Belgique : que signifie la victoire des nationalistes flamands ?

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Les élections législatives en Belgique ont, pour la première fois, mené à la victoire le parti nationaliste flamand NVA, qui devient le premier parti à l’assemblée. Le gouvernement n’est pas encore formé, mais il semble que le parti socialiste (wallon) soit prêt à gouverner avec les nationalistes flamands. Après l’échec de la coalition précédente, cette manœuvre lui permet de revenir au pouvoir, qu’il avait perdu en raison de multiples scandales politico-financiers. Le candidat socialiste au poste de premier ministre, Eli di Rupo est prêt à toutes les concessions aux nationalistes, puisqu’il accepte le principe d’une « plus grande autonomie régionale ». Ce n’est pas encore l’éclatement de la Belgique, mais c’est tout comme. L’autre fait remarquables de cette élection, c’est que 17% des électeurs ont voté blanc, voire se sont abstenus, un score rarement atteint dans ce pays où la participation électorale est obligatoire.

La « Nouvelle Alliance flamande » (NVA), qui a obtenu près de 30 % des voix dans la partie flamande du pays, est un parti de droite, avec un programme néolibéral. Il est issu de l’ancien parti « Union du peuple » (Volksunie), tout comme le parti d’extrême-droite « Intérêts flamands » (Vlaams Belang). Les liens de NVA avec l’extrême-droite restent importants, malgré sa quête de respectabilité politique. L’argument principal du nationalisme flamand, c’est le déséquilibre économique du pays : la Flandre est plus riche, plus dynamique, avec un taux d’emploi supérieur à celui de la Wallonie, ancienne région industrielle lourdement frappée par le chômage. Le revenu des flamands est, en moyenne, de 22% supérieur à celui des Wallons. Autrement dit, les flamands ne devraient pas payer pour les chômeurs wallons, ils ne devraient pas se sentir solidaires. Même chose pour la sécurité sociale, puisque l’une des revendications des nationalistes est la scission de la sécurité sociale. C’est tout l’héritage des institutions ouvrières en Belgique qui est en jeu. C’est bien pour cela que le programme du NVA est tourné contre la classe ouvrière, qu’elle parle français, flamand ou allemand.

Les nationalistes flamands emploient souvent pour argument les difficultés que rencontrent les néerlandophones face aux services publics à Bruxelles, notamment dans les hôpitaux. C’est un vrai problème, qui touche les gens dans la vie quotidienne, même si tous les belges sont supposés être bilingues : c’est surtout le fruit de la faillite de l’enseignement des langues. Les incidents et des vexations contre les francophones résidants en zone flamande se sont multipliés : examens de flamand pour accéder aux logements sociaux, discriminations à l’embauche, refus de locations de salles aux associations francophones, interdictions de ventes de maisons aux non-néerlandophones. Dans certain cas, il s’agit des mêmes pratiques racistes honteuses que l’on trouve appliquées, partout en Europe, contre les immigrés, mais de plus en plus, il s’agit de dispositions légales, d’un racisme légal. De plus, la généralisation du monolinguisme flamand est un obstacle à l’intégration des immigrés francophones, notamment marocains (60% des habitants de Bruxelles sont « issus de l’immigration », selon la formule consacrée). Plus que la maîtrise de la langue, c’est la « préférence nationale » des patrons flamands qui est en cause. C’est un phénomène classique : la revendication linguistique se transforme, entre les mains des nationalistes, en instrument d’exclusion.

Rien d’étonnant à ce que l’accord gouvernemental NVA-PS se fasse sur un programme double : fédéralisation accrue, réduction de la dette publique. Cette dette publique devrait atteindre les 100% du PIB en 2011 (contre 89% en 2009), c’est-à-dire que la Belgique est plus endettée que la Grèce. Les scénarios de partition du pays prévoient déjà la manière de partager la dette : les nationalistes flamands considèrent qu’ils la rembourseront plus rapidement que les wallons. En clair, il leur sera plus facile de réaliser le programme néolibéral s’ils se débarrassent de la Wallonie. Il est vrai qu’un état doté de pas moins de 66 ministères (puisque les régions et les communautés linguistiques ont chacun les leurs) n’est pas le comble de la rationalité économique, même du point de vue capitaliste.

La population n’est jamais consultée directement sur ce sujet. Il n’a jamais été réellement question d’un référendum sur la séparation, parce que la classe politique en a une peur bleue. Pour les communistes, l’unité de la Belgique n’a pas de valeur en soi, le territoire n’a rien de sacré et la monarchie est un archaïsme honteux. Mais la séparation pourrait avoir des conséquences terribles, dans la vie quotidienne, pour les travailleurs et les chômeurs, en Wallonie comme en Flandre. Une fois encore, la question de la dette publique, contractée par les gouvernements capitalistes, est au centre du problème, bien qu’elle soit plus ou moins masquée derrière les arguments linguistiques et nationalistes. Ce qu’ils essaient de faire passer au nom du nationalisme, c’est le programme néolibéral et l’éclatement du système social, c’est la division de la classe ouvrière face aux patrons et au gouvernement. Pour les communistes-ouvriers, le non-paiement pur et simple de la dette, en Belgique comme ailleurs, est une revendication centrale, un mot d’ordre qui pourrait réellement améliorer la vie des gens, alors que l’éclatement ne fera que raviver les tensions linguistiques et attiser la haine.

N.D.

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2 Réponses to “Belgique : que signifie la victoire des nationalistes flamands ?”

  1. Andrew Coates Says:

    Pour une analyse de gauche en anglais:

    http://tendancecoatesy.wordpress.com/2010/06/16/belgium-nationalism-politics-and-language/

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  2. adam Says:

    Et ici : http://www.worldsocialism.org/spgb/sep08/text/page16.html
    A propos de la contribution de N.D. je ne suis pas d’accord que « le non-paiement pur et simple de la dette, en Belgique comme ailleurs, est une revendication centrale, un mot d’ordre qui pourrait réellement améliorer la vie des gens. » D’abord c’est tout à fait irréaliste dans le cadre du système capitaliste mondial. Et même s’il ne l’était pas, comment pourrait-il améliorer la vie des gens?

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