Entretien avec Yves Coleman

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Yves, tu es allé faire un topo à Lyon le 11 décembre dernier sur les convergences laïques-extrême droite. Comment s’est passée cette réunion ?

La proposition des copains de la librairie La Gryffe était que je vienne introduire un débat sur les rapports entre religion et politique. Je leur ai proposé de le faire sous un autre angle qu’il y a deux ans (l’offensive multiforme des religions sur tous les continents), et de nous intéresser aux nouvelles positions adoptées par la droite et l’extrême droite européennes face à la laïcité, aux homosexuels aux droits des femmes, etc. Je remarque d’ailleurs que quelques jours plus tard, Eric Fassin, que j’avais épinglé dans un texte sur « Les 6 péchés capitaux de la gauche identitaire postmoderne » soulignait lui aussi dans « Libération » que l’extrême droite européenne avait commencé à changer son fusil d’épaule sur ces questions jusque-là chasse gardée de la gauche (défense du féminisme et de la laïcité, dénonciation de l’homophobie et de l’antisémitisme), et que ce n’était pas du tout une bonne nouvelle à cause de la confusion que cela crée. Au moins, sur ce point-là, on est d’accord !

En ce qui me concerne, la partie la plus intéressante de la discussion de Lyon a été constituée par le débat avec des camarades athées, d’origine maghrébine ou se disant de « culture musulmane ». Militant dans des quartiers populaires de Lyon, ils ont posé d’excellentes questions qui montrent que les « islamogauchistes », les multiculturalistes et les identitaires de gauche ou les Indigènes de la République n’ont rien compris ou font semblant de ne rien comprendre.

Ils se demandaient comment politiser, sur des bases de classe, les problèmes de la vie sociale et du travail dans les « quartiers ». Ils souhaitaient savoir s’il existait en Israël/Palestine et plus généralement au Proche et au Moyen-Orient des groupes qui voulaient dépasser le terrain du combat nationaliste, etc.

Ils se demandaient comment lutter au coude à coude, sur des bases de classe encore une fois, avec des prolétaires portant le hijab, ou tout autre « signe religieux ostensible ». Quand et comment discuter des convictions religieuses – ou ne pas en discuter. Quelles alliances politiques étaient possibles avec des groupes religieux, et sur quelles bases, etc.

Bref, « que du bonheur », car pour une fois on était loin et du discours victimaire antiraciste des bobos ou de la gauche caviar, mais aussi à des kilomètres des discours tiersmondistes dominants à gauche.

Dis-moi si je me trompe: j’ai le sentiment qu’alors que j’interprète ces convergences, que les Assises de Riposte laïque et des Identitaires ont remises d’actualité, comme plutôt une expression du terrain du « choc des civilisations », tu y vois davantage une vieille tentation pré-existante, récurrente, dans l’histoire de la gauche. C’est sûrement pour ça que tu posais cette question qui peut sembler si curieuse, si étonnante: « Peut-on être de gauche, raciste et xénophobe ? »

Il y avait bien sûr un peu de provoc’ dans cette interrogation, mais aussi une part de vérité.

Quand on parle du racisme et de la xénophobie, je crois qu’il faut faire la différence entre les préjugés quotidiens, les petites conneries que n’importe quel individu peut dire sous le coup de la colère, de la fatigue, ou par ignorance, et les discours politiques savamment construits, ou les discriminations collectives imposées par l’Etat ou massivement pratiquées par des individus ou des groupes d’individus, même s’il existe parfois une continuité entre les deux phénomènes.

Donc quand je parle de la xénophobie et du racisme de la gauche, je parle de vieux courants politiques qui ont toujours existé, pas de la remarque stupide et passagère de tel mec ou nana vis-à-vis d’un collègue « étranger » ou à l’apparence « non européenne ».

Je crois que les gens de Riposte laïque sont – hélas ! – sincères. Ils pensent qu’on peut être de gauche et tenir des propos racistes et xénophobes. En le théorisant, en le proclamant ouvertement, ils légitiment, tout comme le Front national l’a fait à une échelle massive depuis trente ans, la « xénophobie d’Etat » (expression qui relève du pléonasme pour nous puisque tout Etat est xénophobe) mais aussi la xénophobie d’une partie du « peuple de gauche » qui serait tentée de voter contre « l’UMPS » (dixit le FN) aux prochaines élections.

Si on se contente, comme l’immense majorité des militants de gauche et d’extrême gauche, de traiter Riposte Laïque de « fachos », on ne comprend rien, non seulement à ce groupuscule qui n’a aucune implantation réelle, mais surtout aux millions de travailleurs ou de petits bourgeois de gauche qui tiennent ou risquent de tenir le même langage qu’eux. Et qui désormais vont pouvoir le faire en toute bonne conscience.

Pour ce qui concerne le « choc des civilisations » que tu évoques dans ta question, on peut dire qu’il a toujours existé. Les invasions militaires, les guerres de conquêtes, les massacres de masse, les déportations, les mises en esclavage de peuples entiers ne datent pas du XXe siècle. La question qui se pose est plutôt de savoir quelle est la portée aujourd’hui de ces conflits entre « civilisations » différentes, et pourquoi « on » y attache une telle importance au XXIe siècle. Il est évident que les attentats meurtriers du 11 septembre 2001 ont permis à cette thématique de devenir dominante dans les médias, même si la critique de l’islam et la dénonciation de l’islamisme sont beaucoup plus anciennes.

Mais cela ne me semblait pas utile de revenir sur ces évidences-là (voire ces discours automatiques là), à propos desquelles n’importe quel militant de gauche ou d’extrême gauche ou libertaire ne soulèvera jamais d’objections. Il me semblait plus intéressant de revenir sur nos limites, à nous qui prétendons vouloir l’avènement d’un autre monde, sans classes, sans États, sans argent, sans salaires et sans frontières.

Si nos ancêtres politiques (à commencer par une partie des blanquistes et des communards français – nos héros !) n’ont pas eu des positions claires sur le nationalisme, sur l’importance des migrations et du mélange de différentes populations en « Occident », et si nous n’en tirons pas le bilan, pas étonnant alors que le chauvinisme, le patriotisme, ou le nationalisme continuent à faire des ravages dans nos rangs.

Le nationalisme universaliste français a des caractéristiques très spécifiques qu’il faut décortiquer sous peine de déraper constamment, d’ignorer la richesse et les apports des combats de classe dans d’autres régions que l’Hexagone et de soutenir inconsciemment le racisme institutionnel en France qui nuit aux combats des prolétaires en les segmentant en unités rivales.
De l’éloge de la Résistance bourgeoise durant la Seconde Guerre mondiale à l’apologie du Hamas et du Hezbollah, du refus de soutenir efficacement les luttes des travailleurs immigrés au silence total sur la question de l’immigration pendant les campagnes électorales de la gauche et de l’extrême gauche, il y a une inquiétante continuité et surtout une absence totale de réflexion, sauf dans de minuscules cercles ultragauches qui malheureusement n’ont jamais mis leurs idées en pratique dans les quartiers ouvriers et dans l’immigration.

Nous avons tous deux dénoncé Riposte laïque depuis ses débuts. Ce groupe est arrivé en quelque sorte à la fin de son cycle de floraison, ce qu’il portait en germe a éclos, il ne saurait plus guère surprendre personne, quand bien même il appellerait à voter pour Marine Le Pen en 2012. Mais n’est-on pas pour autant à l’abri d’autres dangers (voire pièges) à l’avenir sur le terrain des convergences instrumentilisées avec l’extrême droite ?

J’ai des copains anarchistes communistes qui sont persuadés que le fascisme monte en Europe, à la fois dans les esprits et dans ses tentatives d’infiltration de tous les milieux de gauche et d’extrême gauche, et dans ses capacités d’organisation. Au début, quand je les ai rencontrés, je les trouvais un peu monomaniaques voire paranos. Mais depuis que j’ai commencé à m’intéresser un peu plus à l’extrême droite en France et en Europe, je me dis qu’ils ont certainement perçu un phénomène important, que j’avais sous-estimé tant ce thème de la « fascisation » me rappelait les stupidités des maos dans les années 70 et les unes de « La Cause du Peuple » ou de « L’Humanité Rouge ». D’ailleurs, c’est un élément que les camarades communistes libertaires de De Fabel van de illegaal (aujourd’hui au sein du groupe néerlandais Doorbrak) décrivent depuis une dizaine d’années, à propos de l’altermondialisme, de certaines formes antisémites d’antisionisme, de certains discours contre l’Union européenne, des partis dits nationaux populistes, etc., comme en témoignent les textes qu’a publiés la revue « Ni patrie ni frontières » depuis  2003.

Donc effectivement la vigilance s’impose, mais surtout la clarification politique et théorique dans nos milieux. Vaste chantier !

(Questions par Stéphane Julien)

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3 Réponses to “Entretien avec Yves Coleman”

  1. François Lonchampt Says:

    Yves,

    J’ai lu attentivement ton interviou sur ce site, et la profession de foi du président de « l’Union des athées » que tu signales dans ta chronique du 15 novembre dans « mondialisme.org ». Une Union dont j’ai au passage découvert l’existence. Je comprends mal ce qui te scandalise dans ce texte, car il me semble qu’on aurait pu le lire dans la Révolution Prolétarienne, par exemple, ou dans d’autres bonnes littératures du mouvement ouvrier, à une autre époque. Et personne n’y aurait trouvé à redire, car on ne se sentait pas obligé de prendre des gants et des pincettes pour traiter de ce genre de problèmes (au moins jusqu’à ce que les staliniens ne se soient mis dans la tête de tendre la main à leurs frères catholiques) !

    Pour bien camper ma position sur ces questions, je précise que je n’ai pas de hargne contre la religion en soit. D’une part, la haine antireligieuse est un sentiment daté, qui est devenue sans risque dans nos contrées. Tout le monde en France au moins se moque très vulgairement du pape et de la religion (mais pas de l’Islam…), au point que c’en est devenu un nouveau conformisme. Il n’y a aucun risque, on hurle avec les loups, et on est bien accueillis partout. Ce n’est vraiment plus l’époque du Chevalier de la Barre, et nous ne sommes ni en Égypte, ni en Iran, ni au Vatican.
    En fait, la principale machine de guerre contre la religion en Europe, c’est la société de consommation, pour dire vite, avec son hédonisme et sa pseudo-tolérance, oppressive en réalité et normative (Pasolini aurait dit totalitaire). Personne en Europe, par exemple, ou presque personne, et certainement ni Marine Le Pen ni ses électeurs, ni aucun des dits populistes qui agitent la question de l’immigration ou/et de la sécurité n’accepterait de revenir à la société patriarcale et rigoriste, à un monde austère d’épargne et d’économie, à la morale et à la foi de mes grands-parents, et encore moins, bien sûr à la baisse de leur niveau de vie qui en serait le corolaire. Tirer à boulets rouge contre toutes les religions, pourquoi pas, mais c’est d’une certaine manière se ranger du côté du nouveau pouvoir, du côté de l’ordre de la consommation.
    Enfin, je n’ai rien contre l’imprégnation de religiosité dont je ne pense pas qu’elle soit forcément un indice de soumission ou d’obscurantisme. Mais je conçois aussi qu’on ait un autre avis que le mien sur ce point. Il y a des gens, même proches de moi, qui ont souffert d’un certain obscurantisme religieux, et ce n’est pas mon cas.

    Ceci dit, je suis athée, et je m’irrite qu’on la ramène de tous côtés avec la religion, avec les droits et les exigences des croyants, etc. J’ai l’impression qu’il n’y en a que pour eux, quels qu’ils soient, et que nous, sans croyances, n’avons aucun droit à opposer, et à nous opposer. Je pense que les religions doivent se tenir à leur place, qu’on doit veiller si besoin à les y remettre, avec les moyens appropriés.

    Pour revenir au texte en question : Pour le démolir texte, tu procèdes en accumulant des citations, mais ce procédé n’est pas correct, car il détruit la cohérence de l’exposé et ne permet pas de suivre la pensée de l’auteur (il faut lui supposer une pensée et une cohérence, au bénéfice du doute). Si on se tient à tes citations, puisque tu évacues systématiquement tout ce qui évoque, ou fait le parallèle avec les autres religions monothéistes (à part un bref passage où tu entreprends de rectifier une opinion commune et rendre raison au judaïsme sur ce point), on peut croire que toute la vindicte de l’auteur est tourné contre l’Islam seulement, ce qui n’est pas le cas. Et puis, puisque tu mets un lien qui permet d’aller voir l’original, quel est l’intérêt de ces citations ?
    Pour ma part, je crois qu’il est tout-à-fait acceptable d’écrire que l’islam « monte à l’assaut » de nos société, même si bien sûr, il aurait été prudent et préférable d’enrober et de nuancer cette affirmation avec les précautions d’usage, et je ne vois pas ce qu’il y a de scandaleux à énoncer que l’immigration de population majoritairement de confession musulmane pose un problème « plus ardu » que celui posé par les immigrations précédentes (italiennes et espagnoles…). Il ne s’agit pas d’une condamnation essentialiste de l’Islam, mais d’une affirmation située dans un contexte historique et géographique donné, et précisé. A moins de considérer qu’il est malséant et condamnable en soit de considérer qu’une immigration peut poser un « problème ». De mon point de vue, il ne devrait pas y avoir d’interdit sur ce genre de discussion (d’ailleurs c’est précisément ce genre d’interdit qui a fait le lit de Le Pen, à une époque, et fera sans doute celui de sa fille prochainement).
    Peux-tu considérer vraiment que l’excision, le voile, les revendications anti-laïques, la condition des femmes musulmanes ne représentent pas un petit « problème » ? Dans un autre ordre d’idée, la tension qui monte à Belleville entre la communauté chinoise et les africains, pas de problème ? le travail clandestin avec la pression sur les salaires qu’elle représente, la délinquance, la mise en concurrence des travailleurs du monde entier ? pas de problème ?… Et à moi me pose problème, pour m’exposer un peu, qu’on vienne ici à Paris du monde entier pour mendier, éventuellement en exposant ses moignons, comme au moyen âge. Évidement, il y en a qui peuvent trouver ça charmant et très post-moderne.
    Mais ceci dépasse le cadre de la polémique, pour l’instant.
    Là où tu cites « les immigrants actuels sont des « musulmans – adeptes d’une religion ouvertement intolérante dans les pays où elle sévit » et «porteurs d’une religion aussi intolérante et victorieuse », il faudrait évidement citer au moins l’un des paragraphes entier : «Jamais on n’a vu dans l’histoire des immigrants porteurs d’une religion aussi intolérante et victorieuse s’installer dans des pays où des guerres internes à une autre religion n’ont été aussi vives, où le combat contre l’hégémonie politique de ces mêmes religions – tout aussi intolérantes – n’a été aussi loin, et surtout, n’est pas encore terminé, loin s’en faut. » Et on verrait alors que l’islam est qualifié dans le texte de religion intolérante… au même titre que le christianisme dans sa belle époque, et jusqu’à aujourd’hui encore, puisque le combat contre l’église, d’après l’auteur, «n’est pas encore terminé». Il s’agit donc bien d’autre chose que de l’islamisation du pays !
    En ce qui concerne les victimes de la religion dans leur pays, l’exemple des irakiens est fantaisiste. Que représente la population immigrée irakienne en France ?
    En ce qui concerne le catholicisme qui serait moins dangereux (pas de citation précise, pour le coup), quel scandale y-aurait-il à soutenir cela ? La seule position correcte serait-elle celle qui met strictement un signe «égale» entre toutes les religions, comme s’il s’agissait de croyance ou de foi seulement, et pas aussi de forces politiques et sociales, comme s’il n’y avait aucun contexte, pas d’histoire ? Tu as le droit de ne pas être d’accord, mais quel sens y-a-t-il à stigmatiser l’opinion de l’auteur, comme s’il s’agissait d’une profession de foi négationniste ?
    Je ne vois pas non plus ce qui peut te conduire à mettre en doute son athéisme (« prétendu athée », « philocatholique »). Quant quelques lignes plus loin tu te fends d’une longue explication pour démonter un contresens sur le judaïsme, et pour laver la religion juive d’une accusation d’intolérance, est-ce que n’importe qui, suivant les mêmes procédés que les tiens, et animé d’une intention de même nature, ne trouverait pas là une matière encore plus circonstanciée pour te qualifier de prétendu athée et véritable défenseur de la religion hébraïque ? Est-ce que tu peux soupçonner l’auteur d’être chrétien ou seulement «philocatholique», franchement, avec ce qu’il balance contre l’Eglise ? Est-ce qu’il n’y a que des chrétiens, ou crypto, qui s’inquiètent de la montée de l’Islam ? Y’aurait-il cause de scandale à affirmer que l’Islam est aujourd’hui, ici et en quelques autres lieux, parmi les religions celle qu’il faut contrer avec la plus grande énergie ? En Europe, et dans la plupart des pays du monde, même s’il y a de notables exceptions, le catholicisme perd du terrain, les églises se vident, alors qu’on ouvre tous les jours des salles de prière pour les musulmans. L’Islam est une religion en expansion au niveau mondial, plus dynamique et plus agressive en Europe, en Afrique du Nord et dans une grande partie de l’Afrique noire, que toutes les autres religions, notamment parce qu’elle réussit à incarner la résistance au nivellement culturel de la sous-culture de consommation. Dans les pays musulmans, à l’exception notable de la Turquie, les religions n’ont pas été mises au pas, et c’est bien une partie du « problème ». Et c’est bien l’Islam en Europe, et non le christianisme ou le bouddhisme, quoiqu’ils en aient, qui mène une bataille en règle pour faire reculer la laïcité (voile, horaires de piscine réservées aux femmes, viandes hallal dans les écoles, etc.) – l’église catholique et les autres n’ont qu’à s’engouffrer dans la brèche.
    Le texte que tu incrimines est assez impartial, et même s’il pointe le danger particulier de l’Islam, en lien avec une dynamique particulière dans une phase historique particulière (rien ne permet de supposer encore une fois, à la lecture de ce texte en tout cas, que l’auteur prononce contre l’Islam un condamnation de type essentialiste), il s’en prends vigoureusement aux deux autres religions monothéistes.
    En ce qui concerne le dernier point :
    Quand je t’entends évoquer « l’évolution des « communautés » musulmanes en Occident dont la pratique religieuse est en pleine évolution » et « l’existence de courants réformateurs au sein de l’islam occidental qui ne pourront qu’avoir, à moyen terme, un effet désagrégateur (1) comparable à ce qui s’est passé avec le christianisme – et salutaire pour tous les athées », si ce n’était le dernier corps de phrase concernant l’hypothétique « effet désagrégateur (1) qu’il faudrait, s’il existait effectivement encourager de toutes nos forces, je croirais entendre l’aumônier de ma paroisse en train de prêcher l’œcuménisme et le dialogue des cultures et des religions ! Il n’y a nulle part, il me semble, Islam ou autre, de « pratique religieuse est en pleine évolution ». Il n’y a que des pratiques religieuses qui s’éteignent (christianisme en France), éventuellement. Mais ayant travaillé pendant 20 ans dans des banlieues à majorité d’immigration maghrébine, j’ai plutôt constaté en mille occasion l’évolution vers l’intolérance et la montée de la religiosité. Le comble, dans le texte de la BS, quand tu évoques les jeunes prolétaires qui cherchent les moyens de « lutter au coude à coude, sur des bases de classe encore une fois, avec des prolétaires portant le hijab », et « quelles alliances politiques étaient possibles avec des groupes religieux, et sur quelles bases, etc. »… « Que du bonheur » ? Mais c’est le genre de choses que je me serais attendu à trouver plutôt dans un tract du NPA ! Et encore, je pense qu’il y aurait au moins au sein de ce parti une vive réaction salutaire contre ce genre de naïveté, comme il y en eu dans quelques occasions quand une de leurs sections a voulu mettre en avant des filles voilées, si je me souviens bien. Tu dois bien savoir pourtant que d’autres, plus forts que nous, se sont essayés à ce genre de camaraderie, et que ça ne leur a pas porté chance. Dans ce cas, et je l’avais remarqué déjà dans ta virulente critique des animateurs (sans doute critiquable) de Radio libertaire aux prise avec quelques jeunes « de banlieue », je crois que ta quête un peu désespéré du jeune prolétaire radical t’égare largement.
    Enfin, si les italiens, les polonais, les portugais, les espagnols catholiques se sont déchristianisés, ce n’est effectivement pas par hasard, voilà enfin un point d’accord, justement ! Mais c’est qu’il y avait après guerre de puissants mécanismes d’acculturation : écoles, syndicats, partis éventuellement. C’était une société industrialisée en expansion économique, ce qui n’est certainement pas indifférent, ce n’était pas une société minée par le doute et honteuse qui faisait de la lèche aux religions et aux religieux, ce n’était pas une société postmoderne minée par le relativisme culturel, c’était une société qui avait été triplement déchristianisée, non sans durs affrontements, par l’action des libres-penseurs, par l’action de l’Etat, et plus encore par la société de consommation, et je ne crois pas qu’on avait d’égards particuliers pour les cultures, qu’elles soient bretonnes ou croates. Et ces peuples se sont tout simplement assimilés en renonçant pour l’essentiel à leurs cultures et particularités, et à ma connaissance, c’était la seule voie, et le seul modèle d’intégration qui ait fonctionné dans notre pays. Et je me rappelle bien que j’avais à l’école des petits copains aux noms italiens, portugais, espagnols, polonais, et que rien ne les distinguais de nous (ai-je rêvé ?).
    Aujourd’hui, les choses se présentent bien différemment, le problème est plus ardu, et beaucoup plus mal engagé, je crois. ce qui ne veut pas dire qu’il faut baisser les bras.

    Yves, j’ai souvent apprécié tes prises de position et j’admire ta constance et ta fidélité, ton dévouement à la cause, et tes apports à la réflexion sur nombre de sujets. Mais sur celui-là, je l’ai remarqué à plusieurs reprises, je te trouve confit dans la bien-pensance. Tu devrais raisonner plus librement, sans chercher forcément à toujours trouver la position juste et (politiquement) correcte.

    François Lonchampt

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  2. Yves Coleman Says:

    24/12/2010

    . Pour que l’on comprenne bien l’origine de cette polémique, je reproduis ci-dessous le passage sur l’Union des Athées qui se trouve dans l’article sur « les 22 salopards… ».

    Je rappelle que l’Union des athées a jugé bon de signer le texte d’appel à l’apéro saucisson pinard du 18 juin 2010 avec le Bloc Identitaire et plusieurs de ses satellites néofascistes, ainsi qu’avec les villiéristes et des gaullistes. Fait que ni le lecteur de l’Union des athées ni l’auteur de la lettre ci-dessous (ce qui est plus étonnant) ne mentionnent et qui est pourtant le coeur du problème.

    Peut-on s’allier avec les néofascistes pour critiquer l’islam ? Peut-on dire n’importe quoi sur l’islam en une période où la critique de cette religion est un enjeu politique qui a clairement pour fonction de diviser les prolétaires en Occident ?

    Pour ma part, ma position est claire. Depuis huit ans j’ai traduit et publié de nombreux textes sur la gauche théocompatible, la gauche identitaire postmoderne, la critique des religions, les rapports entre politique et religion, etc. Ainsi qu’une compil’ de textes de militants marxistes et féministes critiquant l’islam sans pour autant tomber dans le racisme anti-Arabes, anti-Turcs, anti-Maghrébins ou anti-Iraniens.

    Je suis persuadé qu’une critique matérialiste de l’islam est possible. Et qu’il faut bien sûr critiquer l’islamisme. J’ai d’ailleurs publié des textes de féministes palestiniennes sur le Hamas, des textes de marxistes iraniens et irakiens sur l’islam politique et l’islam, et écrit des textes sur l’islamisme et le Hezbollah sans pour autant tomber dans des considérations xénophobes, racistes ou délirantes sur « l’invasion musulmane » ou la prétendue « islamisation » de l’Europe.

    Tout comme avec la série d’articles sur les « limites de l’antisionisme » qui m’a valu d’être traité de « sioniste », de « néoconservateur » et d’ »agent du Mossad » par toutes sortes de trotskystes, d’anarchistes, de gauchistes et de néostaliniens, ma dénonciation des sous-entendus racistes de certaines critiques de l’islam me vaut désormais l’accusation d’être un apôtre de la « bien-pensance » et du « politiquement correct », d’être un « collabobobo » (concept d’extrême droite repris par un blogueur ultragauche à mon encontre), ou d’être un dhimmi au service du fascisme islamiste.

    Maintenir que les classes sociales existent toujours, que la lutte de classe existe dans tous les pays et qu’il n’est nul besoin d’adopter les idéologies nationalistes ou post-modernes pour comprendre le monde actuel, tenter de résister aux différentes formes d’idéologie dominante sans pour autant tomber dans les discours automatiques de l’extrême gauche, des libertaires ou des altermondialistes néostaliniens ou étatistes c’est emprunter des sentiers étroits, sinueux et périlleux. Mais indispensables, à mon humble avis.

    Et les camarades de Lyon m’ont conforté dans l’idée que c’était possible, ce dont je les remercie !

    Y.C. 24/10/2010

    PS. : Quelques précisions rapides. François m’a mal lu et a mal lu le texte de l’Union des Athées. Ce n’est pas en France que les chiites et les sunnites sont victimes de leur propre religion, c’est en Irak, ce que nie le philocatholique Robeyn….

    Il me semble curieux pour un lecteur aussi radical que François de faire, sans y apporter de nuances, l’éloge de l’assimilation « à la française » et encore plus curieux de prétendre que l’on n’ait pas osé débattre des « problèmes » posés par l’immigration avant l’apparition du FN.

    Comme le démontrent les travaux de Gérard Noiriel depuis trente ans, cela fait plus d’un siècle que les politiciens, les sociologues, les démographes, les économistes français débattent des prétendus « problèmes » posés par l’immigration, que les lois et les circulaires sur l’immigration et la naturalisation se succèdent, et que la présence des étrangers sur le sol gaulois est présentée comme une menace contre la laïcité (cas des catholiques polonais qui venaient avec leurs prêtres, se mariaient entre eux, formaient leurs petits ghettos culturels et religieux), la pureté de la « race » française, la cohésion nationale (les étrangers et particulièrement les Juifs étant présentés comme la cinquième colonne de l’Allemagne depuis l’Affaire Dreyfus), etc…. C’est d’ailleurs une spécificité du nationalisme français, comme je l’ai expliqué dans mon article sur l’identité nationale. http://www.mondialisme.org/spip.php

    EXTRAIT du passage sur l’UNION des Athées

    « 29 * Union des athées, présidé par Johannès Robyn.

    On découvre sur le site du négationniste Robert Faurisson qu’il a fait partie de cette association mais en a été exclu en 1987, ce qui nous rendrait l’Union des athées plutôt sympathique, mais on note aussi (du moins c’est ce que prétend Faurisson) qu’une centaine de personnes ont démissionné par solidarité à l’époque avec lui, ce qui nous apprend que les milieux athées abritent d’étranges zigotos.

    Vingt-trois ans plus tard, en 2010, le fondateur de l’Union des athées, Albert Beaughon est mort, mais son successeur n’a semble-t-il pas le même flair politique….

    Mais il est plus prudent du moins sur son site puisqu’on ne trouve que des allusions légères à la question de l’immigration et de l’islam dans un article qu’il reproduit sur les « perturbations qui en découlent » sans plus de détails et une tribune libre d’un ambassadeur de France « Ecoute, homme blanc » qui nous fait part d’une découverte renversante d’originalité : « « L’Occidental est athée dans le fond », (Alain). L’Oriental, lui, est religieux et refuse la désacralisation de l’univers et la perçoit comme une mutilation. » Bref, M. Fosse nous sert la thèse une énième version du conflit des civilisations mais on ne constate pas d’outrance raciste ou haineuse vis-à-vis des musulmans, du moins selon le sondage rapide que j’ai pu effectuer sur ce site.

    De plus, tous les articles s’attaquent clairement au christianisme et à la Religion, sans obsession particulière pour l’islam. On se demande donc si l’Union des athées ne s’est pas ralliée à la Coalition xénophobe par pur opportunisme…. »

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  3. Extrême droite, extrême gauche : Les artisans de la confusion (NPNF N° 36-37) « La Bataille socialiste Says:

    […] Entretien avec Yves Coleman (12-2010) […]

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