Plateforme programmatique des RKD (1941/43)

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Les R.K.D. (Revolutionäre Kommunisten Deutschlands) était un groupe clandestin d’exilés autrichiens et allemands dans le sud de la France, notamment Georg Scheuer. Leur activité va débuter à l’automne 1940 et s’affirmer en janvier 1942. Ce groupe sorti du trotskysme et, comme on va le lire ci-dessous, resté très léniniste, devait bientôt travailler avec des militants français, les CR (communistes révolutionnaires). Il fait partie des groupes étudiés par Pierre Lanneret dans sa brochure Les internationalistes du troisième camp en France pendant la Seconde guerre mondiale (Acratie, 1995). Leur plateforme aurait essentiellement été rédigée en 1941, le texte (inédit sur le net) ci-dessous étant constitué de deux des cinq parties (la 1° et la 3°) présentées à leur deuxième conférence en 1943.

Première partie : L’Arme.
(Le parti de la révolution prolétarienne et de la dictature prolétarienne.)

Toutes les luttes politiques sont ouvertement ou voilées – des luttes de classe et elles sont toujours menées au moyen de partis politiques ; tout parti est un parti de classe, c’est-à-dire qu’il représente les intérêts de n’importe quelle classe dominante ou opprimée. Le prolétariat révolutionnaire plus que tout autre classe a besoin de son parti qui représente et défend dans toutes les circonstances les intérêts historiques et sociaux de la classe prolétarienne.
L’histoire a prouvé que le prolétariat dépourvu de ce parti n’essuie que des défaites sanglantes et est rejeté pour de longues périodes. Les théoriciens anarchistes et « luxemburgistes » prétendent que le prolétariat étant une armée unique n’ait pas besoin d’un parti spécial d’avant-garde, qu’il puisse vaincre spontanément, sans direction. Ces « théories » sont réfutées par les expériences pratiques.
Pour le prolétariat comme pour les classes possédantes, un parti organisé fermement qui concentre les meilleurs éléments, les plus conséquents et les plus prêts à la lutte est nécessaire, pour le prolétariat un tel parti est encore beaucoup plus indispensable que pour la bourgeoisie.
Le prolétariat est une forte armée comptant des centaines de millions et vivant dans le monde entier, qui, déjà pour s’entendre sur les actions communes et internationales de classe, a besoin d’un parti organisé internationalement.
Il n’y a eu dans ce siècle, jusqu’à maintenant, qu’une seule victoire du prolétariat, celle qui a été conquise en octobre 1917, sous la direction du parti bolchevik et de Lénine. Si finalement cette victoire aussi a été perdue, c’est parce que le parti international de la révolution prolétarienne n’a été formé qu’après 1919, c’est-à-dire trop tard ; c’est parce que Lénine, Liebknecht et Luxemburg n’ont quitté qu’en 1914, c’est-à-dire trop tard la Seconde Internationale embourgeoisée pour préparer la Troisième Internationale. Si la scission de la social-démocratie russe en bolcheviks et mencheviks (1903) s’était étendue, déjà suffisamment avant la première guerre mondiale, sur toute la Seconde Internationale, le prolétariat international aurait été en possession de son parti révolutionnaire international déjà avant la première guerre mondiale, il aurait pu transformer cette guerre en des guerres civiles victorieuses pour le prolétariat, la révolution d’octobre ne serait pas restée isolée et n’aurait pas sombré en Russie et nous aurions été épargnés de la deuxième guerre impérialiste mondiale, du fascisme et du stalinisme. Pour éviter de plus grandes tueries dépourvues de sens il faut internationaliser et continuer l’œuvre commencée en 1903, rattraper ce qui a été raté avant 1914 et 1918 pour empêcher de nouveau 1918/19, 1933, 1939, ou encore pire.
Quand le prolétariat révolutionnaire avançait, tout marxiste savait que les révolutionnaires les plus clairvoyants et les plus actifs doivent être formés en parti pour se trouver à la tête de l’armée prolétarienne et pour résister victorieusement à tous les partis bourgeois bien organisés et aux mesures de terreur et aux duperies du capital. Sans cette avant-garde, le prolétariat révolutionnaire est sans direction et livré à l’ennemi de classe comme un enfant rebelle. L’ennemi de classe tremble devant ce parti de la révolution prolétarienne. Il n’y a pas pour lui de plus grand épouvantail que le parti bolchevik de Lénine ; même la momie de ce parti mort depuis longtemps (le « parti » de Staline) donne à la bourgeoisie mondiale le frisson.
Elle tremble devant Spartakus qui en Allemagne tentait trop tard de former le parti bolchevik d’Allemagne. Chaque essai pour préparer un pareil parti est corrompu ou cruellement réprimé par la classe capitaliste. Déjà en voyant cette attitude de l’ennemi de classe nous devrions comprendre la signification d’un pareil parti.

1/ L’influence de la bourgeoisie sur le prolétariat.

La conscience de la classe du prolétariat est une conscience d’une classe opprimée. Toute classe est exposée sans cesse à l’influence idéologique (politique, religieuse, morale, culturelle, etc.) exercée par la classe dominante et pour ne pas subir cette influence et être vaincue par elle, elle doit la combattre sans cesse.
Plus que la bourgeoisie opprimée des temps passés, le prolétariat est exposé à l’influence des classes dominantes parce qu’il est une classe dépossédée.
L’influence idéologique des classes capitalistes sur le prolétariat s’opère au moyen de différentes institutions destinées à ce but : famille, églises, écoles, presse, cinéma, radio, syndicats, partis politiques, etc. Toutes ces institutions sont en société capitaliste des instruments des classes capitalistes pour influencer toutes les classes opprimées dans un sens bourgeois pour les « embourgeoiser ». Tous les moyens de pouvoir et d’influence sont monopolisés dans les mains des classes dominantes et possédantes. Le prolétariat ne dispose que de moyens modestes (journaux, organisations prolétariennes) qu’il doit concentrer et développer.
En influençant le prolétariat les classes capitalistes se servent aussi surtout des classes moyennes – de la petite bourgeoisie des villes et des petits paysans. Non seulement la bourgeoisie recrute surtout parmi cette petite bourgeoisie citadine ses politiciens, ministres, instituteurs, journalistes, hommes de sciences,parlementaires et artistes, mais elle exerce en général son influence sur le prolétariat par la masse de la petite bourgeoisie. Par des millions de « capillaires sociaux », la conscience bourgeoise pénètre les cerveaux du prolétariat, trouble et détruit la conscience de classe prolétarienne.

2/ La conscience de classe prolétarienne.

Toute la classe possède une conscience collective plus ou moins développée qui à sa racine dans la position sociale de la classe et qui est représentée, plus ou moins fortement, dans les cerveaux des individus appartenant à cette classe. Le degré le plus bas de la conscience de classe est la conscience d’appartenir à cette classe (par exemple : « Je suis un prolétaire, partie de la classe prolétarienne ») ; la forme la plus élevée est la reconnaissance des devoirs historiques que notre classe a à remplir.
Par les situations communes en tant qu’êtres opprimés et exploités, les prolétaires se rendent compte plus tôt ou plus tard, plus ou moins fort, qu’ils forment une communauté internationale, que leur sort est le même, qu’ils jouent dans tous les pays du monde le même rôle dans le processus de production, qu’ils forment une seule classe. La conscience des autres classes sociales qu’elles soient exploitées ou exploitantes se forme d’une façon analogue. Ce n’est d’abord pas une idéologie subjective qui crée cette conscience mais la situation sociale résultant du développement objectif, automatique et suivant les lois inhérentes à la société de classes. Ce n’est que plus tard que des idéologies subjectives font leur apparition.
Dans le cerveau de n’importe quel prolétaire, la conscience de classe est formée plus ou moins fortement suivant les différentes périodes et moments ; la résultante de toutes les consciences individuelles est la conscience collective que nous appelons la conscience de classe. Dans certaines périodes la simple conscience de classe des prolétaires se lève jusqu’à la conscience révolutionnaire ; c’est-à-dire la connaissance d’appartenir à une classe internationale exploitée et opprimée se lève jusqu’à la conscience que seule l’action commune et révolutionnaire peut apporter le salut et la libération.
Le prolétariat moderne est un produit du capitalisme moderne ; le capitalisme a créé le prolétariat et il le crée tous les jours de nouveau (prolétarisation des couches moyennes, colonisation et industrialisation de nouvelles régions en Asie, en Afrique, en Amérique du sud, etc.), il crée aussi, toujours de nouveau, la conscience de classe prolétarienne. Les contradictions croissantes du développement capitaliste (crises, guerres mondiales, famines et esclavage d’une part, abondance d’autre part) – donc des causes objectives, des conditions générales – amènent contre leur gré une élévation saccadée de cette conscience de classe : de la connaissance primitive et de la simple solidarité pour de meilleures conditions de travail dans une usine, en passant par une série de luttes de classe, s’accentuant jusqu’à la révolution mondiale, la lutte systématique, consciente et internationale pour le pouvoir ouvrier, des destructeurs de machines (qui faisaient des attentats désespérés contre la technique moderne) jusqu’à la lutte organisée pour la société socialiste.

3/ Conscience de classe prolétarienne-révolutionnaire. Marxisme-léninisme et le parti de classe prolétarienne-révolutionnaire.

La lutte de classe entre le capitalisme et le prolétariat se reflète et est accompagnée par la lutte entre les tendances révolutionnaires et conservatrices au sein du prolétariat même. Cette « lutte intérieure » est en effet une partie décisive de l’expression de toute la lutte de classe entre exploiteurs et exploités.
Dans cette lutte entre conscience de classe révolutionnaire-prolétarienne et embourgeoisement du prolétariat (entre réveil et destruction de conscience de classe prolétarienne) le prolétariat lui aussi possède des armes précieuses et indispensables à la victoire : ces armes employées efficacement et d’une façon juste sont finalement supérieures à toutes les armes ennemies : le marxisme-léninisme et le parti de classe prolétarien. Tous les deux sont des expressions de la conscience de classe prolétarienne :
Le marxisme-léninisme est l’expression idéologique, THÉORIQUE, SCIENTIFIQUE de la conscience de classe prolétarienne.
Le parti communiste-révolutionnaire est l’expression MATÉRIELLE, ORGANISATIONNELLE de la conscience de classe prolétarienne.
Toutes les deux armes – la théorique et l’organisationnelle – sont nécessaires à la victoire : le parti qui n’est pas pénétré de la théorie marxiste-léniniste, qui la nie ou la falsifie, devient l’instrument des ennemies de classe, même le prolétariat de défaite en défaite, d’autre part la meilleure théorie révolutionnaire est impuissante s’il n’y a pas d’organisation qui la réalise conséquemment.
Le marxisme est l’idéologie de la lutte de classe prolétarienne, les partis de type bolchevik sont les formes d’organisation les plus élevées et les plus conscientes de la lutte de classe prolétarienne, les cadres organisés de la classe prolétarienne et de l’idéologie marxiste à la fois.

4/ Le marxisme – l’expression scientifique de la lutte de classe prolétarienne.

Le marxisme, comme le prolétariat et sa conscience de classe, est un produit de l’époque moderne du  machinisme, de la société capitaliste. Le marxisme se fixe comme tâche d’examiner et d’analyser la société de classe, surtout la société capitaliste et son développement, au moyen de la méthode matérialiste-historique, et d’éclaircir et d’élever de cette façon la conscience de la classe révolutionnaire du prolétariat, pour faciliter l’accomplissement de sa mission historique.
Le marxisme est la théorie du prolétariat, de la lutte de classe révolutionnaire, de la révolution et de la dictature du prolétariat. Le marxisme ne crée pas la lutte de classe, mais il a été créé par la lutte de classe accentué et au cours de celle-ci et il l’influence par l’idéologie et l’organisation. Le marxisme ne crée pas la conscience de classe prolétarienne, mais il l’éclaircit et l’élève ; il rassemble, analyse, généralise et conserve toutes les expériences nombreuses des luttes de classes prolétariennes et antérieures.
Le léninisme est la précision et la continuation du marxisme dans la nouvelle époque capitaliste, par conséquent nous parlons du marxisme-léninisme. Nous parlerons du léninisme dans la dernière partie de cet ouvrage.
Toute cette activité, pour être couronnée de succès, doit être déployée d’une façon consciente et organisée.

5/ Le parti communiste-révolutionnaire – l’expression organisée de la classe prolétarienne.

« Pour résoudre les problèmes posés par l’époque actuelle, le prolétariat a besoin d’une avant-garde appelée : parti. Cette avant-garde réunit les meilleurs révolutionnaires prolétariens, les plus dévoués, éduqués, résolus, elle doit avoir compris toutes les expériences des luttes de classe antérieures, et savoir les utiliser pour des révolutions prolétariennes. L’organisation prolétarienne-révolutionnaire (marxiste) pour unir le prolétariat dans sa lutte révolutionnaire contre le capitalisme doit être indépendante de toutes les autres organisations, les partis et groupes réformistes, staliniens et centristes inclus. Le parti prolétarien révolutionnaire doit posséder son programme et son organisation internationale. »

(Base programmatique des Communistes Révolutionnaires adoptée en 1941)

Le parti du prolétariat révolutionnaire est lui-même une partie du prolétariat révolutionnaire ; avant-garde et état-major de l’armée prolétarienne à la fois. Il embrasse les éléments les plus avancés, les plus conscients et les plus dévoués du prolétariat révolutionnaire.

« Nous nous trouvons à l’époque de l’impérialisme dans laquelle la révolution prolétarienne mondiale se trouve à l’ordre du jour. Pour la conduire à la victoire, le prolétariat a besoin dans chaque pays d’un parti de classe conscient d’après le modèle du parti bolchevik de Lénine et se basant sur les principes du marxisme-léninisme. Nous nous efforçons de remplir ces exigences élevées et de mettre toutes nos forces au service de la création du parti communiste révolutionnaire. »

(Statut d’organisation des Communistes Révolutionnaires)

6/ Existence et conscience.

Nous venons de décrire brièvement l’essence et le rôle du parti d’avant-garde prolétarien. Les rapports entre ce parti d’avant-garde et toute la classe prolétarienne sont les mêmes que les rapports entre la conscience et l’existence, comme par exemple entre le cerceau humain et le corps humain. Nous ne croyons ni à des Dieux, ni à des esprits, nous savons que la matière est la réalité primaire, la conscience est secondaire, résultant de l’existence et toujours liée à elle.
Sans existence, il n’y a pas de conscience. Mais déjà Marx et Engels ont constaté en détail que la conscience obéit à des lois d’évolution qui lui sont propres et que par conséquent elle est capable de réagir sur l’existence et de la former. C’est sur cette théorie matérialiste-historique que se base la conception du parti marxiste-léniniste qui a été réalisé la première fois par le bolchevisme.
L’existence – par exemple le corps humain, la société humaine – obéit à certaines lois matérielles, économiques, qui en peuvent pas être abolies par la conscience humaine, mais qui doivent être comprises par elle pour être exploitées dans l’intérêt du progrès et du bien-être de la société humaine et de ses individus. Un exemple : le corps obéit à certaines lois de développement ; le cerveau humain ne peut pas vivre sans le reste du corps et par conséquent seul il ne peut pas remplir sa fonction (penser) ; il ne peut pas changer non plus la direction de ce développement du corps (enfance, jeunesse, âge mûr, vieillesse), ni les phénomènes qui sont en relation avec cela (par exemple maturité sexuelle, fatigue etc.), mais l’action de penser est capable par exemple d’amener par le sport le corps à des exploits extrêmes ou bien de le détruire par l’alcool. Dans ce dernier cas, l’action de penser contribuera à la destruction de sa base matérielle, du cerveau, et par conséquent à sa propre destruction sur la base duquel seulement elle peut se développer.
La conscience générale d’une société se trouve toujours en retard avec l’existence donnée ; il y a presque toujours un espace entre l’état social donné, le degré d’évolution effectif et le rythme de cette évolution d’une part et les idées de la plupart des gens d’autre part. Presque toujours des préjugés ayant leurs racines dans des temps passés résistaient tenacement et entravaient la marche des évènements effectifs.
Dans certaines périodes – dans des périodes révolutionnaires – la conscience de la société rattrape à une cadence frénétique le retard et s’élance à la hauteur des évènements effectifs, les masses font irruption dans l’histoire, elles font elles-mêmes l’histoire. Dans des périodes pareilles, l’existence et la conscience de la société se trouvent presque sur le même niveau ; la conscience devance même souvent les évènements. Ce n’est que dans des nouvelles périodes de réaction que l’espace plus ou moins grand entre l’existence et la conscience sociales se rétablit. La conscience a fait des progrès, mais elle retombe ; absolument en rapport avec son degré dans des périodes révolutionnaires, et relativement même en rapport avec la nouvelle
existence effective (réactionnaire).
La conscience des révolutionnaires, de l’avant-garde, doit être dans toutes les périodes non seulement à la hauteur de l’existence mais aussi la précéder de beaucoup. Les révolutionnaires conscients doivent prévoir, comprendre et préparer l’histoire future.

7/ Avant-garde et prolétariat.

De tout ce que nous avons dit jusqu’à maintenant les rôles du prolétariat et de son avant-garde et leurs réactions réciproques ressortent. L’avant-garde prolétarienne est elle-même un enfant du prolétariat (tous les deux sont des produits de la société capitaliste). Sans prolétariat, il n’y a pas d’avant-garde prolétarienne. Le parti d’avant-garde prolétarien est la conscience organisée, l’organisation consciente du prolétariat.
De cette façon, nous avons donné la réponse au problème toujours actuel : spontanéité et direction. Le prolétariat, comme chaque corps vivant, comme chaque classe réagit dans certaines situations spontanément. Ces situations sont les « situations révolutionnaires ».
Dans d’autres situations, la réaction spontanée du prolétariat ne doit pas être attendue. La direction du prolétariat révolutionnaire, de la révolution prolétarienne, assurée par le parti d’avant-garde prolétarien doit réveiller et déchaîner les énergies spontanées inhérentes au prolétariat, doit être prête à leur éruption subite dans certaines situations et toujours les acheminer sur la juste voie pour déchaîner le maximum d’effets révolutionnaires.
La spontanéité sans direction est aveugle, la direction est aveugle, la direction sans spontanéité est sans effets. Par conséquent les révolutionnaires ouvriers pénétrés de l’idéologie du matérialisme historique doivent rejeter les théories centristes anti-léninistes, trotskystes, luxemburgistes qui contestent la nécessité et l’indispensabilité de l’avant-garde indépendante et disciplinée du prolétariat, comme ils doivent rejeter également les théories subjectivistes et idéalistes, en partie staliniennes, qui contestent la spontanéité des masses pendant des périodes révolutionnaires et qui croient que le parti pourrait « faire » la révolution prolétarienne.
Des individus particulièrement développés comprennent très tôt et d’une façon claire le développement et le besoin de la société ; ce sont les créateurs et les continuateurs du socialisme scientifique, les champions, les vrais chefs du mouvement ouvrier révolutionnaire, c’est l’avant-garde du prolétariat.

8/ De la Ligue Communiste jusqu’à l’Internationale de la victoire prolétarienne révolutionnaire.

Le prolétariat mondial possédait déjà une série de partis qui se fixaient comme but la lutte conséquente pour la victoire internationale du prolétariat, mais qui échouaient dans cette lutte ; ou bien disparaissaient, ou bien – ce qui est pire – ils étaient infectés par l’ennemi de classe dont ils devenaient les instruments. Cela prouve que l’ennemi de classe est encore très puissant et que par tous les moyens il essaie d’arrêter sa chute. Cela prouve qu’il est capable d’empoisonner non seulement le prolétariat mais aussi l’avant-garde de celui-ci !
L’histoire nous enseigne que tout parti ouvrier est perdu si le poison bourgeois une fois entré dans ses rangs n’est pas expulsé immédiatement ; si le poison bourgeois s’étend dans la direction de ce parti ouvrier et éclate la démocratie intérieure, il est évident que ce parti, toujours prolétarien à sa base sociale, est devenu un parti bourgeois, c’est-à-dire un instrument diabolique des capitalistes contre les révolutionnaires prolétariens.
Ce changement s’accomplit souvent d’abord seulement dans la forme de discussions théoriques, de résolutions, de changements et de critiques de programme, etc. La phraséologie marxiste et révolutionnaire est maintenue. Il faut l’éclatement d’une guerre impérialiste ou d’une grande lutte de classes pour dévoiler d’un seul coup le caractère contre-révolutionnaire et pro-capitaliste de l’ancien parti d’avant-garde prolétarien.
Pour des révolutionnaires, le parti n’est pas un fétiche mais un instrument indispensable qui, s’il est devenu pourri, doit être remplacé par un autre. Des partis s’usent, mais la lutte, la classe, la cause restent les mêmes.

a) Ligue communiste et Première Internationale.

La création de l’Association Communiste, la fondation de la Première Internationale n’étaient possibles que dans certains moments historiques ; ces moments furent exploités par Marx et Engels pour favoriser le progrès ultérieur. Ils fondaient l’Association Communiste et plus tard l’Association Internationale Ouvrière, la victoire de Bismarck et la défaite de la révolution prolétarienne française en 1871 contraignirent Marx et Engels à l’auto-dissolution de la Première Internationale ; le prolétariat ne formait pas encore une classe assez nombreuse pour accomplir sa mission.

b) La Seconde internationale.

La création d’une Internationale de masses – de la Seconde – n’était possible que vers la fin du siècle passé. Mais c’était l’insuffisance objective de la plupart des chefs sociaux-démocrates, qui ne pouvaient pas arrêter la désagrégation bourgeoise de la Seconde Internationale. Et c’était les illusions d’unité de presque tous les communistes ultérieurs qui empêchaient la scission de la Seconde Internationale d’avoir lieu à temps – avant 1914 – De cette façon la première guerre mondiale impérialiste devint possible, la Seconde Internationale périt par les conséquences de sa politique opportuniste. La réaction causée par les sociaux-démocrates avait des effets désastreux dans le mouvement ouvrier entier.

c) La préparation de la Troisième Internationale.

Ce n’était qu’une minorité révolutionnaire qui s’engageait après 1914 à préparer la Troisième Internationale. Au moins depuis 1914 la Troisième Internationale était une nécessité historique. Mais ce n’était qu’un lustre après – en 1919 – que cette nécessité historique fut aussi une possibilité pratique et de cette façon réalité. Il fallait que les révolutionnaires prolétariens pendant de longues années marchent contre le courant causé et déchaîné par les opportunistes avant et depuis 1914 pour le changer en un courant contraire.

d) Février 1917.

En février 1917 la révolution éclatait à Petersbourg, s’étendait dans la Russie entière, s’aggravait de jour en jour. Le parti bolchevik avait prévu depuis beaucoup d’années la révolution de février, analysé son caractère et contribué beaucoup à la préparation de cette révolution, mais il ne l’a pas fait ni en a fixé la date (février 1917). La révolution de février a été faite par les masses et le parti bolchevik, lui aussi a été surpris. Mais quelque temps après février les masses conservaient l’initiative. Lénine disait au printemps et en été 1917 plus d’une fois : « Les masses sont cent fois plus à gauche que nous ». Pour tenir compte de ces masses radicalisées qui poussaient violemment en avant, Lénine s’opposait à la majorité des « vieux bolcheviks » et menaçait le CC modéré : « J’irais aux masses ». En juillet 1917 les masses ouvrières de Petersbourg contraignent le parti bolchevik à une manifestation armée ; le parti bolchevik ne réussit que difficilement à freiner cette manifestation dans l’intérêt du développement révolutionnaire général, sans y perdre du prestige.
La révolution de février 1917 ouvre une nouvelle période révolutionnaire en Europe. Le développement révolutionnaire spontané de février jusqu’en septembre 1917 fait du parti bolchevik un parti de masses qui conquiert la confiance de la majorité de tous les ouvriers russes.

e) Octobre 1917.

En octobre 1917 le parti bolchevik en prenant le pouvoir assure et accentue le développement révolutionnaire en Russie et dans l’Europe entière. La révolution d’octobre 1917 fut décidée, fixée et exécutée par le parti bolchevik ; la date en fut fixée par un très petit cercle et tenue secrète jusqu’à l’insurrection. La révolution d’octobre était un acte conscient qui concentrait les énergies des masses sur le point décisif.

f) Fondation et devoirs de la Troisième Internationale.

La révolution d’octobre accélérait le développement révolutionnaire en Europe ; accélérait et favorisait les insurrections spontanées en Allemagne et en Europe Centrale (1918-1919) et accélérait et favorisait la croissance des groupes et des partis d’extrême gauche dans tous les pays du monde.
La révolution d’octobre 1917, rendue possible par le développement spontané depuis février 1917, préparée et exécutée par le parti bolchevik amenait à une montée révolutionnaire internationale et à la création d’une nouveau parti mondial communiste, de la Troisième Internationale.
La Troisième Internationale avec toutes ses sections avait le devoir de pousser aussi loin que possible dans tous les pays du monde la montée révolutionnaire ouverte en 1917 et de mener le prolétariat (surtout l’Allemagne, d’Europe Centrale et Orientale et des Colonies) à la victoire. Ce n’est que de cette façon que la révolution russe aurait pu être sauvée et développée. La Troisième Internationale fut créée comme instrument de la révolution prolétarienne mondiale, comme dirigeante de tous les opprimés vers la dictature du prolétariat, vers la société socialiste.

g) L’échec de la Troisième Internationale est le point de départ de la période de réaction.

La Troisième Internationale ne se montra pas à la hauteur de ces devoirs. La première poussée internationale du prolétariat (1917-1923) échouait, l’ennemi de classe internationale se révélait mieux organisé. La démoralisation, la déception s’étendaient et réagissaient aussi dans toute la Troisième Internationale ; la dictature du prolétariat fut détruite, l’échec mondial aboutissait à l’isolement de la révolution russe, cet isolement aboutissait à la réaction stalinienne et à la contre-révolution en Russie ce qui causait la dégénérescence de la Troisième Internationale, sa transformation en un des instruments de la contre-révolution bourgeoise, cette dégénérescence de la Troisième Internationale aboutissait à de nouvelles défaites, des nouvelles luttes de classe révolutionnaires (Angleterre 1926, Chine 1927, Allemagne 1929-1933, France et Espagne 1936-1939) et enfin à la deuxième guerre impérialiste mondiale.
La Troisième Internationale qui était incapable en 1919-1923 de mener le flux révolutionnaire à la victoire se transformait depuis 1924 de plus en plus en un instrument de l’ennemi de classe et aggravait de cette façon directement le reflux du mouvement révolutionnaire.

h) Causes et effets des effondrements de la Seconde et de la Troisième Internationale.

Jusqu’à maintenant la défensive de la bourgeoisie avait du succès. Le capital réussi à corrompre et à embourgeoiser la Seconde et la Troisième Internationale et presque tous les petits groupes oppositionnels de gauche, cela veut dire que les partis révolutionnaires avançaient toujours le mouvement, mais qu’ils échouaient finalement et succombaient sous l’influence bourgeoise, la Seconde Internationale fut embourgeoisée par « l’aristocratie ouvrière ».
La Troisième Internationale ne fut préparée que pendant la première guerre mondiale, jusqu’au début de cette première guerre mondiale impérialiste les bolcheviks demeuraient dans la Seconde Internationale, ils furent surpris par la trahison de la Seconde Internationale en 1914 ; les spartakistes restaient encore pendant la première guerre impérialiste mondiale au sein de la social-démocratie allemande de la Seconde Internationale.
De cette façon, la Troisième Internationale était chargée dès le début d’une forte hypothèque social-démocrate ; elle est restée trop longtemps au sein de l’Internationale pourrissante et quand elle vit le jour (1919) le prolétariat avait déjà essuyé des échecs et était en train de subir des défaites plus grandes ; les cadres et les membres de la Troisième Internationale étaient éduqués en grande majorité par la social-démocratie opportuniste, l’école communiste était nouvelle. Donc les cadres communistes étaient jeunes, sans expérience et sans protection contre l’influence opportuniste. Dès le début la Troisième Internationale ne souffrait non seulement de la maladie infantile du radicalisme, mais aussi du cancer opportuniste.

Nous avons vu comment l’échec de la Troisième Internationale de 1919 et de 1923 causé par les fautes subjectives aboutissait à une période de stagnation et enfin une période de réaction et comment la Troisième Internationale elle-même devenait de plus en plus (environ 1920/1924) une organisation centriste et enfin contre-révolutionnaire ; nous avons vu à quels résultats conduisent des négligences subjectives et comment l’Internationale, dégénérée par les défaites, cause, organise et approfondit de nouvelles défaites ; comment ces nouvelles défaites poussent l' »Internationale » encore plus dans le camp de la contre-révolution jusqu’à ce que tout ce cercle vicieux aboutisse à la seconde guerre mondiale impérialiste qui fut préparée et organisée par les deux « Internationales » traîtres, indirectement (par les échecs et les capitulations dans les luttes de classe) et aussi directement (par la propagande social-impérialiste et excitations à la guerre « antifasciste »).

i) La nécessité de la Quatrième Internationale.

La deuxième guerre impérialiste mondiale conduit au dévoilement politique et à l’effondrement organisationnel de tout l’ancien mouvement ouvrier, la nouvelle guerre mondiale engendre le nouveau flux révolutionnaire et cette nouvelle avance révolutionnaire exige la nouvelle avant-garde ; la Quatrième Internationale Communiste.
La quatrième internationale est déjà depuis la victoire du centrisme dans la Troisième Internationale, c’est-à-dire au moins depuis 1928 une nécessité historique qui ne fut reconnue que par peu de monde (en ce qui concerne les erreurs commises par les trotskystes dans ce domaine nous en parlerons dans la dernière partie de cet ouvrage).

j) La voie vers la Quatrième Internationale Communiste.

La Quatrième internationale Communiste cessera d’être une simple nécessité historique et deviendra une réalité quand la nouvelle montée révolutionnaire s’ajoutera aux efforts subjectifs actuels et aux préparations idéologiques et organisationnelles des Communistes Révolutionnaires. Mais dans le cas où la montée trouvera une préparation subjective trop faible, elle se perdra et finira encore plus honteusement que la montée révolutionnaire qui suivait la première guerre mondiale !
Les cadres actuels du mouvement pour la nouvelle Internationale ouvrière continuent la voie tracée par Marx, Engels et Lénine ; ces cadres sont les héritiers et continuateurs des traditions révolutionnaires prolétariennes des Première, Seconde et Troisième Internationales ; ils sont les pionniers et les constructeurs de la Quatrième Internationale. Ils ne sont pas encore la Quatrième Internationale même et ils ne peuvent pas l’être ; il est inévitable que leur nombre est d’abord très petit et que leur conscience (clarté théorique) passe par des crises parce qu’ils déploient de nouveau le drapeau rouge au milieu d’une période de réaction particulièrement intense et au lendemain de l’effondrement le plus épouvantable qu’ait connu jusqu’à maintenant le mouvement ouvrier. Après des catastrophes, comme celles de 1914 et de 1933 suit inévitablement une période sans Internationale. Les révolutionnaires les plus conscients doivent abréger cette période et limiter ses ravages.
Dans la période actuelle des exigences très élevées sont posées à l’Internationale ouvrière : elle doit conduire les millions d’opprimés du monde entier, par des guerres et des guerres civiles étendues et difficiles à la victoire, au pouvoir ouvrier international. Si elle est capable de faire ce prochain pas, elle ne mérite pas d’être appelée « Internationale », elle doit échouer encore plus vite que ses prédécesseurs.
Le temps de 1860 et de 1870 où l’Internationale pouvait se contenter de résolutions est passé depuis longtemps, la nouvelle Internationale doit conduire des armées de millions dans des batailles internationales de classe et par conséquent ses capacités doivent surpasser celles du Parti bolchevik.
La période de réaction touche à sa fin, les cadres communistes révolutionnaires qui restent sauvent le drapeau de Marx et de Lénine pour la nouvelle période de défaites, contre la nouvelle guerre mondiale impérialiste, pour le développement des points de départ révolutionnaires, pour l’accélération de la nouvelle montée révolutionnaire. De cette façon, ils préparent depuis des années la Quatrième Internationale Communiste. De nouveau le flux révolutionnaire récompensera ces efforts. La Quatrième Internationale Communiste se lèvera et elle aura à conduire la nouvelle montée révolutionnaire à la victoire, elle devra prévenir de nouvelles fatigues et assurer les fruits de la victoire.

Le Centrisme (« Luxemburgisme »).

A cette conception les réformistes et les centristes (kautskystes, luxemburgistes et en partie trotskyste) opposent la conception mécanique du marxisme. Pour eux la victoire du prolétariat est un processus automatique. Dans la première thèse du travail « au sujet de la question du parti » (écrit en 1940) nous écrivions :

« Le principe du matérialisme historique exprimant que l’existence mine la conscience a été interprété d’une façon mécanique par tous les opportunistes , droitiers et ultra-gauchistes. Les uns conçoivent une évolution pacifique vers le socialisme, les autres sont persuadés que le prolétariat, pour réaliser sa révolution n’a besoin que d’organiser les masses (syndicats, soviets) parce que la conscience prolétarienne se développerait automatiquement dans la masse. »

Les opportunistes mentionnés ci-dessus sont et les réformistes, les centristes (luxemburgistes) et les « communistes de conseils ». Toutes ces tendances capitulent devant les difficultés accumulées par les classes bourgeoises contre la formation d’un parti de cadres communistes révolutionnaires. Pour justifier leur capitulation, ils déclarent comme « superflu » et même « nuisible » le parti qui est reconnu comme indispensable et nécessaire par toute l’expérience de la lutte des classes. De cette (illisible) ils préparent de nouvelles et certaines défaites du prolétariat. Les réformistes sont pour l' »unité » de leurs partis de trahison. Les « luxemburgistes » et les « communistes gauchistes » s’ils sont pour un parti prolétarien récusent l’exemple du parti de Lénine. Tous ils contestent à la partie la plus consciente et la plus conséquente du prolétariat le droit de se constituer en parti et de s’organiser d’après le modèle de Lénine comme si ce n’étaient que les agents de la bourgeoisie, fascistes, réformistes et staliniens qui avaient le droit de créer des partis puissants, mais non la partie la plus révolutionnaire de la société ! Les Communistes Révolutionnaires doivent rejeter le plus énergiquement ce rôle de tuteur, de frein fatal joué par les opportunistes droitiers et ultra-gauchistes.
Syndicats et conseils (soviets) sont des formes d’organisation naturelles de la lutte de classe prolétarienne ; dans ces organismes qui se créent dans toutes les révolutions, toute la masse de ceux qui travaillent est représentée. Dans les syndicats, il n’y a souvent que l’aristocratie ouvrière qui est représentée (USA), en tout cas jusqu’à maintenant c’était elle qui dirigeait les syndicats. Dans les conseils (soviets) il y a non seulement tous les ouvriers (les ouvriers réactionnaires (illisible)), mais aussi la plupart des paysans et les couches moyennes laborieuses qui y sont représentés.
N’est-il pas naturel que les Communistes Révolutionnaires s’unissent en fractions dans les syndicats et aux différents congrès de soviets, pour défendre et pour imposer le point de vue communiste révolutionnaire contre les influences (qui l’emporteront au début) réformistes, staliniennes, bref bourgeoisies ? Ou bien est-ce le privilège des agents de la bourgeoisie de dominer au moyen de telles fractions les syndicats, les conférences de conseils, le prolétariat.
Et n’est-il pas logique que tous les communistes révolutionnaires représentés dans les différents syndicats et congrès de conseils d’une ville, d’un pays, d’un continent se réunissent pour échanger leurs expériences et pour discuter et décider de l’action commune et internationale ? Et qu’ils exécutent leurs décisions avec une discipline de fer internationale et révolutionnaire ? Or, voilà le parti que nous exigeons et pour lequel nous luttons.
Ou bien faut-il laisser à nos ennemis mortels le privilège de dominer par des ententes nationales et internationales entre eux et avec la bourgeoise les organisations de masses prolétariennes, pour les dissoudre un jour et pour massacrer tous les prolétaires révolutionnaires ? ! C’est presque incroyable, mais les « luxemburgistes » et les « communistes de conseils » veulent pour des raisons « morales » interdire au prolétariat révolutionnaire de se servir de cette arme qui est la plus importante et qui est absolument nécessaire à sa défense et à la victoire. Ils devraient s’ils étaient conséquents rejeter aussi (avec les mêmes raisonnement « moraux » et avec les mêmes « allusions » à la Russie stalinienne), la terreur rouge et toute violence prolétarienne en général.
Même les anarchistes devaient lever la visière pendant la dernière guerre de lutte de classes avant la deuxième guerre mondiale, c’est-à-dire dans la guerre civile espagnole et ils ont pris position dans la question du parti. Eux qui prétendaient rejeter par principes tout parti, toute politique et toute dictature d’une classe, devenaient en Espagne un parti de gouvernement et d’un gouvernement bourgeois. Mais d’autre part une aile gauche se séparait de ces anarchistes et refusait de prendre part à la trahison de classe. Cette organisation anarchiste de gauche devant reconnaître au feu de la guerre civile les défauts et l’insuffisance des idées anarchistes et la nécessité de la dictature du prolétariat. S’il y avait eu en Espagne un parti communiste révolutionnaire (marxiste) il aurait trouvé dans ces camarades anarchistes de gauche des combattants précieux. Ciliga nous rapporte de Russie que là-bas également, dans l’illégalité stalinienne, un rapprochement important à lieu entre communistes révolutionnaires et anarchistes de gauche.
Tout autre est l’hostilité des soi-disant « luxemburgistes » contre la création d’un parti d’avant-garde prolétarien. Les « luxemburgistes » aiment s’appeler « marxistes ». Cette manière de se réclamer de Marx est d’autant plus comique que les « luxemburgistes » ne sont pas d’accord avec Marx dans toutes les questions qui ont été nettement prévues et formulées par lui, tout en ce qui concerne la nécessité de la dictature du prolétariat (la formule est de Marx). La plupart des « luxemburgistes » est aujourd’hui pour la défense d’une des grandes puissances contre-révolutionnaires (USA, Angleterre ou Russie), donc pour la continuation de la guerre mondiale impérialiste, ils récusent le léninisme – c’est-à-dire le défaitisme révolutionnaire contre les gouvernements réactionnaires, la fraternisation révolutionnaire des ouvriers « occupés » avec les soldats ouvriers « occupants », la création de nouveaux partis bolcheviks, la dictature du prolétariat, etc. Par conséquent ils agissent contre tout les principes établis par Marx et par Engels (les ouvriers n’ont pas de patrie, …, les ouvriers n’ont rien à perdre, …, Prolétaires de tous les pays unissez-vous, …, etc. »). Mais il y a un point où ils doivent se réclamer de Marx ; dans la question du parti.
En effet, Marx n’a pas préconisé la création de partis bolcheviks. Dans le Manifeste Communiste (1847) on dit que le parti communiste ne se distingue des autres partis que par une plus grande clarté de but. Nous traduisons de l’allemand :

« En Allemagne, quand la bourgeoisie se présente révolutionnaire le parti communiste lutte ensemble avec la bourgeoisie contre la monarchie absolue, la propriété féodale et le petit bourgeoisisme (« kleinbürgeren »), … Les communistes fixent leur attention essentielle sur l’Allemagne se trouve à la veille d’une révolution bourgeoise et parce que la révolution bourgeoise ne peut être que le prélude direct d’une révolution prolétarienne »

C’est de cette conception que se réclament nos « luxemburgistes ». Il est clair pour tout marxiste que les phrases ci-dessus, écrites avant la révolution bourgeoise, avant la prise du pouvoir par la bourgeoisie, avant l’époque impérialiste, il y a cent ans, sont dépassées depuis longtemps.
Puis il est clair que Marx et Engels qui ont si bien vu la perspective générale se sont trompés dans les délais et les dimensions de la révolution prolétarienne. Ce n’est qu’après la mort des deux hommes que toute une époque de guerres impérialistes mondiales, de révolutions prolétariennes et de contre-révolutions fascistes, commençait. Le prolétariat ne lutte plus avec la bourgeoisie contre le féodalisme, mais seul contre toute la contre-révolution bourgeoise dégénérant en barbarie. Cette lutte gigantesque dont les dimensions n’ont pas été prévues non seulement par Marx et Engels, mais non plus par Luxemburg ni même par Lénine ne peut être soutenue par le prolétariat sans parti de type bolchevik. La nouvelle époque, les nouvelles méthodes et armes de l’adversaire réclament également du prolétariat de nouvelles méthodes de lutte et de nouvelles armes. Ces méthodes et ces armes ont été développées jusqu’à maintenant surtout par le léninisme.
A l’opposée de nos « luxemburgistes », Rosa Luxemburg était malgré ses erreurs, marxiste.
Seulement il ne lui était plus possible d’apprécier les expériences de la révolution allemande (1918-1923) et du développement ultérieur ! Avant la première grande guerre il y avait entre Rosa et Lénine des divergences sur la nécessité et la structure d’un parti de type bolchevik et sur les relations entre chefs, avant-garde et classe. A l’opposée de Lénine, Rosa restait jusqu’après 1914 au sein du parti social-démocrate (allemand) officiel, se liait à la soi-disant « spontanéité » des masses et rejetait l’organisation « presque militaire » de l’avant-garde prolétarienne de Lénine.
Si on ne compare pas les résultats des deux lignes politiques et organisationnelles, mais leurs formes extérieures, les idées de Rosa paraissent plus sympathiques parce qu’elles sont plus « humaines » et plus « commodes » que celles de Lénine. Sans doute il est plus beau de renoncer une fois pour toute à toutes contraintes, à toute direction et « tutelle » et d’assister à la victoire du prolétariat révolutionnaire en « enseignant » et en « conseillant » seulement. Mais la réalité capitaliste est plus concrète et brutale que les conceptions idéales de Rosa ; cette réalité a donné raison à Lénine. Lénine a vu plus loin et plus profondément que Rosa. Par la défaite de la révolution allemande (1918-23) et la victoire de la révolution russe (1917) l’histoire a rendu son jugement sur la théorie et la pratique de Lénine d’une part et celles de Rosa Luxemburg d’autre part. La victoire prolétarienne en Allemagne était aussi possible qu’en Russie, mais le parti forgé depuis 1903 par Lénine manquait en Allemagne. Cette circonstance, c’est-à-dire la différence des facteurs subjectifs (parti) et des idées dominantes en Allemagne et en Russie (« luxemburgisme » d’une part, bolchevisme de Lénine d’autre part) ne décidait d’ailleurs non seulement du sort des deux révolutions et de cette façon de la révolution internationale en général, mais aussi du sort de ses chefs. Quand Lénine était menacé de mort par la montée contre-révolutionnaire, comme « espion étranger » (août 1917), il savait se retirer dans l’illégalité ; Karl et Rosa furent assassinés par la contre-révolution quelques semaines après le début de la révolution. De façon, la révolution allemande fut privée de ses meilleurs chefs. Une chaîne de défaites héroïques suivait jusqu’en 1933. L’histoire a prononcé son jugement sur le « luxemburgisme » ; l’enthousiasme révolutionnaire et la spontanéité ne suffisent pas pour réaliser et assurer la victoire prolétarienne.
A tout cela les « luxemburgistes » nous répondent en faisant « allusion » à l’effondrement de la révolution russe qui est remplacée par la contre-révolution stalinienne. Par cette « allusion », ils veulent viser le bolchevisme, mais par cela ils ne sauvent pas encore leur « luxemburgisme » !
Par l’inculpation fausse ou même juste du bolchevisme on n’excuse pas les conséquences du « luxemburgisme ».
Au contraire, par cette « allusion », ils formulent l’accusation la plus grave contre leurs propres théories. Oui, la révolution russe a pitoyablement dégénéré et pitoyablement péri ; et personne n’a mieux prévu cet effondrement que Lénine et son parti même. Le grand « témoin » des « luxemburgistes », Souvarine a écrit à la page 300 de son livre Staline :

« Dès 1906, Lénine prévoyait comme « unique garantie contre une restauration de la révolution socialiste en Occident », précisant que « la révolution russe peut vaincre par ses propres forces mais en aucun cas ne pourrait maintenir et consolider de ses propres mains ses conquêtes. »

Depuis Lénine avait répété fréquemment la même idée, surtout pendant la révolution russe même, où il disait plus d’une fois que la révolution sera perdue si elle ne s’étend pas à l’Allemagne « en quelques lois », …
Le parti bolchevik de Lénine était le seul parti qui était capable de conduire le prolétariat à la victoire – dans un pays, mais il ne pouvait pas remplacer le parti bolchevik inexistant d’Allemagne ni l’Internationale communiste révolutionnaire ! La révolution russe devait périr parce que la révolution prolétarienne en Allemagne, grâce aux manques centristes, « luxemburgistes » du temps d’avant-guerre, échouait. Il n’y a que des adversaires de la révolution prolétarienne qui peuvent en rendre responsable les bolcheviks et peut-être leur reprocher encore d’avoir (illisible) la révolution d’Octobre. Il n’y a pas de parti ni de chefs infaillibles. Même les meilleurs commettent parfois des erreurs. Peut-être aurait-on pu être mieux préparés que les bolcheviks, mais de tous les autres ils étaient les mieux préparés, ils ont osé le suprême et malgré toute la réaction ultérieure ils ont donné un exemple unique au prolétariat international. Si nous pouvons dire faire un reproche à Lénine, c’est celui-ci : qu’il faisait trop de concessions au « luxemburgisme », qu’il avait sous-estimé jusqu’en 1914 la pourriture de la Seconde Internationale, qu’il avait été surpris par sa trahison et qu’il n’avait pas poussé déjà longtemps avant à la scission de la toute la Seconde Internationale et à la création de partis socialistes de gauche indépendants.
Or, nous voyons que l’effondrement de la révolution allemande (1923) et par conséquent de toute la révolution prolétarienne internationale et donc aussi de la révolution russe et l’effondrement actuel du mouvement ouvrier allemand et de cette façon du mouvement ouvrier international ont leur dernière cause en la préparation idéologique et pratique insuffisante des révolutionnaires avant 1914, ce qui devait se payer après 1917/18. Pour chaque révolutionnaire conséquent il ressort de ceci que le bolchevisme de Lénine est la méthode la plus juste de la lutte libératrice prolétarienne à laquelle nous devons la seule véritable victoire du prolétariat depuis 1871, que cette méthode échouait parce qu’elle restait isolée nationalement et que par conséquent elle doit être internationalisée. Elle restait isolée nationalement grâce au « luxemburgisme ». Les « luxemburgistes » (et aussi Souvarine par exemple) aiment identifier le bolchevisme de Lénine avec l’antibolchevisme de Staline ou de Trotsky, ou bien construire la « parenté » entre ces idéologies diamétralement opposées. Sans « luxemburgisme », le prolétariat aurait vaincu non seulement en Russie, mais aussi en Allemagne et dans le monde entier, il n’y aurait pas eu de stalinisme ; l’isolement de la révolution russe engendrait le stalinisme, la réaction bureaucratique et finalement la contre-révolution en Russie, en Allemagne et dans le monde entier.
Donc ce n’est pas le bolchevisme-léninisme mais le « luxemburgisme » allemand qui conduisit au stalinisme russe. Il ne suffit pas d’opposer deux épreuves instantanées, « Allemagne » et « Russie » (même une telle raison est défavorable pour le centrisme allemand – « luxemburgisme »), mais il s’agit de voir la réaction réciproque des deux révolutions.
La révolution bolchevique (1917) accélérait et déchaînait la révolution spartakiste (1918) ; l’échec de cette révolution spartakiste (dû au manque d’avant-garde) amenait à l’isolement et à la dégénérescence de la révolution russe, à la naissance d’un mouvement contre-révolutionnaire en Russie qui de son côté freinait et étouffait toutes les révolutions prolétariennes dans le monde entier. Ainsi arrivions-nous au fascisme et à la deuxième guerre impérialiste mondiale.
Après toutes ces « expériences », les « luxemburgistes » nous proposent de renoncer à la création de ce qui manque depuis des décades pour la victoire de la révolution prolétarienne : des partis bolcheviks suivant le modèle du parti de Lénine. Ce « luxemburgisme » approfondit les erreurs de Rosa qu’elle a vues en partie elle-même et qu’elle aurait toutes vues si elle avait vécu plus longtemps.
Ce n’est pas un hasard que le « luxemburgisme » ait fait sa réapparition dans tous les groupes d’émigration (allemands et autres) après et depuis la plus grande défaite du prolétariat allemand (et international), depuis 1933. Les illusions « luxemburgistes » qui sont au début une évolution et qui en outre ont contribué à cette catastrophe de 1933 en ressortent fortifiées.
C’est le sort de toutes les théories opportunistes. Ce n’est que plus tard que le prolétariat apprend de ces défaites. Après 1905, trop de révolutionnaires disaient : « Nous n’aurions pas dû prendre les armes ». Lénine répondait : « C’est plus audacieusement et mieux que nous aurions dû prendre les armes ». Or le parti, suivant le modèle du parti de Lénine, est l’arme la plus tranchante du prolétariat révolutionnaire, nous aurions donc dû la forger plus tôt et mieux, et nous en servir plus résolument !
Le « néo luxemburgisme » critiqué ici fait dix pas en arrière ; non seulement derrière le bolchevisme, mais aussi derrière le menchevisme et les social-révolutionnaires russes. Il est plus proche du menchevisme que du bolchevisme ; mais il est plus proche encore des narodniki (populistes) qui se contentaient d’un « travail d’éclaircissement ». Il ignore toutes les expériences et est la conséquence du désarmement matériel du prolétariat ; il signifie désarmement idéologique et matériel et doit aboutir à un nouveau désarmement du prolétariat.
Après que le prolétariat ait été battu matériellement dans le monde entier par la bourgeoisie, après que cette bourgeoisie ait aussi détruit le parti bolchevik et l’Internationale Communiste de Lénine, les néo-« luxemburgistes » renoncent aussi idéologiquement à des armes de la révolution prolétarienne et veulent nous empêcher de les reconstruire et de les améliorer. Ce « luxemburgisme » est la conséquence psychologique et l’expression « idéologique » de la défaite du prolétariat, de son avant-garde communiste bolchevik-léniniste ; il est l’expression idéologique du prolétariat d’aujourd’hui battu, désarmé et sans direction. Nous devons réfuter et vaincre idéologiquement cette idéologie centriste pour rendre possible la reconstruction du parti mondial communiste et la victoire matérielle du prolétariat. Le bolchevisme de Lénine signifie le réarmement maximum idéologique et matériel du prolétariat révolutionnaire.

Le parti mondial de la victoire prolétarienne révolutionnaire.

Depuis deux décades (depuis la mort de Lénine et la victoire de Staline) nous sommes en lutte pour la nouvelle (quatrième) Internationale du prolétariat qui devra remporter et assurer la victoire. Nous forgeons le nouveau parti international de la révolution prolétarienne mondiale. Nous savons que seul le nouvel essor révolutionnaire couronnera nos efforts de succès. Nous savons aussi que ce nouvel essor révolutionnaire resterait sans résultat si nos efforts subjectifs d’aujourd’hui et de toujours ne préparaient pas l’arme de la victoire et de cette façon la victoire même.
L’Internationale révolutionnaire est un seul parti international, un parti mondial ; les partis nationaux sont des sections de l’Internationale révolutionnaire. Le prolétariat est une seule classe internationale.

« L’économie transitoire pendant la dictature du prolétariat et plus tard l’économie socialiste est une production satisfaisant les besoins, une économie planifiée dirigée internationalement et collectivement. Par conséquent le parti prolétarien est international en ce qui concerne son organisation et son programme, sa structure est démocratique, sa direction centraliste, mais collective. »

(« Au sujet de la question du parti », 1940 ; « Système économique et structure du parti »).

« … La structure doit être le centralisme démocratique. « Centralisme démocratique signifie : démocratie au sein du parti, liberté de discussion et de fraction dans le cadre des principes marxistes (et révolutionnaires prolétariens), les minorités sont obligées d’exécuter les résolutions de la majorité, mais elles ont, même comme minorité, le droit de critique et de fraction. Centralisme démocratique signifie en plus : élections régulières à tous les échelons de bas en haut, dans les périodes de légalité ; sélection et contrôle démocratique et réciproque de tous les révolutionnaires professionnels (dans le sens de « Que faire ? » de Lénine). Le livre de Lénine est compétent pour le caractère de l’organisation révolutionnaire prolétarienne.
Dans cet ordre d’idée, il faut après la faillite de la Deuxième et Troisième Internationales enfoncées dans le marais de l’opportunisme, bâtir à un rythme accéléré des nouveaux partis communistes et la nouvelle Quatrième Internationale Communiste. » »

(Point II de notre base programmatique, 1941).

Voilà l’essence du parti mondial de la révolutionnaire prolétarienne que nous bâtissons. D’autres espèces de centrisme s’opposent à notre oeuvre. « Entre ces partis, dirigés par des agents objectifs ou subjectifs de la bourgeoisie d’une part et l’avant-garde du prolétariat d’autre part se trouve l’échelle de couleurs du centrisme ». Il s’agit surtout des tendances qui empêchent, retardent et rendent plus difficile la construction de la nouvelle Internationale, qui considèrent d’abord comme « révolutionnaires » les vieilles « Internationales » devenues centristes et qui plus tard, quand les anciens partis se sont déjà transformés en instruments ouverts de la contre-révolution, les embellissent toujours comme « centristes » et se considèrent comme « fractions » de ces vieux partis de trahison (trotskystes, brandlériens, bordiguistes, etc.). En opposition avec le « luxemburgisme » ils reconnaissent en théorie la nécessité d’un parti d’avant-garde prolétarienne du type bolchevik,mais à cause de leurs illusions sur le stalinisme, ils sont incapables de créer effectivement dans la réalité le nouveau parti révolutionnaire.
La tendance la plus typique de cette sorte est le trotskysme que nous critiquons dans la dernière partie. Nous nous bornons ici à travers la ligne juste pour l’appréciation de tous les partis et groupes.

« La juste appréciation de tous les groupes et partis du mouvement ouvrier et des processus intérieurs de ceux-ci à une grande importance pour l’attitude de l’organisation révolutionnaire vis-à-vis de ces groupements et pour le développement de l’organisation révolutionnaire même, parce que cette organisation à le devoir d’attirer et de détacher les éléments évoluant à gauche, par des luttes fractionnaires et la tactique du front unique (telle qu’elle est définie et précisée déjà dans l’introduction de ce travail) et, de cette façon, de miner et enfin de détruire les organisations anticommunistes. Pour apprécier un groupe ou un parti il faut d’abord analyser toute la société, l’époque et le rôle historique du groupe ou du parti dans cette époque en considérant :

1) Le programme et les autres documents politiques ;

2) Les actions politiques ;

3) La structure d’organisation ;

4) La composition sociale des membres.

(« Au sujet de la question du parti », 1940)

Les opportunistes et les centristes proposent des détours opportunistes et centristes pour arriver à la Quatrième Internationale qui ne peuvent aboutir qu’à des nouvelles faillites ; il n’y a qu’une seule voie :
« Unité organique des deux anciennes  » Internationales », entrée dans la Seconde Internationale, « régénérescence » d’organisations centristes, un nouveau « Zimmerwald » (c’est-à-dire unité des révolutionnaires avec les centristes), etc. ne peuvent pas aboutir à la nouvelle Internationale révolutionnaire, mais seulement à un nouvel organisme centriste.
La voie léniniste mène à la Quatrième Internationale seulement par le rassemblement organisationnel des révolutionnaires prolétariens sur le plan national et international, sur la base du programme marxiste-léniniste ; par le maintien de l’indépendance politique et organisationnelle du groupe et du parti et le renforcement de ceux-ci par des scissions vers la gauche qui s’opèrent dans toutes les organisations ouvrières, au moyen d’une orientation procommuniste et anticapitaliste vers les masses ».
L’organisation communiste-révolutionnaire (groupe association, ligue, etc.) a cessé d’être une fraction ou une opposition d’un des vieux partis en putréfaction, mais elle n’est pas encore le nouveau parti révolutionnaire, parce que son orientation vers les masses ne s’est pas encore transformée en influence de masse.

« Un groupe révolutionnaire et marxiste avec orientation vers la masse devient un parti quand il participe activement à la politique, c’est-à-dire quand il a réussi à transformer l’orientation vers les masses en influence de masse. L’Internationale ne peut être le produit d’une « proclamation » quelconque ou d’un autre acte arbitraire, mais elle ne peut être créée que dans la montée révolutionnaire, dans les premiers évènements révolutionnaires. Le parti bolchevik et l’Internationale Communiste de Lénine doivent servir d’exemples. Mais la situation beaucoup plus difficile et l’ennemi encore mieux organisé exigent une rigidité et une précision encore plus grandes.
Il faut tirer les leçons de cette première victoire et de sa dégénérescence et des nombreuses défaites, et il faut communiquer ces leçons au prolétariat. Voilà la tâche primordiale du futur parti communiste qui ne peut être accomplie qu’en groupant au sein du futur parti tous les éléments dévoués à la cause prolétarienne, en s’adressant par la propagande politique non seulement aux couches éduquées du prolétariat, mais aussi à la masse des ouvriers industriels et agricoles non spécialisés et ceci par une orientation politique nettement anticapitaliste et procommuniste.
Il s’agit de mobiliser les masses et les conduire dans la lutte. Pour le succès de cette lutte, le prolétariat doit créer son instrument puissant et collectif de sa direction ; la lutte de classes, la guerre la plus dure, a également sa stratégie qui exige des officiers et un état-major.
A l’opposée des partis de masse réformistes qui, sous la pression de l’appareil idéologique bourgeois ne peuvent représenter que les intérêts de la bourgeoisie et l’aristocratie ouvrière, l’organisation marxiste et révolutionnaire doit être une organisation sélectionnée, un parti de cadres.
Ce n’est que par ce signe caractéristique qu’il peut représenter les intérêts de la classe ouvrière, accorder une démocratie intérieure complète pour la définition de toute sa politique et développer en même temps la discipline, la rigidité et la puissance dans la réalisation de cette politique.
Les moyens de la lutte révolutionnaire ne sont pas déterminés par la légalité bourgeoise, mais par l’utilité révolutionnaire, combinaison des méthodes légales et illégales dans toutes les périodes de la lutte de classe ; pour mener cette lutte d’une façon scientifique avec toute la précision et la résolution nécessaires et mettre immédiatement des véritables spécialistes à la disposition du pouvoir ouvrier de demain, le parti doit choisir dans ses rangs les éléments les plus dévoués et les plus capables et les former dans des cadres de révolutionnaires professionnels.
Pour être admis au sein du parti, les militants doivent être en accord politique sur les questions principielles, ils doivent être complètement prêts à tout sacrifice, reconnaître la discipline de l’organisation et passer un certain stage.
Voilà l’essentiel sur la voie qui conduit au nouveau parti de la classe ouvrière de tous les continents, de toutes les couleurs et de toutes les langues ; le parti qui donnera de nouveau au prolétariat et aux masses opprimées du monde entier la confiance dans leur propre force, qui leur montrera le chemin de la libération et qui les conduira à la véritable Internationale du genre humain. »

(« Au sujet de la question du parti », 1940)

Les intérêts sociaux et historiques du prolétariat révolutionnaire ne peuvent être représentés que par un parti ; s’il y a deux ou plusieurs partis se basant sur les mêmes principes, ils sont obligés de s’unir. La co-existence de plusieurs partis ou groupes ouvriers (centristes, ultragauchistes, anarchistes) dans la démocratie soviétique, sous la domination des conseils est possible et nécessaire dans certaines phases, si lesdits partis sont en principe pour le pouvoir ouvrier révolutionnaire. La démocratie ouvrière des conseils dans laquelle sont représentés tous ces groupements prolétariens décide démocratiquement de toutes les
questions. Même à des groupes bourgeois ou petit-bourgeois la liberté de propagande peut être accordée, éventuellement, si le pouvoir ouvrier est assez fort et n’en est pas menacé.
Pourtant pour nous la démocratie n’est pas un fétiche, mais un moyen d’atteindre le but. Ce n’est pas la démocratie, mais le succès de la révolution mondiale qui détermine notre action. Il y a des situations où la majorité révolutionnaire de la classe ouvrière doit limiter et empêcher la propagande centriste d’une minorité, par exemple le cas d’une guerre révolutionnaire contre l’étranger capitaliste, à laquelle s’opposerait une minorité de la classe ouvrière. Dans ces cas, une dictature prolétarienne-révolutionnaire de gauche s’impose. Aussi peu que la démocratie,
la participation à un gouvernement de conseils n’est pour nous un principe. Il y a des situations où le parti communiste révolutionnaire ne peut pas prendre de responsabilité pour sa participation à un gouvernement de conseils et reste en opposition contre une majorité centriste, parce que, de cette façon, il peut mieux défendre les principes révolutionnaires.
Démocratie, dictature et opposition ne sont que des différentes formes sociales et passagères qui doivent contenir la même politique révolutionnaire ; ce n’est pas la forme mais le contenu qui importe. Au sein du parti d’avant-garde prolétarien la démocratie (la liberté de fraction y comprise) sur la base du programme prolétarien-révolutionnaire et du centralisme démocratique doit être toujours maintenue.

(…)

Troisième partie : LE POUVOIR
La dictature du prolétariat.

Confrontation des idées staliniennes, trotskystes et marxistes léninistes.

« Entre la société capitaliste et la société communiste se trouve la période de transformation révolutionnaire de l’une en l’autre. Celle-ci correspond aussi à une période transitoire politique dont l’Etat ne peut être autre que la dictature révolutionnaire du prolétariat »

(Karl Marx dans la « critique du programme de Gotha »).

« La question de la Dictature du Prolétariat est la question fondamentale du mouvement ouvrier moderne dans tous les pays capitalistes sans exception »

(Lénine le 20-10-1920 dans « Sur l’histoire de la question de la dictature »).

« Ils ne comprennent pas ce qu’est la dictature ; ils ne savent pas la préparer ; ils sont incapables de la comprendre et de la réaliser » (Lénine même ouvrage que ci-dessus).

De nouveau la vague du combat libérateur prolétarien monte dans tous les pays du monde ; de nouveau il s’agit de réaliser la dictature internationale du prolétariat. Dans cette situation, les fauteurs de l’impérialisme anglo-américain. Les (illisible) et Eden, les Roosevelt et Harrison et leurs évêques et laquais – de l’évêque de Canterbury à Staline, de De Gaulle aux « trotskystes » exhortent à la défense de la « dictature du prolétariat » russe, de l’Union soviétique russe. A toutes leurs phrases, nous, communistes révolutionnaires, répondons au nom du prolétariat enchaîné et rendu esclave par les impérialismes internationaux et leur clique stalinienne, et au nom du prolétariat international : l’Union soviétique est morte, il y a longtemps que la dictature du prolétariat est tombée, trahie par vous tous qui exhortez aujourd’hui à sa « défense ». Pour rétablir toutes les conquêtes de la Révolution russe et internationale détruites pendant 25 années de trahison pratique et théorique, pour conduire à la victoire le pouvoir ouvrier en Russie et partout, il faut mettre fin à vos machinations et déchirer vos mensonges.
Sous les coups de la contre-révolution russe, sous le feu continu de cette nouvelle guerre mondiale, les hypocrites mensonges des bourgeois, de leurs journalistes et de leur curetaille, de leur « Labour partys » et partis staliniens et de leurs pantins « de gauche »sont obligés de tomber et tomberont en ruines.
Les prolétaires révolutionnaires reconnaîtront dans les évènements présents et ceux à venir, que pour conquérir le pouvoir et instaurer le socialisme il leur faut rompre avec le réformisme, le stalinisme et le trotskysme dans toutes les variantes et qu’il leur faut continuer à suivre le chemin tracé par Marx et Lénine.
Le présent exposé est dirigé contre la déformation opportuniste du marxisme et du léninisme par les opportunistes et centristes staliniens et trotskystes. De plus il veut condamner toutes les déformations du marxisme-léninisme dans la question du pouvoir ouvrier. Il se donne comme  but de rétablir la doctrine marxiste-léniniste sur la Dictature du Prolétariat.

Introduction de principe : De quoi s’agit-il ?

1- La Dictature du prolétariat est la période transitoire absolument nécessaire entre la société capitaliste et la société socialiste ;

2- La dictature du prolétariat est le prochain but de la lutte libératrice socialiste à laquelle nous consacrons toutes nos forces ;
3- Nous nous sommes séparés du réformisme, du stalinisme et des différentes variations du centrisme parce que ces tendances politiques ont rompu avec le marxisme, avec la doctrine de la lutte de classes prolétarienne, avec la dictature du prolétariat.

4- Les social-démocrates ont déjà, sous la direction théorique de Kautsky banni de la théorie marxiste la Dictature du Prolétariat et par ce fait falsifié Marx et Engels. – Lénine,le leader idéologique et pratique de la révolution prolétarienne et de la dictature prolétarienne russes et par conséquent de la révolution prolétarienne mondiale,le continuateur génial du marxisme en notre siècle, a rétabli la doctrine de Marx sur la dictature du prolétariat.

5 – Sous la direction de Staline, la dictature du prolétariat a été liquidée en Russie et la IIIe Internationale se trouvant sous la direction de la bureaucratie stalinienne, a, en conséquence rompu avec la lutte pour la Dictature du prolétariat ; elle a remplacé cette lutte et les théories de Marx, Engels et Lénine par la lutte pour l’établissement d’une « République démocratique » bourgeoise et d’un « régime de Front Populaire », etc. (en attendant la IIIe « Internationale » forme vidée par les staliniens, a été dissoute sur les ordres du capitalisme mondial par les staliniens eux-mêmes le 15 mai 1943) ;

6- Mais les staliniens mentent, autant que les kautskystes, au prolétariat en lui présentant comme « dictature du prolétariat » quelque chose qui en réalité une dictature contre le prolétariat, une exploitation et une oppression sanglante du prolétariat révolutionnaire ; Kautsky, Otto Bauer, etc. essayaient de faire croire au prolétariat qu’un régime parlementaire social-démocrate appuyé sur l’ancien appareil d’Etat (bourgeois) représentait la Dictature du prolétariat. Dans ce but, il leur fallait falsifier toute la conception d’État de Marx. Staline et ses laquais voulaient faire croire au prolétariat que la tyrannie bureaucratique et contre-révolutionnaire qui règne aujourd’hui en Russie est la « Dictature du prolétariat » qu’il faut défendre à tout prix !

7- Les complices des staliniens, les social-démocrates et centristes d’aujourd’hui applaudissent à ce mensonge car :

  • 1) – Ils espèrent avec cela faire des ouvriers d’Europe et d’Amérique des cibles dociles pour les canons du capital mondial (guerre mondiale impérialiste « contre Hitler » et pour la « défense de l’URSS ») et
  • 2) – ils veulent eux-mêmes, après cette guerre, ériger en Europe une « Dictature du prolétariat » pareille à celle qui règne aujourd’hui en Russie, c’est-à-dire qu’ils veulent après cette guerre exploiter, tromper subjuguer le prolétariat russe et éventuellement il veulent partager cette « dictature du prolétariat » avec Staline.

8- A la suite et dans le sillage des réformistes et staliniens boitent encore quelques centristes de « gauche », partisans de Trotsky et du camarade américain Oehler qui se trouve à gauche de Trotsky.

9- Déjà en 1926 tandis qu’il était plus largement influencé par Marx et par Lénine, Trotsky lui-même avait prouvé tout à fait clairement en Russie et devant des représentants du parti régnant russe que déjà en ce temps la Dictature du Prolétariat était morte et était remplacée par une dictature anti-prolétarienne de la pire espèce.

10- Dans les premières années de la république soviétique Lénine et Trotsky ont aussi prouvé d’innombrables fois que :

  • 1) La Dictature du prolétariat en Russie était destinée à périr en peu d’année voir même en quelques mois si la révolution mondiale prolétarienne victorieuse ne venait pas,
  • 2) Que la Russie soviétique n’était plus en ce temps-là un « Etat ouvrier » au vrai sens du mot,
  • 3) Que la contre-révolution russe pourrait être victorieuse non seulement au moyen d’une guerre civile sanglante, mais aussi au moyen « évolutionnaire » d’un amollissement de l’Etat soviétique durant de longues années (ce qui n’exclut pas les exécutions sanglantes de dizaines de milliers de révolutionnaires).

11- Sous la pression de la réaction internationale et du stalinisme, Trotsky – et Oehler ont « oublié » les prévisions de 1917 à 1923 et la réalité russe qui confirme clairement ces prévisions. Cette révision a sa racine dans les erreurs jamais révisées de Trotsky et par contre pris naissance dans la révision de la conception du parti, l’illusion trotskyste et Oehleriste, que le Komintern de 1928 jusqu’en 1933 était « L’Internationale du prolétariat » (« seulement dégénéré ») et l’illusion qu’en Russie était la « dictature du prolétariat » (« seulement dégénéré ») se complètent.

12- nourrir ces illusions encore aujourd’hui c’est dérouter les prolétaires de tous les pays, les exhorter non plus pour la défense de leur propre souveraineté, mais pour celle de leurs ennemies, les tromper sur le grand but stratégique prochain et dévaluer et salir celui-ci. Contre Staline et ses laquais, nous communistes révolutionnaires disons ; ce que les bourgeois – « amis » ou « ennemis » de Staline – ce que les staliniens, trotskystes et oehleristes vous racontent de la Russie est duperie. En Russie, il n’existe plus de Dictature du prolétariat.

13- La Dictature du prolétariat régna en 1871 pendant quelques mois à Paris. Mais la Commune de Paris succomba car le prolétariat français était encore trop faible et isolé. La dictature du prolétariat régna pendant des années en Russie, mais elle aussi succomba parce que le prolétariat représentait (et représente) une part minime de la population totale et à cause de la trahison de la révolution prolétarienne d’Europe et d’Asie par la IIe Internationale, puis ensuite par celle de la IIIe « Internationale », l’isolement de la révolution russe qui en était la conséquence et la pression croissante du capital mondial étaient trop forts et trop écrasants.
La Dictature du prolétariat régna en 1919 pendant quelques mois en Hongrie, etc. Et quand demain, nous ferons la guerre civile pour ériger la Dictature du prolétariat, ce ne sera point pour défendre, élargir ou imiter la tyrannie réactionnaire qui règne aujourd’hui en Russie, mais ce sera pour renverser toutes exploitations et oppressions et pour instaurer en Russie, en Allemagne et partout, la vraie Dictature du prolétariat qui diffère du régime stalinien comme le marxisme-léninisme diffère du stalinisme et du trotskysme.

I- Qu’est-ce que la Dictature du prolétariat ?

« Sa lutte (du prolétariat) contre la bourgeoisie revêtant des formes diverses et d’un contenu de
plus en plus riche devient inévitablement une lutte politique tendant à la conquête du pouvoir
politique par le prolétariat (dictature du prolétariat) ».

(Lénine, « Karl Marx », tome XVIII des « oeuvres complètes »)

« Est marxiste seulement celui qui étend l’approbation de la lutte de classes jusqu’à l’approbation de la Dictature du prolétariat. C’est justement en cela que consiste la plus profonde différence entre le marxiste et le simple petit (et aussi grand) bourgeois. C’est la pierre de touche pour la vraie compréhension et la véritable approbation du marxiste ». (Lénine même ouvrage)

« Et la victoire de ce pouvoir soviétique, camarades, est obtenue par le fait qu’il a, dès le début, commencé à réaliser les vieux principes du socialisme ; en faisant cela il s’appuie conséquemment et décidément sur les masses et il prend comme son devoir de réveiller les couches les plus opprimées et les plus apeurées de la société, à une vie active et de les élever à la cause créatrice socialiste. C’est pour cela que l’ancienne armée, l’armée de dressage de caserne, l’armée des mauvais traitements envers les soldats appartient au passé. On l’a jetée à la ferraille ; aucune pierre n’en est restée debout. La démocratisation complète de l’armée est achevée ».

(Lénine, « rapport sur l’activité du Conseil des commissaires du Peuple », janvier 1918)

Il est étonnant qu’aujourd’hui, après les Communes de Paris, Petersbourg, Budapest, Munich, etc. cette question doit être posée de nouveau dans les rangs de l’avant-garde. Non seulement les oeuvres de Marx et Engels, mais des montagnes de littérature marxiste-léniniste des dernières années nous enseignent, à nous jeunes révolutionnaires qui n’avons pas connu les dictatures prolétariennes après la dernière guerre mondiale, ce qu’est la dictature prolétarienne et ce qu’elle n’est pas.

Marx, Engels et Lénine ont sans cesse expliqué : la Dictature du prolétariat sous laquelle seulement peut s’accomplir la transformation économique de la société est le règne de la violence politique du prolétariat. Tandis que dans la révolution bourgeoise la domination économique de la bourgeoisie représente la condition préliminaire à la prise du pouvoir politique, dans la révolution prolétarienne cette prise du pouvoir politique précède la transformation économique vers le socialisme. La seule condition économique pour l’établissement de la domination politique du prolétariat (dictature du prolétariat) est l’existence du prolétariat de masse moderne, c’est-à-dire qu’il fallait pour cela atteindre le degré de développement économique significatif pour le XXe siècle.
Les staliniens et trotskystes ont renversé toute cette conception marxiste-léniniste et ils l’ont remplacée par les « théories nouvelles » suivantes, qui contredisent à chaque pas les réalités et qui sont entièrement antimarxistes :

1- La dictature du prolétariat existe même si la politique et les moyens de production se trouvent dans les mains d’une couche réactionnaire qui pille et asservie le prolétariat révolutionnaire, qui emprisonne, exile et anéantit son avant-garde.

2- Cet état de choses est appelé par les staliniens « socialisme », par les trotskystes « dictature prolétarienne dégénérée ».

3- D’après les trotskystes, la Dictature du prolétariat est « en premier lieu » la domination « économique » du prolétariat ; le pouvoir politique du prolétariat (qui d’après Marx, Engels, Lénine est la condition indispensable pour tout autre pouvoir du prolétariat) peut – pour les trotskystes s’ajouter vraisemblablement comme « ornement » à la soi-disant Dictature du prolétariat « économique ». Il est seulement (« seulement ») nécessaire pour l' »établissement et la défense » de la société prolétarienne qui d’ailleurs « à longue échéance » pourrait même exister sans la « dictature du prolétariat politique ».

4- Il existe en Russie une Union Soviétique sans soviets.

5- Il existe en Russie un Etat ouvrier sans pouvoir ouvrier, sans soviets, etc.

1) Politique et économie.

La révision du marxisme-léninisme par les trotskystes a différentes causes pratiques parmi lesquelles la pression accrue de la réaction générale et spécialement de la propagande stalinienne sur nos rangs. Une des plus importantes l’insuffisance de la formation politique des camarades et surtout leur incompréhension complète du rapport entre économie et politique. Cela les fait glisser vers une conception économiste, « marxiste » vulgaire et mécanique. Ils savent que la politique ne peut naître que sur la base de l’économie et qu’elle ne peut pas la quitter ; mais ils ont oublié que la politique est économie elle-même et même économie concentrée, donc la politique représente une qualité économique élevée qui a un effet rétroactif sur l’économie non politique et qui la transforme. Ils ont aussi oublié que c’est même le devoir de la politique de transformer l’économie capitaliste en économie socialiste et que la politique révolutionnaire, c’est-à-dire la dictature du prolétariat (le règne de la violence politique du prolétariat) est la condition indispensable pour cette transformation socialiste ! Ils ont enfin oublié que sans « politique », c’est-à-dire sans dictature du prolétariat on ne peut non seulement faire aucun pas vers le socialisme, mais que même la « nationalisation » (= l’étatisation) des moyens
de production est exploitée non pour, mais contre; le prolétariat.
Nous verrons encore à quelles conclusions réformistes et révisionnistes mène cette erreur.
Lénine dit dans « La résolution du IXe congrès du PC d’URSS sur les syndicats :

« La politique est l’expression concentrée de l’économie, sa généralisation et sa perfection. Par conséquent il est tout à fait absurde d’opposer les syndicats comme organisations économiques de la classe ouvrière aux soviets comme organisation politique de la classe ouvrière. Cela signifie se détourner du marxisme pour des préjugés bourgeois, surtout bourgeois trade-unionistes. Il est particulièrement absurde et nuisible de faire opposition dans l’époque de la dictature du prolétariat où toute sa lutte et toute son activité économique comme politique sont
plus que jamais résumées et concentrées et doivent être dirigées par une volonté unie et portées par une unité inébranlable ».

(Tome XXV de l’édition allemande, appendice 672)

Le contenu théorique et pratique de ces paroles est clair : sans direction centralisée, bolchevique, révolutionnaire, pas de Dictature du Prolétariat. Lénine devient encore plus précis dans sa polémique contre Trotsky et Boukharine :

« C’est étrange qu’il faille de nouveau soulever une question si élémentaire qui appartient à l’ABC. Malheureusement, Trotsky et Boukharine m’obligent à le faire. Ils me reprochent tous les deux d’échanger (de changer ?) la question ou de l’aborder « politiquement » pendant qu’eux l’abordent économiquement ». C’est une criante inexactitude théorique. La politique est l’expression concentrée de l’économie, je le répète dans mon discours car j’ai déjà entendu avant ce reproche absurde et tout à fait inadmissible dans la bouche d’un marxiste à cause de mon approche « politique ». Nécessairement la politique doit posséder la primauté sur l’économie. Vouloir considérer les choses autrement c’est oublier l’ABC du communisme.

Mais dire : « j’estime » votre approche politique, « mais » ce n’est qu’une approche politique, nous, par contre, nous avons besoin aussi d’une approche économique, c’est exactement la même chose que de dire : « j’estime » votre considération que vous allez vous casser le cou, si vous entreprenez ou ce pas ou un autre, mais considérez aussi qu’il vaut mieux être rassasié et vêtu qu’affamé et nu »

(Tome IX des oeuvres choisies, discours sur la NEP, édition allemande)

On dirait que c’est clair – les trotskystes disent :  » nous estimons » votre affirmation selon laquelle l’Etat ouvrier s’est cassé le cou, mais les moyens de production sont encore dans les mains de l’Etat et les ouvriers vont mieux qu’avant. Ils n’expliquent pas quel Etat possède les moyens de production, … Ils ne disent pas que les ouvriers sont plus exploités et opprimés que jamais.

2) Karl Marx sur la Dictature du prolétariat.

Dans la critique du programme de Gotha Marx dit :

« Entre la société capitaliste et la société communiste se trouve la période de transformation révolutionnaire de l’une en l’autre. A celle-ci correspond aussi une période transitoire politique dont l’Etat ne saurait être autre que la Dictature révolutionnaire du prolétariat »

Bien entendu : transformation révolutionnaire, période transitoire politique. Dans « Les luttes de classes en France » Marx écrit :

« Ce socialisme est la déclaration en permanence de la révolution, la dictature de classe du prolétariat comme point de passage nécessaire pour l’abolition de toute différence de classes, pour l’abolition de toutes les relations sociales qui correspondent aux précédents rapports de production, pour le bouleversement de toutes les idées qui naissent de ces relations sociales ».

Y a-t-il en Russie cette « dictature révolutionnaire du prolétariat », cette « dictature de classe du prolétariat », cette « déclaration en permanence de la révolution » ? NON. Au contraire, la dictature du prolétariat est anéantie et même les idéologues de la révolution permanente sont persécutés, torturés et fusillés par l’État actuel. Cela, c’est la « dictature économique du prolétariat », c’est « l’État ouvrier dégénéré » disent les trotskystes. D’après eux, la Commune de Paris ne fut pas une dictature du prolétariat parce qu’elle n’avait pas eu le temps ni la possibilité d’entreprendre la transformation économique de la Société. Ces « théories » économiques aboutissent en outre à calomnier la
Commune de Paris. Mais Marx et Engels disent tout à fait clairement :

« Eh bien messieurs, voulez-vous savoir quel est l’aspect de cette dictature ? regardez la Commune de Paris. C’était la dictature du prolétariat »

Et Karl Marx donne dans « La guerre civile en France » l’analyse suivante de la Commune de Paris :

« La Commune se formait de conseils de ville : élus au suffrage universel dans les différents districts de Paris. Ils étaient responsables et révocables à tout moment. Ils étaient à tout naturellement composés en majorité d’ouvriers ou de représentants approuvés de la classe ouvrière. La Commune devait être, non une corporation parlementaire, mais une corporation travailleuse, exécutive et législative en même temps. La police, jusqu’à maintenant l’instrument du Gouvernement d’État, était immédiatement destituée de toutes ses attributions et transformée en instrument, responsable et révocable en tout temps de la Commune. Il en était de même pour les fonctionnaires de toutes les autres administrations. Pour toute l’échelle au sommet de laquelle se trouvait les membres de la Commune le service public devait être fait pour des salaires ouvriers. Les droits acquis et l’argent de représentation de hauts dignitaires d’Etat disparaissaient avec ces dignitaires mêmes. Les offices publics cessaient d’être la propriété privée du gouvernement central. Non seulement l’administration municipale mais aussi toute l’initiative jusqu’à maintenant exercée par l’Etat était mise entre les mains de la Commune.
L’armée permanente et la police, les instruments du pouvoir matériel de l’ancien régime, une fois éliminés, la Commune se mettait de suite à l’oeuvre pour briser l’instrument clérical d’oppression, le pouvoir de la curetaille ; elle décrétait alors la dissolution et l’expropriation de toutes les églises en tant que corporations possédantes. Les curés étaient renvoyés dans la tranquillité de la vie privée pour s’y nourrir des aumônes des croyants, suivant l’exemple de leurs prédécesseurs les apôtres. Tous les établissements d’enseignement étaient ouverts gratuitement par le peuple et en même temps débarrassés de toute intervention de l’Etat et de l’Eglise. Pour cela non seulement l’instruction scolaire, mais la science étaient libérées des entraves apportées par le préjugé de classes et le pouvoir du régime. Les fonctionnaires juges perdaient toute indépendance apparente qui servait uniquement à dissimuler leur soumission à tous les régimes successifs auxquels ils ont à tour de rôle prêté un serment qu’ils parjuraient par la suite. Comme tous les autres serviteurs publics ils devaient être maintenant éligibles, responsables et révocables. »
Et :
« La diversité des interprétations auxquelles était soumise la Commune et la diversité des intérêts qui se trouvaient exprimés en elle prouve qu’elle était une forme politique tout à fait extensible pendant que toutes les formes des régimes précédents furent essentiellement opprimantes. Son véritable secret était le suivant : elle était substantiellement un régime de la classe ouvrière. LE RESULTAT DES LUTTES DE LA CLASSE QUI PRODUIT CONTRE LA CLASSE QUI S’APPROPRIE, LA FORME POLITIQUE ENFIN DECOUVERTE SOUS LAQUELLE LA LIBERATION ECONOMIQUE DES OUVRIERS PEUT S’ACCOMPLIR ».
Et :
« La domination pratique des producteurs ne peut pas exister à côté de l’éternisation de sa servitude sociale. Par conséquent, la Commune devrait servir de levier pour renverser les bases économiques sur lesquelles reposent l’existence des classes et avec elle la dominations de classes »
Et :
« Certes, messieurs, la Commune voulait abolir cette propriété de classe, qui transforme le travail d’une multitude d’individus en richesse pour un petit nombre. Elle avait en vue l’expropriation de l’expropriateur. Elle voulait réaliser la propriété individuelle, en transformant les moyens de production : la terre et le capital qui sont maintenant surtout les moyens de l’asservissement et de l’exploitation du travail, en simples instruments du travail libre et associé. »
Et :
« Quand la Commune de Paris prit dans ses propres mains la direction de la révolution, quand de simples ouvriers osèrent pour la première fois toucher le privilège de domination de leurs « supérieurs naturels », des possédants ; quand ils firent leur travail modestement, consciencieusement, efficacement dans des circonstances d’une difficulté sans exemple -, ils l’exécutèrent pour des salaires dont le plus élevé n’était guère que le cinquième de ce qui, d’après une haute autorité en matières de sciences (professeur Huxley) représentait le minimum pour un secrétaire du conseil de l’instruction publique à Londres – le vieux monde
se tordait dans des convulsions de rage à la vue du drapeau rouge flottant sur l’hôtel de ville en symbole de la République du Travail. »
Et :
« Sous les yeux de l’armée prussienne qui avait annexé les deux provinces françaises à l’Allemagne, la Commune annexe les ouvriers du monde entier à la France. Le Second Empire fut le jubilé de la duperie cosmopolite, les escrocs de tous les pays étaient accourus à son appel pour participer à ses orgies et au pillage du peuple français. Même en ce moment encore Génésco le coquin valaque est la main droite de Thiers, et Markowsky l’espion russe sa main gauche. La Commune admettait tous les amis étrangers à tomber pour une cause immortelle.
Entre la guerre extérieure perdue par la trahison, et la guerre civile enflammée par sa conspiration avec les conquérants étrangers, la bourgeoisie avait trouvé le temps de manifester son patriotisme par l’organisation des chasses de police contre les Allemands en France. La Commune plaçait un Allemand comme son ministre du travail. Thiers, la bourgeoisie, le Second Empire avaient continuellement trompé la Pologne en lui faisant de grandes promesses de participation, tandis qu’ils la trahissaient en réalité à la Russie et qu’ils accomplissaient la sale besogne de la Russie. La Commune honorait les fils héroïques de la Pologne en les plaçant à la tête de la défense de Paris pour marquer avec évidence la nouvelle ère qu’elle était consciente d’ouvrir, la Commune renversa la colonne Vendôme, le colossal symbole de gloire de la guerre, sous les yeux ici des Prussiens victorieux, là-bas de l’armée bonapartiste menée par des généraux bonapartistes. La grande mesure sociale de la Commune était sa propre existence laborieuse ; ses mesures spéciales pouvaient seulement indiquer la direction dans laquelle se meut un régime du peuple par le peuple. Ces mesures spéciales concernaient l’abolition du travail de nuit des compagnons boulangers ; l’interdiction sous peine de sanctions de diminuer les salaires en infligeant des amendes aux ouvriers sous les prétextes les plus différents, ce qui était fréquemment pratiqué par les employeurs, méthode suivant laquelle le patron était à la fois le législateur, le juge et l’exécuteur tout en mettant l’argent dans sa poche. Une autre mesure de cet ordre était la transaction aux syndicats ouvriers de tous les ateliers et fabriques fermés sous réserve de dédommagement, n’importe si le capitaliste en question était émigré ou préférait cesser le travail. »
Voilà la Dictature du prolétariat, le levier pour la transformation économique, la condition politique de cette transformation socialiste. Déjà une comparaison superficielle entre la COMMUNE de PARIS et la Russie actuelle démontre qu’il existe en Russie non seulement d’autres situations sociales mais même des situations sociales DIAMÉTRALEMENT OPPOSÉES et cela sous tout rapports.
Que nous considérons le rapport entre l’ouvrier et les moyens de production ou le rôle de l’Église, le rôle de la police dans Commune de Paris et dans la Russie d’aujourd’hui ou le monopole de l’instruction, le ministre du travail allemand de la Commune et la déportation de toute la population laborieuse allemande de la Volga, etc. la Commune de Paris c’était la Dictature du prolétariat, et la Russie d’aujourd’hui est le pays dans lequel est renversée et détruite la dictature du prolétariat.

3) Lénine sur la Commune de Paris.

« Les utopistes s’occupent de la « découverte » des formes politiques sous lesquelles devrait se produire la transformation sociale de la société. Les anarchistes ne voulaient rien savoir du tout de la question des formes politiques. Les opportunistes de la social-démocratie actuelle prennent comme limite les formes bourgeoises de l’Etat parlementaire, démocratique, limite qui ne peut pas être dépassée, ils ne pouvaient pas assez adorer ce « modèle » et ils déclaraient comme anarchiste chaque tentative de briser cette forme.
Marx a conclu de toute l’histoire du socialisme et de la lutte politique que l’Etat devra disparaître, que les formes transitoires de cette disparition (le passage de l’Etat au non-Etat) sera « le prolétariat organisé en classe dominante ». Mais Marx n’entreprend pas de découvrir les formes politiques de cet avenir. Il se contente de la conclusion qu’il dégageait de l’année 1851 : la cause aboutit à la destruction de la machine d’État bourgeoise.
Et quand le mouvement révolutionnaire de masse du prolétariat éclatait, Marx commençait malgré l’échec de ce mouvement, malgré sa courte durée et sa faiblesse visible, à étudier quelles formes il avait découvert.
La Commune est la forme politique « enfin découverte » de la révolution prolétarienne, forme sous laquelle peut se produire la libération économique du travail.
La Commune est le premier essai de la révolution prolétarienne pour détruire la machine d’État bourgeoise, elle est la forme politique « enfin découverte » par laquelle on peut et doit remplacer ce qui est détruit.
Nous verrons dans l’exposé suivant que les révolutions russes de 1905 et 1917 continuent en d’autres circonstances et dans une autre situation l’œuvre de la Commune et confirment l’analyse historique générale de Marx »(Lénine, œuvres complètes, tome XXI, pages 514 et suivantes, édition allemande)
Déjà dans la phrase :
« La Commune est la forme découverte par la révolution prolétarienne sous laquelle peut se produire la libération économique du travail » est exprimée toute la doctrine marxiste de la dictature du prolétariat sous forme d’extrait :

1- La dictature du prolétariat (= Commune) est la condition politique sous laquelle peut se produire la transformation économique de la société, elle est le levier de cette transformation ;

2- Sans Commune (= dictature du prolétariat) il n’y a pas de transformation socialiste de l’économie ;

3- Le prochain but stratégique est par conséquent l’érection de la dictature du prolétariat sur le monde entier comme période transitoire nécessaire vers le socialisme et le communisme

4) Lénine sur la dictature du prolétariat en Russie.

Dans « l’Etat et la révolution », Lénine répond distinctement sur la question que nous nous posons ici :

« L’Etat, c’est-à-dire le prolétariat organisé en classe dominante, cette théorie de Marx est inséparablement liée avec toute sa doctrine du rôle révolutionnaire du prolétariat dans l’histoire. Le couronnement de ce rôle est la dictature prolétarienne, la domination politique du prolétariat. »

Donc Lénine met sur le même plan dictature du prolétariat et domination politique du prolétariat en faisant cela il répète toujours Marx et Engels et approfondie leurs doctrines suivant les nouveaux évènements dans la nouvelle époque. Dans « L’année de la révolution 1917 » (oeuvres sélectionnées, pages 486) Lénine donne un clair abrégé des devoirs principaux du prolétariat révolutionnaire et l’a numéroté :

« Pour gagner la majorité de la population le prolétariat doit :
1- Renverser la bourgeoisie et prendre le pouvoir d’Etat,
2- Il doit organiser le pouvoir soviétique après avoir brisé le vieil appareil d’Etat car en faisant cela il mine à la fois la domination, l’autorité, l’influence de la bourgeoisie et des auteurs de compromis petit-bourgeois dans les masses laborieuses non prolétaires,
3- il doit donner le coup de grâce à l’influence de la bourgeoisie et des auteurs du compromis petit-bourgeois sur la majorité des masses laborieuses non prolétaires par la satisfaction révolutionnaire de leurs besoins économiques aux dépens des exploiteurs. »

Dans son discours « sur la guerre et la paix » au 7ème congrès du PCR (B), le 7 mais 1918 Lénine dit sur le même thème :

« Le devoir de créer un pouvoir politique était très facile, car les masses nous donnaient le squelette, la base de ce pouvoir. La république des conseils naissait d’un seul coup. Mais il restait encore deux devoirs infiniment plus difficiles :
Premièrement il s’agissait des devoirs d’organisation intérieure qui se posent devant chaque révolution socialiste. La différence entre la révolution socialiste et la révolution bourgeoise consiste justement dans le fait que la révolution bourgeoise trouve à son arrivée les formes prêtes des rapports capitalistes, tandis que le pouvoir soviétique prolétarien à son arrivée ne trouve pas ces relations, …
La deuxième difficulté gigantesque qui surgit devant la révolution russe – la question internationale, … »

Et tout à fait dans le même sens l’article : « Les prochains devoirs du pouvoir soviétique » écrit en mars et avril 1918 et publié le 20 avril dans les Istvestia numéro 85 :

« Le premier devoir de tout parti de l’avenir consiste à persuader la majorité du peuple de la justesse de son programme et de sa tactique, …, le deuxième devoir de notre parti était la conquête du pouvoir politique et la suppression de la résistance des exploiteurs.
Maintenant c’est le tour au prochain et troisième devoir, pour le moment présent le plus
caractéristique : « l’organisation de l’administration de la Russie, … ».

Et pour donner la leçon à ceux qui (comme les trotskystes d’aujourd’hui croient que le prolétariat pourrait exercer sa dictature aussi sans pouvoir soviétique, sans pouvoir d’État (sur un chemin « économique ») sans pouvoir mater ni exterminer les exploiteurs) Lénine écrit :

« La dictature du prolétariat est une lutte de classes du prolétariat employant une arme telle que le pouvoir d’État, … » (« L’année de la révolution 1917 », page 490)

La dictature du prolétariat n’est pas comme le déclarent les staliniens et les trotskystes, la « nationalisation de moyens de production » par n’importe quel Etat (qui bien entendu n’est jamais analysé ni par les staliniens, ni par les trotskystes,mais c’est la dictature contre tous les parasites et la démocratie pour les ouvriers ! en Russie c’est le contraire.
Lénine écrit dans « L’année de la révolution 1917 » :

« L’ordre des Conseils est le maximum de démocratie pour les ouvriers et les paysans ; il signifie à la fois la rupture avec le démocratisme bourgeois et la naissance d’un nouveau type historique universel de démocratie : le démocratisme prolétarien ou la dictature du prolétariat »

La dictature du prolétariat est identique à la démocratie pour les pauvres, à l’organisation de l’avant-garde des opprimés en classe dominante :

« Par contre la dictature du prolétariat, c’est-à-dire l’organisation de l’avant-garde des opprimés en classe dominante pour réprimer les exploiteurs, ne peut non seulement et simplement apporter un élargissement de la démocratie qui devient pour la première fois une démocratie pour les pauvres, pour le peuple et non une démocratie pour les riches, la dictature du prolétariat applique une série de retraits de liberté en ce qui concerne les opprimeurs, les exploiteurs, les capitalistes. »

Comparez la Russie de Staline, avec toutes ces paroles (et actions d’autrefois) de Lénine !
Comparez toutes ces paroles de Lénine avec le griffonnage des staliniens, et trotskystes et
autres opportunistes.

5) Marx & Engels dans le « Manifeste Communiste » sur la dictature du prolétariat.

Après avoir examiné les dictatures des dernières 70 années à travers les œuvres des plus grands pionniers du prolétariat international, pour conclure nous nous tournons vers le document programmatique, qui date de 100 ans, le Manifeste Communiste. Dans ce manifeste, Marx et Engels écrivent (d’après l’Etat et la révolution de Lénine) :

« Nous avons déjà vu plus haut que dans le premier pas dans la révolution est l’élévation du prolétariat à la classe dominante, la conquête de la démocratie.
Le prolétariat utilisera sa domination politique pour arracher progressivement tout capital à la bourgeoisie,pour centraliser les moyens de production dans les mains de l’État, c’est-à-dire du prolétariat organisé en classe dominante et d’augmenter le plus vite possible la quantité de forces de production. »

Ce que cela veut dire est tout à fait clair et ne demande pas d’explication. Cependant il paraît nécessaire,malgré tout d’expliquer aux centristes la signification de cette doctrine et des autres de Marx, Engels et de Lénine sur la dictature du prolétariat. Ces phrases signifient :
1- que le prolétariat doit instaurer d’abord son pouvoir politique (la dictature du prolétariat), pour
2- « utiliser sa domination politique pour arracher à la bourgeoisie progressivement tout capital, pour centraliser tous les moyens de production entre les mains de l’État, c’est-à-dire du prolétariat organisé en classe dominante, etc. »
3- que sans cette domination le prolétariat ne peut pas remplir sa mission historique.
Regardons la Russie actuelle. La domination politique du prolétariat, c’est-à-dire la dictature du prolétariat est détruite depuis longtemps. Les trotskystes prétendent que malgré tout « tous les moyens de production sont centralisés entre les mains de l’Etat, c’est-à-dire du prolétariat organisé en classe dominante » ; nous contestons ceci en démontrant que la réalité, toutes les analyses marxistes et même tous les raisonnements logiques réfutent l’affirmation trotskyste.
Comme le prolétariat est délogé du pouvoir, comme l’Etat prolétarien (l’instrument de la dictature du prolétariat), est détruit, le prolétariat n’a plus aucune possibilité ni d’arracher le capital à la bourgeoisie renaissante, ni de déclarer la révolution en permanence – et encore moins de pousser l’économie vers le socialisme. Voilà la réalité russe qui se trouve en contradiction flagrante avec les phrases anti-marxistes des staliniens, trotskystes et autres opportunistes ou centristes, sur la « dictature du prolétariat » et « l’économie socialiste » en Russie.

6) Contre la déformation révisionniste du marxisme.

Marx, Engels et Lénine ont démontré à plusieurs reprises que la « nationalisation » (= étatisation) ne signifie nullement « dictature du prolétariat » ; nous avons toujours combattu cette escroquerie réformiste. Engels a prévu et prédit la nationalisation progressive des moyens de production par l’Etat capitaliste.
Nous reviendrons sur cette question dans la IVème partie de ce travail (« L’expérience russe ») où nous reproduirons la citation d’Engels sur la nationalisation des moyens de production.
Depuis, cette évolution s’est réalisée plus ou moins dans tous les pays capitalistes. Ce qui importe, c’est la question : Quel Etat prend les moyens de production entre ses mains ! La dictature du prolétariat n’existe qu’en cas de l’existence de l’ETAT OUVRIER qui par conséquent dispose des moyens pour posséder et exploiter les moyens de production pour les masses ouvrières et paysannes et pour arriver aussi au socialisme. L’Etat actuel en Russie n’est pas un Etat ouvrier, mais une machine de répression contre le prolétariat. Par conséquent la société ne peut pas prendre possession « ouvertement et sans détours » des formes productives.
L’argumentation des centristes est la suivante : la bourgeoisie dispose des moyens de production. Elle peut s’offrir différentes formes de domination : monarchie, république, fascisme, etc. toutes sont des formes de la société bourgeoise. En plus la bourgeoisie était à certains moments délogée du pouvoir politique, tout en gardant le pouvoir économique. Tout cela est parfaitement juste. Pourquoi, concluent les centristes, n’en serait-il pas de même pour le prolétariat ? Il en est de même pour le prolétariat, disent-ils. C’est leur « théorie ».
Ils ne comprennent pas qu’il y a une différence fondamentale entre dictature de la bourgeoisie et dictature du prolétariat, la même différence fondamentale qui existe entre révolution bourgeoise et révolution prolétarienne. La bourgeoisie constitue toujours une petite minorité de la population, une minorité d’individus exploiteurs, qui même sans pouvoir politique est capable d’exploiter sa propriété, de défendre ses intérêts historiques et de reconquérir le pouvoir politique qui peut lui échapper passagèrement. La domination économique de la bourgeoisie s’appuie sur les instincts de propriété privée enracinés depuis des milliers d’années sur les préjugés et traditions de propriété privée enracinés même dans les cerveaux des prolétaires avancés. La révolution bourgeoise n’est que la suite de ce fait que la bourgeoisie se trouve déjà au pouvoir économiquement, c’est-à-dire possède déjà réellement les moyens de production les plus importants.
C’est exactement le contraire pour le prolétariat. Le prolétariat constitue (même là où il se trouve en minorité, comme en Russie) une masse de millions et de millions, qui, déjà pour s’entendre entre eux, ont besoin des CONSEILS, qui pour conquérir les moyens de production ou au moins pour les contrôler, doivent conquérir le pouvoir politique, la domination politique, c’est-à-dire la dictature du prolétariat.
Sans cette dictature, qui est exercée au moyen des soviets (conseils), des milices ouvrières, au moyen de cet Etat de Conseils, de la terreur rouge, etc., il n’y a pas de domination économique du prolétariat et tous ceux qui parleraient de « domination économique » du prolétariat, trompent le prolétariat. C’est prouvé non seulement par les idées de Marx et de Lénine, mais aussi par la condition économique et sociale actuelle du prolétariat.
A cela il faut ajouter que la bourgeoisie internationale, habituée depuis de siècles à la domination de la société s’appuie sur les traditions et les habitudes de presque toutes les classes de la société bourgeoise ; ajoutons encore les faiblesses particulières du prolétariat russe. Même sous la dictature du prolétariat, le capital était et est un danger formidable, qui ne peut être tenu en échec que par la dictature des conseils du prolétariat. – Le prolétariat doit exterminer au moyen de sa domination politique, c’est-à-dire au moyen d’une guerre longue et difficile, les traditions et instincts profondément enracinés ; tant que la société sans classes du socialisme
n’est pas devenue réalité, la restauration du capitalisme reste toujours actuelle.
Nous avons démontré que la dictature du prolétariat « politique » est la seule dictature du prolétariat possible ; il n’y en a pas d’autre. Tout en étant politique (c’est-à-dire en occupant et contrôlant les moyens de production au moyen de son parti, de ses conseils et de ses troupes armées, en tenant en échec tous ses adversaires, les bureaucrates y inclus), elle est aussi « économique »,c’est-à-dire capable de réaliser les intérêts du prolétariat et de marcher vers le socialisme. Politique est économie, économie concentrée. Quand la dictature du prolétariat n’est pas politique (c’est-à-dire quand son parti,ses conseils et ses milices sont détruits, interdits,exilés et fusillés, et par conséquent les moyens de production ne peuvent plus se trouver entre les mains du prolétariat et en effet ne s’y trouvent plus), elle ne peut être « économique », c’est-à-dire qu’elle n’existe plus. Quand le
prolétariat perd son pouvoir politique, il y perd son pouvoir tout entier !

II- Qu’est-ce que l’Etat ?

L’Etat – ceci fait partie de l’ABC du marxisme – est une machine d’oppression entre les mains des classes dominantes contre les opprimés et déshérités. Les opportunistes et centristes devaient réviser à tout prix cette conception d’Etat et la remplacer par une conception d’Etat bourgeoise qui identifie l’Etat avec toute la « superstructure politique ».
D’après les staliniens, trotskystes et autres centristes ou opportunistes, l’URSS « est » un Etat des ouvriers (Lénine en pensait tout autrement). Quand on examine de plus près les arguments des trotskystes, ils sont obligés d’admettre que la machine d’Etat russe est anti-prolétarienne, et ils commencent à distinguer entre « appareil d’Etat » et « Etat », bien que Marx, Engels et Lénine aient prouvé l’identité de ces notions.les centristes désignent tantôt les bases économiques, tantôt la superstructure politique, tantôt tout l’ensemble comme « Etat ». C’est contre ce courant de défiguration de la conception marxiste de l’Etat, que nous devons également défendre et rétablir le marxisme-léninisme.
L’Etat est le produit de l’économie et une partie de la superstructure politique de la société de classes. Fait par exemple partie de cette superstructure politique de la société de classes bourgeoise, le mouvement ouvrier politique.
Quand les marxistes parlent de la destruction de l’Etat bourgeois, ils n’entendent pas par cela « superstructure politique », pas tous les partis politiques, organismes, idées et idéologies prolétariens et bourgeois, qui naissent et se développent sur la base économique d’une société capitaliste, mais ils entendent ce qu’ils disent : l’Etat bourgeois, la machine de répression des exploiteurs.

1) Karl Marx et Frédéric Engels sur l’Etat.

L’Etat n’est pas autre chose qu’une machine d’oppression dit Engels dans son introduction de 1891 à la « Guerre civile en France » de Marx :

« Mais en réalité, l’Etat n’est pas autre chose qu’une machine d’oppression d’une classe par une autre, et cela tout autant dans une république démocratique que dans une monarchie, et le moins qu’on puisse en dire, c’est qu’il est un fléau dont le prolétariat hérite dans sa lutte pour arriver à sa domination de classe, mais dont il devra comme l’a fait la Commune, et dans la mesure du possible, atténuer les plus fâcheux effets, jusqu’au jour où une génération, élevée dans une société d’hommes libres et égaux, pourra se débarrasser de tout fatras gouvernemental. »

Dans une lettre à Bebel au sujet de la critique du programme de Gotha Engels écrit :

« Comme l' »État » n’est après tout qu’une organisation provisoire dont on se sert dans la lutte pendant la révolution, pour terrasser l’adversaire par la violence, c’est un non-sens que de parler d’un « État populaire libre ». Tant que le prolétariat fait encore usage de l’État, il ne le fait pas dans l’intérêt de la liberté,mais bien pour avoir raison de son adversaire et, dès que l’on pourra parler de liberté, l’État comme tel cessera d’exister. »

Dans une lettre écrite le 18 avril 1883 au socialiste américain Patten, Engels démontre que la dictature du prolétariat est la condition préliminaire pour « tenir en échec » l’adversaire capitaliste et pour « réaliser la révolution économique ».
Et Marx dit que l’État est un « parasite » :

« En réalité, la constitution communale eût restituée au corps social toutes les forces absorbées jusque là par l’État, parasite qui se nourrit de la substance de la société et en paralyse le libre mouvement. Par ce seul fait, elle eût été le point de départ de la régénération de la France, … »


2)
Lénine sur l’État.

« L’État, chers amis, est une notion de classe. L’État est un organe ou un instrument d’oppression d’une classe par une autre. Tant qu’il est un instrument de violation du prolétariat par la bourgeoisie, il ne peut être qu’une seule solution prolétarienne : destruction de cet État.
Dès que l’État est prolétarien, (il devient) un instrument d’oppression de la bourgeoisie par le prolétariat, nous sommes absolument pour un gouvernement fort, pour le centralisme. »

Ainsi parle Lénine dans le même tome VI des Œuvres choisies (« L’année de révolution 1917 »). « Organe ou instrument d’oppression » – c’est bien clair et net. Et dans son livre classique « L’État et la révolution » Lénine répète et approfondit Engels qui désigne l’État comme « une force spéciale de répression » :

« L’État est une « force spéciale de répression ». Cette définition remarquable et profonde d’Engels est d’une entière clarté. Il en découle que cette « force spéciale de répression  » du prolétariat par la bourgeoisie, de millions de travailleurs par une poignée de riches, doit être remplacée par « force spéciale de répression » de la bourgeoisie par le prolétariat (la dictature du prolétariat). »

De quoi naît l’État ?

« L’État étant né de la nécessité de réfréner les antagonismes de classes dans le conflit même de ces classes, il est en principe l’État de la classe la plus puissante, de la classe économiquement dominante, … »

(« L’État et la révolution »)

Et en quoi consiste-t-il ?

« Engels développe la notion de cette « force » qui s’appelle l’État, force provenant de la société, mais supérieure à elle et qui s’en éloigne de plus en plus. En quoi consiste-t-elle surtout ? En des détachements d’hommes armés disposant des prisons, etc. »

(« L’Etat et la révolution »)

Et encore :

« L’État est l’organisation spéciale d’une force, de la force destinée à subjuguer une certaine classe. Quelle classe le prolétariat doit-il donc subjuguer ? Évidemment la seule classe des exploiteurs, la bourgeoisie. Les travailleurs n’ont pas besoin de l’État que pour briser la résistance des exploiteurs, … »

L’État bourgeois = la machine d’État nécessaire à la domination de la bourgeoisie. Et Engels, cité par Lénine dans « L’année de révolution 1917 » :

« L’État, ce sont surtout des formations d’hommes armés avec des appendices objectifs, comme par exemple, les prisons, … »

(‘L’origine de la famille, de la propriété privée et de l’État »)

Dans son livre La révolution prolétarienne et son renégat Kautsky qu’on doit considérer comme une continuation de L’État et la révolution, et qui a paru fin 1918, Lénine écrit :

« Or qu’est ce que l’État ?
L’État n’est autre chose qu’une machine à écraser une classe par une autre. »

Et voici un autre coup mortel pour les « théories » révisionnistes :

« Quiconque considère comme Marx que l’Etat n’est qu’une machine à écraser une classe par une autre, quiconque a tant soit peu approfondi cette vérité, n’aura jamais l’absurdité de dire que les organisations prolétariennes, capables d’abattre le capital financier, ne doivent pas se transformer en organisations d’État. Là encore se révèle le petit bourgeois pour qui l’État reste malgré tout un entité en dehors ou au-dessus des classes. »

Et :

« Dans la République Démocratique l’État n’est autre chose qu’une machine d’oppression d’une classe par une autre. »

Nous croyons que cela suffit.

III – Qu’est ce que l’État ouvrier ?

Nous avons entendu ce qu’est l’État : une machine d’oppression. Il n’en est pas autrement en ce qui concerne l’État ouvrier, mais il n’opprime pas la majorité ouvrière au profit d’une minorité exploiteuse, comme nous le voyons dans tous les pays actuellement, mais tout au contraire.
Déjà de ce fait, on peut voir qu’il n’y a pas actuellement d’État Ouvrier en Russie.

ÉtatOuvrier (ce sont les conseils et toutes les formations armées du prolétariat révolutionnaire) et Dictature du Prolétariat sont des notions inséparables l’une de l’autre ; l’État Ouvrier est l’instrument essentiel du prolétariat dictant (?) ; sans Etat Ouvrier il n’y a pas de dictature du prolétariat ; la dictature du prolétariat est instaurée et exercée au moyen de l’Etat Ouvrier (qui prend naissance et mûrit dans la révolution à côté de l’ancien Etat bourgeois, dans la période de la dualité des pouvoirs).
En 1917 Lénine dit :

« L’Etat dans le propre sens du mot est l’emploi de la force sur les masses par des formations d’hommes armés séparées du peuple. Notre nouvel Etat en train de naître est aussi un Etat, car nous avons besoin aussi d’hommes armés, nous avons besoin de la discipline la plus sévère possible, nous avons besoin de la répression violente et impitoyable de toutes les tentatives de la contre-révolution, aussi bien de la tsariste que de la bourgeoise, genre Gutchov. Mais notre nouvel État en train de naître n’est déjà plus un État dans le sens propre du mot, parce que dans beaucoup de régions de Russie, c’est la masse même qui forme les formations armées, le peuple tout entier et non pas n’importe quels gens qui se trouvent au-dessus du peuple, qui sont séparés de lui, qui jouissent des privilèges et sont pratiquement irrévocables. »

En 1921 lors de la discussion sur la NEP, Lénine dit :

« Le camarade Trotsky parle de l' »État ouvrier ». Pardon, c’est une abstraction. Quand en 1917 nous écrivions de (?) l’État ouvrier, c’était compréhensible ; mais quand on vient maintenant nous dire : « pourquoi et contre qui défendre la classe ouvrière puisqu’il n’y a plus de bourgeoisie, puisque l’État est un État ouvrier » ; on commet là une faute évidente. Ce n’est pas tout à fait un État ouvrier, voilà. Et ici se trouve une des fautes fondamentales du camarade Trotsky. » (tome IX des oeuvres choisies).

Dix huit années plus tard Trotsky et tous les centristes parlaient toujours de l' »Etat ouvrier » ou « Etat ouvrier dégénéré », alors qu’il n’y avait plus d’Etat ouvrier du tout. En 1921, quand les conseils, une véritable armée rouge et le parti bolchevik avec Lénine et Trotsky à sa tête existaient encore, Lénine contestait déjà que l’Etat d’alors soit un « Etat ouvrier » et déjà à cette époque, il reprochait à Trotsky et Boukharine :

« On peut voir dans notre programme de parti – un document très bien connu à l’auteur de l’ABC du communisme – on peut voir dans ce programme, que notre État est un État ouvrier avec des déformations bureaucratiques. Et il faudrait lui apposer cette triste, comment dirais-je ? – étiquette. » (tome IX, …)

Ainsi parle Lénine et en même temps il dit :

« En lisant le rapport sur la discussion, je vois que j’avais tort et que le camarade Boukharine avait raison. J’aurais dû dire : l’État ouvrier est une abstraction. En réalité nous avons un État ouvrier avec 1) – la particularité que dans ce pays ce n’est pas la population ouvrière mais la paysanne qui domine, et 2) – nous avons un État ouvrier avec des déformations bureaucratiques. Le lecteur qui veut bien lire tout mon discours verra que par cette correction ni le cours de mon argumentation, ni mes conclusions sont changées. »

Et même en 1921 Lénine appelle les ouvriers à la défense contre cet « Etat ouvrier » en Russie :

« Notre Etat actuel est tel que le prolétariat complètement organisé doit se défendre, nous devons utiliser ces organisations ouvrières pour la défense des ouvriers contre leur Etat et à la défense de notre Etat par les ouvriers. »

C’était en 1921,pendant les vingt années qui se sont écoulées depuis, les marxistes-léninistes qui n’ont pas ignoré toute l’évolution, auraient dû mettre en avant la défense des ouvriers russes contre « leur » Etat et rayer de leur programme la défense de ce nouvel Etat antiprolétarien.
Les staliniens, trotskystes, boukharinistes, etc. ont tout au contraire mis au centre de leur programme la défense de ce nouvel Etat anti-prolétarien, ils ont « oublié » et soustrait les paroles de Lénine qui aujourd’hui sont encore dix fois plus vraies et plus urgentes qu’alors.
Dans les paroles qui vont suivre, Lénine montre le rapport étroit entre la conception bolchevique du Parti et la conception bolchevique de l’Etat. Il démontre, que sans l’existence d’un parti bolchevik la dictature du prolétariat n’est pas possible, ou bien ne pourrait végéter que quelque mois, comme nous l’avons vu en 1919 à Munich ou à Budapest. C’est encore une vérité fondamentale que les trotskystes ont oubliée. Tout en admettant que le parti bolchevik russe est anéanti depuis longtemps et qu’un nouveau parti bolchevik doit être construit, ils prétendent qu’en Russie il y a après comme avant une dictature du prolétariat ou un « Etat ouvrier dégénéré ».

« L’Internationale Communiste repousse le plus énergiquement possible la conception d’après laquelle le prolétariat serait capable de réaliser sa révolution sans son propre parti indépendant. Toute lutte de classe est une lutte politique. Le but de cette lutte qui inévitablement se transforme en guerre civile est la conquête du pouvoir politique. Mais le pouvoir politique ne peut être conquis, organisé et dirigé que par l’un ou l’autre parti politique. »

(Œuvres complètes, tome XXV, page 684)

La rupture avec la conception de Lénine sur l’Etat inclut la rupture avec la conception de Lénine sur le parti, aboutit à la rupture avec le marxisme tout entier. En 1927, Trotsky, tout en combattant le point de vue léniniste surtout dans la question du parti (contre la scission du parti stalinien et contre la formation d’un nouveau parti bolchevik) n’était pas encore parvenu à ses positions révisionnistes de la dernière période de
sa vie. En Russie même, devant la Commission Centrale de Contrôle, il appréciait très justement l’Etat et la société russes ; il fallait de longues années d’émigration et de réaction pour lui faire « oublier » et réviser ses appréciations primitives.
Ainsi parlaient Trotsky et tous les autres oppositionnels de gauche en 1927, quand la réaction n’était pas encore aussi avancée que dans les dernières années avant la Seconde guerre impérialiste mondiale, pour ne pas parler de l’état actuel :

« Vous faites de l’État ouvrier un fétiche, vous voulez le canoniser comme un État constitué « par la grâce de Dieu », … or, d’après Molotov l’État actuel est une espèce d’État ouvrier absolu et il n’est déjà plus possible de l’approcher des masses. Et contre ce fétichisme bureaucratique se dirige mon interpellation ou mieux dit, ma présentation de l’analyse léniniste de l’État soviétique. (interruptions), … »


III
– Qu’est-ce que le pouvoir soviétique (Union Soviétique) ?

Le nom officiel de l’Etat russe est : « Union des Républiques Soviétiques Socialistes ». A cela nous disons : actuellement ce nom signifie une escroquerie. Les capitalistes et leurs ministres de propagande en Amérique, en Angleterre, en Russie ou en Allemagne et surtout les staliniens organisent une escroquerie, et les trotskystes et autres centristes y participent en présentant consciemment l' »URSS » ou « union Soviétique » sans guillemets et en exprimant ainsi l’idée que l' »URSS » n’existe non seulement l’appellation, mais aussi en réalité.
Or, il n’y a plus de soviets et par conséquent il n’y a plus de république soviétique pas plus que de république « socialiste » (le mot « socialiste » était mentionné à cause de la direction du développement vers le socialisme). Aujourd’hui la propagande fasciste appelle chaque paysan et chaque obus russes comme « soviet » ou « soviétique » ; les propagandes mensongères angloaméricaine et stalinienne désignent la dictature sanglante de Staline et de sa GPU, comme « soviétiques », « socialistes », « prolétariennes », etc. Ils mentent tous.
Les trotskystes et les autres centristes sont trop lâches pour s’opposer à cette propagande de mensonges, ils participent à la profanation et défiguration des notions « soviet », « dictature prolétarienne », « socialiste », etc. Ils participent à cette manoeuvre du capitalisme international qui veut tromper le prolétariat.
Lénine sur l’Union Soviétique.
Dans « La révolution prolétarienne et le renégat Kautsky » Lénine écrit nettement ce que signifie Union soviétique, c’est-à-dire le contraire de ce qui existe actuellement en Russie :

« LA DÉMOCRATIE PROLÉTARIENNE, dont le régime soviétique est une des formes, a donné à la démocratie un développement et une extension inconnus au monde, au profit de l’immense majorité de la population, au profit des exploités et des travailleurs,… Prenez la politique extérieure. Pas un pays bourgeois, même le plus démocratique, où elle se fasse au grand jour, … Le pouvoir soviétique a déchiré le voile qui cachait le mystère de la politique extérieure, … Prenez la structure de l’Etat, …Le premier au monde – pour mieux dire, le deuxième car la Commune de Paris avait déjà commencé – le Pouvoir des Soviets appelle les masses EXPLOITEES au gouvernement. »
« Les Soviets sont l’organisation directe des travailleurs et des masses exploitées, auxquels ils facilitent la possibilité d’organiser et de gouverner l’Etat eux-mêmes. L’avant-garde des travailleurs et des exploités, le prolétariat des villes a l’avantage d’être le mieux uni, grâce aux grandes entreprises ; il a plus de facilité pour élire et surveiller ses élus. L’organisation soviétique facilité automatiquement l’union de tous les travailleurs et exploités autour de leur avant-garde, le prolétariat. »
« Or en Russie on a mis en pièces l’appareil du fonctionnarisme, on n’en a pas laissé pierre sur pierre, on a chassé tous les anciens magistrats, dispersé le Parlement bourgeois et donné aux ouvriers et aux paysans une représentation infiniment plus accessible car leurs soviets ont remplacé les fonctionnaires, leurs soviets commandent aux fonctionnaires, leurs soviets élisent les juges. »

Tout le monde s’aperçoit tout de suite que la situation actuelle en Russie est exactement contraire à celle de 1918 ; les soviets (conseils) sont détruits et par conséquent la DEMOCRATIE abolie pour la majorité écrasante de la population ; la politique extérieure est secrète (pactes avec Hitler, avec Roosevelt, etc.), les ouvriers sont terrorisés et trompés par une clique d’exploiteurs et d’oppresseurs,les masses exploitées sont exclues de l’administration, un nouvel appareil bureaucratique a été construit, depuis 1936 un nouveau « Parlement » bourgeois d’après les modèles des « démocraties » ou mieux d’après le « Reichstag » hitlérien, a été fabriqué et pour se moquer du prolétariat, on emploie encore l’expression « soviet », …
Les soviets sont remplacés par la bureaucratie autocrate et autoritaire, par la Constitution antisoviétique et anti-prolétarienne de 1936 qui elle-même a été violée depuis par la bureaucratie stalinienne contre-révolutionnaire.
Dictature du prolétariat, Etat Ouvrier et Pouvoir Soviétique sont des notions inséparables l’une de l’autre ; les Soviets et le Prolétariat armé sont la partie essentielle, le squelette de l’Etat Ouvrier, les seuls organes possibles de la Dictature du Prolétariat. Quand les Soviets tombent, l’Etat Ouvrier et la Dictature du Prolétariat tombent avec eux.

Trotsky et l’État Soviétique.

Mais il est possible que la Dictature du Prolétariat, l’État Ouvrier disparaissent, alors que l’État soviétique continue à exister parce que les soviets, comme on le sait, ne sont non seulement les organes du prolétariat révolutionnaire, mais aussi des ouvriers non-prolétariens ; en plus, les partis ouvriers à la solde de la bourgeoisie (mencheviks, staliniens, etc.) peuvent être représentés dans les soviets et même y obtenir la majorité.
(106) On n’a qu’à se rappeler ce que sont devenus les Conseils en Autriche ; sous direction social-démocrate on a essayé de les introduire dans l’appareil bourgeois, pour les dissoudre ensuite.
Ainsi Trotsky annonce en 1927 en Russie devant la Commission Centrale de Contrôle :

« Notre critique doit diriger l’attention, dans la conscience du prolétariat, sur le danger menaçant, afin qu’on ne s’imagine pas que le Pouvoir soit conquis une fois pour toutes, dans toutes les circonstances, et que l’État Soviétique soit quelque chose d’absolu qui sera toujours et dans toutes les circonstances un État Ouvrier. LE PROLÉTARIAT DOIT COMPRENDRE QUE L’ÉTAT SOVIÉTIQUE, DANS UNE CERTAINE PÉRIODE, SURTOUT AVEC UNE FAUSSE POLITIQUE DE LA DIRECTION, PEUT DEVENIR UN APPAREIL AU MOYEN DUQUEL LE POUVOIR EST DÉPLACÉ DE SA BASE PROLÉTARIENNE POUR PASSER DANS LES MAINS DE LA BOURGEOISIE, QUI ENSUITE JETTERA L’ENVELOPPE SOVIÉTIQUE ET TRANSFORMERA SON POUVOIR EN POUVOIR BONAPARTISTE. Avec une telle ligne politique fausse, ce danger devient très réel. »

Mais même le 16 avril 1936 il écrit dans « La nouvelle conception de l’URSS » :

« L’abolition des Soviets. Derrière les murailles du Kremlin on travaille à remplacer la Constitution soviétique par une nouvelle qui serait, comme Staline, Molotov et d’autres l’expliquent, « la plus démocratique » du monde, … Donc : Pouvoir soviétique sans Soviets, Dictature prolétarienne sans Prolétariat, et encore dictature non contre la bourgeoisie, mais contre … des terroristes et des voleurs. »

Pourtant ce s expressions justes de Trotsky n’étaient pour lui que des jeux de mots dont il ne tirait jamais les conclusions politiques qui s’imposent. La plus essentielle de ces conclusions est : reconnaître le fait que l’Union soviétique n’existe plus.

(Toutes les citations de Marx, Engels et Lénine sont traduites de l’allemand.)

Voir aussi:

6 Réponses to “Plateforme programmatique des RKD (1941/43)”

  1. Lettre à ‘La seule voie’ (RKD, 1942) « La Bataille socialiste Says:

    […] La Bataille socialiste (mostly in french) « Plateforme programmatique des RKD (1941/43) […]

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  2. Neues aus den Archiven der radikalen (und nicht so radikalen) Linken « Entdinglichung Says:

    […] Bataille socialiste Lettre à ‘La seule voie’ (RKD, 1942)Plateforme programmatique des RKD (1941/43)L’Eglise et l’école – perspectives prolétariennes (Pivert, […]

    J'aime

  3. From the archive of struggle no.32 « Poumista Says:

    […] l’école – perspectives prolétariennes (1932) * Revolutionäre Kommunisten Deutschlands (RKD): Plateforme programmatique des RKD (1941, die RKD waren eine Gruppe österreichischer und deutscher EmigrantInnen im französischen […]

    J'aime

  4. Les communistes révolutionnaires allemands et français (R.K.D. et C.R.) « La Bataille socialiste Says:

    […] 1941/43 Plateforme programmatique […]

    J'aime

  5. Abram Badal Says:

    ALTERNATIVE STRUCTURING FOR TWENTY FIRST CENTURY SOCIALISM

    Lets unite all communists and all progressive forces and revolutionary forces for structuring :

    I) Communists for : The N.C.I. to defeat the enemy through the new revolutionary theory : Neo- imperialism of Fictitious Capital Domination (www.oppressedpeople.org).
    II) All anti-capitalist forces and progressive democratic forces for :
    structuring The Tribunal of Permanent People’s Power, T.P.P.P. for criminalization of
    Fictitious Capitals, War systems, State Oppressions, Mass- Unemployment for maintaining
    mass poverty, Criminalize All social and political discriminations, All clerical political
    powers or tribal reactionary powers.

    III) The O.S.U. is a new way of structuring globally New Socialism, our living forces, associate diverse forces to materialize in theory-practice close direct relation all social projects (political, social, economic and cultural and military school’s anti-imperialist projects etc… )social-scientific association without compromising our political lines or groups. ( see for more details on http://www.oppressedpeople.com ) In O.S.U. we have the student-citizen of world identity and mutual social-scientific respect for developing the new socialist relations of living and individual and collective blossoming, in order for developing our concrete projects and break the unemployment capitalist chains, the salary capitalist relations, by stepping out of capitalist social relations, with O.S.U. accreditations as social credit and social money based on hourly contributions and individual coefficient for quality work and contributions (global CMC credits on OSU hours of work-study integrated concrete contributions and locally materialized projects) under direct democracy, excluding all bourgeoisie representative democracy, temporary responsibility and changing-revolving mass-management and auto-managements etc…, and student-citizen’s transparent ( new socialist status) governments debated, decided, organized by all forces and all socially developed projects by individual and or group memberships in OSU !

    Abram member of committee for The N.C.I. ( the Fifth revolutionary )

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  6. Révolution et contre-révolution en Russie (OCR, 1946) « La Bataille socialiste Says:

    […] 1941 Plateforme programmatique des RKD  […]

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