Le Comité d’Action Socialiste pour l’Espagne en 1937

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Extraits de L’Espagne socialiste N°6.

Bureau du C.A.S.P.E.

Secrétaire général: Jean PRADER

Secrétaire administratif: Simone KAHN, 2 rue Eugène-Poubelle, Paris-16°

Bureau: Colette AUDRY, BEAUREPAIRE, DE BOTON, COLLINET, Berthe FOUCHERE, FOURRIER, D. GUERIN, Jean LONGUET, Édouard SERRE, SCHMIRER, THIRION, WEIL-CURIEL, Jean ZYROMSKI, Paul PERRIN, Amédée GUY, Paul RIVES, AUDEGUIL, ANDRAUD députés, Amédée DUNOIS, Marceau PIVERT, ENOCH, COLLIETTE, SKOMOROVSKY.

Camarades,

Le C.A.S.P.E. présente au Congrès de Marseille une motion sur la question espagnole. Cette motion a été régulièrement déposée au secrétariat du Parti. Elle a paru dans La Vie du Parti de mai, qui est adressée à tous les membres du Parti. En conséquence toutes les sections et fédérations en ont été saisies.

Nous rappelons que cette motion est indépendante de toutes les tendances. Des camarades de toutes les tendances (bataille socialiste, majorité, tendance Marceau Pivert, etc.) s’y sont ralliés. Afin qu’elle puisse être votée en toute clarté, il est nécessaire, conformément à ce qui a déjà été fait dans plusieurs sections, de demander la disjonction du problème espagnol dans les motions de tendance sur la politique générale. En effet, les avis sur cette question ne se répartissent pas suivant la géographie ordinaire des tendances. Et il ne faut à aucun prix que l’opinion sur ce point soit égarée par d’autres considérations.

En conséquence, vous demandons à tous les camarades qui sont d’accord avec le C.A.S.P.E.: 1° de faire présenter et voter notre motion dans leur section; 2° de procéder de la façon décrite plus haut, afin d’obtenir le maximum de précision.

Voir la motion.

La faire connaître partout.

Nous faire parvenir les résultats des votes.

Appel aux orateurs

Camarades, les demandes nous parviennent nombreuses et de toutes régions pour faire entendre la parole du Caspe. Nous encourageons vivement les camarades à continuer cet effort d’information sur la question la plus importante de l’époque.

Mais nos camarades du Bureau ne peuvent aller partout. Si leur dévouement est illimité, leurs temps a forcément des bornes. Nous demandons avec insistance à tous les camarades susceptibles de faire un exposé, de nous indiquer leur nom, leur adresse, leur temps disponible. Nous tiendrons à leur disposition toute la documentation dont ils auraient besoin.

C’est votre devoir de manifester ainsi votre solidarité et votre conviction, camarades!

Tous à la besogne!

Le Caspe.

L'Espagne socialiste. Organe franco-espagnol illustré du Comité

Motion du C.A.S.P.E. pour le Congrès

L’occasion nous est offerte de sauver l’Espagne. Notre Parti peut décider du sort de la guerre. A tous les camarades qui ont compris la gravité de la situation et les périls de la politique de sanctions contre la République socialiste d’Espagne, par quoi se traduit en fait la non-intervention, nous adressons un appel impérieux. Qu’ils se considèrent dès à présent comme mobilisés au service de l’Espagne et de la Paix contre le fascisme et sa guerre. Il faut que, dans toutes les sections, dans toutes les Fédérations du Parti, la voix des partisans du soutien à l’Espagne sous toutes ses formes se fasse entendre. Il faut que tous les camarades se prononcent en pleine indépendance, en pleine connaissance. Il faut lutter contre les mensonges, il faut démasquer la lâcheté égoïste derrière les prétextes dont on la pare. Camarades! tous, d’un seul élan, à l’action pour que la motion du C.A?S.P.E. soit votée à tous les échelons du Parti et triomphe au Congrès de Marseille.

Le Congrès national affirme sa solidarité totale avec les décisions prises par l’I.O.S. en accord avec la F.S.I. depuis le début de la guerre d’Espagne, décisions qui ont toujours reconnu au gouvernement républicain le droit de s’approvisionner sans entraves en armes et en matériel de guerre, décisions qui ont dénoncé avec clairvoyance l’intervention directe du fascisme international en Espagne.

*

Le Congrès constate que la politique dite de non-intervention n’a pas atteint les objectifs voulus par ses initiateurs du fait de sa violation délibérée et constante par les grandes puissances fascistes et qu’elle a encouragé l’arrogance de la réaction fasciste en France.

En effet, le conflit espagnol n’a pas gardé le caractère d’un conflit local et intérieur: la victoire de la République espagnole, qui aurait pu être rapide et décisive à cause de la prépondérance numérique des effectifs et de la supériorité des disponibilités financières et monétaires entre les mains du gouvernement républicain; il ne sera obtenu, ce succès, qu’au prix des sacrifices considérables, par suite du ravitaillement intensif et continu des rebelles par les États fascistes, par suite du débarquement d’unités militaires constituées italiennes et allemandes sur le sol de la péninsule ibérique, qui a pris un développement de plus en plus grand.

De plus, la politique dite de non-intervention n’a pas empêché l’Allemagne, l’Italie, le Portugal de reconnaître la junte de Burgos, de même qu’elle n’a pu interdire les actes de piraterie commis au détriment des navires de commerce des diverses puissances, susceptibles d’amener des complications internationales redoutables.

Le Congrès constate encore que tous les efforts, toutes les tentatives renouvelées des États démocratiques pour garantir un contrôle efficace de la non-intervention se sont toujours heurtés à la duplicité des États fascistes et ont eu pour conséquence une recrudescence de l’intervention directe de ces États en Espagne.

C’est pourquoi, sans envisager aucun autre délai, et en pleine conformité avec la résolution de la Conférence socialiste et syndicale de Londres (mars 1937), il se prononce pour le rétablissement intégral du droit international en faveur de l’Espagne républicaine, et pour la suppression de toutes les entraves existantes à l’approvisionnement libre et régulier du gouvernement républicain d’Espagne en armes, munitions, matériel de guerre.

Étant donné le caractère incontestable d’agression pris par la guerre menée par les États fascistes contre l’Espagne, en violation des stipulations du pacte de la S.D.N., le Congrès demande au gouvernement de Front populaire d’appuyer sans réserve la requête du gouvernement espagnol auprès du Conseil de la S.D.N. et d’employer tous ses efforts pour imposer le retrait immédiat des contingents étrangers qui combattent sur le sol espagnol.

Ainsi, le Congrès du Parti Socialiste a conscience d’agir selon le principe supérieur de l’internationalisme ouvrier qui, en présence de la cohésion internationale du fascisme, doit s’affirmer et être pratiqué sans défaillance.

Il a conscience de servir les intérêts de la démocratie en Europe et dans le monde, qui seraient irrémédiablement compromis par l’établissement d’une nouvelle dictature fasciste au-delà des Pyrénées.

Il est convaincu de soutenir efficacement et d’approuver loyalement la politique de Front populaire en France, qui verrait surgir devant elle un obstacle redoutable avec la victoire de Franco, obstacle qui empêcherait tout développement de la politique de progrès social, d’organisation de la paix et de désarmement voulue par le gouvernement à direction socialiste.

Il est persuadé de préserver réellement la paix en donnant force et vie à cette formule, expression d’un loyal et véritable non-interventionnisme: L’Espagne au peuple espagnol.

*

Le Congrès du Parti spécifie que même si ces objectifs n’étaient pas encore tous acquis, même si la politique dite de non-intervention symbolisée par le Comité Plymouth se prolongeait, il conviendrait de travailler sans relâche à éliminer toutes les défectuosités, toutes les insuffisances, toutes les inconséquences qui pèsent sur le plan de contrôle établi à Londres, au détriment du gouvernement républicain d’Espagne. Notamment, il sera indispensable d’obtenir la fermeture de la frontière hispano-portugaise, condition « sine qua non » de la continuation de la fermeture de la frontière franco-espagnole, et de ne plus réserver aux flottes espagnoles et allemandes, qui sont belligérantes, une fraction de contrôle dans les zones du littoral aux mains des Républicains, ce qui suppose évidemment la neutralité.

*

Enfin, le Congrès signale qu’il est urgent de mettre fin, dans le domaine des rapports économiques avec la République espagnole, à des anomalies et à des injustices insupportables contenues dans les clauses relatives aux modalités de paiement de produits en provenance d’Espagne (oranges, pyrites, etc.) et qui infériorisent lourdement les républicains.

Il attire aussi l’attention du gouvernement français pour s’opposer énergiquement à toute immobilisation de l’or de la Banque d’Espagne, réclamée par les puissances fascistes. Il réclame instamment que la République française soit effectivement représentée auprès de la République espagnole, au siège même du gouvernement.

Le Congrès décide qu’une propagande énergique sera menée dans tout le pays sur les bases ainsi définies, afin de créer un puissant mouvement d’opinion qui facilite au gouvernement de Front populaire l’accomplissement de sa propre tâche.

Mais en même temps qu’il rappelle la nécessité d’une telle action, il entend insister sur l’emploi de la puissance directe, autonome de la classe ouvrière, susceptible d’entraver le ravitaillement des rebelles par tous les moyens appropriés. Il compte enfin sur l’activité et le dévouement de tous afin de développer à l’intérieur même du Front fasciste international déclaré l’agitation et la propagande incessantes qui, éclairant les travailleurs dupés et trompés, collaboreront efficacement à la défaite totale du fascisme en Espagne, défaite totale qui, écartant toute espèce de compromis illusoire avec le parti adverse, rendra possible la victoire complète sur le fascisme international.

Jean Longuet, Marceau Pivert, Jean Zyromski, de la C.A.P.; A. Guy, P. Rives, Audeguil, Andraud, députés; Berthe Fouchère, secrétaire fédéral de l’Oise; Beaurepaire, Fourrier, Weil-Curiel, de la C.E. de la Seine; Colette Audry, de Boton, Paul Colliette, Collinet, A. Dunois, Daniel Guérin, F. Moch, Paul Perrin, J. Prader, E. Serre, Schmirer, B. Skomorowsky, Thirion, etc., de la Fédération de la Seine.

Voir aussi:

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4 Réponses to “Le Comité d’Action Socialiste pour l’Espagne en 1937”

  1. Neues aus den Archiven der radikalen Linken « Entdinglichung Says:

    […] L’Espagne socialiste: Le Comité d’Action Socialiste pour l’Espagne en 1937 (1937) * Daniel Guérin: La Peste brune (I: Avant la catastrophe) (1965) * Josef Strasser: […]

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  2. From the archive of struggle, no.30 « Poumista Says:

    […] L’Espagne socialiste: Le Comité d’Action Socialiste pour l’Espagne en 1937 (1937) * Daniel Guérin: La Peste brune (I: Avant la catastrophe) (1965) * Josef Strasser: […]

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  3. Chronologie de la Gauche révolutionnaire (1935-1938) « La Bataille socialiste Says:

    […] Le Comité d’Action Socialiste pour l’Espagne en 1937 […]

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  4. Un militant nommé Lefeuvre (1985) « La Bataille socialiste Says:

    […] avec des militants de la « Bataille Socialiste », par exemple Longuet et Zyromski, au Comité d’Action Socialiste pour l’Espagne (CASPE). Dans cette controverse, tu te situais comment […]

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