Réponse du POUM à un article de la Pravda et de l’Humanité (1937)

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Extrait de La Révolution prolétarienne N°240 du 10 février 1937. Un original du communiqué de presse dactylographié du 24 janvier 1937 est disponible ici.

Réponse du POUM à un article de la «Pravda» et de l’« Humanité»

Les fusilleurs staliniens ont leurs valets de presse. L’un d’entre eux, Michel Koltzov, plus méprisable encore que nos Vaillant-Couturier et nos Cachin, se trouve en Espagne. Dans une correspondance, adressée à l’Humanité en même temps qu’à la Pravda, il s’est livré aux attaques les plus violentes contre le POUM (Parti ouvrier d’unification marxiste) d’Espagne. Attaques plus calomnieuses encore que violentes, ainsi qu’on va le voir par la réponse que nous communique le. POUM et que nous nous faisons un devoir de reproduire :

L’Humanité du dimanche 24 janvier, sous le titre tapageur : « Les criminels trotskistes sont en Espagne les complices de Franco », reproduit un article de Michel Koltzov, correspondant à Madrid de la Pravda de Moscou, où il déverse d’ignobles calomnies contre le Parti ouvrier d’unification marxiste. Il spécule sur l’ignorance du prolétariat russe et international à propos de la position politique du POUM et du rôle que celui-ci a joué dans les premiers jours de la Révolution et depuis, ignorance causée d’ailleurs en grande partie par la confusion et les erreurs plus ou moins volontaires qu’entretient la presse du Front populaire, particulièrement la presse staliniste, sur ce qui se passe en Espagne.

Michel Koltzov, naturellement, ne dit que ce qu’on lui ordonne de dire, sans tenir le moindre compte de la vérité, et usant contre les véritables défenseurs de la Révolution des seules armes du mensonge, de la calomnie et du chantage.

Si nous avions quelque espoir d’y parvenir, nous demanderions à Roltzov de prouver ses affirmations; mais nous n’avons rien d’autre à faire qu’à rétablir la vérité pour ceux qui pourraient être tentés de le croire, ou se laisser surprendre de bonne foi.

Voici ses principales accusations:

1° Que notre section de Madrid a été fondée depuis le soulèvement fasciste et sans succès;

2° Que les éléments qui viennent à notre parti sont un petit nombre de gens chassés de différents partis pour avoir commis des actes de sabotage, des vols, des escroqueries;

3° « Trois commandants des colonnes du POUM avaient pris l’habitude de quitter le front de leur section au moment où il s’agissait d’engager la lutte;

4° D’avoir abandonné une position stratégique au front d’Aragon avant le commencement des opérations, qu’un détachement stalinien dut occuper à notre place, lequel fut coupé des autres troupes;

5° Que, dans un autre secteur du même front, une offensive républicaine fut empêchée parce que les miliciens du POUM avaient fui au moment de l’attaque;

6° Que, sur le front du centre, dans le secteur de Sigüenza, nous avons retiré subitement nos forces, et qu’un bataillon de cheminots vint à notre place protéger la retraite des troupes gouvernementales;

7° Que les bataillons du P.O.U.M. ont été dissous et que les commandants ont été expulsés du front;

8° Que Trotsky nous a donné des directives qui ont provoqué là division du POUM en deux camps, que Nin fut, en tant que secrétaire du POUM, son représentant, quand il venait dans les réunions publiques vociférer contre le Front populaire et calomnier la République, afin d’empêcher la transformation des Milices populaires en armée du Peuple;

9° Que tous les partis et organisations politiques de Catalogne ont réclamé la destitution de Nin comme Conseiller à la Justice, à cause de sa duplicité, et que celui-ci fut exclu du gouvernement catalan;

10° Que les ouvriers soumis au POUM, devant le danger d’être battus par les ouvriers à cause de leur agitation  antisoviétique, ont pensé à « renier » Trotsky, pour pouvoir opérer dans l’ombre en organisant des coups de main et des expéditions : « Les gens du POUM emploient de plus en plus des procédés terroristes », dit-il;

11° Qu’un groupe de jeunesses du POUM s’est rendu à la rédaction du journal Treball pour proférer des menaces.

12° « Une tentative d’assassinat fut commise quelques jours plus tard sur la personne de Juan Comorera, secrétaire du Parti socialiste unifié de Catalogne (PSUC) dont Treball est l’organe central. »

Nous répondrons point par point à toutes ces impostures :

1° Notre section de Madrid est le résultat de la fusion du Bloc Ouvrier et Paysan et de la Gauche Communiste, qui comprenaient chacun un groupe madrilène, où se trouvaient d’ailleurs les éléments qui s’étaient ralliés les premiers au communisme en Espagne. La fusion date de 1935 (octobre). Actuellement, le P.O.U.M. compte plus de 3.000 adhérents à Madrid;

2° Notre Parti n’a pas connu, depuis le soulèvement fasciste, une croissance analogue à celle du Parti stalinien, précisément parce que nous restons sur des positions communistes, et que nous n’admettons pas d’adhérents qui n’aient une histoire politique claire. Tous ces malandrins, dont nous entretient l’Humanité, sont justement entrés dans le Parti stalinien (P.S.U.C.):

Malgré sa sévérité, le P.O.U.M. compte dans tout le pays 40.000 membres.

3° Quels commandants du P.O.U.M. ont abandonné le front ?Pourquoi ne donne-t-on pas leurs noms ? Nous aurions nous-mêmes puni sévèrement un pareil acte;

4° Nous n’avons jamais abandonné aucune position. Seulement, il est arrivé que, sur un front de plusieurs kilomètres (secteur d’Alcubierre) défendu par quelque 500 miliciens, sans aucune protection d’artillerie, ni d’aviation, munis de quelques rares mitrailleuses, nous avons dû nous remplier devant une attaque de 6.000 ennemis bien armés, avoir avoir résisté 48 heures, alors que nous avions épuisé nos munitions. Le colonel Villalba approuva l’opération au Conseil de la Guerre. Il faut ajouter que les colonnes staliniennes, à cette occasion qui opéraient à notre droite, au lieu de nous apporter leur aide, se tinrent bien tranquilles à leurs postes. On peut bien croire que si elles avaient perdu la moitié de leur effectif, elles l’auraient publié à son de trompe;

5° Tout est faux de bout en bout. Ce que nous pouvons affirmer, c’est qu’à l’attaque de Huesca, les Milices qui avancèrent le plus avant furent celles du P.O.U.M., chose reconnue par le Haut Commandement militaire;

6° Au front de Sigüenza, dans une situation désespérée, les dernières forces qui résistèrent furent celles du POUM. Une centaine de militants moururent héroïquement en défendant la cathédrale, notamment le camarade Etchevere, alors que tout le monde avait totalement abandonné la ville;

7° Pure invention. Aucun détachement du P.O.U.M. n’a été renvoyé du front, ni aucun de ses chefs. Au contraire les colonnes du P.O.U.M. ont été reconnues par toute la presse étrangère et espagnole comme des modèles d’organisation, de discipline et de courage, citées en exemple, appréciées sur tous les fronts et sollicitées pour les postes les plus importants et les plus dangereux;

8° Actuellement le P.O.U.M. a des forces dans le secteur nord de Saragosse, devant Huesca, dans le secteur de Teruel, dans le secteur des Alcaniz, au front de Madrid, au front des Asturies, et contrôle plusieurs batteries d’artilleries. Elles comprennent environ 8.000 combattants;

9° Trotsky n’a pas pu nous donner de directives pour la bonne raison que le P.O.U.M. n’a rien à voir avec la 4° Internationale. Il n’a d’affiliation internationale qu’avec le Bureau d’Unité Internationale de Londres, auquel adhèrent le Parti Ouvrier Indépendant (ILP) anglais, le Parti maximaliste italien, le SAP allemand, et d’autres partis socialistes ou ou communistes révolutionnaires indépendants. Le dernier Comité central élargi (la Batalla du 19 décembre) l’a précisé pour la dernière fois, et a été unanime sur la question. Il n’est pas dans nos méthodes de vociférer dans les réunions comme les staliniens, à l’époque de la « fusion à la base », contre les social-fascistes, etc… Nous pratiquons le centralisme démocratique fondé sur la plus large démocratie intérieure.

D’autre part, Nin n’est pas le secrétaire du P.O.U.M.

Sur la question des milices et du problème militaire, le même Comité central a fixé notre position (N° 139 de la Batalla, 10 janvier 1937).

Personne en Catalogne n’a demandé notre élimination du gouvernement sinon les staliniens. Les camarades de la CNT nous ont défendu autant qu’ils l’ont pu. Ils ont capitulé en fin de compte devant le chantage qui consistait à leur refuser les armes et les munitions s’ils persistaient à vouloir nous garder au gouvernement;

9° Le travail de Nin en tant que Conseiller à la justice ne lui valut que des éloges. Il présida à la création des tribunaux populaires de la Révolution, à l’abaissement à dix-huit ans de la majorité, à l’édition de lois civiles sur le mariage et le divorce, etc;

10° Nous ne pouvons admettre l’accusation de préparer des coups de main formulés par ceux qui déciment les révolutionnaires d’Octobre pour « raison d’État ». Cela est à l’opposé de notre conception de la Révolution. Ils attribuent simplement à autrui leurs propres projets;

11° Ce ne fut pas un groupe de jeunes qui se rendit à la section de Treball, mais une délégation envoyée par le Comité central élargi du POUM, pour y remettre une protestation écrite contre la campagne de calomnies et de provocations déchaînée contre nous, protestation qui a paru dans la Batalla;

12° En ce qui concerne « l’attentat » contre Comorera il n’a jamais eu lieu, et Treball même l’a affirmé en publiant le communiqué de police. En effet, Treball du 13 décembre 1936 annonce qu’on a tiré sur la voiture de Comorera, alors qu’elle revenait, à 1 h 1/2 du matin, de Granollers, et pose la question : « Les autorités compétentes jugeront s’il s’agit d’une erreur ou d’un attentat. » Treball du 15 décembre explique qu’après enquête, on a appris qu’une sentinelle avait sifflé la voiture du conseiller, laquelle, s’étant arrêtée trop tard et n’ayant pas été reconnue, a essuyé quelques coups de feu, d’ailleurs sans aucun dommage. Et les staliniens accusent maintenant le POUM d’avoir fomenté un attentat contre le secrétaire du PSUC.

Cela donne la mesure de la véracité et de la bonne foi de leurs accusations. Nous recommandons au prolétariat français de se méfier des informations de la presse stalinienne qui se dresse contre la Révolution socialiste entamée en Espagne, afin d’éviter que ne se crée dans ce pays un nouveau pôle d’attraction du mouvement révolutionnaire international. Mais le POUM et la Confédération Nationale du Travail (CNT), qui sont avertis de ces intrigues, unissent leurs forces afin de faire triompher la Révolution socialiste en Espagne, malgré les ignobles procédés employés contre nous.

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2 Réponses to “Réponse du POUM à un article de la Pravda et de l’Humanité (1937)”

  1. Neues aus den Archiven der radikalen (und nicht so radikalen) Linken « Entdinglichung Says:

    […] Bataille socialiste Pourquoi je suis un marxiste (Korsch, 1934)Réponse du POUM à un article de la Pravda et de l’Humanité (1937)L’entretien de Jaquier avec Blum en 1936L’expérience de la révolution ouvrière en Union […]

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  2. From the archive of struggle no.50: the thin red line « Poumista Says:

    […] Nin: Los órganos de poder y la revolución española (1937) * La Révolution prolétarienne: Réponse du POUM à un article de la Pravda et de l’Humanité (1937) * Marceau Pivert: Exclus, pourquoi ? (1937) * George Orwell: Spanische Erfahrungen (1938, […]

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