La Lutte des Classes en Pologne (Socialisme Mondial, 1977)

by

L’année dernière des grèves et émeutes se sont déclenchées dans de nombreuses villes de la Pologne, après l’annonce, fin juin, d’une considérable hausse du prix de la nourriture. La gouvernement a été forcé d’abandonner ses propositions, tout comme l’avait été le gouvernement précédent vers la fin de 1970 à cause de grèves et d’émeutes, commencées par les dockers et ouvriers du chantier naval de Gdansk (Danzig) et au cours desquelles la police avait tiré sur les grévistes en tuant au moins six. Les grèves de 1970 avaient conduit en fait à un changement de leadership du Parti Communiste : l’actuel chef du parti, Gierek, remplaçant Gomulka qui lui aussi arriva au pouvoir à la suite de grèves et d’émeutes en 1956 à Poznanie ou la police avait tué 38 ouvriers.

Ainsi, la classe travailleuse polonaise a une histoire de résistance contre les tentatives des dirigeants du capitalisme d’Etat polonais de réduire leur niveau de vie. Si cette résistance a pris la forme non seulement de grèves mais aussi d’émeutes et de pillages, c’est en partie parce qu’il n’y a pas de syndicats indépendants en Pologne, les organisations qui sa disent « syndicats » n’étant simplement que des agences gouvernementales destinées à discipliner les ouvriers et à les faire travailler plus dur.

Ces grèves polonaises montrant clairement que même dans les pays du capitalisme d’État, dirigés par un Parti Communiste dictatorial, la lutte de la classe ouvrière contre ses exploiteurs ne peut être réprimée ; car l’idée que l’exploitation de la classe ouvrière a été abolie et que le socialisme a été établi en Pologne ainsi que prétend le gouvernement, est un mythe sans fondation. Les ouvriers sont exploités par une minorité privilégiée qui monopolise l’utilisation des moyens de production en contrôlant en dictature l’appareil gouvernemental tout autant que les capitalistes privés des états occidentaux.

Une hausse du prix des denrées alimentaires sans une augmentation compensatrice des salaires signifie bien entendu une réduction du niveau de vie et c’est pour empêcher une talle réduction que les ouvriers polonais se sont mis en grève. A présent ils ont forcé le gouvernement à céder, mais le gouvernement n’a pas renoncé à ses plans destinés à abaisser le niveau de vie. Il n’a fait que les renvoyer à plus tard et maintenant s’active pour trouver d’autres moyens d’achever ce but – propagande, étalement des augmentations sur une plus longue période, etc.

Le gouvernement n’aucun choix à cet égard car la crise mondiale a eu pour conséquence en Pologne un grave déficit commercial. Les exportations ont diminuées, les prix des produits importés ont augmenté, extorquant ainsi les profits des entreprises nationalisées du pays, la source des revenus alimentant à la fois l’accumulation du capital et la consommation privilégiée de la classe dirigeante polonaise. Le journal britannique The Times du 26 juin s’exprime ainsi à ce sujet :

« La hausse des prix est devenue une nécessité économique. Depuis 1970 les salaires réels ont augmenté d’environ 7% chaque année, alors que le prix des denrées alimentaires a été artificiellement gelé. Au même moment, l’inflation mondiale forçait les portes de la Pologne. Les subventions du gouvernement destinées à protéger le consommateur ont atteint des proportions énormes et sont devenues un trop gros embarras d’autant plus que la Pologne doit à tout prix s’acquitter de ses lourdes dettes envers des pays étrangers. »

Ainsi, afin de régler les dettes de la classe dirigeante capitaliste d’État de la Pologne, la classe ouvrière doit subir une réduction de son niveau de vie ! Voila donc une vieille histoire et une bonne preuve que pas même l’établissement du capitalisme d’État ou l’État monopolise le commerce extérieur, ne peut mieux que le capitalisme privé libérer un pays des pressions par le capitalisme mondial et amenant la réduction du coût des salaires et par conséquent celle de la consommation des travailleurs. C’est une preuve supplémentaire qu’il n’y a pas de solution au niveau national aux problèmes de la classe travailleuse.

Dans notre message aux travailleurs polonais, nous les exhorterions à reconnaître ce fait et nous les encouragerions à joindre leurs compagnons ouvriers des autres pays, tout en poursuivant leur résistance contre leurs exploiteurs capitalistes d’État, afin de remplacer enfin le capitalisme mondial, prive et d’État, par le socialisme mondial.

(Socialisme Mondial 7, 1977)

Pologne, 1976

Publicités

Étiquettes :

3 Réponses to “La Lutte des Classes en Pologne (Socialisme Mondial, 1977)”

  1. Capitalisme et lutte de classes en Pologne (1970-1971) « La Bataille socialiste Says:

    […] Bataille socialiste (mostly in french) « Le capitalisme touche-t-il à sa fin ? La Lutte des Classes en Pologne (Socialisme Mondial, 1977) […]

    J'aime

  2. Neues aus den Archiven der radikalen Linken - eine Auswahl « Entdinglichung Says:

    […] Bataille socialiste La bonne vieille lutte des classes (D. Saint-James, 1980)La Lutte des Classes en Pologne (Socialisme Mondial, 1977)Capitalisme et lutte de classes en Pologne […]

    J'aime

  3. La bonne vieille lutte des classes (D. Saint-James, 1980) « La Bataille socialiste Says:

    […] Bataille socialiste (mostly in french) « La Lutte des Classes en Pologne (Socialisme Mondial, 1977) Strasbourg en état de siège […]

    J'aime

Les commentaires sont fermés.


%d blogueurs aiment cette page :