans la réalité, et par la force des circonstances historiques, l’ordre des priorités est inversé : l’État démocratique concentre l’essentiel de ses efforts sur le contrôle de l’immigration. Quels sont donc les besoins capitalistes qui justifient des politiques d’immigration de plus en plus répressives ? Faut-il y voir une entrave aux mouvements de population ou plutôt la tentative de créer un nouveau cadre pour la mobilité des travailleurs ?


Plusieurs ouvrages publiés récemment remettent en question l’explication classique des phénomènes migratoires. Dans The Mobility of Labor and Capital (Mobilité de la force de travail et du capital) [2], l’universitaire nord-américaine Saskia Sassen offre une analyse originale des nouvelles formes d’immigration, mettant en rapport le mouvement de la force de travail et celui des capitaux. Ses conclusions bousculent quelques idées reçues. Sassen commence par rappeler que la mobilité du capital a toujours créé les conditions de la mobilité de la force de travail et que la problématique actuelle de l’immigration n’est que « la nouvelle version d’une vieille question ». Au passage, Sassen s’étonne que la plupart des études actuelles sur les migrations évitent de traiter le rapport entre la mobilité du capital et celle du travail – cela alors que la circulation des capitaux et l’internationalisation de la production et du marché du travail sont des traits essentiels du capitalisme moderne. Aujourd’hui, il existe « un espace transnational à l’intérieur duquel la circulation des travailleurs peut être considérée comme un des flux, au même titre que le capital, les marchandises, les services et l’information » (p. 3). Sassen insiste sur cet aspect : l’émigration ne peut plus être traitée comme une affaire strictement nationale mais, au contraire, comme le résultat de la mondialisation des échanges. Seulement ainsi on pourra comprendre pourquoi les questions de population (densité et croissance) et de pauvreté ne suffisent plus à expliquer les nouvelles tendances migratoires. D’où une première conclusion : dans la phase actuelle du capitalisme, la place d’une société dans l’internationalisation de la production détermine sa place sur le marché mondial de la main-d’oeuvre. On a toujours expliqué l’émigration par le manque de développement. Si cela a pu être vrai, ce ne l’est plus. La phase actuelle du capitalisme voit apparaître un lien direct entre l’internationalisation de la production et les migrations internationales.

Dans les années 70, le fort flux d’investissements vers les pays pauvres va accélérer cette internationalisation. Sassen montre que les pays vers lesquels l’industrie américaine a exporté la production furent précisément ceux qui sont devenus les principaux exportateurs de main-d’œuvre vers les États-Unis : Mexique, Philippines, Corée du Sud et Chine. On aboutit ainsi à la deuxième conclusion : l’investissement de capitaux étrangers crée à la fois des emplois et les conditions d’une nouvelle émigration. A la recherche de coûts de production toujours plus bas, les multinationales ont déplacé vers les pays pauvres l’agriculture intensive et les industries d’exportation grosses consommatrices de main-d’œuvre. Ces investissements ont destructuré les sociétés traditionnelles et leurs économies, provoquant de massives migrations rurales et, surtout, la prolétarisation des jeunes femmes. Cette prolétarisation est à la base de la déstabilisation des sociétés pauvres et patriarcales, provoquant le chômage des hommes et créant une réserve de main-d’œuvre susceptible d’émigrer [3]. L’internationalisation de la production a aussi eu pour conséquence le déclin industriel des vieux centres capitalistes [4]. Seulement, souligne Sassen, la décentralisation et la dispersion internationale de la production va de pair avec une concentration du capital et la centralisation du contrôle de la production. Car, si l’ampleur des investissements directs étrangers dans les économies traduit l’internationalisation croissante de la production, elle exprime aussi la concentration croissante du capital. Cette évolution, apparemment contradictoire, caractérise ce que l’on appelle désormais l’économie « globale ». Elle s’accompagne de l’émergence d’un secteur de services modernes, à haut niveau technique, concentré dans quelques mégapoles des vieux pays capitalistes, devenues les lieux spécialisés de la finance, de la gestion, de l’information et du contrôle d’une production dispersée. Ce secteur est demandeur d’une force de travail nouvelle, bon marché, soumise et souple. Du coup, la structure urbaine et la composition humaine de ces mégapoles se transforment. A ce propos, Sassen affirme que le développement des secteurs à bas salaires et de l’économie souterraine n’est pas le signe d’un déclin mais, tout au contraire, la manifestation du nouveau dynamisme capitaliste. Désormais, conclut-elle : « Des postes de travail déqualifiés peuvent faire partie des secteurs les plus modernes de (la nouvelle) économie et des secteurs arriérés de cette même économie être porteurs de sa croissance. » (p. 129)

Jusqu’aux années 80, le capitalisme nord-américain était le premier exportateur de capitaux du monde. Depuis, la situation s’est totalement inversée et, en 1981, les États-Unis sont même devenus le premier importateur de capitaux. D’après Sassen, ceci s’explique par le fait que « plusieurs régions des pays hautement industrialisés sont redevenues compétitives avec les zones industrielles du tiers-monde pour ce qui est du placement d’investissements directs, aussi bien étrangers que nationaux. » (p. 171) On l’a vu, la mondialisation en cours a entraîné une centralisation du contrôle et de la gestion du capital. Après avoir été dans un premier temps décentralisée, une partie de la production manufacturière revient dans les pays développés, et cela au détriment des pays pauvres [5]. Ces derniers, après avoir été déstructurés par la création de zones de production orientées vers l’exportation, courent le risque d’être à nouveau abandonnés par le capital productif [6]. C’est dire combien il est faux d’identifier mondialisation et uniformisation du développement capitaliste. C’est tout le contraire. La mondialisation est la forme moderne du développement inégal. L’évolution actuelle prouve également que les multinationales qui dominent l’économie mondiale restent attachées à leurs États-nations et marchés d’origine [7]. Sassen donne plusieurs explications de ce retour de la production manufacturière dans les pays capitalistes : les avantages techniques, les politiques protectionnistes, la proximité des grands marchés [8] et, enfin, le coût de l’instabilité politique et sociale dans les nouveaux pays en développement [9]. A cela vient s’ajouter la présence, dans les vieux centres capitalistes, d’une nouvelle main-d’oeuvre immigrée bon marché et malléable, parfaitement adaptée aux nouvelles formes d’exploitation et de production manufacturière. La période actuelle du capitalisme, dite de « globalisation », voit se confirmer la tendance à l’appauvrissement des populations prolétarisées, aussi bien dans les sociétés de la périphérie que dans les vieux centres.

C’est l’apparition d’un marché mondial de la main-d’œuvre qui a créé les conditions de l’essor des migrations transnationales. En même temps, la consolidation des États a permis de contrôler ces migrations dans un cadre national, produisant une force de travail à statut séparé. Depuis le XIXe siècle, insiste Sassen, « toute politique d’immigration d’un État-nation est liée à la place qu’il occupe dans l’économie mondiale » (p. 34). Quoi qu’il en soit, les différences institutionnelles et juridiques qui définissent la condition du travailleur immigré ont pour but essentiel d’abaisser le coût de la reproduction de la force de travail – en économisant sur sa formation et sur son coût social, en exportant le chômage et le prix du mécontentement social le cas échéant. L’importation de main-d’œuvre est toujours allée de pair avec l’expansion capitaliste. C’est ainsi qu’en Europe la reconstruction de l’après-guerre a fait massivement appel à l’immigration. Aujourd’hui, les pays développés utilisent cette force de travail, puisant dans un marché international de la main-d’œuvre qui s’étend sans cesse. La nouvelle immigration se concentre maintenant dans les mégapoles où est centralisé le contrôle de l’économie mondiale. Partout, dans les pays développés, on révise les politiques d’immigration de façon à accentuer cette séparation, en rendant plus fragile le statut légal de l’immigré, voire en le niant [10]. L’immigration à statut permanent ne répond plus aux besoins actuels de la valorisation du capital. Les États essayent donc d’institutionnaliser une immigration tournante, dont l’insécurité est la condition normale. Ce qui permet à Sassen, de conclure : « Si l’on compare la situation actuelle des migrations internationales à celle des migrations du début du siècle, on constate une tendance croissante à traiter les migrants comme des marchandises. » [11] (p. 50)

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Le passage des migrations internes et d’origine coloniale aux migrations transnationales a toujours correspondu à une plus grande complexité du système capitaliste. Le cas spécifique de la France est exemplaire. Après avoir eu recours aux migrations internes d’origine paysanne et aux migrations d’origine coloniale, le capitalisme français a consommé, au cours de son expansion de l’après-guerre, la force de travail des paysans et des prolétaires pauvres des pays du sud de l’Europe. Dans ce cas, les mouvements de main-d’œuvre ont précédé les mouvements de capitaux. Mais ils annonçaient l’intégration des économies européennes, la création d’un espace économique unifié. Ce développement a vu les faibles économies périphériques tomber progressivement sous le contrôle des grands groupes capitalistes du « noyau dur » européen. Leurs infrastructures productives ont été rasées et les petits marchés locaux intégrés dans le marché unifié européen. Si, en Europe, on voit bien le rapport entre mouvements de capitaux et mouvements de la force de travail, les choses peuvent sembler moins nettes dès qu’il s’agit des immigrations originaires d’Asie ou d’Afrique. Pourtant la persistance d’un courant migratoire d’Afrique du nord et d’Afrique noire vers la France ne peut être comprise en dehors de l’histoire du colonialisme et néocolonialisme français, du maintien des intérêts du capitalisme français dans ces régions. Qui plus est, les retombées économiques de cette immigration furent essentielles pour la survie des régimes locaux mis en place par Paris. D’où l’importance des rapports d’État à État dans la politique d’immigration française.

Ce que ces travailleurs immigrés attendent de la société française découle, pour beaucoup, des liens historiques et des repères culturels créés par le colonialisme. Ainsi, le désir d’intégration dans la société française est un puissant facteur mobilisateur comme on l’a bien vu avec la lutte des « sans-papiers » (1996-1997), où l’exigence des droits sociaux pour les enfants d’immigrés clandestins donna cohésion et détermination au mouvement. Mais cette aspiration est aussi utilisée par le pouvoir à des fins de division. Les mouvements sont détournés du terrain de l’exploitation et réduits à l’humanitaire et à la défense des droits formels, divisant la collectivité en lutte selon des critères d’intégration, fondés essentiellement sur le droit des familles et des enfants. Ce qui explique aussi pourquoi la classe politique française hésite constamment entre la répression par l’intégration et la répression sans intégration. C’est pourquoi la question de la famille et des enfants est au centre de tous les projets de réglementation de l’immigration et de toute nouvelle mesure de l’État tendant à rendre plus précaire le séjour des immigrés. C’est pourquoi, enfin, dans le cas français, toute tentative pour traiter l’immigré exclusivement comme force de travail, est source de conflit majeur et facteur de déstabilisation politique de la société tout entière. Des secteurs dynamiques du capitalisme sont désormais demandeurs d’une immigration de type nouveau, précaire, malléable et avec un minimum de droits formels. L’État français doit donc établir une nouvelle politique d’immigration correspondant aux besoins actuels d’exploitation. Pour ce faire, il est obligé de composer avec le poids du passé et de tergiverser. D’une part, il doit continuer à tenir compte de la forte revendication d’intégration portée par l’immigration provenant de son ancien espace colonial. D’autre part, la perte d’influence du capitalisme français en Afrique peut enfin permettre à l’État de réviser ses politiques d’immigration, les libérant des contraintes d’État à État, établies à la décolonisation.

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Dans le capitalisme, le mouvement des travailleurs se fait selon les conditions de vente et d’achat de la marchandise force de travail. Comme celui des capitaux, ce mouvement n’est « libre » que dans le cadre des lois du marché. Aujourd’hui, la précarisation de la condition d’immigré est la forme la plus libre que prend la circulation des hommes en tant que marchandises. Cela étant, il importe de voir que dans les pays développés la refonte des politiques d’immigration est menée de pair avec la réforme de l’État providence. On sait que, dans les grands États modernes, les dépenses sociales constituent une part minime des dépenses publiques [12]. La destruction des systèmes de protection sociale et l’exclusion de larges secteurs de la population pauvre a pour but, avant tout, de réduire les coûts globaux du travail et d’améliorer ainsi la rentabilité du capital. S’attaquer au salaire social n’a de sens que dans la mesure où cela entraîne la baisse du salaire direct. La « mise à plat » de l’ancienne législation du travail, l’éclatement des garanties de l’ancienne classe ouvrière et la précarisation du statut de l’immigré sont autant de mesures permettant de créer une nouvelle réserve de main-d’oeuvre à bon marché. Il en est de même pour la réduction des prestations sociales. C’est le sens de la réforme du welfare américain, qui renvoie aujourd’hui sur le marché du travail un prolétariat payé à des tarifs défiant toute concurrence – qu’il s’agisse des salariés des pays pauvres ou des immigrés illégaux qui travaillent aux Etats-Unis (13). Partout dans les pays développés, on fait des économies sur le coût de la reproduction de la classe ouvrière. L’élargissement du marché du travail à l’ensemble de la planète et la création d’une nouvelle immigration malléable vont dans ce sens. Les coupes dans les politiques de santé publique montrent que le système capitaliste ne considère plus ces dépenses comme socialement nécessaires et faisant partie du coût de l’entretien et de la reproduction de la force de travail. Elles sont superflues dans la mesure où tout travailleur immigré précaire peut être remplacé, déplacé, expulsé à merci, selon les besoins de la production [14].

En étudiant le mouvement du capital, Marx avait conclu qu’à chaque période de développement capitaliste correspond une « loi de la population ». Aujourd’hui, ce sont les besoins capitalistes en force de travail qui commandent les politiques d’immigration et expliquent le sort réservé à la jeunesse d’origine immigrée des pays occidentaux. Côte à côte avec les prolétaires définitivement éjectés de la production, et au même titre que la population des ghettos américains et des bidonvilles du tiers-monde, ces jeunes font partie de la population en surnombre dans la phase actuelle de valorisation du capital [15]. Parquée, marginalisée et criminalisée, cette jeunesse ne peut plus prétendre intégrer les rangs de l’ancien prolétariat, décimé par le déclin de la production industrielle. Les conditions de travail de la génération de leurs parents (immigrés permanents à statut légal) n’existent plus ou sont pour eux inacceptables, celles de la nouvelle immigration précaire le sont tout autant. Or, comme le fait remarquer Sassen, le nouvel immigré doit de plus en plus être réduit à sa qualité de marchandise, et les rares droits formels attachés à l’ancienne condition d’immigré doivent être supprimés. La condition humaine de citoyen imparfait qui leur était reconnue, leur est dorénavant contestée. Les Etats capitalistes considèrent les coûts de reproduction, d’entretien et de contrôle des jeunes issus de l’immigration ayant accédé à des droits formels, comme une charge. En France, les réformes successives de la loi de la nationalité et le recours constant aux pratiques telles que la « double peine » [16] visent justement la jeunesse qui fait partie de la surpopulation prolétaire.

Une des fonctions de l’État moderne est de réglementer le rapport entre ses nationaux et les étrangers, créant ainsi une catégorie de force de travail à statut séparé. Dans ce cadre, la pratique récurrente de la régularisation est devenue la façon de gérer la nouvelle immigration tournante, malléable et à statut précaire. Plus qu’une mesure destinée à agir sur le marché du travail, la régularisation cherche la pacification sociale, elle sert de soupape de sécurité : « La nécessité de « passer l’éponge » de façon régulière, sous peine de voir se développer une catégorie de sans-droits et donc des situations potentiellement explosives. » [17] Ce qui signifie que les termes des politiques de régularisation dépendent avant tout du rapport de force créé par la lutte des travailleurs immigrés, et non d’une prétendue « générosité » de l’État capitaliste. Régulariser revient à reconnaître que l’immigration clandestine est devenue un état de fait, irréversible et permanent sous le capitalisme actuel. La « régularisation » est la légitimation de la situation de clandestinité.

*

L’autoritarisme croissant du système démocratique n’est pas sans rapport avec la forme moderne de la « loi de la population ». Les dépenses nécessaires à la répression sont celles que le système considère comme indispensables à la stabilité des rapports sociaux. La démocratie formelle cache l’inégalité sociale et économique sur laquelle se fonde le capitalisme. Nous entrons aujourd’hui dans une époque où le pouvoir politique tente de réduire à sa plus simple expression ce cadre formel. Et où le réformisme à l’envers se définit par la défense du moindre mal et de la « solution la moins mauvaise » [18]. Or la force de travail est une marchandise bien particulière en ce sens que le travailleur qui la vend n’abdique jamais ses droits en tant qu’être humain, il ne se voit jamais réduit à la marchandise qui le fait exister. Le travailleur immigré, à plus forte raison, investit toutes ses énergies dans la réalisation du projet de survie et d’intégration dans la société où il peut vendre au plus cher sa force de travail. S’il vend sa force de travail dans un endroit, c’est justement pour pouvoir y vivre. La tendance du capitalisme moderne à traiter les migrants comme des marchandises crée des nouvelles résistances de classe. C’est ainsi que doivent être comprises et soutenues les luttes des travailleurs immigrés qui refusent de voir le cadre de leur existence réduit aux variations de l’échange marchand.

Notes:

[1] – Chevènement, entretien, « Le Monde », 26 juin 1997.
[2] – Saskia Sassen, « The Mobility of Labor and Capital », Cambridge University Press, 1994. Voir aussi Nigel Harris, « The New Untouchables Immigration and the New World Order », Tauris, London, 1995.
[3] – Sans travail, l’homme n’est plus en mesure de fonder une famille. L’émigration survient comme la seule et unique possibilité de trouver un travail et de regagner l’identité masculine traditionnelle. Voir « Tomorrow’s second sex », « The Economist », London, 28 septembre 1996.
[4] – Entre 1969 et 1972, 22 millions d’emplois industriels furent perdus aux Etats-Unis.
[5] – Sassen étudie l’industrie du prêt-à-porter à New York et l’électronique à Los Angeles.
[6] – Voir « Nike commence à trouver trop élevés les salaires asiatiques », « Le Monde », 24 juin 1997.
[7] – Les grandes multinationales contrôlent 90% des mouvements des capitaux. Les multinationales américaines vendent 70% de leurs marchandises aux Etats-Unis.
[8] – Les États-Unis et le Canada constituent le premier marché mondial.
[9] – Les grèves et les manifestations violentes (Vietnam, Chine, Indonésie), inquiètent les multinationales installées en Asie, voir « Le Monde », 24 juin 1997, op. cit. La grève générale de 1997, en Corée du Sud, montre que la baisse des coûts de production dans ces pays a atteint des limites. Au Mexique, les multinationales concentrent leurs investissements dans les zones proches de la frontière avec les Etats-Unis.
[10] – Au début des années 80, le chiffre estimé des immigrés clandestins aux États-Unis était de 3 à 12 millions… pour une population de 230 millions.
[11] – L’exportation de la marchandise force de travail est devenue essentielle pour des pays comme les Philippines ou le Mexique (plus de 600 000 personnes par an).
[12] – Aux États-Unis, où 14% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté officiel, le welfare et les bons d’alimentation représentent 3% du budget de l’Etat fédéral.
[13] – D’après le nouveau système du workfare, les chômeurs en fin de droits indemnisés par l’État (au tarif du RMI) sont placés dans des entreprises privées ou des services publics, où ils continuent de percevoir la même somme : 1,5 $ de l’heure, le salaire minimal fédéral étant de 5,5 $.
[14] – Aux États-Unis, la nouvelle loi d’immigration (passée par l’administration démocrate) retire aux immigrés légaux le bénéfice des prestations sociales (santé, éducation, bons d’alimentation) de l’État fédéral.
[15] – La « découverte » des conséquences de cet état de fait dans le livre de Viviane Forester, « L’horreur économique », constitue un véritable cri d’angoisse de la gauche humaniste. Son extraordinaire succès ne peut pas s’explique par la banalité du texte, il traduit plutôt une inquiétude fataliste vis-à-vis de l’économie vue comme catégorie fétiche de la société bourgeoise.
[16] – Expulsion du territoire pour les jeunes d’origine immigrée ayant effectué une peine de prison.
[17] – Editorial, « Le Monde », 11 juin 1997.
[18] – Les modalités de régularisation ainsi que les modifications des lois sur l’immigration sont élaborées par des « experts », universitaires et autres, dont les travaux aboutissent invariablement à des conclusions de xénophobie réformiste : la définition du « niveau acceptable » d’immigration !

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2 Réponses to “L’immigré et la « loi de la population » dans le capitalisme moderne (Reeve, 1997)”

  1. Pierre Montoya Says:

    Le capitalisme « mondialisé » ne voit en l’homme qu’un producteur force de travail qui peut rapporter gros. Le capitalisme ancien ou national espérait en l’immigration qu’une source de main d’oeuvre bon marché et concurrentiel afin de tasser les salaires. C’était bien le marché du travail. Avec l’évolution du capitalisme, cette main d’oeuvre est planétaire mais dans les pays respectifs ou non seulement le prix de la force de travail est faible mais dans lesquels la législation en vigueur permet une exploitation maximale, contrairement à l’immigration dans les pays développés aux législations « plus contraignantes ». La mise en concurrence du travail conduit les bourgeoisies à la déréglementation du travail. Pourquoi exploiter des travailleurs immigrés en France, quand ils peuvent l’être davantage dans leurs pays d’origine et offrir une perspective de profits plus importants, du moment que la circulation des capitaux est libre. Or le serpent peut se mordre la queue dès le moment où la masse des producteurs ne peut plus consommer l’essentiel de ce qui est produit. L’immigration « choisie » est un moyen d’adapter les besoins en main d’oeuvre en tirant vers le bas le prix de la force de travail dans les secteurs précis et selon la volonté et les besoins de la bourgeoisie. Exploiter un travailleur marocain au Maroc est encore plus rentable que de l’exploiter au Maroc. De plus le reservoir de main d’oeuvre est devenu planétaire dans lequel le capitalisme puise à sa guise et selon bien sûr selon ses intérêts. Une condition à celà c’est que chacun des pays, les uns par évidence et les autres par concurrence, offrent les meilleures garanties des coûts les plus bas. Le bien nommé « marché du travail » ressemble au marché à bestiaux en pire puisque les cours sont toujours tirés à la baisse. Dans le même temps c’est une prolétarisation de la planète toute entière qui est organisé et la disparition des producteurs directs y compris là où il n’y a qu’une économie vivrière. Le flux migratoire enfle et ne peut que se développer des pays « pauvres » vers les pays « riches ». La bourgeoisie adapte la législation en vigueur selon ses intérêts y compris dans les pays d’origine des immigrés. Le TCE illustre parfaitement en Europe à quoi aspire la bourgeoisie européenne et ce qu’elle veut imposer. L’immigration est le produit et la conséquence du système en place.

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  2. Neues aus den Archiven der radikalen Linken - eine Auswahl « Entdinglichung Says:

    […] S.F.I.O. (1938) * John Mc Nair: Naissance d’un parti nouveau: le P.S.O.P. (1938) * Charles Reeve: L’immigré et la “loi de la population” dans le capitalisme moderne (1997) * Gabriel Deville: Résumé du Capital […]

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