Ni patrie ni frontières n° 27/28/29 (octobre 2009)

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Cliché 2009-11-01 18-56-34Présentation

Ni patrie ni frontières reparaît après un an de silence. Nous espérons que nos lecteurs ne nous en tiendront pas rigueur et que le volume et l’intérêt de ce numéro compenseront notre retard… Nous publions en même temps que ce numéro triple, une compil’ de textes (inédits ou parus dans d’autres publications) présentés dans la revue entre 2002 et 2008 : De la violence politique.
D’octobre 2008 à septembre 2009 un certain nombre de débats ont traversé les milieux militants et notre revue tente de s’en faire ici l’écho.
Tout d’abord, la crise économique mondiale, abordée par des camarades espagnols et néerlandais. Les auteurs utilisent des mots simples et le lecteur n’aura nul besoin de se plonger dans un dictionnaire pour en comprendre la teneur.
Ensuite, la revue s’interroge de nouveau sur les rapports entre les « soutiens » [voire, pour certains, les « aidants » ! (1)] et le mouvement des « sans papiers ». Ni patrie ni frontières publie des extraits d’une brochure qui, loin de tout misérabilisme ou paternalisme, relate la lutte des travailleurs « clandestins » du Comité de grève de Viry-Chatillon. Nous reproduisons aussi la réponse de la Coordination des sans-papiers 75 au tract de la CGT qui a préparé le terrain à l’intervention du commando syndical du 21 juin 2009 contre les occupants des bâtiments de la rue Charlot, à Paris, et deux autres tex-tes qui traitent des problèmes posés par cette intervention. Une ex-adhérente nous donne son avis très critique (et souvent injuste) vis-à-vis du Réseau Éducation sans frontières. Et nous nous interrogeons sur les limites de la forme Réseau à travers le compte rendu d’un livre intitulé La Chasse aux enfants. Un article analyse « La grande loterie des camps », c’est-à-dire des centres de rétention administrative, les CRA. Son auteur pose de bonnes questions mais offre une vision caricaturale de l’intervention des militants de base de la CIMADE sur le terrain, militants qui combattent les expulsions gouvernementales, même si les textes de cette organisation sont – jusqu’ici – très en retrait.
La revue s’intéresse ensuite aux courants spontanéistes du « gauchisme post-moderne » (2). Pour ce faire, après le « Manifeste pour la désobéissance générale », nous reproduisons les éléments d’une discussion réalisée, entre décembre 2007 et février 2008, avec trois militants de sensibilité libertaire autour de deux livres : Les mouvements sont faits pour mourir et L’insurrection qui vient. Bien avant donc que le second ouvrage ne devienne un « best-seller » et qu’un présentateur de la chaîne réactionnaire Fox News ne conseille aux téléspectateurs américains d’en acheter la traduction anglaise pour démasquer le « véritable ennemi intérieur » aux… États-Unis !
Au-delà des différences importantes entre ces deux ouvrages (le premier étant nettement plus intéressant que le second, exactement à l’inverse de sa promotion médiatique), l’objectif était pour nous de comprendre ce qui pouvait, après le mouvement anti-CPE de 2006, expliquer le succès de tels bouquins parmi les étudiants les plus révoltés ; il s’agissait aussi de dévoiler la confusion de l’idéologie radicale-spontanéiste, qu’elle se réclame de l’ « autonomie », du situationnisme, des « mouvements sociaux » ou d’un patchwork de références allant de Nietzsche et Foucault aux diverses versions des théories de la décroissance, en passant par un « conseillisme » privé de toute substance, car il fait totalement abstraction de l’existence et du rôle de la classe ouvrière.
Pour illustrer la répression actuelle qui frappe certains militants étiquetés « anarcho-autonomes » par les RG et les médias, il valait mieux donner la parole à certains de ceux qui ont été emprisonnés, raison pour laquelle nous reproduisons trois de leurs lettres. Claude Guillon expose ce qu’est, selon lui, la « Généalogie d’une invention » à propos de cette « mouvance » introuvable. « Des précaires » expliquent pourquoi la gauche et l’extrême gauche ont eu peur, dans un premier temps, de s’engager autour des inculpés de Tarnac. Un article de la brochure « Mauvaises intentions » n° 2 expose ce que pourrait être cette solidarité à propos de trois jeunes (Isa, Juan et Damien) dont les « affaires » n’ont jamais bénéficié de la moindre médiatisation. Et des camarades italiens donnent leur point de vue sur la stratégie de défense des inculpés de Tarnac et surtout de leurs « soutiens ». Cette partie se conclut par une « Mise au point du Comité invisible » datée du 5 février 2009, suivie d’un texte sur les mirages de l’illégalisme, auparavant publié par la revue anarchiste À corps perdu, qui nous offre une réflexion très riche à partir de l’expérience italienne et des rapports, dans l’imaginaire populaire, entre mafieux, braqueurs de banques et militants illégalistes.
Puis Temps critiques pose son regard acéré sur « Les luttes dans l’Education nationale » et leurs limites.
Nous reproduisons ensuite plusieurs textes sur les limites et l’utilité des « contre-sommets » dont l’idéologie est souvent douteuse et confuse, quoi qu’en disent les participants qui s’expriment ici. Sacha Ismail et Colin Barker dévoilent les aspects réactionnaires d’un certain anti-impérialisme de gauche, idéologie très présente dans ces « contre-sommets ». Ces deux articles constituent une bonne introduction générale aux articles et interviews sur le Venezuela. L’expérience de ce pays est souvent présentée, par ses partisans comme par ses adversaires, à travers une propagande aussi grossière que fallacieuse. D’où l’intérêt des articles à propos de la grève du métro de Caracas, de la répression antisyndicale et de la visite du « libertaire » Chomsky au Caudillo de Caracas ainsi que l’interview des camarades d’El Libertario.
La dernière intervention israélienne a Gaza a suscité, comme d’habitude, beaucoup de polémiques. Plusieurs articles expriment des points de vue différents sur Israël et le sionisme. Les « Luftmenschen » tentent de cerner les particularités de l’« antisionisme à la française », « Sinistre Spectacle » démonte le pantin qu’est Alain Soral et le Réseau Solidaire d’Allocataires relate la visite du Dieudobus à Argenteuil.
Revenant à une question qui rôdait dans le débat autour des inculpés de Tarnac, nous offrons quelques éléments de réflexion sur les rapports conflictuels entre anarchisme et insurrectionnisme (ce dernier courant étant influencé par les écrits d’Alfredo Maria Bonanno).
Dans deux articles, le groupe Mouvement communiste revient sur la grève des ouvriers de la raffinerie de Lindsay et l’échec de Total, mais aussi quelques particularités du mouvement ouvrier et syndical britannique.
Antoine Hasard présente « La Garde rouge raconte », livre d’Emilio Mentasti sur le comité d’usine de Magneti Marelli en 1975-1979.
Le Colectivo Passa Palavra (Portugal/Brésil) nous expose quels sont ses « Points de départ » et les camarades de De Fabel van de illegaal nous décrivent la situation des Antillais néerlandais dans ce paradis de la « tolérance » qu’est la Hollande…
Bonne lecture et… à bientôt (3) !
5/10/2009
Ni patrie ni frontières

1. J’ignore si ce terme est courant dans les milieux militants, mais je l’ai entendu dans la bouche d’une membre de RESF, ce qui m’a particulièrement choqué, étant donné que ce vocable fait partie du langage paramédical. Un aidant est en effet une « personne qui prête son concours à quelqu’un ayant une déficience, une incapacité ou se trouvant en situation de handicap ». On parle des « aidants » d’une personne atteinte de la maladie d’Alzheimer. Comparer les « sans-papiers » à des personnes atteintes d’un handicap est pour le moins inquiétant, du moins sur le plan politique !
2. Ce qualificatif déplaira certainement aux plus radicaux d’entre eux. Bien qu’ils se retrouvent ponctuellement sur des actions ou dans des manifestations communes, il faut distinguer les courants spontanéistes radicaux (les électrons libres de l’anarchisme et de l’« autonomie ») des courants légalistes qui, parmi les altermondialistes, les « désobéissants », les écologistes, les mouvements gays, lesbiens, antiracistes, etc., ont une orientation réformiste, se sentent partie prenante de la « gauche de la gauche », voire de la gauche officielle.
Les partisans de cette gauche post-moderne légaliste désirent ardemment que leur association ou leur ONG reçoive une plus grosse part de la manne de l’Etat-providence. Ils n’imaginent même pas pouvoir « militer » sans subventions publiques et ne peuvent donc pas mordre la main qui les nourrit. Par conséquent, ils se refusent à tout affrontement avec la police (contrairement aux radicaux spontanéistes et aux gauchistes ou libertaires post-modernes). Ces lobbies citoyens (et citoyennistes) peuvent parfois gauchir un peu leur langage mais ils respectent l’ordre capitaliste, et se sont résignés à ne pas tenter de le renverser.
En ce sens, ils sont très différents des premiers mouvements féministes ou homosexuels des années 60 qui considéraient que seule une révolution sociale et socialiste pourrait libérer les femmes, briser les chaînes du patriarcat, en finir avec l’homophobie, etc. C’est ainsi qu’on est passé du FHAR à la Gay Pride (pardon, la « Marche des Fiertés ») subventionnée par les grandes entreprises et la Mairie de Paris, du MLF à la lutte pour la parité et le « respect des différences et de l’Autre » au sein des institutions bourgeoises.
3. Le prochain numéro sera composé d’un recueil de textes de Loren Goldner. Un premier volume a déjà été publié sous le nom de « Demain la révolution ». Le second contiendra uniquement des textes inédits en français.

Sommaire

Quatre crises
– Quatre crises et aucune solution en vue (Eric Krebbers, De Fabel van de illegaal), 10
– Cinq thèses fondamentales sur le capitalisme d’aujourd’hui (Balance, Cuadernos de historia), 19

Mouvements autonomes de « sans papiers » et « soutiens »
– Réponse au quatre pages de la CGT (CSP 75), 24
– Pourquoi nous refusons de quitter le boulevard du Temple, 27
– Ceux qui ont approuvé l’évacuation (blog ouvalacgt), 29
-RESF : point de vue d’une ex-militante, 33
– La chasse aux enfants, un livre du Groupe Miroir de RESF, Michel Bennassayag et Angélique del Rey (Y.C.), 45
– La grande loterie des camps, 53
– Comité de grève de Viry-Châtillon (Waara), 61

Le gauchisme post-moderne en débat 89
– Manifeste pour la désobéissance générale (Sous-Comité décentralisé des gardes-barrières en alternance), 93
– Introduction au débat sur L’insurrection qui vient et Les mouvements sont faits pour mourir, 105
– À propos de L’insurrection qui vient (débat), 113
– À propos de Les mouvements sont faits pour mourir (débat), 124

Tarnac et après ? 135
– Lettres de prison, 136 ; « Nous n’avons que trop de raisons de nous révolter » (Juan), 136 ; « Aller en taule tout en continuant à lutter pour la liberté » (Damien), 139 ; « Nous ne serons ni des boucs émissaires, ni des martyrs » (Isa), 141
– « Dissociés » italiens … et radicaux chics hexagonaux (Y.C.), 146
– Mouvance anarcho-autonome : généalogie d’une invention (Claude Guillon), 149
– La Catenaire qui cachait la Forêt, (Des précaires) 154
– Qu’est-ce que la solidarité ? 166
– Éditeur « révolutionnaire » cherche auteurs travaillant gratos, 168 ; Les rapports de classe, ça existe aussi dans l’édition dite « de gauche », 170 ; Qui tient la plume et qui remplit l’encrier ? 174 ; « Gauche radicale » : Discussions et régressions (Y.C.), 177
– Mise au point du Comité invisible, 179
– Violence et sabotage : pendant les « affaires », le débat continue (Claude Guillon), 188
– Lettre ouverte aux camarades français (Quelques anarchistes italiens), 191
– Les cendres des légendes. Pour en finir avec l’apologie illégaliste, 195

Luttes dans l’Education nationale (Temps critiques), 207

Contre-sommets, 219
– Casser du flic ou devenir indicateur ? (Y.C.) 220
– Contestation du G20. Une manifestation ou une diversion ? (Communist Workers Organization), 223
Manifester contre le G20 ? (Socialisme mondial) 226
– De la nécessité de déserter les contre-sommets illustrée par le siège de Strasbourg (Fred, CNT-AIT) 228
– Sur les contre-sommets (compte rendu d’une discussion) 233

Sur l’anti-impérialisme réactionnaire, 245
– La gauche et l’anti-impérialisme réactionnaire : la théorie de l’adaptation (Colin Barker), 246
– L’islamisme et la nouvelle gauche arabe (Sacha Ismail) 254
– Venezuela Grève des travailleurs du Métro de Caracas, 258 ; Le gouvernement bolivarien contre l’autonomie des syndicats, Rafael Uzcategui 261 ; Interviews d’El Libertario, 266 ; Chomsky, le bouffon de Chavez, Octavio Alberola, 280
– Irak : Les superstitions, les lois et les coutumes religieuses sont la honte du XXIe siècle (Houzan Mahmoud) 286

Massacres à Gaza. Sionisme et antisionisme, 291
– Pour l’arrêt immédiat de l’offensive israélienne contre Gaza ! (texte collectif), 292
– Le drame palestinien (Michel), 296
– À propos de « Pour l’arrêt immédiat de l’offensive israélienne contre Gaza » (Patsy), 297
– Questions-réponses sur le sionisme, Israël et le soutien au « peuple palestinien » (Y.C.), 299
– Sur Israel/Palestine : Guerre et génocide (Y.C.) 321
– Israel/Palestine : Guerre et génocide (Will Barnes), 322
Qui a eu raison, les sionistes ou les socialistes ? (Socialisme mondial) 331
– Un problème bien mal posé (Y.C.), 335
– Une politique internationaliste est-elle encore possible en Israël-Palestine ? (Débat révolutionnaire), 338
– Limites de l’antisionisme (11) (Y.C.), 347
– Sur l’antisionisme à la française (Luftmenschen), 355
– Antisionistes encore un effort ! (Luftmenschen), 365
– Guesdisme et antisémitisme 372
– À propos d’Alain Soral (Sinistre spectacle), 377
– La machine à précariser s’accélère, l’extrême droite de Dieudonné tente de faire diverSion (Réseau Solidaires d’Allocataires) 391

Anarchisme et insurrectionnisme 397
– Notes sur l’anarchisme insurrectionnel (Venomous Butterfly, Willful Desobedience), 399
– À propos des noyaux autonomes de base, 407
– Critique de l’insurrectionnisme (Joe Black), 410
– Quelques précisions, José Antonio Gutiérrez D., 431

International : Grande-Bretagne, Italie, Brésil, Pays-Bas
– Lindsey : une lutte empêtrée dans le nationalisme (Mouvement communiste), 440 ; suivi de L’échec de Total 458
– Préface à La Garde rouge raconte d’Emilio Mentasti (Antoine Hasard), 467
– Points de départ, Colectivo Pasa Palavra, 471
– Trafic de drogue aux Pays, un prétexte pour diffamer les Antillais 478

Prix de la revue: 12 euros, frais de port compris.

Pour  toute commande écrire à yvescoleman@wanandoo.fr
ou Yves Coleman (sans autre mention)

10 rue Jean Dolent 75014 Paris

Tous les articles de la revue se trouvent sur le site mondialisme.org

http://www.mondialisme.org/spip.php?rubrique1


6 Réponses to “Ni patrie ni frontières n° 27/28/29 (octobre 2009)”

  1. lucien Says:

    J’espère que « Guesdisme et antisémitisme » est blindé, car si c’est pour remettre Jourde sur le tapis malgré les échanges qu’on a eu cet été ça ne tiendra pas la route. Si c’est des citations de deuxième main sur les obscurs jules ménard et émile moreau dans des feuilles provinciales soi-disant guesdistes ça vaudra pas les textes de congrès, les articles des leaders, les dates d’exclusion des révisionnistes, le sort fait aux ex-révisionnistes par le parti etc.

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  2. Yves Coleman Says:

    Voilà l’objet de ton courroux… Les lecteurs jugeront. Y.C.

    Guesdisme, socialisme
    et
    antisémitisme

    Dans leur texte les Luftmenschen font allusion aux blanquistes qui ont flirté un moment avec Boulanger, mais qu’en était-il des guesdis-tes ? En effectuant une recherche rapide sur Internet à propos des travaux universitaires concernant ce sujet, on peut trouver facilement la mention de quelques passerelles entre boulangisme et guesdisme, et aussi entre antisémitisme et guesdisme comme en témoignent les sources suivantes :

    1) Le site de la SFIO de la région Gironde http ://www. ps33. fr qui évo-que le cas du guesdiste Jourde.

    « Antoine Jourde, (…) guesdiste, illustre toutes les contradictions du début du siècle. Aux législatives de 1885, avec Sébastien Faure, futur animateur anarchiste, il conduit une liste qui regroupe les cinq groupes so-cialistes de Bordeaux. (…) En 1889, comme l’ensemble des guesdistes gi-rondins(…), il se laisse entraîner par le verbe « insurrectionnel et social » du général Boulanger. Grâce à l’appui des comités électoraux de ce der-nier, il est élu député « républicain socialiste réformiste » dans la troisième circonscription de Bordeaux en même temps que cinq autres boulangistes. En 1890, il dissipe toutefois le trouble de ses amis, en prenant la tête de la première manifestation. »

    2) À propos du guesdisme, de l’Affaire Dreyfus et et de l’antisémitisme, on lira cet extrait de « Xénophobie, racisme et attitudes envers les immigrants en France au XIXe siècle /Inventaire des sources du Mouvement ouvrier » de Lauren Dornel, agrégé d’histoire, docteur en histoire. Ces quelques lignes sont tirées de sa thèse à la base de La France hostile, sociohistoire de la xénophobie 1870-1914, Hachette Littératures, Paris, 2004.

    « La décision du 16e Congrès du Parti Guesdiste (en 1898) franchement hostile aux principes de l’antisémitisme et du nationalisme constitue en réalité une attitude nouvelle sur laquelle il convient de s’arrêter ici. Bien qu’au fond Guesde et ses amis aient toujours été les ennemis irréductibles des patriotes qui venaient ouvertement se mettre en travers des principes internationalistes dont les membres du POF sont les plus dévoués serviteurs en France, jamais jusqu’à ce jour ni le Conseil national, ni aucun congrès annuel ouvrier n’avaient osé prendre une décision ferme à ce sujet. Actuellement, il n’en est plus de même, après la violente campagne de presse menée autour de l’affaire Dreyfus et au cours de laquelle Nationalistes et Antisémites se sont constitués les défenseurs de l’armée, les socialistes longtemps hésitants, en sont arrivés à se déclarer fermement hostiles aux uns et aux autres. Dans l’esprit des Guesdistes, cette grave détermination dans un avenir peut-être prochain, lors d’une période électorale, serait destinée à créer une barrière de séparation infranchissable pour les antisémites et les nationalistes qui n’hésitaient pas autrefois, suivant les nécessités, à se recommander des principes socialistes, si les suffrages de ceux-ci pouvaient assurer un succès électoral. Plus rien de semblable à l’heure actuelle, les Antisémites sont classés comme réactionnaires par les socialistes qui maintenant paraissent décidés à se séparer ouvertement de Drumont et de ceux qui suivent son étoile. C’est là une des décisions les plus curieuses du Congrès de Montluçon. »

    On voit donc qu’il a fallu plusieurs années aux guesdistes (dont le parti s’appelait le Parti ouvrier de France) pour prendre une position claire face aux antisémites. Et encore on verra dans la citation suivante ce qu’il en est exactement…

    3) Editorial d’Emile Moreau « Les vrais patriotes », dans le journal guesdiste du 28 janvier 1898

    « En réalité le gouvernement de l’Europe, la direction de ses affaires est entre les mains d’un syndicat israélite qui fait la pluie et le beau temps dans la politique européenne et en recueille tous les bénéfices. La bourgeoisie catholique a bien essayé de se mettre en travers de cette effrayante accumulation des richesses mondiales entre les mains des fils d’Abraham, d’Isaac et de Jacob mais elle a toujours été vaincue… Quoi qu’on fasse, c’est le mosaïque syndicat qui l’emportera. »

    Le lendemain, Guesde condamne ces propos mais d’une façon particu-lièrement douteuse et tristement actuelle… (cf. le livre d’Abraham Leon sur La conception matérialiste de la question juive repris par tous les trotskystes de façon acritique depuis 60 ans), puisqu’on retrouve tous les poncifs sur « la finance » juive (comme si les Juifs n’avaient exercé que ce métier), le fait que les Juifs n’auraient pas cultivé la terre (ce qui est faux) et le mythe de leur appartenance au peuple « sémite » – peuple sans aucune réalité historique !
    Voici en effet la façon très ambiguë dont Jules Guesde répond à son « camarade » Emile Moreau : « La finance, sans doute est aux mains des sémites que leur vie séculaire hors de toute propriété terrienne a préparés, entraînés à la propriété mobilière et à son maniement. »
    Ces citations sont extraites du livre Les communautés juives de la France septentrionale au XIXe siècle, 1791-1914 de Danielle Delmaire.

    4) Résumé des interventions au « Colloque sur l’histoire et l’actualité de la haine », Antisémitisme et guesdisme, qui s’est tenu les 11, 12 et 13 octobre 2007, à l’université de Poitiers

    « Jean-François TANGUY, maître de conférences d’histoire contemporaine à l’Université de Rennes, a dressé un portrait haut en couleur du polémiste politique Jules Ménard (…). Auteur prolifique, il s’insurge contre les institutions, les hommes politiques “corrompus”, les juifs, les francs-maçons, etc. Il se qualifie lui-même de “républicain socialiste antisémite” (…). Ménard écrit aussi bien pour La Libre parole d’Edouard Drumont, que pour le journal guesdiste L’Ouest socialiste (…). »

    5) Un article de Gilles Candar, « Jules Guesde, le combat manqué », paru dans la revue Mille neuf cent en 1991, volume 11, n° 1 nous offre un triste florilège de citations dans la presse du Parti ouvrier de France, de Jules Guesde :
    La République sociale de Narbonne écrit à propos du capitaine Dreyfus : « les youtres de la Finance et de la politique, les corbeaux rapaces […] ont décidé que celui d’entre eux qui s’était voué aux plus abominables besognes passerait, comme ils y passent eux-mêmes, à travers les mailles du filet et il y passera » (« Dreyfus et les traîtres », La République sociale, 8 novembre 1897)
    Charles Bonnier (« ami et correspondant d’Engels, de Bernstein, de Liebknecht et de Guesde », nous apprend Gilles Candar) écrit dans Le Réveil du Nord : « Drumont et les antisémites de Vienne n’ont rien inventé (…). Bien avant eux, Toussenel et Marx (dans Les Juifs rois de l’époque et La question d’Orient) avaient découvert et stigmatisé la juiverie européenne ». Et il loue Marx « Juif de race comme Spinoza », d’avoir su décrire « les milieux juifs grouillants de Hollande, où le langage (…) fait songer à Babel et le parfum qui s’y répand est loin d’être délicat » (« Les dynasties juives », Le Réveil du Nord, 30 septembre 1897).

    Il faut se garder de toute lecture anachronique de ces propos, mais on peut quand même remarquer que l’opposition radicale à l’antisémitisme était loin d’être une vertu socialiste à la fin du XIXe siècle !

    6) Et pour conclure on peut citer des extraits d’un article de l’association Mémorial 98, paru dans la revue Mauvais Temps (Editions Syllepse).

    « Le socialisme français est fortement divisé à cette époque. Le Parti ouvrier français de Guesde et de Lafargue est le plus organisé. Les socialistes révolutionnaires d’Allemane, implantés dans le mouvement syndical, viennent de se séparer des possibilistes de Brousse. Millerand incarne l’aile droite du mouvement, les socialistes indépendants. Depuis 1893, une quarantaine de socialistes sont députés, parmi eux Jaurès, Guesde et Millerand. Tous ont longtemps rechigné à s’engager, à l’exception des allemanistes et notamment de Lucien Herr qui mobilisera largement les in-tellectuels aux côtés de Dreyfus.
    « Avant l’affaire Dreyfus, Jaurès entretenait des relations, somme toute cordiales avec des antisémites notoires, comme Drumont et l’ancien communard Rochefort. En mai 1895, à l’issue de courtes vacances en Algérie et après la condamnation et la déportation de Dreyfus à l’île du Diable, Jaurès publie deux articles dans La Dépêche de Toulouse : “Sous la forme un peu étroite de l’antisémitisme se propage en Algérie un véritable esprit révolutionnaire”, assure-t-il. Et Jaurès de reprendre à son compte les arguments du lobby antisémite contre la “puissance juive”. Il n’a vu que “l’usure juive” qui réconcilie contre elle “l’Européen” et “l’Arabe” [Dans son livre sur L’antisémitisme à gauche, La Découverte, 2009, Michel Dreyfus minimise cet aspect de la « pensée » de Jaurès avant l’Affaire Dreyfus, tant il tient à charger les courants antiparlementaires et « antidémocratiques » du mouvement ouvrier français (syndicalistesrévolutionnaires, blanquistes et anarchistes) de tous les péchés antisémites. Nous reviendrons sur cet ouvrage en détail dans notre prochain numéro, mais cela valait la peine de le signaler car cela nous indique déjà comment les intellectuels de gauche, fussent-ils historiens, peuvent à la fois se lamenter qu’il n’y ait pas d’étude sérieuse sur l’antisémitisme à gauche et dans le mouvement ouvrier français et noyer le poisson. NPNF].

    « Lorsque Zola lance son J’accuse, le 13 janvier 1898, les choses vont évoluer… mais lentement. Le Parti ouvrier socialiste révolutionnaire d’Allemane s’est engagé dès décembre 1894 contre le conseil de guerre qui avait condamné Dreyfus.
    « Étrangère à l’antisémitisme, c’est la coopérative d’imprimerie, dirigée par Allemane, qui publie en 1898 la belle Lettre des ouvriers juifs de Paris au Parti socialiste français : Cessez de nous prendre pour des Rothschild! (1).
    « Comme on l’a vu, les parlementaires socialistes n’en sont pas là ! Le plus droitier d’entre eux, Millerand, ne se ralliera au camp dreyfusard qu’au tout dernier moment, le 31 août 1898, après le suicide du commandant Henry, auteur confondu du faux accablant Dreyfus ; la révision du procès devenant inévitable, le pragmatique Millerand s’y rallia.
    « L’évolution de Jaurès est plus rapide, mais non exempte d’ambiguïtés. En juin 1898, déjà acquis à la cause dreyfusarde, il déclare encore : “Nous savons bien que la race juive, concentrée, passionnée, subtile, toujours dévorée par une sorte de fièvre du gain quand ce n’est pas par la fièvre du prophétisme, nous savons bien qu’elle manie avec une particulière habileté le mécanisme capitaliste, mécanisme de rapine, de mensonge, de corruption et d’extorsion. Mais nous disons, nous : ce n’est pas la race qu’il faut briser ; c’est le mécanisme dont elle se sert, et dont se servent comme elle les exploiteurs chrétiens (2).”
    « L’adhésion au dreyfusisme n’évacue pas tout antisémitisme.
    « Alors que Jules Guesde l’“orthodoxe” a vu dans J’accuse “le plus grand acte révolutionnaire du siècle”, son parti publie néanmoins, fin jui-let 1898, un manifeste qui tranche : “Les prolétaires n’ont rien à voir dans cette bagarre.” Seules comptent la lutte de la classe et la révolution sociale. Derrière ce discours simpliste, se cache la déception électorale de mai 1898 : Jaurès et Guesde ont été battus dans leurs circonscriptions, alors que Drumont est élu à Alger sur la base d’une campagne dont les thèmes sont à la fois “républicains” et antisémites : “Vive l’Armée! Vive la République! A bas les juifs !”
    « L’antidreyfusisme ouvrier persiste, notamment chez les travailleurs “de l’habillement concurrencés par le nouveau prolétariat juif originaire d’Europe centrale”. Et “l’on compterait 10 % d’ouvriers, en particulier des cheminots, parmi les 100 000 premiers adhérents de la Ligue de la patrie française” (3).
    « Tout de même, l’ensemble du mouvement socialiste finira par entrer dans la bataille. »

    (1) Réberioux (Madeleine), « Jaurès et les socialistes », L’Affaire Dreyfus de A à Z, op. cit.
    (2) Ibid, note 1.
    (3) Pigenet (M.), « Les ouvriers et leurs organisations » in L’Affaire Dreyfus de A à Z, op. cit.

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  3. lucien Says:

    La partie universitaire des citations concerne davantage la problématique des limites du refus de tout action interclassiste, limites « révélées » en quelque sorte par l’affaire Dreyfus. Que les guesdistes aient pu hésiter tactiquement face à l’affaire Dreyfus n’en fait pas une des composantes d’un terreau originel de l’antisémitisme de gauche. Sur l’article d’Alain Anziani sur le site du PS 33 je lui avait écrit ceci:
    « Votre article (http://www.alainanziani.fr/?cat=123) ayant pu laisser penser à une attitude discutable du POF girondin dans la crise boulangiste, avec par exemple les phrases « Lors des législatives de 1889, il [Jourde] se laisse entraîner comme nombre de socialistes par le verbe “insurrectionnel et social” du général BOULANGER. » et « Il sera réélu en 1893, battu en 1902 sous l’étiquette du P.O.F., »; le site La Bataille socialiste vous fait remarquer que l’Encyclopédie socialiste, publiée de 1913 à 1921, donne des précisions qui exonèrent le POF de toute complaisance:
    – sur Jourde en 1889: « il est élu député sans le concours des Groupes du Parti ouvrier » (Les Fédérations, tome II, page 117.
    – sur l’élections de 1902, Jourde figure dans le tableau page 131 comme candidat du Parti socialiste français (PSF) et non dans la colonne du POF.
    Ce volume de l’Encyclopédie socialiste est disponible en ligne à l’adresse http://ia360613.us.archive.org/0/items/encyclopdiesoci00unkngoog/encyclopdiesoci00unkngoog.pdf
    Cordialement »

    Il avait d’ailleurs répondu:

    « bonjour, et merci pour vos remarques,
    Il me semble qu’il y a quelques sources discordantes sur le sujet.
    Je vais toutefois me replonger dans les textes, et si l’occasion m’en est donnée (au moins sur mon blog), je rectifierai.
    Si vous pensez à d’autres observations, merci de me les mentionner. Les récits de l’histoire, même modestes comme le mien, ont toujours besoin de vérité.
    Cordialement,
    Alain ANZIANI »

    Si on retire l’affaire Jourde, brièvement POF de passage, on en reste au seul problème de la réticence (au début, rien qu’au début de l’affaire) à rallier le dreyfusisme pour des raisons de réticences à s’allier avec une fraction de la bourgeoisie pour une affaire qui n’a pas sembler au départ concerner les prolétaires, mais on pourrait en même temps donner une avalanche de textes du POF dénonçant l’antisémitisme.
    Quant au texte de http://luftmenschen.over-blog.com, le passage « la plupart des socialistes, des guesdistes et des blanquistes choisissent dans un premier temps l’alliance, dans la rue et dans les urnes » est totalement faux et gratuit, y a même pas à en discuter en l’état. Y a bien eu une scission chez les blanquistes, mais aller dire que « la plupart » des socialistes ont été alliés ou complices du boulangisme, je souhaite bien du plaisir à celui qui tentera de réécrire l’histoire en essayant d’étayer une telle thèse.

    Tout ceci dit, et avant tout qu’il n’y a pas eu d’antisémitisme ou de pro-boulangisme au POF, c’est un fait que quand on se replonge dans le XIXème siècle, on tombe vite, même sous la plume de Jaurès, sur des clichés choquants sur les juifs qui ont évidemment à voir avec la recherche des sources de l' »antisémitisme de gauche » (expression antinomique mais nous vivons l’ère des antinomies). Ce qu’il faudrait peut-être c’est 1. distinguer le vrai antisémitisme pseudo-social de l’époque des pollutions et ambiguïtés relevant du standard des lieux communs et du politiquement correct ou incorrect de l’époque, et 2. travailler sur la coexistence d’un antiracisme et « antidiscriminationisme » réels avec la survivance de lourds clichés sur les juifs qui seraient capitalistes par excellence (rétrospectivement on pourrait dire: incarnant le méchant capitalisme financier par opposition au gentil capitalisme industriel productif) . Ces deux points relèvent plus d’ailleurs (j’ai l’impression) de la compréhension de l’antisémitisme politique tout court (le discours « anti-ploutocrate » des nazis était d’ailleurs un fondement de la manipulation nationaliste excluant les juifs de la communauté nationale allemande).

    (c’est peut-être bête mais pour moi ça reste impossible d’être réellement « antisémite de gauche » car être antisémite c’est être de droite, c’est pas un caractère qui peut être transversal: une personne de gauche perçoit et définit autrui selon sa participation citoyenne à la nation si c’est un républicain ou selon sa position sociale d’exploité ou d’exploiteur si c’est un socialiste, jamais selon son origine ethnique ou religieuse, parler d’antisémitisme de gauche c’est parler d’une imposture, un peu comme quand l’URSS se prétendait la patrie des travailleurs, et c’est donc la nécessité de gratter un vernis pour découvrir ce qu’il y a réellement en dessous).

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  4. Yves Coleman Says:

    Cher Lucien,

    J’ignore quelle position j’aurais prise dans l’Affaire Dreyfus. Et il est facile de distribuer les bons points après coup. Ce n’est pas du tout ce que je souhaite faire. Mon questionnement à partir des citations ci-dessus est tout autre:

    – pourquoi des jugements antisémites ont-ils pu être tranquillement publiés dans la presse socialiste ou anarchiste au XIXe sans susciter de réaction claire ? (car la réaction de Guesde citée ci-dessus est tout sauf claire et relève du cliché antisémite)

    – pourquoi Marx et les marxistes de toute tendance n’ont jamais été capables de produire une analyse matérialiste de la question juive, fondée sur l’existence de classes sociales au sein des peuples juifs ? (Abraham Leon ne se fonde pas sur des données historiques fiables et de toute façon il a rédigé son bouquin en 1943 dans un grenier, dans la peur d’être arrêté à tout moment par la Gestapo, pas vraiment les conditions idéales pour mener une recherche théorique et historique. Mais ce n’est pas le cas de tous ceux qui se réclament de son livre depuis 60 ans et n’ont pas écrit une ligne pour approfondir ses hypothèses…)

    – Pourquoi Marx et les marxistes ont assimilé le judaïsme au culte de l’argent (cf. La Question Juive) et les Juifs à des usuriers ou des intermédiaires du commerce de l’argent (cf. Guesde, Jaurès et bien d’autres) ?

    Pour moi, la réponse est à plusieurs niveaux:

    – en partie par opportunisme électoral, exactement comme ils ne se sont guère opposés au colonialisme dans les métropoles impérialistes (la France en est un « excellent » exemple), car cela les aurait mis en porte à faux par rapport aux préjugés des classes ouvrières et des couches populaires européennes (préjugés qui existaient aussi dans la petite bourgeoisie et les classes dominantes, comme le prouve le nazisme et tous les régimes qui collaborèrent avec lui en Europe),

    – en partie par incapacité de comprendre ce qu’était le judaïsme et l’histoire des peuples juifs (incapacité qui perdure…); incapacité en partie liée à l’illusion que les progrès de la science et de l’éducation feraient définitivement reculer les croyances religieuses,

    – en partie en raison d’un universalisme républicain abstrait très franco-français ou très eurocentriste,

    – en partie parce qu’il y a dans les idéologies révolutionnaires (dont font partie les différents marxismes) des simplifications commodes pour lancer des slogans, mobiliser les gens (et pas forcément les prolétaires): les théories du complot, la réduction des rapports sociaux capitalistes à quelques capitalistes ou banquiers suceurs de sang, la dénonciation nominale de tel ou tel exploiteur ou homme politique, etc.

    Pas étonnant, dans un tel contexte, que la dénonciation des Rothschild ait été un leitmotiv facile, commun à l’extrême droite et à l’extrême gauche. Et pas la dénonciation de tous les banquiers, quelle que soit leur origine, leur religion, etc. On en a eu encore un exemple récent avec l’affaire Madoff montée en épingle y compris par des gens de gauche, sans qu’ils comprennent que cette petite escroquerie ne représentait rien à côté de la crise économique internationale et de ses responsables – si l’on tient absolument à personnaliser le système capitaliste.

    Pas étonnant dans un tel contexte théorique que les guesdistes et bien d’autres à commencer par Jaurès n’aient pas vu que l’antisémitisme n’avait rien d’anticapitaliste, rien de positif, rien d’exploitable pour des socialistes ayant un minimum de principes.

    Ce qui par contre m’ étonnera toujours est la prétention à la scientificité des marxistes après de telles bourdes ou une telle myopie théorique.

    Et s’il n’y avait que la prétendue question juive, mais on pourrait dénoncer la même cécité à propos du rôle du féminisme et de la place des femmes dans la société; du prétendu sous-développement irrémédiable de pays comme la Chine ou l’Inde; de la nature des pays staliniens; des changements intervenus dans la structure du mouvement ouvrier et de la classe ouvrière en Occident, etc.

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  5. lucien Says:

    Tes questionnements sont vastes.

    Sur l’universalisme socialiste:
    Je crois que la tendance socialiste à négliger les communautés ne vise pas que les juifs mais toutes les communautés: en gros tous sont frères dans la lutte et les religions sont rétrogrades. Dans la II° Internationale chacun faisait un peu ce qu’il lui plaisait chez lui et on manque de textes en français du Bund sur la question d’organiser communautairement ou pas les prolétaires, le seul débat connu ayant eu lieu chez les autrichiens. Rosa Luxemburg et la SDKPiL, qui combattaient les autrichiens et les indépendantistes polonais, avaient de très bons rapports avec le Bund. Cette contradiction apparente devrait être creusée.

    Sur la prétention à la scientificité:
    Il y a évidemment une pirouette chez beaucoup dans leur effort de donner une explication matérialiste à l’antisémitisme, c’est de « ranger » les juifs dans la catégorie « petite bourgeoisie », catégorie traditionnellement fourre-tout et bien commode (et donc pas de solidarité de classe entre petits-bourgeois) [ex. Bordiga].

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  6. Yves Coleman Says:

    Pour ce qui est du Bund, d’après le livre de Minczeles et d’après mon interprétation de ses explications orales lors d’un débat autour de son livre, il me semble qu’il y a au moins deux Bunds, le Bund avant 1914 qui est une espèce de parti-syndicat de type très particulier, très radical, organisant les prolétaires, ayant un langage de classe, laïque tout en tenant des discours politiques…si besoin est dans les synagogues notamment pour s’organiser contre les pogromes. Et puis le Bund polonais d’entre deux guerres, beaucoup plus modéré politiquement, proche de la Deuxième Internationale et anti bolchevik. Je ne parlerai pas des mésaventures des Bund en URSS… Et sans doute y a-t-il eu des sous tendances et des sous sous tendances.

    D’après ce que j’ai compris le fonctionnement des communautés et des nationalités au sein de l’Empire tsariste faisait que les Juifs et les juifs avaient des droits politiques correspondants à ceux d’une nation, à côté d’autres nationalités. La situation était évidemment totalement différente dans la Pologne de l’entre deux guerres.

    De plus le Bund avant 1914 était plutôt en faveur des soviets, ce qu’il n’était plus du tout après 1918.

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