Double réponse à MM. de Mun et Paul Deschanel (Guesde, 1896)

by

Interventions de Jules Guesde à la Chambre des députés, séances des 15 et 24 juin 1896 qui devaient être plusieurs rééditées en brochure (ici numérisation de l’édition 1900 par l’Université de Toronto):

pdf

Extraits de la réponse à M. de Mun, représentant du « catholicisme social » (dont un lycée catholique porte le nom à Nogent-sur-Marne):

« Si vous aviez été, comme vous le prétendez, vous et les vôtres, les vrais pères d’une législation protectrice du travail, est-ce que vous auriez attendu l’apparition du collectivisme, la constitution des prolétaires en parti politique de classe pour ahordor cette réforme ? Non ! le passé vous appartenait ; il était à vous tout entier et à vous seul. Qu’en avez-vous fait, messieurs les chrétiens ? Dix-huit siècles, vous avez été les maîtres du monde ; vous l’avez dominé dans son cerveau et dans sa puissance politique. Votre pape a marché sur la tête des rois et des empereurs.
Dix-huit siècles, vous avez pu pétrir l’humanité à votre guise ; et loin de l’avoir affranchie, vous n’avez même pas su lui créer un abri contre les crises fatales qui l’attendaient, la préparer à cette transformation industrielle qui s’opère depuis un siècle et devait être, pour le plus grand nombre, si douloureuse et si meurtrière. C’est les mains vides que vous vous présentez.

Vous êtes le parti de l’ impuissance ! l’histoire tout entière le crie… (interruption) … Et lorsque vous reparaissez de temps à autre, ce n’est pas du côté des ouvriers décidés à se sauver eux-mêmes, c’est contre eux que vous intervenez !

Et bien ! je suis satisfait pour ma part que, pour la première fois que vous prenez la parole dans cette législature, ce soit contre nous ; que vous opériez votre rentrée, non pas pour le prolétariat souffrant et militant, mais contre lui, et que vous veniez, contre nous, lui affirmer que l’ordre social d’aujourd’hui, que vous avez combattu vous et les vôtres pendant si longtemps au nom de l’ancien régime, que cet ordre capitaliste est éternel, qu’il ne peut pas être modifié, qu’annoncer seulement qu’il est une période, une étape dans l’évolution humaine, constitue un crime (…).

Pour M. de Mun et ses coreligionnaires de la droite, la solution du problème politique, c’était un bon roi. Inutile, une Constitution ; inutiles, les Droits de l’homme ! les droits de Dieu, incarnés dans un souverain de droit divin, suffisaient. Le bon roi était la vraie, l’unique solution gouvernementale. Vous l’avouez, et je ne puis que prendre acte de votre aveu.

Et de même aujourd’hui la solution du problème social c’est, pour vous, le bon patron. C’est là le fond, l’essence de ce qu’on a pu appeler le socialisme chrétien. »

(…) « Vous, messieurs, vous n’admettez la propriété que pour vous-mêmes. Vous êtes restés fidèles à votre passé. De même qu’autrefois vous étiez les hommes du cens, entendant monopoliser au profit de votre classe le pouvoir politique, vous êtes aujourd’hui les hommes de la propriété capitaliste, c’est-à-dire de la propriété réservée à vous et aux vôtres. »

Une Réponse to “Double réponse à MM. de Mun et Paul Deschanel (Guesde, 1896)”

  1. Neues aus den Archiven der radikalen (und nicht so radikalen) Linken « Entdinglichung Says:

    […] La Bataille socialiste Controverses N°3Pannekoek and Workers’ CouncilsDouble réponse à MM. de Mun et Paul Deschanel (Guesde, 1896) […]

    J'aime

Commentaires fermés


%d blogueurs aiment cette page :