Interview avec Koorosh Modaresi, secrétaire général du Parti communiste-ouvrier – Hekmatiste

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Spécial Iran (23)

Repris du site Initiative communiste-ouvrière avec l’accord du traducteur.

Le mouvement actuel en Iran : un point de vue communiste

Interview avec Koorosh Modaresi, secrétaire général du Parti communiste-ouvrier – Hekmatiste, le 18 juin 2009

koorosh

Les commentateurs des medias occidentaux comparent les événements qui se déroulent en Iran avec ceux qui ont menés à la révolution de 1979. Qu’est-ce que tu en penses ?

Koorosh Modaresi : Par cette similitude, certains « experts » des médias essaient, consciemment ou inconsciemment, de faire passer Mousavi et son équipe pour une alternative au régime islamique, le transformer en une figure anti-régime du type Khomeiny. C’est très loin de la vérité.

Il y a cependant des ressemblances évidentes, au moins dans la forme. L’Iran est une terre de révolutions : nous en avons connu quatre au siècle dernier. Tout mouvement social tends inévitablement à imiter le passé à un degré à ou à un autre.

Mais sur le fond, c’est une toute autre histoire. La révolution de 1979 était, dès le départ, dirigée contre le régime du Shah. Le mouvement en cours n’appelle pas à en finir avec le régime existant. Les manifestations sont nées d’une lute au sein du régime et ne visent pas ce régime dans sa totalité. Bien sûr, les gens qui y participant en ont assez du régime islamique et veulent qu’il s’en aille. Mais, comme toujours, les drapeaux, les plateformes, les organisateurs et les leaders donnent l’envergure possible du mouvement. On ne peut pas transformer les prières du vendredi en une insurrection contre le régime islamique.

Que répondrais tu à ceux qui, ici en occident, considèrent que les protagonistes se répartissent en deux camps, “réformistes” et “conservateurs” ? Jusqu’à quel point est-ce vrai ?

Koorosh Modaresi : Je crois que cette classification a une part de vérité. Après tout, les « réformistes » essaient de réformer le système pour le maintenir au pouvoir. Si on veut être plus précis, on peut dire que les deux côté du même couloir sont d’accord sur l’essentiel et qu’ils ont des désaccords mineurs. Leur point d’accord, c’est qu’ils sont tous les eux pour le régime islamique. Si l’essence islamique du régime ou son existence venaient à être mis en causes, ils feront tout leur possible pour le sauver. Tous les deux sont extrêmement nationalistes. Leur différence est que l’un des camps, les conservateurs, pensent que les objectifs du nationalisme iranien sont mieux servis par un rapport de force avec l’occident, et que pour cela, il leur faut le soutien de la Chine et de la Russie, ainsi que les soutien de forces comme le Hezbollah au Liban, et plus généralement, ont une approche plus islamique et plus militariste. Les « réformistes » ont les mêmes aspirations nationalistes, mais gardent un œil vers l’ouest. Dans ce sens, le désaccord au sein du régime, c’est le reflet des nouvelles divisions est-ouest sur les courants du nationalisme iranien et les efforts de l’état islamique pour surmonter les contradictions entre le système islamique traditionnel et les besoins du mode de production capitaliste. C’est, en fait, la question centrale pour le gouvernement iranien.

Les “réformistes” disent que la politique d’Ahmadinejad mène à la désintégration de la république islamique. D’un autre côté, les “conservateurs” accusent leurs rivaux de miner la révolution islamique et ses principes. Quel est réellement l’objet de ce conflit ?

Koorosh Modaresi : C’est une rhétorique bien commode. Le problème essentiel du régime islamique, c’est de s’adapter aux besoins du processus de reproduction capitaliste et de passer à travers les crises économiques. Sans ces changements, il va s’effondrer, c’est un fait. Du coup, l’enjeu majeur pour les différentes factions de l’état, c’est de trouver une voie de transformation du système. Chacune pense que celle de l’autre ne va pas marcher et mener le système à la ruine.

Ces adaptations portent sur trois points essentiels :

1. Éliminer le rôle des fatwas religieuses du clergé dans les affaires politiques et surtout économiques. Ce problème fait du marché iranien une place peu sûre pour les capitaux. Les deux camps ont la possibilité de faire cela et ont fait tout leur possible dans ce domaine : le capital est bien mieux garanti contre les fatwas religieuses.

2. Neutraliser les effets du boycott des investissements de capitaux occidentaux sur le marché iranien. C’est un point de divergence majeure. Les conservateurs pensent qu’ils peuvent neutraliser ce problème en se rangeant dans le camp de la Chine et de la Russie, à la fois à l’échelle globale et pour la domination régionale. Les réformistes pensent qu’il faut entrer dan le camp occidental et chercher un accommodement, global et régional.

3. La privatisation de presque toutes les industries principales, la fermeture des industries d’états non-profitables et l’élévation du taux de profit par l’abaissement des salaires, l’augmentation du temps et de l’intensité du travail. des heures de travail. Économiquement, les deux camps – et particulièrement les réformistes – sont en ce sens thatchéristes, reaganistes.

Comme toute faction politique, ils essaient de déguiser leur politique réelle sous des revendications d’allure populaire, afin de mobiliser le soutien de la population.

L’importance de l’électorat et sa passion semble s’être accrue au cours de la campagne. Quelle est la cause de ce développement ?

Koorosh Modaresi : Avant tout, le ressentiment de la majorité de la population contre le gouvernement et le sentiment de désespoir à cause de l’incapacité du camp pro-occidental à changer la situation en soutenant la politique de Georges W. Bush. La défaite américaine en Irak, face à un gouvernement islamique, a été traduite en désarroi, en une situation sans espoir pour la population.

Les élections ont été vues comme un moyen de changer cette situation. Ceux qui voulaient combattre la corruption ont été voter Ahmadinjad et ceux qui avaient l’espoir de gagner des libertés ont voté Mousavi.

Les deux camps ont tenté de mobiliser la population en leur faveur et on fait un campagne assez vigoureuse l’un contre l’autre. Ils ont réussi à mobiliser la population.

Quelles seraient les conséquences de la victoire de chaque camp ?

Koorosh Modaresi : Entre chaque camp, je suppose que tu veux parler de la lutte entre les factions gouvernementales. Je ne crois pas qu’elles soient significativement différentes. Pour autant que le capitalisme soit concerné, les deux voies sont viables. La lutte elle-même est plus importante que le résultat. Les deux camps comptent mobiliser la population par une agitation sensationnelle qui crée une atmosphère de drame politique et ouvre une vaste opportunité pour l’opposition anti-régime.

Pense-tu que le conflit va se résoudre de lui-même ?

Koorosh Modaresi : Je crois qu’un compromis de partage du pouvoir entre les deux camps peut être atteint. Ni l’une, ni l’autre faction ne veut compromettre le système. Cet accord sera plus satisfaisant pour la faction de Rafsandjani que pour celle de Khamenei. Quelque accord qu’il puisse y avoir, comme je l’ai dit, ces contradictions créent un espace ouvert, un vide politique qui peut être mis à profit par l’opposition.

Comment se situe la classe ouvrière dans cette équation ?

Koorosh Modarresi : C’est l’un des périodes les plus importantes pour la classe ouvrière. Si elle tombe dans le piège de se joindre au mouvement vert de Mousavi, ou le mouvement noir d’Ahmadinejad, c’est elle qui sera la grande perdante de la situation. D’un autre côté, si les travailleurs jouent leur rôle consciemment, ils verront que la lute au sein de l’état fragilise le système tout entière. C’est le meilleur moment pour s’organiser, pour changer l’équilibre des forces en faveur du mouvement ouvrier, pour s’emparer des usines, des industries et des quartiers ouvriers. Aujourd’hui, non seulement l’évolution des conditions de travail et de vie, mais surtout l’explosion du nombre d’organisations ouvrières et la polarisation de la société vers le renversement du gouvernement islamique, permettent d’organiser un révolution socialiste et de mettre en place un pouvoir ouvrier.

C’est, bien sûr, un travail très difficile. La plupart des oppositions de gauche sont perdues pour l’action de masse et ne voient pas les développements politiques. Faire comprendre à la classe ouvrière que ce qui se passe n’est pas une révolution et que son issue n’est pas en notre faveur, que la révolution islamique n’en était pas une, faire en sorte que la classe ouvrière se mobilise en dehors de la polarisation du mouvement islamique va être une tâche monumentale pour les marxistes et pour le communisme prolétarien. Le problème, c’est qu’il faut d’abord mobilise les “mobilisateurs”.

Que peuvent faire les forces progressistes en Iran ?

Koorosh Modaresi : Comprendre la matrice et la trame du mouvement actuel comme une lutte de pouvoir au sein de la classe dirigeante, aider à former une véritable alternative égalitaire, un mouvement de la classe ouvrière pour la liberté, rejoindre notre mouvement sous le slogan : “Non à l’islam vert de Mousavi, non à l’islam noir d’Ahmadinejad ! Vive la liberté et l’égalité”, et les propositions politiques du bureau politique du parti hekmatiste.

Quelle est la politique du parti envers ces événements et quelques sont les perspectives immédiate et à moyen terme ?

Koorosh Modaresi : Nous travaillons durement pour mobiliser la classe ouvrière et la population avec des idées de gauche, égalitaire, pour former une base socialiste puissante, et exploiter la situation actuelle de la meilleure manière possible. Notre but est une révolution socialiste, aussi vite que possible. La révolution nécessite une forte base pouvoir ouvrier. Avec cette base nous seront capables de prendre le pouvoir politique.

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