Le communisme au XVIII° siècle

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Extrait de Le curé Meslier (Athée, communiste et révolutionnaire sous Louis XIV) par Maurice Dommanget (p. 317-318, éd. Julliard 1965. Ce livre a été réédité mais peut-être avec une autre pagination). Dommanget précisait en notes avoir utilisé pour ce passage un dossier personnel sur l’origine des termes « Socialisme » et « Communisme ».

Le système social préconisé par le curé Meslier est le communisme ou la Communauté des biens. Cependant, pas plus que Thomas More dans son Utopie (1516), pas plus que ses contemporains Veras d’Alès, Jacques Sadeur, Claude Gilbert, pas plus que Morelly en 1755, Meslier n’use de l’une ou de l’autre de ces expressions. Morelly emploie, il est vrai, le terme de « communauté », identique pour lui à celui de « sociabilité », mais c’est sous les noms de « République », « système », « très sage gouvernement » qu’il désigne la société dont il trace le plan.

Le but communiste est indiqué par Gueudeville en 1704, sous les vocables de « grand-œuvre », « grand ouvrage », « félicité commune », « bonheur commun ». Le terme de « grand-œuvre » est curieux car jusque-là, et tout récemment dans un livre de 1686 analysé par Baylé, ce terme était employé dans le vieux sens de recherche de la pierre philosophale.

Cependant, Campanella, l’auteur de la Cité du Soleil, l’a pris comme titre d’un de ses ouvrages Le Grand Œuvre des Philosophes, en 1638, titre repris en 1775 à peu de choses près par Coutan dans un ouvrage maçonnico-communiste. Gueudeville emploie le terme sur le plan social uniquement et dans le sens de la plus haute fin des sociétés humaines comme le fera plus tard mais sans visée communiste Victor Cherbuliez dans des dialogues publiés sous le Second Empire. Quant à l’expression « bonheur commun », formulée deux fois par Gueudeville et reprise par Morelly dans la Basiliade (1753), elle sera employée couramment par Babeuf. C’est seulement sous la plume de Sylvain Maréchal, dans le Manifeste des Égaux (1796) qu’il est question d’instaurer « le bien commun ou la communauté des biens ». Mais on doit observer que l’auteur des Troglodytes, Montesquieu qui, comme on sait, renvoie aux Sévarambes et applaudit à la « tentative glorieuse » du Paraguay, parle dans ses Cahiers de la joie secrète qu’il éprouve lorsqu’on fait quelque règlement qui va « au bien commun ». Le terme de « communioniste » qui implique celui de « communionisme » est employé en Angleterre en 1827 pour désigner les partisans de Robert Owen. Buonarroti, l’année suivante, dans son ouvrage sur la conjuration des Égaux qui paraît précisément en Angleterre donne comme but à cette conjuration « le système de la communauté », « la communauté des biens et des travaux », « la mise en commun » ou simplement « la communauté ». Il n’emploie pas le nom de « communisme » bien que ce mot ait été employé et sans doute forgé par Restif de la Bretonne en 1795-1796, comme synonyme de « communauté générale » ou « communauté absolue ». On se sert à nouveau en France du mot communiste après la Révolution de 1830, plus précisément aux environs de 1834. Les polémiques, les procès, l’agitation le rendirent courant, à tel point que Georges Sand qui lui préférait du reste le terme de « communionisme » écrivait en 1841 que le mot « fait fortune ». Hors de France, on le voit entériné en 1845 à la suite de pétitions contre les sociétés d’ouvriers allemands réfugiés.

Mais si Meslier n’emploie point le terme de communisme, c’est de la chose dont il est question dans son Testament. Il s’agit, pour Meslier, et c’est logique, de renoncer à l’abus qu’il a tant dénoncé et « qui est presque universellement reçu et autorisé dans le monde », à savoir l’appropriation particulière « des biens et des richesses de la terre » [1].

(…)

Portrait du curé Meslier

Note:

[1] « Testament » éd. Rudolf, t.II , p. 210.

Voir aussi:

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Une Réponse to “Le communisme au XVIII° siècle”

  1. Neues aus den Archiven der radikalen (und nicht so radikalen) Linken « Entdinglichung Says:

    […] (1969) * Jules Guesde: Double réponse à MM. de Mun et Paul Deschanel (1896) * Maurice Dommanget: Le communisme au XVIII° siècle (1965, Auszug aus Le curé Meslier (Athée, communiste et révolutionnaire sous Louis […]

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