Le Parti ouvrier belge en 1903

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Extrait de L’Organisation socialiste & ouvrière en Europe, Amérique et Asie (Bureau socialiste international, 1904) [cf. pdf complet]

Le Parti Ouvrier belge

Situation générale au 31 décembre 1903

Le tableau que nous avons joint à la carte représentant la sphère d’influence et d’organisation socialiste en Belgique, demande quelques explications que nous voulons donner dans le présent rapport : Il y a 26 Fédérations régionales correspondant aux divisions administratives et politiques dont une, celle du Luxembourg, s’étend sur toute la province.

Le nombre total de 808 groupes indiqué dans la première colonne, ne donne que les groupes en règle pour leur cotisation au Conseil général du Parti Ouvrier, au 31 décembre 1903. Il existe plus de 3oo groupes n’ayant pas effectué leur versement, ce qui porterait le nombre exactement à 1110 groupes affiliés au Parti Ouvrier.De même pour la seconde colonne ou se trouvent renseignés 130,978 affiliés; si tous les groupes affiliés avaient contribué pour leurs membres, l’on compterait plus de 160,000 affiliés. Il y a lieu de tenir compte que des membres dans certaines localités pourraient être inscrits comme coopérateurs en même temps que comme syndiqués, par exemple.

Le chiffre de 24,479 membres de syndicats affiliés au Parti Ouvrier paraîtra bien faible en comparaison du nombre d’affiliés, mais il importe de dire que la Fédération nationale des Mineurs belges, qui compte plus de 40,000 membres, ne paie aucune cotisation au Parti et ne se trouve donc pas enregistrée; de même la Fédération des Métallurgistes de Charleroi, comprenant quinze syndicats, n’est pas affiliée au Parti Ouvrier, quoique ses membres sont tous individuellement inscrits dans les mutualités ou les coopératives.

En tenant compte des diverses associations professionnelles neutres de Verviers, Anvers et Bruxelles, on peut sans exagération évaluer les ouvriers syndiqués de Belgique à plus de 90,000 membres.

Les sociétés coopératives en règle avec leurs cotisations ne sont que 126, alors que la plus récente liste de la Fédération nationale des sociétés coopératives, créée sous le patronage du Parti Ouvrier belge, accuse 209 sociétés adhérentes.

Il serait difficile de donner exactement le nombre de syndicats professionnels, étant donné le grand nombre de syndicats de mineurs, de l’industrie textile, etc., qui, quoique subissant l’influence du Parti Ouvrier, sont cependant en dehors des cadres du parti. Le nombre de ceux en règle est d’après le tableau de 201 et les groupes politiques s’élèvent à 274. Il y a naturellement quantité de groupes d’études à existence intermittente qui ne se trouvent pas renseignés et qui sont plutôt nombreux dans les centres industriels.

Les mutualités au nombre de 169 ne représentent que les sociétés fondées le plus récemment, c’est-à-dire après la constitution du Parti Ouvrier Socialiste. A Bruxelles, Liège, Anvers, etc., existait un grand nombre de sociétés de secours mutuels qui, fédérées sur des bases de neutralité politique, comptent parmi leurs membres une foule d’adhérents au socialisme.

Nous pouvons affirmer que depuis le Congrès de Paris, le Parti Ouvrier belge s est constamment développé et son organisation perfectionnée.

C’est ainsi qu’il a créé un secrétariat-permanent général et qu’il a fondé la commission syndicale qui s’occupe spécialement d’études, recherches, propagande, soutien, en un mot de toute l’activité syndicale. Plusieurs fédérations régionales, c’est-à dire d’arrondissement politique, possèdent leur secrétaire à titre permanent, de même que les syndicats importants ont également compris les avantages d’avoir des hommes s’occupant sans cesse et spécialement de l’organisation au point de vue administratif et au point de vue de l’action syndicale. Déjà une vingtaine de secrétaires permanents s’occupent d’organisation syndicale, entièrement rétribués par leur association professionnelle, sans le soutien quelconque des pouvoirs publics. Ajoutons à cela un grand nombre d’administrateurs, gérants et employés de coopératives s’occupant également des syndicats ouvriers de leur ancienne profession.

Nous possédons diverses fédérations nationales : la chapellerie, la pierre, la métallurgie, le bois, les cigariers, les maçons, les boulangers, les mineurs, l’industrie textile. Quelques-unes sont reliées internationalement aux travailleurs similaires des autres pays.

*

Si notre presse n’est pas fortement développée, nous avons à tenir compte de diverses causes. Le pays, quoique de superficie restreinte, est divisé en deux langues à peu près de force égale, le flamand et le français.

Ensuite, nous subissons depuis vingt ans la domination d’un gouvernement clérical, favorisant plutôt l’ignorance, et nous n’avons pas l’instruction obligatoire.

Les journées de travail sont généralement longues et les ouvriers exténués par le travail ne s’adonnent guère à la lecture. Nos journaux quotidiens, (il y en a six) ont un tirage de 1o5,ooo exemplaires. Les journaux hebdomadaires (22), mensuels (14) et syndicaux (n) sont assez bien répandus.

Le parti ouvrier vient d’avoir le bonheur de voir se créer une Société coopérative, intitulée : Germinal, qui comme l’indique son titre s’occupe de faire germer la graine socialiste dans les cerveaux ouvriers et s’occupe spécialement de la publication des brochures de propagande de nos idées. Le parti ouvrier socialiste n’a pas interrompu son action pour la conquête du suffrage universel. De 1900 à 1902 eurent lieu différentes manifestations en faveur du suffrage universel. Des manifestes ont été publiés par le Conseil général et des réunions publiques (quarante à cinquante toutes les semaines) ont eu lieu avec le concours de tous les députés et militants pour aboutir au mouvement d’avril 1902. Sans aucune préparation la lutte pour la conquête de l’égalité politique provoqua une formidable mobilisa- tion ouvrière, et l’on peut dire qu’en trois jours plus de 3oo.ooo hommes avaient déserté les usines, chantiers, ateliers ou fabriques.

Le gouvernement réactionnaire et clérical ne recula pas devant la répression sanglante et en plusieurs endroits du pays, nous avons eu des cadavres et des blessés à ajouter à la liste déjà longue cependant des victimes de la sainte cause du suffrage universel.

Non seulement les fusils de la gendarmerie et de la milice bourgeoise fauchèrent dans nos rangs, la justice de classe frappa impitoyablement et ce fut par douzaines que les compagnons furent poursuivis dans diverses, régions du pays, pour prétendue atteinte à la liberté du travail.

Le Conseil général devant l’impossibilité d’une solution à la proposition de révision constitutionnelle décida la fin de la grève et l’on put constater que les troupes du parti se replièrent en bon ordre. Malgré cet échec du mouvement, nous avons eu le plaisir de voir que, grâce aux œuvres économiques qui forment la base de nos organisations, le mouvement socialiste n’a pas été fortement atteint. Nos associations professionnelles ont tenu régulièrement leurs congrès annuels, où l’on peut voir leur organisation s’améliorer et leurs adhérents toujours de plus en plus nombreux.

Les Congrès syndicaux sont des plus intéressants par les diverses questions qui y ont été soulevées, étudiées et discutées.

L’organisation des Jeunes Gardes socialistes s’est généralisée dans tout le pays. C’est la Fédération nationale des Jeunes Gardes qui s’occupe spécialement de la propagande antimilitariste, avec un courage et une persévérance à laquelle nous nous plaisons de rendre hommage. Jamais les poursuites judiciaires n’ont eu raison de leur enthousiasme et il n’y a guère que quelques semaines qu’une ordonnance de non lieu a été rendue, après des hésitations de la part du parquet, à propos d’un dessin antimilitariste. Au moment du tirage au sort, à la rentrée des classes de milice, les Jeunes Gardes répandent à des milliers d’exemplaires leurs journaux Le Conscrit et La Caserne, spécialement destinés aux conscrits,Nos manifestations du 1° mai ont repris le caractère originel de la proposition faite en 1889, c est-à-dire que leur caractère économique a été placée au premier plan. Dans un pays où les heures du travail sont nombreuses, il devait en être fatalement ainsi. Les ouvriers de l’industrie textile qui travaillent parfois 66 heures par semaine, pour des salaires de famine, sont certainement plus disposés à lutter pour la journée de huit heures que ceux qui sont déjà parvenus par leur propre force à réduire la durée de leur travail.

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Par les tableaux renseignant les chiffres obtenus aux élections législatives de 1900, 1902 et 1904 nous démontrons que le parti ouvrier socialiste, ayant à lutter dans de mauvaises conditions électorales a su conserver ses positions.

En additionnant les chiffres de 1900 à ceux de 1902, nous obtenons pour l’ensemble du pays le chiffre de 478,871 voix. (Nous avons été obligés de joindre ces chiffres parce que le renouvellement des Chambres se fait toujours par moitié). Nous obtenions alors, malgré les doubles et triples votes accordés en grande partie à la moyenne et grosse bourgeoisie, 33 députés sur 166, c’est-à-dire le cinquième du parlement.

Depuis deux ans, le parti libéral a fait une propagande active, en affichant un programme démocratique, laissant espérer une solution possible à la brûlante question du suffrage universel. Il se fait que certains électeurs flottants, qui avaient été atteints par notre propagande, sont retournés à leur ancien parti et ont voté en 1904 pour les libéraux. Si nous additionnons les chiffres de 1902 à ceux de 1904 nous avons pour résultat 463,967 voix, soit un recul d’environ 15,ooo voix et une perte de cinq sièges au Parlement.

Malgré cet échec et peut être à cause de lui, nos œuvres n’ont en rien souffert, nos coopératives sont en bonne situation et le parti ouvrier va se lancer dans une propagande spéciale et acharnée pour renforcer l’action syndicale et coopérative.

Nous avons l’espoir de raffermir de cette façon l’esprit de classe qui doit animer les ouvriers dans la lutte qu’ils ont entreprise pour leur délivrance du joug capitaliste, pour leur complète émancipation. Le parti ouvrier belge saura toujours rester fidèle à la grande parole de Marx : « L’émancipation des travailleurs doit être l’œuvre des travailleurs eux-mêmes. »

Pour le Conseil général du P. O. B. : Le Secrétaire, G. Maes.

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Une Réponse to “Le Parti ouvrier belge en 1903”

  1. Neues aus den Archiven der radikalen Linken - eine Auswahl « Entdinglichung Says:

    […] (1948) * Natalia Sedova: Lettre à David Korner (1948) * Charles Bonnier: Spinoza et Marx (1904) * Le Parti ouvrier belge en 1903 (1904) * Contre le courant (2005, kurze Einführung zu einem Film zur Geschichte der PSOP) * Pierre […]

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