Comment ils sont devenus socialistes: Interview de Jean Zyromski (1931)

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Extrait du Midi socialiste du 20 mars 1931 (article de Louis Levy: « Comment ils sont devenus socialistes: Jean Zyromski et Marcel Déat nous disent… »).

(…) Je ne consacrerai pas de longs développements au portrait de mon ami « Zyrom ». Son dévouement? Sa franchise? Tout le monde est fixé là-dessus. Je me contenterai de dire – dussé-je lui déplaire – que sa brutalité n’est que façade, et qu’elle cache un cœur très sensible. A tel point que, si j’avais un reproche à lui adresser, ce serait d’être trop sentimental. Et maintenant, ne ne peux l’empêcher davantage de vous conter son histoire. Elle est très simple. Je m’attendais à y trouver de-ci de-là quelques-uns de ces néologismes qu’il forge dans le feu de l’improvisation et dont il rit tout le premier. Mais non, rien de tout cela. Jugez-vous même.

– Mon père, m’a-t-il dit, ne s’occupe pas de politique. Ma mère pas davantage. Au lycée, je m’intéressais déjà à la politique. J’aimais l’histoire. Je n’étais pas socialiste. J’étais républicain: la Révolution, 1793, Danton… enfin, tu vois ça.

« En 1906 (j’étais en première) j’ai assisté au Capitole, à Toulouse, à l’ouverture de la campagne électorale de Bedouce. Il y eut une grande controverse entre Jaurès et Bouglé. Jaurès produisit sur moi une forte impression. Je fus frappé par sa critique du radicalisme: il montra son inconsistance sociale, son caractère anarchique.

« Je ne fus pas, pourtant, amené tout de suite au socialisme, mais je fus conduit à y réfléchir.

« En philosophie, les théories sociologiques m’intéressaient spécialement. Puis je vins à la Faculté de droit. Je connus la conception marxiste. Je vis tout ce qu’avaient d’inconsistant les autres dictrines.

La grève des cheminots

« Mais survint en 1910 la grève des cheminots, continue Zyromski. Et là, je fus frappé par un facteur d’ordre psychologique: Je vis la lutte de classe en fait. Lorsque la grève eut été brisée par le coup de force de Briand, j’ai senti pleinement ce qu’étaient les oppositions de classes. Je méditai aussi sur l’attitude des gouvernants à propos de la réintégration des cheminots. Bref je compris ce qu’était la force de coercition d’un État mettant ses institutions militaires au service d’une classe et refusant ensuite d’intervenir, ne remplissant pas sa tâche d’arbitrage. Tu vois sur quel terrain juridique je me plaçais.

« A partir de ce moment, je devins socialiste. En 1912, il y eut, aux élections municipales, une lutte très âpre entre le Parti et les radicaux. J’ai voté pour la liste socialiste, et quelques mois après j’ai adhéré au Parti.

« En 1913, j’ai soutenu ma thèse sur: la protection légale du salaire. C’était une thèse socialiste. Mon président me reprocha même d’être « un théoricien de parti ».

– Et maintenant, dis-moi quels sont les socialistes qui ont eu le plus d’influence sur toi?

– J’ai été influencé par la pensée de Guesde. [Ma]is lui, je ne l’ai connu qu’à la fin de sa vie. C’est Bracke qui m’a fait comprendre le caractère scientifique du socialisme, son fondement doctrinal. Je dois dire que j’ai été influencé aussi par le syndicalisme révolutionnaire. Les écrits de Lagardelle m’ont montré ce qu’était le mouvement de la classe ouvrière, la dynamique ouvrière ».

Voir aussi:

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2 Réponses to “Comment ils sont devenus socialistes: Interview de Jean Zyromski (1931)”

  1. Aubert Says:

    Y-at-il un interview de Zyrom.: »comment je suis devenu stalinien ».

    Bref, social-démocrate un jour, stalinien le lendemain, patriote toujours!

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  2. Neues aus den Archiven der radikalen (und nicht so radikalen) Linken « Entdinglichung Says:

    […] Bataille socialiste Conférence de solidarité avec les travailleurs irakiens (Londres, 2006)Comment ils sont devenus socialistes: Interview de Jean Zyromski (1931)Mansoor Hekmat, marxiste philanthrope privé de ses rêves pour l’Iran (2002)Le X° Congrès du […]

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