Un « communiste » sur le Parti socialiste de Grande-Bretagne

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Documentation mise en ligne sur le forum du Parti socialiste du Canada:

Voici ce que Claude Journès, un membre du Parti communiste français, a écrit en 1977 dans son livre L’extrême gauche en Grande-Bretagne:

LE PARTI SOCIALISTE DE GRANDE-BRETAGNE (Socialist Party of Great Britain) (S.P.G.B.)

Le S.P.G.B. est issu de la Social Democratic Federation. Une minorité opposée à toute alliance avec L’Independent Labour Party et à tout programme réformiste, et qualifiée pour cette raison d’« impossibiliste », est exclue de la S.D.F. Le 12 juin 1904, elle forme le Socialist Party of Great-Britain. Celui-ci adopte une déclaration de principes inchangée depuis lors et reprise dans toutes ses publications, en particulier dans le Socialist Standard, lancé en septembre de la même année : « la Societé telle qu’elle est à présent constitué est fondée sur la propriété des moyens d’existence (c’est-à-dire la terre, les usines, les voies de chemins de fer) par la classe capitaliste ou dirigeante, et l’asservissement consécutif de la classe ouvrière, qui seule produit la richesse par son travail ». Il en résulte une lutte des classes qui doit conduire à l’émancipation de la classe ouvrière et de « toute l’humanité sans distinction de race ou de sexe », grâce à la « propriété commune de la société sur les moyens de production et de distribution, et leur contrôle democratique par le peuple tout entier ». C’est à la classe ouvrière elle-même, par l’intermédiaire de son parti, le S.P.G.B. opposé à tous les autres, de réaliser sa libération.

Le S.P.G.B. ressemble étrangement à un legs du passé. C’est une organisation numériquement faible : 200 membres à la veille de la première guerre mondiale, 350 dans les années 30, 1.100 en 1948. Privée de moyens dès l’origine, elle a pris l’habitude de s’exprimer en public, dans la rue. L’avènement de la télévision, le développement de la circulation urbaine dans les années cinquante, ont rendu cette pratique très difficile. Il semble qu’aujourd’hui, le S.P.G.B., organisé localement et sans implantation dans les entreprises, en soit réduit à quelques débats contradictoires et aux tribunes tenues régulièrement au Speakers’ Corner de Hyde Park, ou dans divers quartiers de Londres. Il est bien évident que le niveau de l’argumentation s’en ressent singulièrement, et le Socialist Standard reprend en permanence raisonnements et articles, vieux de cinquante ou soixante-dix ans.

Le S.P.G.B. a certes perçu le phénomène de concentration dans le capitalisme contemporain et l’importance des nationalisations, mais la notion de capitalisme monopoliste d’Etat lui semble étrangère. Il s’oppose, bien sûr, au Labour Party sur le plan doctrinal d’abord, parce qu’il considère le capitalisme comme un système d’exploitation et non comme un ensemble d’éléments bons ou mauvais, rassemblés par hasard. D’une façon générale, le S.P.G.B. est hostile aux réformes et attaché uniquement à la révolution. D’après lui, les socialistes qui veulent réaliser des réformes à l’intérieur du cadre capitaliste, sont pris dans un engrenage qui les conduit à combattre la classe ouvrière. L’U.R.S.S. dès l’origine, et les pays socialistes, sont accusés de capitalisme d’Etat, comme par le groupe International Socialism. On apprend qu’en Russie, les traits du capitalisme demeurent, monopole d’une classe sur les moyens de production, système salarial, vente par les travailleurs de leur force de travail, grandes inégalités de revenus, utilisation de l’Etat pour assujettir les travailleurs. Pour le S.P.G.B., le socialisme est irréalisable dans un pays où la classe ouvriére n’est pas très développée. En Russie, la paysannerie antisocialiste était beaucoup trop importante. L’U.R.S.S. est donc tout simplement une dictature, un capitalisme d’Etat avec parti unique. Staline, loin d’avoir « défait » l’oeuvre de Lénine et de Trotsky a « simplement poursuivi la politique antiouvrière de ces deux dictateurs ». Aujourd’hui, on reproche aux « fascistes rouges », qui dirigent l’U.R.S.S., d’être une classe privilégiée et de ne pas autoriser une pluralité de candidatures aux élections. En fait, le S.P.G.B. rejette la notion de « dictature du Prolétariat » qu’il juge inutile. Elle serait avant tout un produit de l’époque de Marx, dans l’esprit duquel elle aurait eu un sens assez faible, contrairement aux allégations de Lénine. Le S.P.G.B. est foncièrement attaché à une conquête pacifique du pouvoir par la voie parlementaire, une fois que la majorité de la population sera gagnée au socialisme. Il est finalement comme ses partis frères du Canada, des Etats-Unis, de la Jamaïque, de la Nouvelle-Zélande, d’Australie, d’Autriche et d’Irlande, le symbole de l’impuissance politique. II reste lié à des notions qui ont perdu de leur importance, comme la lutte contre la religion. Dépourvu de sens dialectique, il n’accepte comme membres que les gens déjà acquis au socialisme, et refuse de lutter pour les réformes.

C’est une organisation très idéaliste, qui tranche en cela, de même que par l’âge de ses membres, sur les groupes gauchistes. Mais il est aussi anticommuniste.

***

Et voici la réponse publiée dans Socialisme Mondial 12, automne 1979:

L’extrême gauche en Grande-Bretagne, de Claude Journès, Libraire générale de droit et de jurisprudence, Paris.

Ce livre publié en 1977 consacre deux pages à notre parti frère, le Parti Socialiste de Grande-Bretagne (SPGB). Son auteur est membre du PC français et le livre est en grande partie un panégyrique du PC britannique. Pourtant, chose curieuse, il fait un exposé assez exact de l’histoire et des vues du SPGB, basé sur la lecture du Socialist Standard et de nos brochures plutôt que ce que lui auraient dit les membres du PC britannique.

Journès tire des citations de la Déclaration de Principes du SPGB et remarque que ce parti est opposé au Parti travailliste et n’est pas intéressé aux réformes, qu’il considère la Russie comme étant capitaliste d’État et qu’il est « foncièrement attaché à une conquête pacifique du pouvoir par la voie parlementaire, une fois que la majorité de la population sera gagnée au socialisme ».

Il oublie cependant de faire mention de notre opposition à la première guerre mondiale et une ou deux fois il fait le commentaire tendancieux que nous sommes un héritage du passé. Par exemple il écrit « Le parti socialiste de Grande-Bretagne est une survivance désuète du passé qui n’a pas intégré l’apport de Lénine au marxisme », ce qui est un compliment involontaire puisque Lénine n’a apporté absolument rien au marxisme mais au contraire l’a dénaturé en essayant de justifier la dictature du capitalisme d’État que les bolcheviques avaient établie sous sa direction.

De plus, Journès se contredit lorsqu’il dit que le SPGB est réformiste tout comme le Parti travailliste, alors que plus tôt (p. 177) il avait décrit notre position plus ou moins correctement :

« D’une façon générale, le S.P.G.B. est hostile aux réformes et attaché uniquement à la révolution. D’après lui, les socialistes qui veulent réaliser des réformes à l’intérieur du cadre capitaliste, sont pris dans un engrenage qui les conduit à combattre la classe ouvrière. »

En somme, ce livre, qui a pour but d’excuser la dernière ligne du PC, ne vaut pas grand’chose. Mais il n’aura pas été totalement inutile s’il communique à quelques personnes en France les idées du SPGB et de SOCIALISME MONDIAL.

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