Le populisme dans le programme minimum: critique de « Ce que disent les Fedayin du peuple » (Hekmat, 1981) [1]

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Préface

Un manifeste intitulé « Ce que disent les Fedayin du peuple » a été publié par l’organisation de guérilla des Fedayin (minoritaires) en décembre 1980. Pour diverses raisons, ce manifeste a une signification bien plus grande qu’un simple dépliant de propagande, et nous oblige à l’examiner de façon critique. La signification particulière de ce manifeste réside en ce qu’il est, d’une part, une étape pour amener les Fedayin du peuple comme direction alternative du mouvement révolutionnaire sur une sorte de base programmatique, une bannière sous laquelle se ranger, un appel au mouvement révolutionnaire à s’y rallier ; un condensé de l’analyse du régime actuel par les Fedayin et des changements qu’ils souhaitent pour cette seule force indifférenciée qu’il appelle « les masses » dont ils disent défendre les intérêts. C’est bel et bien la présentation d’un programme et un appel à la mobilisation en son nom. Qu’ils le considèrent ou non, ou peu ou prou, comme tel, ce document des Fedayin jouera le rôle de leur étendard devant les masses. Notre discussion ne portera pas sur sa similitude formelle ou pas avec un programme (minimum) mais sur son contenu programmatique, « Ce que disent les Fedayin du peuple » étant un condensé de: 1) La critique par les « Fedayin du peuple » du régime actuel, 2) Leur vision des objectifs de la lutte, 3) Sur cette base, leur compréhension de l’alternative révolutionnaire et par conséquent des changements et transformations nécessaires, et 4) La caractérisation des forces et classes qui peuvent et doivent mener la lutte pour ces changements. Ce sont là toutes les catégories d’un programme et « Ce que disent les Fedayin du peuple » , comme nous le montrerons bientôt, présente l’ensemble de ces catégories d’une manière éclectique et incomplète et s’y positionne.

Que ces camarades présentent une sorte de programme pour le mouvement de masse est en soi, sans aucun doute, une étape positive. Dans d’autres article de ce journal nous avons insisté sur la nécessité d’unifier le travail de propagande et d’organisation sur la base d’un programme, dans le contexte d’une nouvelle montée du mouvement de masse. De ce point de vue le «manifeste» exprime une étape importante en ce sens de la part de ces camarades. Mais notre admiration s’arrête là, à cela – baser la propagande sur une sorte de programme – puisque «  le reste », c’est à dire, quand nous arrivons à la substance et au contenu du « manifeste », reste marqué de cette théorie populiste qui est celle d’une grande partie de notre mouvement communiste. Deuxièmement, l’importance de ce document réside en ce qu’il présente, sans fioritures, l’essence des vues théoriques et programmatiques de ces camarades. L’étude de ce document permet de connaître et critiquer les principaux points de leur positions théoriques et programmatiques, et basé sur cela, les grandes lignes de leurs erreurs dans ces domaines, les « Fedayin du peuple » révèlent dans ce manifeste, à notre avis, les fondements réformistes, populistes et sectaires de leur pensée et politique, et appellent au premier plan la confrontation active du mouvement communiste avec ces vues.

Par conséquent, dans cet article, nous traiterons ce document sous deux angles: d’abord, nous discutons le manifeste dans le détail comme document programmatique et ensuite nous parlerons aussi un peu, au sujet des vues erronée énoncés dans le manifeste, sur la relation entre la démocratie et le socialisme pour le prolétariat révolutionnaire.

1. « Ce que disent les Fedayin du peuple » comme document programmatique

Un programme communiste fournit, avant tout, une perception claire de l’identité et du but final du mouvement communiste. Cette identité et ce but final sont tous deux basés sur la critique révolutionnaire (marxiste) du système de production existant (dans notre cas, le capitalisme dans un pays dominé par l’impérialisme). Le programme des communistes est un acte d’accusation contre ce système – un acte d’accusation dans lequel le système existant est montré comme la cause et l’origine de la pauvreté, de l’exploitation et de l’absence de droits pour les masses des travailleuses et des travailleurs, et sur cette base [propose] la destruction de ce système et son remplacement par le socialisme, alternative révolutionnaire du prolétariat, une alternative à laquelle la crise du capitalisme lui-même fournit les raisons, voilà le but des communistes. La lutte pour le socialisme est liée et se base sur la lutte d’une classe déterminée, à savoir le prolétariat, qui est lui-même le produit de ce système, et le parti communiste est défini comme un bataillon dans le mouvement mondial du prolétariat, et comme une organisation que se donne le prolétariat pour l’établissement de sa dictature. Ce sont les points généraux de la partie maximale d’un programme communiste. Naturellement, nous ne nous attendions pas à ce que le manifeste de « Ce que disent les Fedayin du peuple » traite tous ces sujets, nous ne pensons pas que la discussion idéologique dans le mouvement communiste ait à ce point progressé qu’elle permettrait aux camarades, ou à toute autre force communiste, de présenter un programme de parti tous azimuts. Mais ce à quoi nous devrions nous attendre et ce qui doit être un élément incontournable de chaque document que les communistes mettent en avant pour les travailleuses et les travailleurs dans «Ce qu’ils disent », c’est l’esprit général de la partie maximale du programme sous la forme de principes et de termes simples et clairs. Du point de vue de ces principes, des objectifs qui, au sein d’un vaste programme communiste relèvent de sa partie maximale, « Ce que disent les Fedayin du peuple » équivaut précisément à « Les Fedayin du peuple ne disent rien ». Sans aucun doute, ces camarades se considèrent comme une force communiste, mais en dépit de cela, quand ils abordent les masses des travailleuses et des travailleurs pour leur faire part de ce qu’ils disent, ils ne se revendiquent pas comme communistes, ils ne parlent pas de l’internationalisme prolétarien, et qu’ils font partie du mouvement communiste d’Iran et de ce fait d’une partie de l’armée mondiale du prolétariat, ni ne mettent comme objectif la destruction du capitalisme et l’instauration de la dictature du prolétariat et du socialisme; pas plus qu’ils ne parlent de leur dépendance à l’égard de la théorie révolutionnaire de Marx et de Lénine, et ne se considèrent avant tout comme représentant des intérêts du prolétariat comme classe et une seule classe, et ne mentionnent la nécessité du parti communiste et son rôle dans l’émancipation de la classe ouvrière, etc.

Que sont les « Fedayin du peuple » ? Le manifeste nous dit que les Fedayin du peuple sont armés, qui sont des militants  antimonarchistes, qu’ils « défendent les intérêts des travailleurs, des paysans et toutes les couches de la population; les Fedayin du peuple sont les ennemis irréconciliables de l’impérialisme, des capitalistes et des propriétaires fonciers et sont les défenseurs cohérents des intérêts du peuple. » Mais quelle est la critique par ces fedayins du système actuel et quelle est leur alternative sociale ? Le manifeste répond: « Notre société est aujourd’hui en crise, l’économie se désintègre et les conditions de vie des masses laborieuses sont devenues très dures: pauvreté, prix élevés, chômage, guerre, intolérance, pénurie des produits de première nécessité, toutes sortes d’épreuves qui rendent la vie des millions de travailleurs de notre pays plus difficile qu’avant. » S’adressant aux masses, le manifeste dit: «Vous avez connu et n’oubliez pas le régime détesté du Shah et tous les malheurs et misères que ce régime avait apporté au peuple, et le fait qu’il avait placé notre pays entre les mains des impérialistes, avait piétiné les droits les plus élémentaires et les libertés du peuple. Vous avez aussi connu l’incapacité du gouvernement actuel et vous avez vu concrètement qu’ils ne peuvent pas remédier à tous vos maux et répondre à vos demandes légitimes. Jusqu’ici vous avez vécu la domination des capitalistes et des grands propriétaires fonciers, ces sangsues sucent le sang. » Et on leur dit finalement ce qui doit être fait: « Les Fedayin du peuple disent: pour sauver le pays et assurer une vie meilleure et plus confortable pour les travailleurs, toute dépendance envers l’impérialisme doit être éliminée et le système capitaliste dépendant qui est la base de cette dépendance doit être renversé. »

C’est clair. Que les camarades appellent ou non le manifeste « programme », ils y présentent leur objectif: « sauver le pays et assurer une vie meilleure et confortable pour les travailleurs » et leur alternative: la rupture avec la dépendance envers l’impérialisme et ainsi détruire le  « système capitaliste dépendant qui est la base de cette dépendance » (souligné par nous).

A SUIVRE


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