Valentin Gonzalez, « El Campesino »: l’homme qui vainquit la mort en Espagne et en URSS (Gorkin)

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Introduction de Julian Gorkin à La Vie et la mort en U.R.S.S. (Paris, 1950). Le livre n’est actuellement disponible en ligne qu’en anglais [cf. pdf].

Un homme, un Espagnol de légende, a réussi ce double exploit: survivre aux pires persécutions en Russie stalinienne et s’évader, après une première tentative sans résultat, de ce qu’il appelle « la plus vaste et infernale prison totalitaire du monde ». Cet homme est Valentin Gonzalez, connu sous le nom d’El Campesino, premier commandant communiste pendant la guerre d’Espagne.

Valentín González, "El Campesino"

Valentín González, "El Campesino"

Je m’imagine que tous ceux dans le monde entier – en premier lieu les communistes et les anciens combattants des Brigades internationales – qui le croient mort et enterré depuis longtemps, seront surpris d’apprendre qu’il est encore en vie. Seul un homme comme lui, d’une résistance physique et morale à toute épreuve, d’une résolution indomptable, pouvait réussir cet exploit. Seul l’homme qui, par deux fois, sut vaincre la mort en Espagne, mort annoncée officiellement à deux reprises, pouvait la vaincre une troisième fois en U.R.S.S. dans des conditions plus difficiles encore. Moi qui connais aujourd’hui tous les détails de cette évasion, je puis affirmer que c’est là un cas unique dans une époque pourtant si riche en vies prodigieusement dramatiques.

J’aurais pu annoncer la nouvelle de cette évasion il y a plusieurs mois déjà, mais j’ai attendu pour le faire qu’il fût en sûreté. Ceux qui connaissent les moyens dont dispose et les méthodes qu’emploie la sinistre Guépéou – hier N.K.V.D., aujourd’hui M.V.D. – pour se débarrasser de ses adversaires de marque (qu’on se rappelle comment elle supprima Ignace Reiss, Krivitsky et Trotsky) comprendront les précautions qu’il fallait prendre.

Avant de lui laisser la parole, je crois nécessaire d’esquisser rapidement sa biographie. Il en circule de nombreuses, pleines d’inexactitudes: l’une de l’écrivain américain Hemingway et une autre, entièrement fantaisiste et adaptée aux nécessités de la propagande communiste, d’Ilya Ehrenbourg, sans compter celles écrites par les franquistes, dont il était la bête noire. Il n’est pas question pour moi, qui fus son adversaire et faillis en être aussi sa victime [1], de le disculper de ses erreurs passées, ce qu’il n’accepterait d’ailleurs pas, mais de le présenter tel qu’il est: une des figures les plus curieuses de notre époque.

L’éternel rebelle

L’Estremadure est une des régions les plus arriérées de l’Espagne; vouée presque uniquement à l’agriculture et à l’élevage; elle compte près de 65% d’analphabètes. Elle comprend de vastes domaines et territoires incultes, où vivent des masses de paysans sans terre et parfois même sans pain, ce qui explique leur esprit de rébellion traditionnel. la dure lutte quotidienne avec une terre ingrate, dont une grande partie est occupée par des montagnes abruptes, demi-sauvages, crée des hommes rudes, énergiques, résolus et obstinés. Les paysans de l’Estremadure ne savent ni lire ni écrire, mais possèdent en général une forte personnalité. Fernand Cortès, qui conquit le Mexique, était originaire de l’Estremadure. de même que Pizarre, le conquérant du Pérou. Et c’est aussi en estremadure qu’est né Valentin Gonzalez, dans un village perdu et d’une famille très humble. Au temps de la conquête, il eût sans été sans doute un capitaine aventureux, capable de grands exploits. Né dans la première décade de ce siècle, il a été un grand rebelle et l’un des plus audacieux commandants de la guerre civile. Homme sans grande culture, il possède cependant une vive intelligence naturelle, une mémoire étonnante, un esprit de décision et une astuce extraordinaire. Sans ces dons exceptionnels, une telle vie eût été inconcevable.

Son père, d’origine paysanne, travailla à la construction de routes et, plus tard, dans les mines de Peñarroya. Plus que par conviction doctrinale ou philosophique, il était anarchiste par instinct; c’était en réalité un rebelle-né. Ce type d’anarchiste abonde en Espagne, particulièrement dans les milieux ouvriers de la Catalogne et chez les paysans de l’Andalousie et de l’Estremadure. Type primaire et même primitif, avide d’action directe, mais animé d’un désir ardent de justice et d’un esprit de sacrifice et de solidarité à toute épreuve. Pendant la guerre civile, il devait être un des chefs des guerilleros d’Estremadure. Fait prisonnier avec une de ses filles, les phalangistes les pendirent sans jugement. pendant une semaine entière leurs cadavres restèrent collés l’un à l’autre avec des écriteaux qui les signalaient comme le père et la sœur d’El Campesino.

C’est à l’âge de quinze ans que Valentin Gonzalez commença son activité syndicale. Arrêté pour avoir pris, au cours d’une grève, la défense des paysans, la police le surnomma El Campesino, qui signifie « le paysan ». Il n’est pas exact, comme on l’a dit, que ce surnom lui fut donné par les agents russes au début de la guerre civile afin de lui gagner la sympathie des paysans. En 1925, à l’âge de seize ans, au cours d’une grève de mineurs à Peñarroya, il lança une bombe sur un poste de police, tuant quatre gardes civils. Il faut connaître la haine profonde du peuple espagnol à l’égard de cette institution policière pour s’expliquer un fait comme celui-là. Son père lui avait dit: « Si tu dois te cacher un jour, va dans la montagne. L’argent, la civilisation, les femmes te trahiront, la montagne jamais. » C’est dans la montagne que se cachaient autrefois les bandits d’honneur. C’est dans la montagne qu’alla se cacher Valentin Gonzalez en compagnie d’un autre jeune terroriste; ils y vécurent comme des bandits pendant plusieurs mois. Arrêtés lors d’une descente dans la plaine et soumis à d’atroces tortures, son compagnon périt, mais lui, plus fort et plus résolu, survécut. pendant plusieurs mois, il resta incarcéré à la prison de Fuenteojuna, le village immortalisé par la pièce de Lope de Vega. Les anarchistes détenus avec lui contribuèrent à sa formation politique, tandis que les paysans de la région lui apportaient des vivres à la prison. Lorsqu’il en sortit, il alla vivre illégalement à Peñarroya, comme chef d’un groupe de pistoleros.

Le peuple espagnol, qui devait lutter pendant les trente-deux mois de la guerre civile contre la réaction intérieure soutenue par le nazi-fascisme européen, était violemment hostile à l’armée de la monarchie, et c’est pourquoi, dès le début de la guerre du Maroc, il adopta vis-à-vis d’elle une attitude d’opposition. Parvenu à l’âge du service militaire, il n’est pas étonnant qu’El Campesino manifestât lui aussi ses sentiments antimilitaristes. A peine incorporé, il déserta. Arrêté et conduit à Séville en compagnie d’autres déserteurs, il s’évada de nouveau. repris, il fut embarqué, menottes aux mains, pour Ceuta, d’où il fut conduit à Larache. Un sergent l’ayant souffleté devant les autres soldats, ce sous-officier, connu pour sa brutalité, fut trouvé mort quelques jours plus tard. A Larache, il fit la connaissance d’un soldat communiste qui le convertit à ses idées. Il se mit dès lors à voler des produits à l’intendance, dont la vente lui servit à soutenir la publication d’une feuille antimilitariste. Il déserta une troisième fois et vécut parmi les Berbères jusqu’à ce qu’une amnistie lui permît de se rendre à Madrid, où, en 1929, il adhéra officiellement au parti communiste.

La mort dans les mains

C’est à Moscou que Lister et Modesto, les deux autres principaux commandants communistes de la guerre civile, avaient fait leur éducation politique et militaire. El Campesino, lui, était une création directe du peuple espagnol: il se conduisit comme un chef de guerilleros plus que comme un militaire discipliné. Dès le début de la guerre civile, il organisa de sa propre initiative un bataillon de miliciens, dont les effectifs s’accrurent rapidement jusqu’à former une brigade, puis une division, la fameuse 46° division de choc, qui devait porter pendant toute la guerre le nom de son créateur. Lorsque Moscou décida, deux mois après le déclenchement des hostilités, d’intervenir dans les affaires d’Espagne, ses agents et ses experts militaires, conscients de la valeur de ce guerillero et de l’influence qu’il exerçait sur ses hommes, le reconnurent comme l’un des principaux chefs militaires, malgré son caractère anarchiste et ses actes constants d’indiscipline. Ils voyaient en lui le Tchapaiev de la guerre civile espagnole. S’il avait vécu au Mexique, à l’époque de la révolution anti-porfiriste, il aurait joué le rôle d’un Zapata ou d’un Pancho Villa. Il a, en effet, avec ces derniers beaucoup plus de points communs qu’avec le fameux chef de partisans russe. Mais, désireux de cacher l’aide généreuise et désintéressée du Mexique et de combattre les sentiments d’amitié qu’éprouvait le peuple espagnol pour ce dernier pays, les agents de Moscou créèrent autour de lui la légende d’un Tchapaiev espagnol.

Si l’on devait faire exception du front du Nord, El Campesino combattit sur tous les fronts de la guerre civile. On le voyait apparaître partout où il y avait à réaliser une opération difficile ou rétablir une situation désespérée. Il donnait l’impression d’un fou héroïque; il se tirait des pires dangers presque par miracle, sans se laisser arrêter par rien et sans hésiter sur le prix à payer. Il acquit ainsi une renommée presque sinistre, non seulement chez l’ennemi, mais parmi les secteurs du camp républicain hostiles au stalinisme. Et il m’explique aujourd’hui avec un geste d’amertume:

– Le Bureau politique et les agents de Moscou qui contrôlaient entièrement le fameux Cinquième régiment, commirent et firent commettre les pires atrocités, dont ils rejetaient ensuite la responsabilité sur moi. On voulait m’entourer d’une auréole de terreur, non seulement sur le front, mais aussi à l’arrière. Ils savaient que j’avais bon dos et que je pouvais tout prendre sur moi.

C’est exact. Il n’en est pas moins vrai qu’entraîné par son tempérament passionné et son fanatisme, il commit lui-même de nombreux excès. Tous ceux qui ont assisté ou participé à une guerre civile savent combien il est facile de tuer et de se faire tuer en ces époques où la passion collective – une sorte de folie démoniaque qui ne connaît pas de frein – domine tout. Ce fut le cas en Espagne comme nulle part ailleurs peut-être. L’Espagnol est de nature joyeux, cordial, généreux, hospitalier, et cependant il a en lui, comme nul autre peuple, le sentiment tragique de la vie et le mépris de la mort. On prend cela pour de la fanfaronnade, mais c’est quelque-chose de beaucoup plus profond. Ce peuple a l’habitude de tout donner, de tout risquer, de tout sacrifier avec une générosité et un désintéressement absolus. Quand sa passion se déchaîne, il est capable de tout. El Campesino est le prototype par excellence de ce peuple. Durant toute la guerre civile, il porta littéralement la mort dans ses mains. A de telles époques on dirait que ce sont les mains elles-mêmes qui, sans l’intervention de la conscience, prennent l’habitude de tuer. El Campesino était-il le seul dans ce cas? Il y en avait d’autres comme lui, qui, dans des temps normaux, n’eussent pas été capables de tuer même une mouche. A le voir, on s’étonne presque qu’il ait pu jouer un rôle sanguinaire. Il est en effet simple, débonnaire, et donne même parfois l’impression d’un timide. Les responsables du grand drame ne furent-ils pas ceux qui déchaînèrent la tourmente contre la loi et la justice? Les crimes commis par eux ne dépassèrent-ils pas en horreur tout ce qui fut fait dans le camp républicain? Ces crimes du franquisme ne peuvent se comparer qu’à ceux commis par le stalinisme au nom d’une politique étrangère aux intérêts et aux aspirations du peuple espagnol. C’est ce que comprit plus tard, en U.R.S.S., El Campesino. Et c’est maintenant son grand drame personnel.

Les exploits militaires d’El Campesino sont liés aux principales opérations de la guerre civile. Il prit le fameux Cerro de los Angeles, ce qui empêcha l’ennemi de prendre Madrid. La presse communiste attribua ce fait d’armes à Lister. Mais ce dernier, en réalité, perdit la position et se retira à Perales de Tajuna, où il se consola de son échec par une orgie. El Campesino combattit à Somosierra, à Segovia, à Caravita, à Guadalajara, en Andalousie, en Estremadure, sur le front du Levant, en Aragon, sur l’Èbre, en Catalogne… Il fut à Madrid quand Miaja croyait que tout était perdu. Il dormit au palais d’Orient dans le lit d’Alphonse XIII. Il installa son poste de commandement à l’Escurial, puis au Pardo, la résidence actuelle de Franco. Avec un petit groupe de fanatiques, il se livra à un coup de main audacieux sur Lerida, où il fit prisonnier un colonel franquiste et son état-major. Il fut blessé onze fois et plus d’une fois grièvement. Après la prise, puis la perte de Teruel, il y resta enfermé pendant cinq jours. Comme les soldats franquistes criaient aux soldats républicains qu’El Campesino avait été tué, il accourut immédiatement sur la ligne du feu, monta au sommet d’une maison en ruines et, le corps à découvert, cria aux soldats de Franco qu’ils pouvaient se convaincre par eux-mêmes qu’il était bien en vie. Ils le regardèrent médusés, et aucun d’eux n’eut la présence d’esprit de tirer sur lui. Enfin, il parvint à s’échapper, non sans perdre son aide de camp et plus de mille hommes, après un corps à corps acharné qui dura plus de cinq heures. Tout le inonde le croyait perdu. Franco annonça qu’il le tenait prisonnier et présenta aux journalistes son manteau couvert de sang. C’était en réalité celui de son aide de camp, mortellement blessé, qu’il avait emporté sur ses épaules dans l’espoir de le sauver. Le gouvernement républicain envoya un télégramme à sa femme où il lui faisait part officiellement de la mort de son mari… Quand, en pleine nuit, El Campesino appela par téléphone Prieto, alors ministre de la Défense nationale, ce dernier en crut à peine ses oreilles.

El Campesino menant ses troupes à la bataille de Brunete

Comme toujours, au drame se mêle ici un élément comique. El Campesino et son ami, le colonel Francisco Galan, avaient dans les premiers jours de la guerre civile juré qu’ils ne toucheraient pas à un poil de leur barbe jusqu’au jour de leur entrée à Burgos, capitale des franquistes. Voyant cet événement reculer dans une perspec-tive de plus en plus lointaine, Galan décida finalement de se raser. El Campesino voulut l’imiter. Sur quoi il fut convoqué au bureau politique du parti communiste espagnol, où, en présence des délégués de Moscou, on le lui interdit formellement. C’était une barbe légendaire, lui déclara-t-on ; c’est avec cet ornement qu’on le connaissait en Espagne et dans le monde entier ; l’enlever serait trahir. Un des délégués russes lui dit même : « Cette barbe ne t’appartient pas ; elle appartient au peuple espagnol, à la révolution et à l’Internationale communiste. Tu dois la garder par discipline. » Et par discipline il la garda. On voulait manifestement faire naître cette croyance que sa force résidait dans sa barbe, comme celle de Samson dans sa chevelure.

Il fut le dernier à quitter l’Espagne, alors qu’elle était déjà, après l’effondrement du front du Centre, entièrement aux mains des franquistes. Tous les chefs communistes avaient pris la fuite dans des avions tenus prêts à cette intention. Les aides de camp d’El Campesino, qui se trouvaient avec lui à Valence, comprirent que tout était perdu et que la résistance à laquelle voulait s’accrocher leur chef ne serait qu’un héroïque mais vain suicide. Ils se jetèrent sur lui, l’attachèrent à un fauteuil et lui coupèrent la barbe, qu’ils cachèrent sous un toit en promettant de revenir la chercher un jour. Armés jusqu’aux dents, ils réussirent à sortir de Valence dans une puissante automobile et à traverser toutes les provinces du Levant et une partie de l’Espagne du Sud, jusqu’à un petit port de pêche situé entre Almeria et Malaga, non sans laisser sur leur passage quelques cadavres de phalangistes. Soit à cause de son peu d’importance, soit par suite de la confusion qui régnait alors, le village était encore administré par un commissaire socialiste du nom de Benavente. Ce dernier les cacha dans sa maison. La nuit même qui suivit leur arrivée, les franquistes prirent possession du village et de la maison où se tenaient cachés les fugitifs. Ils ne pouvaient soupçonner que, dans une pièce contiguë à la leur, se trouvaient le fameux El Campesino et ses aides de camp. Pourtant leur présence dans la région était signalée par la radio franquiste, qui envoyait sans arrêt des ordres pour qu’on les capturât à tout prix. Ces ordres parvenaient aux oreilles des fugitifs, ainsi que les commentaires du commissaire franquiste, de sa femme et de ses collaborateurs. À un moment donné, ils sortirent de leur cachette, tuèrent tous ceux qui se trouvaient dans l’appartement et gagnèrent le port, où ils s’emparèrent du meilleur canot automobile. Au cours de cette fuite, la femme de Benavente fut tuée. Plusieurs canots furent lancés à la poursuite des fugitifs, qui se sauvèrent en direction de Melilla; en cours de route, ils rencontrèrent une barque de pêche, dont ils réquisitionnèrent le combustible, et, longeant la côte de l’Afrique du Nord, parvinrent jusqu’à Oran. Pour la deuxième fois, El Campesino échappait à une mort déjà annoncée dans le monde entier.

«J’ai défié la mort à chaque pas, d’abord en Espagne, puis en U. R. S. S. C’est sans doute à cela que je dois le miracle de vivre et celui, plus extraordinaire encore, de m’être évadé de l’enfer soviétique. »

Il a dit cela avec orgueil, avec énergie. J’ai rarement vu des yeux comme les siens : aussi lumineux, aussi acérés et pleins de résolution. Ses cheveux sont noirs, crépus, et ses sourcils touffus lui donnent un air d’obstination. Ses traits, typiquement espagnols, accusent son origine arabe. Il est de taille normale, plutôt au-dessous de la moyenne. Son corps n’est pas vigoureux, mais bien proportionné, et il semble avoir dés nerfs d’acier. Quelle extraordinaire vitalité que la sienne! C’est une vraie force de la nature, un produit typique dé la terre espagnole. J’ai fait un long-voyage pour passer quinze jours avec lui. Quand il s’évada, il était faible et amaigri, mais sa vitalité a repris le dessus et il s’est rétabli rapidement. Les trois premiers jours, je l’ai laissé parler presque sans l’interrompre; il y avait si longtemps qu’il n’avait pu s’exprimer dans sa langue maternelle, se confier à quelqu’un ! Il ne peut presque pas tenir en place ; il va et vient nerveusement, gesticule et explose en imprécations indignées; on dirait qu’il a besoin de casser quelque chose.

Enfin il se rassied et poursuit :

« J’ai payé terriblement cher ma liberté : mon père et ma sœur pendus quelques mois après le commencement de la guerre civile; mon frère cadet, qui s’était battu comme un lion, fusillé à la fin de la guerre. Je ne comprends pas comment, étant mon frère, il a pu se laisser prendre vivant. Ma compagne et mes trois fils perdus dans l’Espagne de Franco. Ma nouvelle compagne et une fille perdus maintenant dans la Russie de Staline. Qu’on ne croie pas cependant que je vais abandonner la lutte. Je me sens aujourd’hui plus fort que jamais. Mourir eût été pour moi le plus facile; si j’ai mis une telle obstination à vivre, malgré tout, c’est que je voulais faire connaître au monde la vérité sur l’enfer soviétique et continuer la lutte pour la liberté des hommes et des peuples. »

JULIAN GORKIN.

Note:

[1] Emprisonné à Madrid par la N.K.V.D., c’était El Campesino qui devait me faire fusiller. Pour mon bonheur, il était retenu sur le front d’Estremadure, et le gouvernement républicain me fit transférer en toute hâte et sous bonne escorte à Valence. (J.G.)

campesino

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2 Réponses to “Valentin Gonzalez, « El Campesino »: l’homme qui vainquit la mort en Espagne et en URSS (Gorkin)”

  1. Neues aus den Archiven der radikalen Linken « Entdinglichung Says:

    […] Paul Mattick: Die Todeskrise des Kapitalismus (1933) * Julian Gorkin: Valentin Gonzalez, “El Campesino”: l’homme qui vainquit la mort en Espagne et en URSS (1950) * Anton Pannekoek: Lettre à un ami français (1952) * Ein neues Update mit Hinweisen zu […]

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  2. Tietie007 Says:

    Quelle vie !! Je vais bientôt récupéré quelques archives d’un brigadiste marseillais, jeune communiste de l’Estaque, plus précisément du vallon du Marinier, à Marseille, José Veintimilla, qui combattit dans la 11e Brigade Internationale, dès la fin 1936, sur le front de Madrid. Exilé en URSS, comm le général El Campesino, il finit aussi à la Vorkuta, et fut libéré sous Khrouchtchev en 1956.

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