Le colonialisme (Paul Louis, 1905)

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INTRODUCTION

L’expansion coloniale n’est pas, de nos jours, un phénomène particulier à tel ou tel Etat. Elle est devenue en quelque sorte l’une des caractéristiques du monde contemporain, et apparaît, par suite, comme l’une des manifestations organiques du régime capitaliste.

Aussi longtemps qu’elle demeurait le fait d’une ou de plusieurs puissances isolées, il était permis, sinon de s’en désintéresser, du moins de la reléguer au rang des préoccupations et des événements secondaires. Tant que l’Angleterre, héritière des empires exotiques de la France, de la Hollande, de l’Espagne, ne compta point de rivales sérieuses, dans les continents ou les archipels lointains, le problème ne pouvait surgir en toute sa grandeur. Mais dans le dernier quart du siècle écoulé la répartition politique du monde a été renouvelée : les pavillons européens ont été plantés sur les îles de la Papouasie et dans les bassins lacustres de l’Afrique centrale. Tous les pays, ou peu s’en faut, ont affirmé des velléités de conquêtes ; des dizaines de millions de jaunes et de noirs ont été assujettis, astreints à l’impôt, incorporés aux milices, forcés au travail le plus pénible et le plus mal rétribué, si bien que leur sort a semblé plus lamentable et plus dur que la condition des prolétaires blancs les moins favorisés.

L’Europe et après elle l’Union américaine, issue de souches européennes, se sont déversées sur toutes les terres qui demeuraient disponibles. Cette occupation brutale évoque les souvenirs historiques des grandes migrations de peuples, des invasions barbares, — des avalanches humaines qui se succédèrent de l’apparition des Cimbres à la prise de Constantinople.
Le phénomène est assez ample et assez saisissant pour secouer notre indifférence ; il vaut d’être étudié en lui-même, dans ses causes, dans ses conséquences multiples.

Ce n’est pas uniquement parce qu’il s’est, à vrai dire, universalisé, et parce qu’il a brisé tous les cadres, qu’il mérite d’être examiné minutieusement. Il intéresse, au plus haut degré, la vie présente et aussi l’avenir du prolétariat. Il importe de rechercher quelle influence le colonialisme peut et doit exercer sur l’évolution des sociétés, quels éléments perturbateurs il jette dans l’atmosphère., quels effets économiques il engendre nécessairement.

Ces quelques observations précisent le sens de ce petit livre, et en circonscrivent en même temps le domaine. La classe ouvrière, qui sera l’instrument d’unification de l’humanité future, ne saurait pourvoir à toutes ses lâches, si elle ne connaissait exactement le milieu où elle opère.

Or, l’on n’a pas défini tout le régime contemporain, lorsqu’on a signalé l’extension du machinisme, la concentration capitaliste, la ruine de la petite industrie, le déracinement des populations rurales, la crise agricole, le grossissement continu de l’armée prolétarienne, la croissance du chômage. Le développement colonial n’est pas le trait le moins significatif du système. Il pèse à celle heure sur les Allemands comme sur les Anglais, sur les Américains comme sur les Français. Il domine toutes les combinaisons de forces du lendemain, et commande déjà toutes les guerres d’aujourd’hui.

Les congrès socialistes ont inscrit, à plusieurs reprises, le colonialisme à leur ordre du jour ; aux assises d’Amsterdam, en 1904, deux spécialistes en la matière, Hyndman et van Kol, ont remis des rapports qui offrent le plus haut intérêt, mais qui n’embrassent pas l’ensemble des questions posées, et il n’en pouvait être autrement, au surplus, puisque ces rapports devaient être des résumés.

Notre objectif est ici de montrer les sources profondes du mouvement colonial, les caractères généraux qu’il présente, les résultats qu’il a donnés et ceux qu’il engendrera fatalement, la répercussion qu’il aura sur la contexture économique du globe et sur les relations des classes en présence. Notre conclusion se synthétiserait assez bien en ces lignes : le colonialisme, issu du mécanisme capitaliste, déchaîné par les convoitises et par les besoins pressants des possédants, hâte l’effondrement de la société actuelle, exaspère et universalise les conflits sociaux.

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Une Réponse to “Le colonialisme (Paul Louis, 1905)”

  1. From the archive of struggle no.37 « Poumista Says:

    […] del pueblo N°3, Juni 1937 * Daniel Guérin: La révolution déjacobinisée (1957) * Paul Louis: Le colonialisme (1905) * Simone Weil: La vie et la grève des ouvrières métallos (1936) * Socialist Party of […]

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