L’« islamophobie » n’a rien à voir avec le racisme ! (Maryam Namazie, 2004)

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L’École émancipée, tendance principalement animée par des militant-e-s du NPA, ayant échoué à introduire le terme « islamophobie » dans les textes de la FSU lors de son congrès de Lille il y a quelques jours, nous republions cet article de Maryam Namazie, dirigeante du Parti communiste-ouvrier d’Iran (sources: sites Solidarité Irak et Mondialisme.org, février 2004).

L’article de Peyvand Khorsandi intitulé « La haine pour tout ce qui est islamique » – article qui, très franchement, me rappelle la prose du ministre de l’Intérieur de la République islamique d’Iran – répond très mal – hélas ! – à mon article « Bas les voiles ! Sur le débat à propos des droits des femmes et de la laïcité [1] ». Mon objectif, dans ce texte, était de défendre les principes de la laïcité, la séparation entre la religion, d’un côté, et, de l’autre, l’État, le système éducatif et les droits des femmes face à l’islam politique [2]. Dans sa réponse, Khorsandi semble considérer que j’ai surtout évoqué l’« islamophobie » et la guerre en Irak (j’aborderai cette dernière question un peu plus loin).

Il est significatif que Khorsandi se garde bien d’exposer sa propre position (si tant est qu’il ait une) sur la laïcité, le voile, les droits des femmes, l’apartheid entre les sexes, l’Islam et l’islam politique, et n’arrive à formuler qu’une seule objection : le racisme.

Khorsandi se trompe lorsqu’il considère comme des racistes ceux qui critiquent une religion, son intervention sur le terrain politique et l’apartheid sexuel qu’elle impose. Il se trompe également lorsqu’il prétend que les opposants au voile seraient hostiles à tous les musulmans ou à toutes les femmes qui portent le voile.

Si c’était le cas, les adversaires du travail des enfants seraient des ennemis des enfants, les adversaires de l’excision les ennemis des jeunes filles et des femmes mutilées, les adversaires de la pauvreté les ennemis des pauvres, les critiques du sionisme des antisémites, etc. Ce n’est absolument pas le cas.

Enfin, Khorsandi confond « islamophobie » et racisme. Encore une fois, cette assertion est inexacte, sur le simple plan des faits. L’islamophobie, peu importe la forme qu’elle prend, n’a absolument rien à voir avec le racisme – quelle que soit l’autorité de ceux qui l’affirment. Seules les phobies dirigées contre tel ou tel peuple en raison de sa race sont à ranger dans la catégorie du racisme, tout comme la xénophobie.

Ni l’opposition à une idéologie, une religion, une culture, un mouvement politique, ni la critique de ces phénomènes ne peuvent être assimilées à du racisme. Ce n’est que dans l’univers extravagant du relativisme culturel du Nouvel Ordre mondial que l’islamophobie est de plus en plus considérée – grâce à une habile manipulation – comme une forme de racisme.

Ceci est un point important et je l’ai souligné à de nombreuses reprises. En effet, ceux qui emploient le terme d’« islamophobie » cherchent à faire taire tous ceux qui critiquent l’Islam, l’islam politique et l’oppression des femmes, en les accusant de racisme.

L’argument utilisé par Khorsandi est fréquemment utilisé par les gouvernements occidentaux, la République islamique d’Iran, le gouvernement saoudien, la Muslim Association of Britain [3], etc., dans ce but. Tout comme le gouvernement israélien qualifie d’antisémites les opposants à sa politique et à l’occupation de la Palestine. Dans un cas comme dans l’autre, ces « arguments » n’ont aucun fondement.

Pour terminer je voudrai évoquer brièvement les autres « problèmes » soulevés par Khorsandi dans son article. Il est furieux parce que le Parti communiste-ouvrier d’Iran consacre une partie de son temps à dénoncer l’islam politique. Ne pourrions-nous pas, comme tous ces bons vieux nationalistes anti-impérialistes, soutenir n’importe quel régime réactionnaire, y compris celui de Khomeiny en Iran ou les talibans en Afghanistan (allez donc jeter un œil à leur littérature), du moment que celui-ci est « anti-impérialiste » ? Pourquoi refusons-nous donc de fermer les yeux sur ce que ces réactionnaires infligent aux êtres humains qui vivent sous leur férule ?

De notre point de vue, il existe aujourd’hui deux pôles de terrorisme dans le monde – le terrorisme d’État dirigé par les États-Unis d’un côté, le terrorisme islamique de l’autre (cf. le texte de Mansoor Hekmat : « The World After September 11 », « Le monde après le 11 septembre », en anglais). Ignorer le terrorisme islamique est, au mieux, irresponsable, au pire répréhensible, étant donné les carnages que ce terrorisme déclenche. Si l’on part des besoins de l’être humain, comme nous le faisons, il n’est pas difficile de comprendre pourquoi nous avons combattu les sanctions contre l’Irak, la guerre contre l’Irak, le Nouvel Ordre mondial imposé par les États-Unis, mais aussi le régime islamique en Iran, les attentats du 11 septembre, l’imposition de la charia en Irak, les menaces de mort lancées par un groupe islamique contre Yanar Mohammad [4], etc. Khorsandi ne comprend pas notre point de vue – et cela s’explique sans doute par ses fréquentations politiques, le Socialist Workers Party [5] et la Muslim Association of Britain.

Maryam Namazie

Notes du traducteur:

[1] Cf. Ni patrie ni frontières N° 6-7 et le site Solidarité Irak.

[2] Les Partis communiste-ouvrier d’Iran et d’Irak préfèrent parler d’ « islam politique » (que l’on peut traduire par islamisme) plutôt que de fondamentalisme ou d’intégrisme ».

[3] Muslim Association of Britain, association de musulmans britanniques liée aux Frères musulmans égyptiens. Voir l’article de Sacha Ismaïl dans Ni patrie ni frontières N°3 ou N° 6-7.

[4] Militante irakienne, dirigeante de l’Organisation pour la liberté des femmes en Irak, et qui a reçu des menaces de mort d’un groupe islamiste.

[5]  Principal groupe d’extrême gauche (trostkyste) en Grande-Bretagne.

Voir aussi:

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4 Réponses to “L’« islamophobie » n’a rien à voir avec le racisme ! (Maryam Namazie, 2004)”

  1. Neues aus den Archiven der radikalen (und nicht so radikalen) Linken « Entdinglichung Says:

    […] Bataille socialiste L’« islamophobie » n’a rien à voir avec le racisme ! (Maryam Namazie, 2004)Tendre la main aux catholiques? (Marceau Pivert, 1937)Lettre à Jules Guesde sur les chemins de fer […]

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  2. Pierre Montoya. Says:

    Ils sont les raccourcis des totalitarismes. anti nazi, c’était être anti allemand, anti franquiste =anti espagnol, anti stalinien=anti communiste, anti guerre=anti français, anti bourgeois=anti patriote. La liste est longue des amalgames utilisés pour tenter de disqualifier. C’est un procédé habituel qui permet de ne pas se justifier. Il est lancé de manière définitive comme s’il découlait de la vérité la plus absolue. Il est également utilisé par la droite et la bourgeoisie, anti capitalisme donc pour la dictature stalinienne. C’est une fin de non recevoir et le refus du débat. Il veut cacher l’inavouable et ce qui ne peut ou ne doit pas être soumis à examen et à la critique. cela évite de répondre aux questions actuelles, sur l’IVG , la place des femmes dans la société, les rapports avec les hommes et la question démocratique. C’est la défense du dogme, caractéristique des idéologies dominantes qui se proclament évidentes pour justifier l’injustifiable. Le fascisme vert n’a rein à envier au brun.

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  3. From the archive of struggle no.44 « Poumista Says:

    […] pdf-Datei) * Xasraw Saya: Sur l’islamisme et la lutte armée en Irak (2004) * Maryam Namazie: L’« islamophobie » n’a rien à voir avec le racisme ! […]

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  4. admin Says:

    Extrait de l’article « Communisme, religions et intégrismes » dans Lutte de classe, mensuel de LO, mars 2010:

    La fausse barbe de « l’islamophobie »

    Toute critique du port du voile se voit aussitôt qualifiée par certains de manifestation « d’islamophobie ». Mais ce néologisme, qu’affectionnent les musulmans religieux, peut avoir tellement de sens différents qu’il n’en a aucun. Si cela signifie être critique vis-à-vis de l’islam, en tant que matérialistes, que « mécréants » comme ils disent, oui nous sommes islamophobes, comme certains pourraient dire de nous que nous sommes christianophobes, judéophobes, bouddhistophobes, pour ne pas parler de religions plus exotiques. Mais le plus souvent il s’agit de sous-entendre par islamophobie un rejet de tous ceux qui partagent la foi musulmane, ce qui est une ânerie, non seulement quand il vise l’attitude des communistes révolutionnaires, mais même en ce qui concerne l’attitude de l’impérialisme français et des hommes qui le servent au plus haut niveau.

    Sarkozy ne s’est pas comporté en « islamophobe » hypocrite en mettant en place en 2003, en tant que ministre de l’Intérieur et des cultes, le Conseil français du culte musulman, mais en homme politique de la bourgeoisie française responsable. Ce projet, qui avait été initié par ses prédécesseurs socialistes Chevènement et Vaillant, servait les intérêts de celle-ci en créant une structure susceptible de faire encadrer une large fraction de la population d’origine musulmane par des gens aussi opposés que les ministres de la République à toute contestation sociale.

    Et nul ne peut dire que les princes saoudiens ou les émirs du Golfe sont victimes d’islamophobie quand ils viennent en France en voyage politique, en voyage d’affaires ou pour un séjour sur la Côte d’Azur.

    Si la grande majorité de la population d’origine musulmane est soumise par les autorités à des mesures discriminatoires, vexatoires, c’est bien plus pour des raisons sociales que pour des raisons religieuses, et le maire de Gussainville déjà cité a donné un bon exemple de ce racisme-là, en déclarant qu’il avait voulu parler des chômeurs, des érémistes et des retraités. D’ailleurs les Roms, qui professent pour la plupart un christianisme ostentatoire, sont victimes du même mépris, des mêmes discriminations, des mêmes tracasseries, que les populations pauvres d’origine musulmane, du même racisme antipauvre.

    La xénophobie, le racisme, existent évidemment dans de larges couches de la population française, et pour les plus réactionnaires la France ne saurait être autre chose qu’un pays de Gaulois catholiques… même si les Gaulois ne l’étaient pas. Les réactions que l’on a pu noter après le référendum organisé en Suisse ayant abouti à interdire l’érection de minarets dans ce pays en sont l’illustration. Ce racisme est également largement présent dans les forces de police. Les travailleurs d’origine maghrébine en sont certainement encore plus victimes que les immigrés d’autres origines, et c’est là un legs empoisonné des guerres coloniales en Afrique du Nord, et en premier lieu de la guerre d’Algérie. Et les hommes politiques de la bourgeoisie n’hésitent pas à spéculer sur ces sentiments, le prétendu « débat sur l’identité nationale » n’étant que le dernier avatar de ces pratiques répugnantes.

    Mais réduire le problème à « l’islamophobie », c’est à la fois se placer sur le terrain des religieux et contribuer à dissimuler aux yeux des travailleurs d’origine maghrébine et africaine les racines de leur oppression.

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