60 ans, dans toute l’Europe !

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La menace actuelle sur l’âge de la retraite en France n’est pas une question hexagonale. C’est la mise en application de « recommandations » de l’Union européenne. Sous l’euphémisme délicat de « vieillissement actif », la commission européenne recommande depuis plusieurs années aux 27 états membres de relever l’âge de la retraite, officiellement pour garantir le fonctionnement à long terme du système de retraites. Le paradoxe saute aux yeux, puisque les mêmes documents insistent sur la nécessité d’encourager, y compris par la fiscalité, le « travail des seniors ». Derrière cet autre euphémisme se cache une réalité brutale : les entreprises n’ont aucun intérêt à conserver des salariés âgés, fatigués ou handicapés par leurs années de boulot. Ils préfèrent les virer, au mieux les mettre en préretraite, avant l’âge actuel de départ. Donc, remonter cet âge ne fera que prolonger leurs années de chômage, pas leurs années d’emploi.

Les experts de l’Union européenne savent parfaitement cela. Leur calcul est, à moyen terme, d’augmenter la masse de main d’œuvre en activité, quelques soient les drames humains que peuvent causer les « ajustements » nécessaires. Leur logique est le fondement même de la conception capitaliste de l’être humain, qui n’existe que comme producteur, comme source de profit.

Une enquête récente auprès de patrons belges montre que ceux-ci veulent bien des salariés de plus de 50 ans : s’ils sont en bonne santé, s’ils sont motivés, s’ils tiennent le rythme, le stress et la pression, s’ils n’ont pas besoin d’adaptations du poste de travail, s’ils ne coûtent pas trop cher… bref, ils veulent bien des vieux s’ils sont jeunes ! Ce sont donc les patrons eux-mêmes qui admettent que ça ne sert à rien d’élever l’âge de la retraite.

En France, l’âge de 60 ans est un compromis né de la lutte des classes. Lorsque, voici un siècle, l’assemblée nationale vota la retraite à 65 ans, cela entraîna un refus massif de la part des ouvriers – pas uniquement en raison de l’âge, mais parce qu’en pratique, il s’agissait d’une retenue sur leur salaire qu’ils n’étaient pas sûrs de revoir un jour. Face à ce refus, l’âge fut abaissé à 60 ans, parmi d’autres concessions. Cette fois, les ouvriers finirent par accepter le nouveau système. C’est donc un compromis, même s’il a pris une valeur symbolique avec le temps.

Mais surtout, cet âge de 60 ans a depuis peu une importance nouvelle : c’est désormais le plus favorable dans l’Union européenne (sauf la Roumanie, où c’est 58 ans pour les femmes, mais 63 pour les hommes). Avec les politiques mises en place à travers l’Europe, depuis plusieurs années, la France est le dernier pays à avoir conservé une retraite à 60 ans. Si l’on veut parler d’Europe « sociale », si l’on veut unifier le droit du travail au bénéfice des salariés, il faut le faire « par le haut », c’est-à-dire en s’alignant sur les meilleures situations existantes, pas sur les pires. Pour nous qui voulons une Europe socialiste, c’est donc la revendication minimale : départ à la retraite à 60 ans, pour tous les travailleurs et les travailleurs, dans toute l’Europe.

Nicolas Dessaux, Initiative communiste-ouvrière, 24 juin 2010

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