La bureaucratie russe était une classe dominante de substitution

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Extrait de La Société du spectacle de Guy Debord (1967).

La bureaucratie restée seule propriétaire d’un capitalisme d’État, a d’abord assuré son pouvoir à l’intérieur par une alliance temporaire avec la paysannerie, après Cronstadt, lors de la «nouvelle politique économique», comme elle l’a défendu à l’extérieur en utilisant les ouvriers enrégimentés dans les partis bureaucratiques de la III° Internationale comme force d’appoint de la diplomatie russe, pour saboter tout mouvement révolutionnaire et soutenir des gouvernements bourgeois dont elle escomptait un appui en politique internationale (le pouvoir du Kuo-Min-Tang dans la Chine de 1925-1927, le Front Populaire en Espagne et en France, etc.). Mais la société bureaucratique devait poursuivre son propre achèvement par la terreur exercée sur la paysannerie pour réaliser l’accumulation capitaliste primitive la plus brutale de l’histoire. Cette industrialisation de l’époque stalinienne révèle la réalité dernière la bureaucratie : elle est la continuation du pouvoir de l’économie, le sauvetage de l’essentiel de la société marchande maintenant le travail-marchandise. C’est la preuve de l’économie indépendante, qui domine la société au point de recréer pour ses propres fins la domination de classe qui lui est nécessaire : ce qui revient à dire que la bourgeoisie a créé une puissance autonome qui, tant que subsiste cette autonomie, peut aller jusqu’à se passer d’une bourgeoisie. La bureaucratie totalitaire n’est pas «la dernière classe propriétaire de l’histoire» au sens de Bruno Rizzi, mais seulement une classe dominante de substitution pour l’économie marchande. La propriété privée capitaliste défaillante est remplacée par un sous-produit simplifié, moins diversifié, concentré en propriété collective de la classe bureaucratique. Cette forme sous-développée de classe dominante est aussi l’expression du sous-développement économique ; et n’a d’autre perspective que rattraper le retard de ce développement en certaines régions du monde. C’est le parti ouvrier, organisé selon le modèle bourgeois de la séparation, qui a fourni le cadre hiérarchique-étatique à cette édition supplémentaire de la classe dominante. Anton Ciliga notait dans une prison de Staline que «les questions techniques d’organisation se révélaient être des questions sociales» (Lénine et la Révolution).

3 Réponses to “La bureaucratie russe était une classe dominante de substitution”

  1. lucien Says:

    Le cauchemarx de Marx:
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  2. Neues aus den Archiven der radikalen (und nicht so radikalen) Linken « Entdinglichung Says:

    […] (1983) * Articles de Karl Marx dans le New York Daily Tribune (1852-61) * Guy Debord: La bureaucratie russe était une classe dominante de substitution (1967) * L’ombre de Lénine (1943) * Pierre Souyri: Le collectivisme bureaucratique de Bruno […]

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  3. From the archive of struggle no.43 « Poumista Says:

    […] (1983) * Articles de Karl Marx dans le New York Daily Tribune (1852-61) * Guy Debord: La bureaucratie russe était une classe dominante de substitution (1967) * L’ombre de Lénine (1943) * Pierre Souyri: Le collectivisme bureaucratique de Bruno […]

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