La vague des séquestrations se poursuit

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Infobref N°256 du 20 avril 2009


Il n’ y a de justice, que pour la classe capitaliste, l’ égalité qu’elle défend c’est celle « qui interdit aux riches comme aux pauvres de coucher sous les ponts » ( Anatole. France) celle qui interdit les séquestrations, mais séquestre dans plus de 224 camps de rétention de l’ UE réfugiés et immigrés cherchant un travail . Le Premier ministre François Fillon à Chaumont, en Haute-Marne a qualifié de « sabotage » les séquestrations de dirigeants d’entreprises et les coupures sauvages de courant, coupures qu’ils soutient par ailleurs quand il s’ agit de procéder aux expulsions urbaines.

« Je pense à la séquestration de certains dirigeants d’entreprises, je pense aux coupures de courant sauvages qui ont eu lieu ces derniers jours : c’est du sabotage, ça n’est pas la grève, ça n’est pas de l’action sociale », a-t-il dit. « Tout cela est extraordinairement dangereux. » (Fillon)

La vague des séquestrations se poursuit.

La liste des dirigeants d’entreprise séquestrés (en fait le plus souvent retenus pour négocier) par des salariés qui perdent leur emploi s’allonge semaine après semaine. Après Sony à Pontonx-sur-l’Adour, 3M à Pithiviers, Caterpillar à Grenoble, Scapa dans l’Ain, Faurecia dans l’Essonne, le site FM Logistic de Woippy a été touché à son tour. Les salariés du centre logistique séquestrent des membres de la direction du site où 475 emplois doivent être supprimés après la perte d’un contrat avec Hewlett-Packard. [1]

résumons les faits.

Fin janvier 2009 – Fulmen, batteries de voitures et de camions, usine du trust Exide Technologies, doit être fermée: les travailleurs en grève contraignent le patron à manifester avec eux dans les rues d’ Auxerre (Yonne) revêtu d’ un tee-shirt portant le nombre de travailleurs licenciés. En février 2009, 40 ouvriers de l’équipementier Brocard et Roux (BRS) bloquent les camions de déménagement, et séquestrent le patron anglais qualifié par la presse de patron voyou. L’équipementier voulait se délocaliser clandestinement en Slovaquie. Le tribunal va le contraindre à rapatrier tout le matériel transféré.

En mars, c’est au tour des travailleurs de Pontonx-sur-l’Adour (Landes) : usine Sony ( électronique), de prendre le relais des séquestrations contre la fermeture de l’ usine pour obtenir plus d’ indemnité de licenciement [2]. Puis ceux de l’ Usine pharmaceutique 3M à Pithiviers (Loiret) vont faire de même. Le trust veut supprimer 110 emplois sur 235.

La grève illimitée a débuté le 20 mars pour une meilleure indemnisation et pour des garanties d’emploi. Le directeur est séquestré le 24 et libéré le 25 à minuit avec l’ouverture de pourparlers. Reprise du travail le 2 avril après un vote à 80 % pour un accord comportant le report des licenciements à novembre 2010, une prime plancher de départ de 30 000 euros, une prime de transfert de 5 000 à 7000 euros et des garanties d’emploi de quinze mois pour les licenciés.

Fin mars , c’ est le constructeur américain d’engins de chantier Caterpillar, qui avait précédemment annoncé 25.000 réductions d’effectifs dans le monde, qui passe aux actes. Les usines Caterpillar de Grenoble et d’Echirolles (banlieue de Grenoble) frappées par 733 licenciements sur 2800 sont occupées et 4 directeurs séquestrés mais libérés le 1er avril. Depuis après la valse des huissiers, qui comme des vautours suivent chaque grève pour les juridicialiser, c’ est à dire appliquer le droit de grève pour briser la grève; comme vient de le faire le tribunal de grande instance de Grenoble. Celui-ci a ordonné aux 19 salariés de Caterpillar, assignés pour occupation illicite et entrave à la liberté de travailler, de laisser libre accès aux usines de Grenoble et Echirolles, dans l’Isère, sous peine de payer 200 euros chacun par jour.

30/3/2009- FCI Microcommunications (cartes à puce, firme passée de fonds de pension en Areva et autres mains). Usine de Mantes-la-Jolie (Yvelines, banlieue ouest de Paris) fermée pour délocalisation à Singapour . 400 travailleurs sont en grève avec occupation jour et nuit depuis cinq semaines pour une meilleure indemnisation. 2 directeurs séquestrés pendant quatre heures doivent être délivrés par les flics. Malgré un jugement d’expulsion, l’occupation est maintenue.

La grande distribution en première ligne

Les salariés de la grande distribution, sont comme les équipementiers automobiles en première ligne sur le front de la crise. La Camif , le N° 3 français de la vente à distance jette l’ éponge et annonce en novembre 2008 la suppression de 946 emplois. La Redoute (PPR) va suivre , 672 emplois d’ ici a 4 ans, les 3 Suisses 674 emplois soit 20% des effectifs…Fin mars 2009- A la sortie d’un comité d’entreprise européen du groupe PPR (Printemps Pinault Redoute, grands magasins et industrie du luxe, plus de 141 % de bénéfices en 2008) le «patron» Pinault ( ami de Sarkozy) est bloqué dans un taxi par un barrage de poubelles et 100 travailleurs du groupe, rue de Javel dans le 15e arrondissement de Paris et copieusement injurié. Il sera délivré par les flics au bout d’une heure. En jeu la suppression de 1 800 postes dans ses filiales La Redoute, Conforama et la Fnac. Soit un plan d’économies de 35 millions d’euros en trois ans, touchant 400 postes en France, soit 3,4% des effectifs, dont 200 à Paris, 50 au siège et 150 en province.

Les travailleurs de Continental, fer de lance de l’ action solidaire

Au début de l’année, le trust du pneumatique annonce qu’il va fermer deux usines européennes, celle de Hanovre et celle de Clairoix (1120 travailleurs) à la date limite du 31 mars 2010, les premiers licenciements débutant en octobre 2009. Cette usine se met en grève et la colère éclate lorsque les ouvriers font au directeur une haie d’honneur sous une pluie d’œufs et de godasses; il reçoit même un coup de bâton sur le crâne [3]. L’ exemple des prolétaires de Continental, qui ont choisi de manifester devant les autres usines pour attirer d’ autres travailleurs dans la grève, est à ce titre exemplaire et fut un succès 10 000 dans les rue de Compiègne, du jamais vu. Le 25 mars, alors que les représentants syndicaux sont reçus à l’Elysée, les travailleurs, épaulés par d’autres de la région parisienne tentent de gagner l’Elysée mais, bloqués par les flics place Saint-Augustin, ils érigent un barrage de pneus enflammés.

Un comité central d’entreprise qui devait se tenir près de l’usine a été «délocalisé» à Nice pour fuir loin de l’action ouvrière. L’occupation de l’usine et différentes manifestations dont celle de Paris qui a vu pour la première fois une grande avenue de la capitale barrée par une barricade de pneus en flammes. Cela fait longtemps qu’une manifestation de travailleurs dans la capitale réussit à bloquer une grande avenue.

Dans le même temps, Continental embauche en Roumanie et envisage de délocaliser en Chine. Le niveau de la combativité ouvrière peut être donné par ce propos d’un ouvrier de Clairoix:«nous faut des sous pour payer un train pour aller jusqu’à Hanovre ( le 23 avril au CE du groupe), mais ça peut aussi nous servir pour acheter des kalachnikov, des bazookas, des tanks…» Il y a une forte volonté pour tenter d’ouvrir le conflit vers l’extérieur, non seulement vers les usines du coin mais aussi vers des sites placés dans la même situation comme les aciéries de Gandrange. Pour le moment, le mouvement semble stagner, pris dans des problèmes juridiques. Les difficultés du groupe Continental ne sont pas tant dues à la crise qu’à une reprise hasardeuse par un autre trust allemand: Schaeffer, un petit qui, tentant d’absorber un gros, ne peut faire face aux remboursements des crédits bancaires ayant permis cette opération.

Dans le pas de Calais , l’équipementier automobile Faurecia a confirmé sa fermeture, en août 2010. Des le lendemain de l’ annonce, c’est à dire le 6 mars la grève s’est installée dans cette usine qui fabrique des équipements pour Toyota, entraînant le blocage de la production : Toyota à l’usine d’Onnaing Renault sur le site de Maubeuge (actuellement en grève contre le chômage partiel les travailleurs revendiquent son paiement à 100%) et Volvo sur celui de Gand (Belgique).

Notes

[1] La séquestration est maintenant levée. [ Additif: Cf. France info 17-04-2009 ]

[2] La participation de Sony au déménagement reste à 3 500 euros). Un versement de un mois de salaire par année d’ancienneté et une somme fixe de 10 000 euros par personne est octroyé. Un montant que proposait Sony le 10 mars dernier et qui n’a pas été réévalué. Quid des projets de reprise du site ? Là-dessus, les salariés n’ont rien obtenu. Aucune information ne leur a été donnée. Le 17 avril prochain, l’usine cessera son activité.

[3] A l’automne 2007, les travailleurs du trust Continental de Clairoix (Oise) et de Sarreguemines avaient accepté, sous les chantage à la fermeture, l’abandon des 35 heures et le passage aux 40 heures.

2 Réponses to “La vague des séquestrations se poursuit”

  1. lucien Says:

    France – La colère ouvrière monte
    http://www.ibrp.org/fr/articles/2009-04-09/france-la-col%C3%A8re-ouvri%C3%A8re-monte

    La colère des ouvriers monte en France contre les conséquences de la crise économique qui commencent à se faire sentir mais aussi contre les mesures antérieures « libérales » et radicales des gouvernements pour faire baisser le coût du travail.

    L’on a eu des directeurs de l’entreprise Continental dans l’Oise (usine de pneumatique qui emploie 1200 ouvriers) bombardés d’œufs, les dirigeants de Sony dans les Landes et de l’usine pharmaceutique 3M à Pithiviers à côté d’Orléans ont été séquestrés contre leur gré dans un bureau. La grogne se manifeste ici contre les licenciements ou la fermeture des usines.

    A Auxerre les ouvriers de Fulmen qui fabriquent des batteries pour voiture et camions ont forcé le directeur à manifester avec eux dans la rue.

    La liste est longue de ces luttes d’un genre nouveau comme l’envahissement du siège social de Caterpillar à Grenoble. Puis l’occupation de Rencast (sous-traitant automobile) à Châteauroux où la grève commence le jeudi 12 mars, quand il est annoncé la liquidation judiciaire du groupe. Enfin, l’assemblée générale du 13 mars décide à l’unanimité la grève avec occupation. En avril, nouvelle séquestration de quatre cadres de l’usine Scapa dans l’Ain. Ce qui est nouveau, c’est que les salariés ont pu obtenir le doublement de leurs primes de licenciement. Si l’action paye, car des craintes de radicalisation existent au sein de la bourgeoisie, la situation sociale risque d’évoluer rapidement.

    L’aspect étendu sur l’ensemble du territoire jusque dans de petites villes de ces luttes est aussi un caractère important à noter qui montre que la grogne est répandue et se généralise en profondeur.

    Pour l’instant les violences sont restées limitées. Mais quelque chose a changé, les ouvriers se mettent en lutte car ils n’ont plus rien à perdre. Ils reconnaissent qu’ils se sont fait avoir dans les combats antérieurs et que les mesures de réduction de salaire qu’ils ont accepté la mort dans l’âme n’ont rien solutionné. En fin de compte ils se font toujours licencier. Et surtout, ils prennent les luttes un peu plus en main sans écouter les syndicats qui prêchent le calme en attendant le moment « favorable » pour mener des luttes. Les ouvriers mènent des actions beaucoup plus « violentes », disent les médias et souvent sans écouter les syndicats qui temporisent au niveau national. La belle affaire ! En fait les bourgeois commencent sérieusement à s’affoler car ils prennent conscience que cela ne fait que commencer et que de nouvelles luttes vont se généraliser avec l’approfondissement de la crise.

    Il est clair que ces luttes sont le signe de l’impuissance des travailleurs et de leur désespoir mais elles ont le mérite d’exister. Elles sont la manifestation d’un réveil de la combativité qui ne pourra que se développer de façon toujours plus importante quand tous les effets de la crise du capitalisme vont se faire encore plus fortement et massivement sentir.
    Bilan & Perspectives, 9 avril 2009
    Publication du Bureau International pour le Parti Révolutionnaire en France

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  2. eric chapuis Says:

    Organiser, centraliser, structurer, autodéfense ouvrière,etc. la complète efficience du Programme de transition, et son actualité…

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