Lettre ouverte du SPGB aux syndicalistes

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Texte du comité exécutif du Parti socialiste de Grande-Bretagne, août 2009

Encore une fois le capitalisme se trouve dans une de ses crises économiques périodiques, cette fois plus importante que dans le passé récent. Comme d’habitude, c’est nous qui en sommes les victimes. Cette crise, comme toutes les crises capitalistes, résulte de la poursuite incontrôlable des profits qui est le moteur du système capitaliste.

Tandis que toutes les entreprises capitalistes chassent les profits, il est inévitable qu’un secteur ou un autre de l’économie capitaliste produise plus qu’il ne peut vendre. Cette fois c’était le secteur de  la construction de logements aux États-Unis. Sa surexpansion a eu un effet immédiat sur le secteur bancaire qui, dans sa propre chasse aux profits, a eu recours à des pratiques douteuses. Cela a touché d’autres secteurs à tour de rôle et continue encore à se répandre dans l’économie. C’est là où nous en sommes aujourd’hui, avec les entreprises qui ferment et le chômage qui monte à côté des besoins non satisfaits.

On s’attend à ce que le nombre des chômeurs atteigne les 3 millions, peut-être même avant la fin de l’année. Face à ce tsunami économique le gouvernement a été perdu. Il a dépanné les banques mais à part cela tout ce qu’il a fait est de faire marcher la blanche à billets. Mais cela ne fera pas faire remonter la production. Cela  ne donnera plus tard comme résultat que l’inflation. Il semble que ce gouvernement travailliste, comme tous les gouvernements travaillistes antérieurs, va quitter le pouvoir avec un nombre de chômeurs plus élevé que lorsqu’il a été élu. Encore une démonstration que les gouvernements ne contrôlent pas la façon dont l’économie capitaliste fonctionne.

L’économie capitaliste se redressera tôt ou tard mais d’elle-même, non pas comme résultat d’une action gouvernementale quelconque. Et non sans faire souffrir la classe travailleuse pour bien des mois à venir.

La reprise ne peut se faire sans que le taux de profit ne se redresse. Ce que les employeurs poursuivent activement en imposant des blocages, voire des diminutions, de salaires, des attaques aux régimes de retraite et toutes autres choses auxquelles ils peuvent penser pour réduire les coûts du travail. Certains ont même eu l’effronterie de demander à leurs employés de travailler pour rien. Entre-temps le gouvernement travailliste et l’opposition conservatrice insistent que la misère doit s’étendre aux fonctionnaires.

Il faut que les travailleurs résistent. Mais la crise a poussé la balance des forces encore plus en faveur des employeurs. Dans les meilleures des circonstances, lorsque la production s’étend et qu’il y a une pénurie de travail, les syndicats luttent durement pour faire monter les salaires un peu plus que les prix. Aujourd’hui, quand la production tombe et le chômage monte, les syndicats ne peuvent faire davantage que retarder le déclin, empêcher que les choses empirent.

Posez-vous donc cette question : pourquoi devons-nous refaire les mêmes luttes continuellement ? Est-ce là le seul avenir ? Oui, aussi longtemps que le système capitaliste avec sa production en vue du profit existera. Heureusement le capitalisme n’est pas la seule façon d’organiser la production et la distribution de ce dont nous avons besoin. Il y a une alternative.

Nous, travailleurs, nous pouvons — et nous devons — nous organiser pour mettre un fin au système capitaliste qui nous oblige à nous salarier. Nous devons nous organiser pour le remplacer par un système basé sur la production de ce dont nous avons besoin simplement parce que nous en avons besoin et non pas pour faire des profits comme actuellement. La production pour l’usage et non plus la production en vue du profit. Mais nous ne pouvons décider de ce qui sera produit sans posséder et gérer également les moyens de production. Bref, ce qu‘il faut, c’est le socialisme, la possession en commun et la gestion démocratique des moyens de production.

Pour le réaliser, il faut que nous entreprenions une action politique. Il faut que nous nous organisions non seulement en syndicats mais aussi dans un parti politique ayant comme seul but le socialisme. Le parti travailliste n’a jamais été un tel parti, même si à l’origine il a été établi et financé par les syndicats. Sa politique n’était que de rechercher des réformes dans le cadre du capitalisme. Les gouvernements travaillistes ont effectivement introduit des réformes, mais ils n’ont jamais réussi à faire fonctionner le système capitaliste dans l’intérêt des travailleurs. Cela n’est pas possible. Tous les gouvernements travaillistes ont donc fini par gérer le système capitaliste de la seule façon dont on le peut — comme système de profit dans l’intérêt de ceux qui vivent des profits extraits du travail non payé des travailleurs salariés. Le parti travailliste n’a pas transformé le capitalisme. C’est le capitalisme qui a transformé le parti travailliste en une bande d’apologistes méprisables du capitalisme comme tout le monde peut le voir aujourd’hui. Il est grand temps que les syndicats se désaffilient de ce parti capitaliste, comme certains l’ont déjà fait.

Vu l’échec du parti travailliste actuel, certains appellent à la formation d’un nouveau  Labour party basé sur les syndicats. Cela serait une erreur. Le réformisme travailliste a échoué et échouerait encore. Non, ne prenons pas cette voie une seconde fois. Apprenons la leçon de l’histoire qu’aucun gouvernement ne peut manipuler le capitalisme de façon à assurer de façon permanente le plein emploi et les augmentations salariales régulières (ce dont rêve le TUC [Trades Union Congress], et pas seulement eux ). Même si cela était possible, l’exploitation du travail salarié sur laquelle se base le capitalisme existerait toujours.

Non, ce qu’il faut, c’est, comme nous l’avons déjà dit, un parti avec le socialisme comme seul but et seule politique, un instrument que les travailleurs puissent utiliser afin de gagner le contrôle du pouvoir politique en vue de mettre fin au capitalisme et à son système de salariat et d’introduire à sa place un système basé sur la possession en commun et la gestion démocratique des moyens de production, pour que ceux-ci puissent être utilisés pour satisfaire les besoins de la population, en accord avec le principe « De chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins ».

Le socialisme reste l’espoir de l’humanité. Travaillons pour le réaliser.

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2 Réponses to “Lettre ouverte du SPGB aux syndicalistes”

  1. Aubert Says:

    Il faut un parti socialiste.

    C’est clair;
    Qui n’est qu’un but le socialisme. Ca semble simple, mais au fait que faut-il comprendre par là? Se contenter d’expliquer que le socialisme c’est bien mieux que le capitalisme?

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  2. lucien Says:

    Évidemment qu’on ne peut s’en contenter et que le risque est toujours là de paraître incantatoire. Chacun fait ce qu’il peut avec les moyens qu’il a dans la lutte de classe quotidienne, mais dans la gauche et l’extrême gauche française il manque peut-être une voix comme celle du SPGB en Angleterre qui au moins rappelle obstinément la perspective alternative du socialisme, qui ne se contente pas que dire qu’il faut « battre la droite » aux élections puis entre deux élections qu’il faut « la convergence des luttes » (sans qu’on ait les moyens de la mettre en œuvre en le disant, surtout quand on transfère implicitement ainsi le boulot sur des bureaucraties syndicales qui ont montré ce qu’elles valaient, mais qu’on ménage dans le cas de LO, voire auxquelles on participe dans le cas du NPA), bref un parti qui ne se contente pas, s’il faut reprendre ce verbe, qui ne se contente pas de vouloir pousser à gauche le cours des choses.
    De toute façon, le texte du SPGB ne se contente pas de dire que le socialisme c’est mieux que le capitalisme, il met en garde les syndicalistes anglais contre la vanité de reconstruire un New Labour avec la même logique qui a conduit le premier à la faillite (le parti travailliste ayant à l’origine une base syndicale).

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