Les tombeaux de juin (1848)

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Chanson écrite par Charles Gille après l’insurrection ouvrière de juin 1848.

Venez sur eux et l’injure et l’outrage,

Vous que jamais n’atteindra le remords,

Le destin seul a trahi leur courage:

Nous les aimons et nous pleurons nos morts!

*

Ils s’étaient dit: du combat voici l’heure!

Frappons! frappons l’égoïsme brutal!

L’espoir d’hier, aujourd’hui n’est qu’un leurre,

Et notre lit, la faim et l’hôpital!

*

Ils nous berçaient de menteuses promesses,

Ces avocats, ces bourgeois alarmés;

Ils ont fermé leurs cœurs, comme leurs caisses,

Lorsqu’ils ont cru nos bras bien désarmés!

*

Marchons! A nous les quais, les ponts, les rues!

A nous Paris, ce colosse énervé!

De toutes parts les foules accourues

Au sol brûlant disputent le pavé!

*

Et toi, soldat qu’un pouvoir leur oppose,

Toi qui demain deviendras ouvrier,

Ces combattants servent la même cause

Qu’ils défendaient aux jours de février!

*

De les flétrir, du moins, je vous défie.

Les criminels! ils n’ont pas réussi.

Ce février que l’on nous déifie

Est fils du peuple, et Juin fut peuple aussi

*

Versez sur eux et l’injure et l’outrage,

Vous que jamais n’atteindra le remords,

Le destin seul a trahi leur courage:

Nous les aimions et nous pleurons nos morts!

*

Ils sont tombés après cinq jours de lutte!

Ils sont tombés sans nous dire leurs noms!

Ils sont tombés, mais le bruit de leur chute

Recouvre encor la voix de vos canons!

*

Tremblez! tremblez! la guerre sociale

A de nos jours pris son point de départ;

C’est une guerre acharnée et fatale

Où riche et pauvre useront leur poignard!

*

Vous nous direz que, pour longtemps, peut-être,

L’émeute est morte et morts ses combattants;

Que le pouvoir est fort, qu’il est le maître.

Mais le pouvoir s’use avec le temps!

*

Un grand soldat prête aujourd’hui son sabre

Comme un appui des tyranneaux bourgeois!

Parlez moins haut quand le peuple se cabre:

Les grands soldats tombent comme les rois!…

*

Dans les cachots où nos frères languissent,

Un saint espoir vient réchauffer leurs coeurs:

Ils ont laissé bien des fils qui grandissent,

Et les martyrs enfantent les vengeurs!

*

Versez sur eux et l’injure et l’outrage,

Vous que jamais n’atteindra le remords,

Le destin seul a trahi leur courage:

Nous les aimions et nous pleurons nos morts.

La Barricade, rue de la Mortellerie, juin 1848 (Ernest Meissonnier) © R.M.N.

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Une Réponse to “Les tombeaux de juin (1848)”

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    […] La Bataille socialiste Mai 68 dans l’HistoireAppel de l’AG Ile-de-FranceWilebaldo Solano est mortLes tombeaux de juin (1848) […]

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