Aux origines du Premier Mai

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Article paru dans L’Emancipation syndicale et pédagogique d’octobre 2006.

9 € franco de port chez Spartacus

Ceux et celles qui fréquentent notre librairie, l’EDMP, connaissent bien les Amis de Spartacus, qui viennent de publier le livre Haymarket – Pour l’exemple. Le « massacre de Haymarket square » a marqué l’histoire du mouvement ouvrier. Le 1er Mai 1886, les travailleurs des États-Unis agissent pour revendiquer la journée de huit heures. A Chicago, le mouvement perdure, animé par des militants syndicalistes et anarchistes. Un affrontement devant une usine provoque plusieurs morts. Un meeting pacifique de protestation est convoqué les jours suivants, il s’achève tragiquement après une intervention de la police (une bombe jetée parmi les policiers – on ne saura jamais par qui – les pousse à tirer sur la foule). C’est une bonne occasion pour frapper les militants ouvriers et faire un exemple. Huit hommes sont inculpés et après une parodie de justice, plusieurs exécutions ont lieu.
En mémoire de leur action, l’Internationale Socialiste va faire du 1er Mai une journée de lutte et de revendications des travailleurs à partir de 1889.
L’ouvrage publié par les Amis de Spartacus aborde une partie de cette affaire. Il est constitué de deux autobiographies rédigées par deux militants concernés, Albert Parsons et August Spies. Ils l’ont fait pour répondre à la demande des Chevaliers du Travail, organisation socialiste et syndicaliste américaine de l’époque qui se bat pour faire revoir le jugement.
Ces deux autobiographies sont différentes, l’une émane d’un Américain de souche (Albert Parsons), l’autre d’un immigré (August Spies). Elles nous montrent des aspects importants du mouvement ouvrier, ses valeurs, ses espoirs, ses luttes. Après être passé par plusieurs métiers, Albert Parsons a d’abord participé aux mouvements politiques socialistes, puis s’est détourné de l’action politique suite à ses observations : la répression et la violence que la classe dirigeante est prête à exercer contre les mouvements populaires rend illusoire une transformation sociale qui s’opérerait par les élections. Il se tourne donc vers le syndicalisme et en particulier la lutte pour la journée de huit heures, et devient un militant important à Chicago. A partir de ce moment il est en butte à la répression, aux intimidations, chantages… jusqu’à ce procès, où il relève qu’on a affaire à un coup monté de toutes pièces par la police et les élites dirigeantes de la ville.
August Spies provient d’un autre univers : l’Allemagne rurale, imprégnée d’une religion oppressive qui défend les privilégiés. D’où son rationalisme, son anticléricalisme et son attachement proclamé au mouvement libre penseur qu’il perçoit comme indispensable pour émanciper l’humanité. Fait symptomatique : lui aussi, à partir de ses propres expériences (la réflexion sur les mécanismes sociaux), passe par le mouvement politique socialiste pour se tourner ensuite vers l’anarchisme.
La lecture de cet ouvrage montre en outre, sous les envolées lyriques et les démonstrations doctrinales, le profond sentiment d’injustice ressenti par ces militants, et la conviction qu’une société qui opprime autant les travailleurs ne mérite pas autre chose que d’être détruite. L’idéalisme qui les porte les pousse à mettre en accusation leurs juges, à mettre en évidence leur volonté de défendre un système condamné par l’Histoire.
L’ouvrage est utilement complété par un article sur les 70 ans des Cahiers Spartacus. On en apprend à cette occasion beaucoup plus sur celui qui les a lancés, René Lefeuvre. Là aussi, une trajectoire militante et politique qui vaut le détour !

Quentin DAUPHINÉ

Albert Parsons – August Spies : Haymarket – Pour l’exemple, Cahiers Spartacus, 2006

Haymarket

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