La vérité sur les procès de Moscou (1936)

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Publié dans La Gauche révolutionnaire N°11 du 10 octobre 1936.

On lira ci-dessous le texte d’un appel de différentes organisations ouvrières à propos du procès de Moscou.

C’est la Gauche Révolutionnaire qui a pris l’initiative de réunir différents groupements – ceux que nous avons pu toucher à temps – pour attirer l’attention des travailleurs de tous les pays sur le jugement et les exécutions de Moscou.

Qu’on nous comprenne bien. Il ne s’agit pas ici pour nous de faire de l’anti-soviétisme ou du pro-trotskysme. Non, ce que nous voulons, c’est que soit enfin faite la lumière non pas seulement sur ce procès de Moscou, mais sur la justice officielle en Russie et sur la politique des dirigeants de l’U.R.S.S., car tout se tient.

De deux choses l’une en effet: en ce qui concerne le procès, ou bien les condamnés étaient coupables, et alors qu’aurait à redouter le gouvernement russe du travail d’une commission d’enquête ? ou bien les condamnés étaient innocents du crime qu’on leur a fait payer de leur vie, et alors pourquoi ce procès, dans quel but le gouvernement russe a-t-il monté cette affaire ?

S’agissait-il d’assouvir des rancœurs personnelles, d’éliminer de dangereux rivaux (mais alors, la toute-puissance de Staline ?) ou bien d’étouffer une opposition révolutionnaire ?

On comprend l’importance du problème. Nous ne le résolvons pas. Nous le posons devant les travailleurs du monde entier. Avec nous, angoissés, ils demandent pourquoi l’on a fait disparaître ou exilé tous les chefs de la Révolution russe, tous les collaborateurs de Lénine.

Nous invitons tous les militants communistes, socialistes, libertaires, syndicalistes à se joindre à nous, à nous envoyer des documents, à exiger de leurs syndicats qu’ils réclament la constitution d’une commission d’enquête indépendante à laquelle, pour notre part, nous serions heureux de voir collaborer des militants communistes.

Encore un mot. Les exécutions des chefs de l’opposition ne sont pas les seules. D’autres ont précédé, d’autres suivent et d’autres menacent. Des camarades sont emprisonnés. Il faut faire vite.

Appel à tous les travailleurs

Camarades!

Le 25 août dernier, Zinoviev, premier président de l’Internationale communiste; Kaménev, ex-président du Soviet de Moscou; Mratchkovski, Smirnov, Tervaganian, Bakaiev, tous artisans de la première révolution victorieuse de notre temps, fondateurs de la Troisième Internationale, ont été exécutés avec d’autres militants ouvriers par le gouvernement de Staline; Trotski, organisateur de l’Armée Rouge, condamné à mort, et Michael Tomski, président de la C.G.T. russe, acculé au suicide.

Tout ouvrier révolutionnaire, tout homme raisonnable, ne peut être que profondément troublé et indigné par l’étrange et tragique procès de Moscou, d’où furent brutalement écartées les organisations ouvrières internationales et où aucune preuve matérielle ne fut apportée à l’appui des accusations les plus invraisemblables.

Au même moment où l’on annonce l’introduction d’une nouvelle Constitution soviétique, l’inviolabilité de la personne, la liberté de parole, de pensée, de réunion, même aux anciens policiers tsaristes, curés et exploiteurs, on fait condamner par un tribunal militaire, composé de trois fonctionnaires officiers, les anciens bolchéviks, les compagnons de Lénine, sans défenseurs, sans le moindre contrôle ouvrier international, sans préparation, dans une ambiance qui pue la provocation policière. Et l’on annonce que d’autres militants russes seront traités de la même manière s’il plaît à Staline.

Chacun sent que dans ces conditions il est impossible d’ajouter foi aux déclarations inouïes obtenues des accusés.

Nous proclamons que la classe ouvrière a le droit de savoir la vérité!

Seuls, des nationalistes réactionnaires, reniant totalement l’internationalisme prolétarien, peuvent refuser à la classe ouvrière internationale le droit de connaître les faits précis, les conditions exactes et les motifs véritables de l’épouvantable exécution de Moscou.

Aussi, les travailleurs révolutionnaires n’ont-ils pu qu’approuver l’intervention de la grande organisation de la classe ouvrière, la Fédération Syndicale Internationale, qui, avec l’I.O.S., a demandé que des garanties élémentaires fussent accordées aux militants accusés.

Le refus brutal du gouvernement de Staline et sa hâte suspecte à exécuter les militants du mouvement communiste, ne font que rendre plus nécessaire cette intervention des organisations ouvrières internationales.

Cette intervention s’impose avec d’autant plus de force lorsqu’on sait que de nouvelles exécutions en masse se préparent en Russie et que, par centaines, des militants du mouvement ouvrier russe sont suspectés, arrêtés ou « suicidés ». On menace Rykov, ancien président du Conseil des commissaires du peuple; Boukharine, Radek, Piatakov, Ouglanov, etc., etc., et la veuve de Lénine, la camarade Nadiejda Kroupskaïa. En un mot, tous ceux qui conduisirent le prolétariat russe à la victoire d’octobre 1917 sont exterminés ou menacés d’extermination.

La première démarche de la F.S.I. et de l’I.O.S. perdrait tout son sens si, après le refus de Staline, elle ne se continuait pas par la création d’une commission chargée d’assurer elle-même les garanties élémentaires qu’elle réclamait justement. Après avoir réclamé ces garanties pour ceux qui sont morts faute de les avoir, la F.S.I. se doit d’éclaircir le mystère tragique du procès et de la fusillade de Moscou.

SEULE UNE COMMISSION OUVRIÈRE INTERNATIONALE, à la constitution de laquelle les organisations ouvrières se doivent de travailler de suite, présentant toutes garanties d’impartialité, c’est-à-dire complètement indépendante de tout gouvernement quel qu’il soit, peut délivrer les travailleurs révolutionnaires du doute terrible qui les étreint et leur apporter la clarté qu’ils réclament.

Quant à nous, militants révolutionnaires, qui considérons comme notre devoir impérieux la défense des conquêtes sociales d’octobre 1917 et la défense de la démocratie prolétarienne, nous n’avons plus le moindre doute sur la signification des exécutions du 25 août.

Nous disons aux travailleurs: bien loin d’être un acte de défense de la révolution russe, la fusillade de Moscou est un monstrueux attentat contre la classe ouvrière russe et contre la classe ouvrière du monde entier.

Au moment où la contre-révolution engage une offensive acharnée menée par tous les moyens, même les plus vils contre le prolétariat international, contre tous ceux qui entendent lutter contre le capitalisme fasciste ou « démocratique » pour et par la révolution socialiste, contre tous ceux qui veulent le triomphe du socialisme en Espagne et en France et qui, à cause de cela, repoussent et dénoncent la politique de nationalisme et de réaction, d’union sacrée, de « Front français ».

Au moment où l’unité de lutte révolutionnaire de la classe ouvrière s’impose plus que jamais; par ce crime, Staline la brise et appuie ainsi la contre-révolution en faisant exterminer ceux dont toute la vie fut celle de révolutionnaires, et en lançant la calomnie la plus vile qui ne peut que décomposer le mouvement ouvrier.

En 1917, les contre-révolutionnaires de tous les pays, les gardes blancs russes, ont déjà essayé de calomnier Lénine, Zinoviev et Trotski en lançant contre eux l’infâme accusation d’être des agents de l’Allemagne.

Aujourd’hui, Staline et ses agents reprennent contre les travailleurs socialistes et communistes révolutionnaires cette même accusation empoisonnée.

Nous ne permettions pas alors que l’on souille la Révolution russe en prétendant qu’elle aurait été faite par des fascistes terroristes, bandits, agents de la Gestapo. nous ne permettrons pas maintenant que l’on reproduise cette méthode dans [illisible] les pays pour y saboter la révolution socialiste.

Aujourd’hui, comme en 1917, il s’agit de défendre la révolution socialiste, en Russie, en Espagne, en France, dans le monde entier.

CAMARADES!

Exigez la vérité! Empêchez que l’on étouffe la voix de ceux qui, comme Trotski, ont le droit de se défendre, de dénoncer et de s’exprimer librement.

Debout pour opposer à toutes les formes de la réaction le bloc uni de tous les travailleurs révolutionnaires!

Avec nous, demandez que la Fédération syndicale internationale constitue une commission d’enquête!

Debout pour sauver les militants ouvriers de Russie!

Ont signé ce texte:

La « Révolution prolétarienne »

Le groupe « Que Faire ? »

Le « Combat marxiste » et la « Gauche révolutionnaire » (S.F.I.O.)

Le P.O.I. – Les Étudiants Socialistes

La Fédération des J.S. de la Seine.

3 Réponses to “La vérité sur les procès de Moscou (1936)”

  1. Neues aus den Archiven der radikalen (und nicht so radikalen) Linken « Entdinglichung Says:

    […] Bataille socialiste La vérité sur les procès de Moscou (1936)Llamado a la reunión nacional de ToursAppeal from the Tours meetingAppello dell’incontro […]

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  2. From the archive of struggle no.52 « Poumista Says:

    […] * Que Faire ?: Nouvelles de l’URSS N°7, Juli 1936 (pdf-Datei) * La Gauche révolutionnaire: La vérité sur les procès de Moscou (1936) * Gruppe Spartakus: Programmentwurf zur Einigung der rätekommunistischen Arbeiterbewegung […]

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  3. Le groupe Que faire ?: nouveaux documents « La Bataille socialiste Says:

    […] 1936-10 La vérité sur les procès de Moscou (co-sign) […]

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