La Démocratie et le Socialisme (1912)

by

Extrait de Le Parti socialiste en France par Paul Louis, volume de l’Encyclopédie socialiste, syndicale et coopérative de l’Internationale ouvrière.

Il est aisé, par là, de différencier le socialisme de la démocratie, de l’opposer aux thèses qui ont prévalu sous la Révolution française, et contre lesquelles Babœuf fut le premier à réagir avec éclat. La démocratie croit avoir tout fait pour l’individu lorsqu’elle lui a donné la liberté politique, lorsqu’elle a instauré un droit égal pour tous à contrôler la chose publique et à participer à sa gestion. Elle oublie qu’il n’est pas de liberté politique réelle pour les travailleurs sans propriété, et qu’ils n’ont que faire d’être associés à la gestion d’un État qui, fatalement, est manié par la classe possédante contre les déshérités. Elle oublie que la première condition de la dignité pour le citoyen, est d’avoir sa subsistance assurée et d’exercer son droit sur le patrimoine commun de richesses façonné par le labeur des générations et fécondé par les découvertes scientifiques. La démocratie qui n’envisage que la répartition des forces politiques, laisse intacte la distribution des forces économiques. Elle la consacre, la sauvegarde en quelque sorte. Elle n’admet même point que le prolétariat ait des intérêts opposés à ceux des dirigeants.
Elle exclut ou veut exclure le problème social, le problème de l’appropriation qui est à la base de tous les autres, elle regarde les choses en surface, — par leur façade extérieure, au lieu de descendre dans leurs profondeurs.

La conception que la Révolution française adopta dans l’ordre économique et à laquelle le proudhonisme, malgré la confusion de ses idées, semble s’être rallié, était celle de la propriété morcelée. Autant de citoyens, autant de propriétés. C’était la revendication que les paysans de France, pressurés par les grands seigneurs terriens, réduits à la portion congrue, ou expropriés par le développement des biens-fonds de vastes dimensions, avaient exposée dans les « cahiers ».
Mais l’expansion mécanique, la transformation de l’outillage, les progrès prodigieux de la science devaient, en peu d’années, démontrer la médiocrité et l’impuissance de ce système qui allait à l’encontre même de l’évolution économique.

La propriété individuelle à chacun: chaque membre de la collectivité propriétaire de son champ, de son instrument de travail, de son instrument d’échange. C’est une conclusion que nul ne peut plus soutenir, depuis que la production et les transports exigent un formidable outillage. Il suffit d’envisager la grande agriculture moderne qui requiert une singulière concentration de forces mécaniques, l’usine contemporaine avec ses rouages compliqués, ses appareils colossaux et coûteux, les paquebots géants et l’organisation des voies ferrées, pour comprendre que ce n’est pas en individualisant la propriété qu’on rendra chaque individu propriétaire. Pour universaliser la propriété (et s’il n’y a point lieu d’insister ici sur cette vérité fondamentale, c’est qu’elle sera par ailleurs abondamment exposée), il faut la socialiser, il faut mettre en commun les marteaux-pilons, les métiers de l’industrie textile, les usines, les hauts-fourneaux, les transatlantiques, les locomotives, il faut que tout être humain puisse se dire co-propriétaire de ce patrimoine humain au même titre et au même degré que son voisin.

Du même auteur:

2 Réponses to “La Démocratie et le Socialisme (1912)”

  1. Neues aus den Archiven der radikalen (und nicht so radikalen) Linken « Entdinglichung Says:

    […] Bataille socialiste La Démocratie et le Socialisme (1912)Le SPGB présent aux prochaines élections à LondresLa communauté des Jault […]

    J'aime

  2. Encyclopédie socialiste, syndicale et coopérative de l’Internationale ouvrière (1912-1921) « La Bataille socialiste Says:

    […] – Extrait: La Démocratie et le Socialisme […]

    J'aime

Commentaires fermés


%d blogueurs aiment cette page :