Comment furent assassinés Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg (Dunois, 1919)

by

Article à la Une de l’Humanité du 18 janvier 1919. Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg furent assassinés le 15 janvier 1919, il y a 92 ans.

Est-il vrai que Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg soient morts ? Est-il vrai qu’ils aient été tous deux abominablement assassinés ? Nous voudrions pouvoir douter de l’authenticité de l’atroce nouvelle. Hélas ! Il semble bien qu’aucun doute n’est permis.

Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg tombent au champ d’honneur du socialisme international, fidèles jusque dans la mort à l’idéal sublime au nom duquel ils avaient pris – à tort ou à raison – les armes. Devant leurs glorieux cadavres, nous nous découvrons en pleurant – Ô misères des révolutions humaines ! Par quelle fatale loi faut-il que le sang des martyrs soit nécessairement la semence d’où sortiront les temps nouveaux ?

Puisse le sang de Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg n’avoir pas été répandu en vain ! On peut émettre des jugements contradictoires sur les « méthodes » spartaciennes, on peut douter de leur efficacité finale, voire de leur opportunité du moment. Mais c’est notre droit de penser et notre devoir de dire que, contre Ebert et Scheidemann, Karl et Rosa avaient raison.

Comme ils avaient eu raison dans la guerre, ils ont eu raison dans la révolution. Ils n’avaient pas voulu, dans la guerre, de lâches compromis avec l’Allemagne bismarkienne « ivre de sang et d’orgueil ». Ils n’ont pas voulu davantage, dans la révolution déchaînée, de compromis délétère avec les personnages d’ancien régime qu’on devine, plus qu’on ne les voie, s’agiter sournoisement derrière les maîtres de l’heure. Ils ont voulu que la place fût nette, sur quoi s’identifiera l’Allemagne républicaine et socialiste. Ils ont compris qu’après d’aussi grands crimes que ceux qu’elle a laissé commettre, l’Allemagne ne pouvait être châtiée que par l’Allemagne – l’Allemagne des junkers et des capitalistes par l’Allemagne du prolétariat.

Ils n’ont pas réussi dans leur tentative justicière. Ils sont morts – mais, comme tous ceux qui donnent leur vie, ils ne sont pas morts tous entiers. Ils ressusciteront et vaincront. Quoi qu’il advienne au surplus, nous déclarons qu’entre un Ebert et un Scheidemann – et ceux qui sont tombés hier sous d’inexplicables coups, – entre les assassins et les assassinés – les socialisme international n’attendra pas l’histoire pour choisir et se prononcer.

Amédée Dunois.

Une Réponse to “Comment furent assassinés Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg (Dunois, 1919)”

  1. Neues aus den Archiven der radikalen (und nicht so radikalen) Linken « Entdinglichung Says:

    […] Bataille socialiste La Révolution espagnole N°1 (1936)Comment furent assassinés Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg (Dunois, 1919)Où va la Belgique ?Entretien avec Maximilien Rubel […]

    J'aime

Les commentaires sont fermés.


%d blogueurs aiment cette page :