La vie et l’oeuvre de Cabet

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Extrait de Un peu d’histoire, par Charles Rappoport et Compère-Morel (Encyclopédie socialiste, 1912)

Cabet (Étienne) naquit à Dijon, le 2 janvier 1788. Son père était tonnelier; faute de patrimoine, il lui fit du moins donner une éducation parfaite, et le jeune Étienne, après avoir fait ses études de droit, s’inscrivit au barreau de sa ville natale, mais sans y acquérir la fortune qui lui manquait. Il vint à Paris en 1818 et dirigea pendant quelques années le Journal de Jurisprudence, de Dalloz. Il organisa plus tard, sans succès, une agence d’affaires.

Affilié aux carbonari, il se fit remarquer par son austérité; aussi, après 1830, le ministre de la Justice Dupont (de l’Eure) l’éleva subitement au poste de procureur général en Corse; mais son premier discours ayant été une attaque contre la Charte, il fut révoqué.

Cette révocation lui donna une certaine notoriété; il réussit à se faire élire député par le collège électoral de Dijon contre le marquis de Chauvelin. Il montra une extrême hostilité au régime de Louis-Philippe, prononça de nombreux discours à la tribune, publia une multitude de pamphlets, une Histoire (prétendue) de la Révolution de 1830, un journal ultra-démocratique, le Populaire.

Cabet poursuivi pour offense au roi, fut condamné, le 13 février 1834, par le jury, à deux ans d’emprisonnement et à une forte amende. Mais, pour ne pas accomplir sa peine, il préféra s’exiler en Angleterre.

En mars 1842, il fit paraître le Voyage en Icarie.

Il avait profité de l’amnistie de 1839 pour rentrer en France et occupa ses loisirs à écrire une Histoire de la Révolution de 1789.

Le Voyage en Icarie avait eu plusieurs éditions et avait valu à son auteur des partisans enthousiastes qui le pressèrent de passer de la théorie à l’action.

Aussi Cabet se rendit à Londres où il s’aboucha avec un certain Peters, concessionnaire d’un immense territoire en friche sur les bords de la Rivière Rouge, dans les vastes solitudes du Texas. Il paraît qu’il s’assura la rétrocession, à bas prix, d’un million d’hectare si, au 1° juillet 1848, les colons avaient remplis les conditions imposées par le gouvernement.

Cabet annonça cette concession dans son journal les 7 et 9 janvier 1848. Mais dès le 17 octobre précédent, il avait réuni 150 Icariens. Il avait été convenu entre eux que Cabet jouirait d’une autorité absolue et qu’il serait le dépositaire de tous les fonds en même temps qu’il serait l’ordonnateur de toutes les dépenses.

La condition fondamentale était que les associés se dépouilleraient de tout leur avoir au profit de la communauté.

Le premier départ eut lieu le 2 février 1848, avant qu’on eût pu encore déterminer le point précis de l’établissement.

Les malheureux s’égarèrent et épuisèrent leurs ressources; ils firent retentir le Nouveau Monde de leurs doléances. Cabet fut arrêté, puis remis en liberté.

A la Révolution de 1848, Cabet se déclara pour le gouvernement provisoire.
Mais ses adeptes réclamaient sa présence. A son arrivée au Texas, il trouva sa communauté divisée en deux camps: les uns voulaient la dissoudre, les autres continuer.

Cabet fut poursuivi à Paris devant la Cour d’appel pour malversations; il se défendit avec émotion et fut acquitté après trois jours de débat par un arrêt motivé  » sur ce qu’il n’y avait pas eu de fausse entreprise, mais concession; que les versements de fonds n’avaient pas été déterminés par la promesse formelle de terres, et qu’il n’y avait pas eu manœuvres fraduleuses, ni détournement de fonds ».

La probité de Cabet était déclarée être à l’abri de tout reproche.

Il retourna quelques mois plus tard parmi ses Icariens qui pratiquaient la communauté des biens. Mais le désordre se mit parmi eux: Cabet fut dépouillé de son autorité; il se retira à Saint-Louis où il mourut de chagrin le 9 novembre 1856.

Après Owen, Cabet est un des premiers qui réussirent à mettre sur pied quelques expériences communistes. Comme ces sortes de tentatives sont condamnées d’avance, elles échouèrent. Rien ne rebuta pourtant notre communiste pratiquant. Il accusa les circonstances, mais jamais son système. Les tentatives sont oubliées, mais son rêve d’humanitaire nous reste conservé dans son utopie, dans son voyage à l’Ile d’Icarie.

TEXTES:

Voir aussi:

3 Réponses to “La vie et l’oeuvre de Cabet”

  1. Neues aus den Archiven der radikalen (und nicht so radikalen) Linken « Entdinglichung Says:

    […] espagnole) * Karl Marx: Lettre sur Proudhon (1865) * Charles Rappoport/Adéodat Compère-Morel: La vie et l’oeuvre de Cabet (1912) * Jules Guesde: Au congrès national des mineurs de France * Le machinisme (1913) * Ante […]

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  2. From the archive of struggle, no.41: Anarchist poster special « Poumista Says:

    […] Karl Marx: Lettre sur Proudhon (1865) * Charles Rappoport/Adéodat Compère-Morel: La vie et l’oeuvre de Cabet (1912) * Jules Guesde: Au congrès national des mineurs de France * Le machinisme (1913) * Ante […]

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  3. Encyclopédie socialiste, syndicale et coopérative de l’Internationale ouvrière (1912-1921) « La Bataille socialiste Says:

    […] – Extrait: La vie et l’oeuvre de Cabet […]

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