Histoire du Parti socialiste mondial des Etats-Unis

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D’après l’article paru dans le Socialist standard de juillet 2004, partie d’une série de Peter E. Newell sur l’histoire des partis compagnons du Mouvement socialiste mondial.

Éducation marxiste aux États-Unis

Un « Parti Socialiste d’Amérique » (SPA) a été constitué la première fois en 1901 suite à une scission du parti socialiste du travail de Daniel De Leon. Il n’a pas eu comme objectif – son objectif unique – l’établissement du socialisme mais était plutôt fondamentalement un parti social-démocrate et réformiste de gauche avec, durant les premières années du siècle dernier, des centaines de milliers de membres et de sympathisants. La première guerre mondiale a profondément bouleversé le SPA, avec une partie de ses militants remettant en cause sa politique, sa tactique et ses objectifs. En particulier, dès 1915, le SPA, notamment dans le Michigan –  centre de l’industrie automobile américaine – est passé sous l’influence d’éléments marxistes anti-guerre.
En 1915, le militant du SPBG (Parti socialiste de Grande-Bretagne) Moïse Baritz s’est installé à Detroit où il a bientôt commencé à tenir des conférences et des réunions au Duffield Hall. Beaucoup de ceux qui étaient présents étaient membres du Parti Socialiste d’Amérique, d’autres étaient membres du Parti Socialiste du Canada qui s’était établis à Detroit, pour obtenir du travail dans l’industrie automobile ou échapper au service militaire. Un « cercle d’étude » marxiste s’est formé. En 1916, Baritz était reparti, non sans laisser Adolph Kohn – un autre membre du SPGB -, arrivé à Detroit. Les membres du « cercle d’étude » ont commencé à  soutenir le fait qu’un nouveau parti, anti-réformiste, séparé du SPA devrait être organisé. D’autres, tels que es membres de  la gauche du SPA à Detroit comme John Keracher et Dennis Batt, étaient d’abord sympathisants, mais ont estimé que les marxistes devraient rester dans le SPA pour le moment, et  l’orienter vers le socialisme. La formation d’un nouveau Parti Socialiste était prématurée, disaient-ils.
Cependant, sur l’insistance d’Adolph Kohn et de Wilfred Gribble, un petit groupe a décidé de s’organiser séparément. Lors d’une réunion à Detroit le 7 juillet 1916, le Parti Socialiste des États-Unis a été lancé. Lors de la réunion, 19 membres des gens de la région de Detroit du SPA ont démissionné de ce partie Le SPUS ne pouvait pas établir de contact avec d’autres groupes semblables ailleurs en Amérique et, lors de sa formation, il n’a eu que 43 membres. Néanmoins, il a décidé de  poursuivre. Lawrence Beardsley a écrit son manifeste contre la guerre, Gribble est devenu l’organisateur et Bill Davenport a été élu secrétaire général. Le Parti Socialiste des États-Unis a adopté la déclaration de principes du SPGB.
Fin août, le SPUS a envoyé son manifeste à l’auteur, Jack London, et le 21 septembre, huit semaines avant sa mort, il a répondu au parti :

« Lisez ma démission du Parti Socialiste, et vous constaterez que j’ai démissionné pour les mêmes raisons qui vous poussent pour former ce nouveau parti…. Je vous félicite et vous souhaite  bonne chance pour votre entreprise. Je ne suis pas amer (…). »

La recrue la plus enthousiaste du nouveau parti était probablement un ancien membre du Parti Socialiste d’Amérique, Isaac Rabinowich (familièrement surnommé camarade Rab), dont mère et le père étaient socialistes révolutionnaires en Russie avant sa naissance en 1893. En 1921, « Rab » a déménagé de Detroit à Boston.

Pendant un temps, les influences socialistes et marxistes furent fortes dans le Michigan. Le groupe autour de John Keracher a fondé un journal,  The Proletarian (par la suite Proletarian News), en août 1918, qui a adopté les principes du SPGB. En attendant, le Parti Socialiste des États-Unis a été informé par le SPA qu’il avait déposé des droits d’auteur sur le nom de « Parti Socialiste » que le SPUS ne pourrait plus l’employer. Le SPUS s’est donc rebaptisé en Parti Socialiste des ouvriers des États-Unis (WSPUS). Le groupe de Keracher, qui devenu pro-bolshevik, fut expulsé du SPA en mai 1919. Avec un certain nombre d’autres anciennes fractions du SPA, il participé à la formation du parti communiste. Mais dans l’année, le groupe du Michigan de Keracher était exclu du parti communiste pour « menchevisme », car ils ne croyaient pas en l’imminence d’une révolution socialiste aux États-Unis. Et tout en continuant de soutenir le bolchevisme, ils nièrent que le socialisme avait été instauré en Russie. Six mois plus tard, ils ont formé le parti prolétarien, qui n’a pas préconisé de réformes. John Keracher était l’auteur d’un certain nombre de brochures  de vulgarisation  marxiste, principalement sur les questions économiques, mais également sur l’origine des religions, qui ont été récemment rééditées par le SPGB. La parti prolétarien a finalement disparu en 1971. Le Parti Socialiste des ouvriers a estimé qu’il était malheureux qu’il n’ait pas pu délivrer « ces derniers socialistes authentiques » de leur « engouement » pour le bolchevisme. Malheureusement, les influences marxistes et  socialiste ont décliné dans le Michigan après 1925 environ.
New York avait toujours été un creuset du radicalisme ; et, pendant les trois premières décennies du siècle dernier, le Parti Socialiste d’Amérique a eu des milliers de partisans dans la ville. Les partis socialistes du Canada (SPC) et de Grande-Bretagne (SPGB ) y étaient bien connus.
Moïse Baritz s’était adressé  aux foules sur Coney Island. Durant la première guerre mondiale, des membres du SPC et du SPGB sont arrivés à New York, et le 25 janvier 1921, ils ont fondé la
Socialist Educational Society. Pendant les années 20, leur activité  a permis qu’il y ait un local influent du Parti Socialiste des ouvriers. Ils ont réédité la brochure du SPGB, Socialism and Religion et en 1929 le local de New York du WSPUS a commencé à éditer le premier journal officiel du parti, The Socialist.
Presque seul, après avoir déménagé de Detroit à Boston, « Rab » a travaillé inlassablement pour le socialisme dans cette ville. Ce n’était pas effort vain. En effet :

« Pendant les années de la Dépression l’adhésion s’est développée jusqu’à ce que ce devienne le plus grand et le plus actif groupe à l’intérieur du WSP. En fait, en dehors du parti communiste, les gens de Boston du WSP étaient sans doute l’organisation la plus active et connue défendant le marxisme en Nouvelle Angleterre » (W. Jerome, Western Socialist, N° 4, 1966)

Les familles Mattick et Rab

Pendant les années 30, le local de Boston tenait des réunions, des meetings, des débats et des cours de sciences économiques six jours ou soirées par semaine. Le WSP n’a cependant guère fait de progrès dans le reste des États-Unis, bien que des locaux du pays aient été fondés à Los Angeles et à San Francisco. En 1947 le Parti Socialiste des ouvriers (Workers’ Socialist Party) a changé son nom en Parti Socialiste mondial (World Socialist Party) parce qu’il était confondu avec le Socialist Workers’ Party, une organisation trotskyste. Le changement de nom a également souligné l’internationalisme du WSP.  En 1939 le Western Socialist avait déménagé du Canada à Boston, et, était sous-titré « le journal du socialisme scientifique dans le hémisphère occidentale ». Il fut dans les quarante années suivantes la publication commune du SPC et du WSPUS [la publication a cessé en 1980].

ws1965
Au début des années 50, le Parti Socialiste mondial des Etats-Unis a connu une période de déclin, partiellement due à la prospérité relative de l’après-guerre pour la classe ouvrière en Amérique, et partiellement due à l’hystérie « anti-rouge » de la guerre froide et du maccarthysme. Jerome commentait ainsi cette situation :

« Les dissidents qui exprimaient une critique sociale étaient accusés d’aider indirectement l’ennemi, c’est-à-dire étaient presque coupable de trahison. Les menaces d’ostracisme social, la perte d’emploi et la persécution de gouvernement ont fait taire la plupart des critiques quelqu’ait pu être leur audience. »

Des polémiques internes ont éclaté dans le WSP, et un certain nombre de membres ont démissionné du parti. En 1950 le siège social a été transféré de Boston à Detroit, où il est resté quelques années avant de retourner à Boston. Le Parti Socialiste mondial des États-Unis a eu la tâche difficile d’essayer de  recoller les morceaux. Néanmoins, il a continué le travail de propagande pour le socialisme dans un environnement hostile et, grâce à Internet, bénéficie d’une sorte de renaissance. Son journal s’appelle maintenant World Socialist Review et se trouve, avec d’autres matériels, sur son site Web.

d’après PETER E NEWELL

wspus

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2 Réponses to “Histoire du Parti socialiste mondial des Etats-Unis”

  1. Articles de Paul Mattick dans le “Western socialist” impossibiliste « La Bataille socialiste Says:

    […] of Scientific Socialism in the Western Hemisphere” édité à Boston à partir de 1939 par le Workers’ Socialist Party et le Parti socialiste du Canada. Le WSP prit en 1947 le nom de World Socialist Party pour éviter […]

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  2. Neues aus den Archiven der radikalen Linken « Entdinglichung Says:

    […] de lutte de G. Munis * Socialisme Mondial: URSS: un ouvrier parle (1981) * Socialist Standard: Histoire du Parti socialiste mondial des Etats-Unis […]

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