Dommanget censuré (Bouët, 1922)

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Extrait de l’Humanité du 14 mai 1922.

Notre ami Maurice Dommanget, secrétaire du syndicat des membres de l’enseignement de l’Oise, vient d’être « censuré » [*] une deuxième fois pour délit d’opinion.

Il avait communiqué à des journaux locaux un appel à la solidarité en faveur des institutrices et instituteurs évoqués. Dans les commentaires qui suivaient la liste de ces nombreuses victimes de la répression, l’inspecteur d’académie voyait « une critique acerbe des actes du gouvernement » et le prétexte d’une nouvelle mesure disciplinaire.

« C’est une affaire d’appréciation » a répondu Dommanget, tout en protestant contre cette nouvelle atteinte au droit de critique et au droit d’association, et à la thèse qui confond l’État avec le gouvernement.

On ne doit pas oublier en effet, écrit notre camarade, qu’en entrant dans les cadres de l’enseignement, les instituteurs n’ont pas passé un contrat avec tel ou tel gouvernement, que les contingences de la vie politique élevaient pour un temps au pouvoir, mais avec l’État en sa qualité de gestionnaire du service scolaire. Les frapper pour critique du gouvernement et du ministre d’un jour, c’est dénaturer ce contrat…

L’inspecteur d’académie – un certain M. Duval, qui avait déjà opéré dans le Finistère contre nos amis J… et J. Cornec – n’a nullement été gêné par cette argumentation. Il a traduit Dommanget devant le conseil départemental, afin de lui décerner ensuite à titre de « dernier avertissement » la distinction honorifique désignée sous le nom de « censure ».

Cette nouvelle brimade ne rehaussera pas le prestige de l’administration.

Louis BOUET.

Note de la BS:

[*] sanction disciplinaire dans le cadre de la Loi du 30 octobre 1886, entre la réprimande et la révocation.

Dommanget et sa classe


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