Motion révolutionnaire au Congrès de Lille de la CGT (1921)

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Au Congrès de Lille de la CGT (juillet 1921), le rapport moral n’est voté que par 1556 mandats contre 1348. La minorité révolutionnaire (Monatte, Mayoux, Lecoin, Monmousseau…) fait distribuer cette motion qu’elle présente contre celle du bureau confédéral (source: L’Humanité du 29 juillet 1921):

Le Congrès confédéral de Lille entend réaliser le coup de barre à gauche souhaité par les derniers congrès et remettre la C.G.T. sur la route du syndicalisme révolutionnaire.

Cette orientation nouvelle est attendue par les masses syndiquées autant que par les militants; le désarroi actuel, provenant autant des conditions économiques et de la politiques confédérale de guerre et d’après-guerre, peut et doit faire place à une nouvelle période de confiance et d’action.

Le Congrès de Lille ramène la C.G.T.K au respect de l’esprit et de la lettre de la Charte d’Amiens; il rappelle que le syndicat est le groupement essentiel des travailleurs, qu’on n’a pas le droit de briser en plusieurs tronçons et auquel on doit apporter le meilleur de soi-même, pour l’œuvre revendicatrice journalière, comme pour l’œuvre préparatoire de l’émancipation intégrale des travailleurs.

Rappelant les principes qui ont toujours servi de moteur au syndicalisme révolutionnaire, il ne le laissera ni remplacer par un esprit syndical de paix sociale, ni calomnier comme comportant le mépris de l’organisation syndicale et acheminant vers des mouvements téméraires et désordonnés. En raison même du rôle immense qu’ils attachent au syndicalisme, les révolutionnaires désirent plus que quiconque le voir méthodique, rigoureux et hardi.

Le Congrès se prononce énergiquement contre toute exclusion de syndicats ou de syndiqués révolutionnaires, qui aboutirait fatalement à la scission, briserait l’unité ouvrière, affaiblirait le mouvement syndical et le rendrait incapable pour un certain temps d’accomplir sa mission.

Il réclame le droit imprescriptible d’opinion pour toutes les tendances dans les cadres de la C.G.T. Il demande aux partisans d’Amsterdam de respecter l’unité syndicale nationale, comme l’ont respectée les partisans de l’Internationale syndicale rouge de Moscou, qui n’ont pas vu là une raison de sortir de la C.G.T.:

Le syndicalisme dans le cadre national

Émanation directe des forces ouvrières organisées dans la C.G.T., le Congrès confédéral proclame à nouveau que l’idéal syndicaliste ne se réalisera que par la transformation totale de la société.

Née de la lutte de classes, expression complète de la situation faite au prolétariat, s’inspirant pour son action et dans son objet de la défense des intérêts professionnels et du développement complet du droit du travail, l’organisation ouvrière répète que son but essentiel est la disparition du patronat et du salariat.

Imprégné de ces principes, ayant ce but sous les yeux, le Congrès rappelle et reprend les termes de la résolution d’Amiens qui éclare:

« La C.G.T. groupe, en dehors de toute école politique, tous les travailleurs conscients de la lutte à mener pour la disparition du patronat et du salariat.

Dans l’œuvre revendicatrice quotidienne, le syndicalisme poursuit la coordination des efforts ouvriers, l’accroissement du mieux-être des travailleurs, par la réalisation d’améliorations immédiates, telles que la diminution des heures de travail, l’augmentation des salaires, etc., mais cette besogne n’est qu’une partie de l’œuvre du syndicalisme, il prépare l’émancipation intégrale des travailleurs qui ne peut se réaliser que par l’expropriation capitaliste; il préconise comme moyen d’action la grève générale, et il considère que le syndicat, aujourd’hui groupement de résistance, sera dans l’avenir le groupement de production et de répartition, base de réorganisation sociale. »

Le Congrès de Lille, en condamnant la collaboration des classes, considère que ce ne sont pas les tractations inévitables entre patrons et ouvriers qui constituent les actes de collaboration, mais la participation dans les organismes permanents à l’étude en commun ( entre représentants ouvriers et ceux de la classe bourgeoise) des problèmes économiques dont la solution ne saurait que prolonger l’existence du régime actuel.

Il déclare que la recherche des solutions économiques, inspirées par le souci de l’« intérêt général », est contraire aux principes énoncés ci-dessus, que le rôle du syndicalisme doit être déterminé par l’intérêt de classe et que tout appel à l’effort des travailleurs, pour organiser ou accroître la production, tant que subsistera le régime capitaliste, est en désaccord avec la Charte d’Amiens.

Considérant que, dans la période prérévolutionnaire, le rôle essentiel du syndicalisme est de dresser une opposition constante aux forces capitalistes, le Congrès estime que le travail de documentation ou d’éducation technique et professionnelle en vue de la réorganisation sociale ne saurait être négligé.

Il déclare que les syndicats, devant constituer les cadres de la société nouvelle, doivent attirer et absorber les techniciens et pas être absorbés et dominés par eux.

Le véritable Conseil économique des Travailleurs ne sera donc pas extérieur au syndicalisme mais constitué dans son sein avec son esprit dans chacune des cellules de notre organisation. Du bas en haut, dans le Syndicat, l’Union départementale, la Fédération, la C.G.T. doit poursuivre ce travail de préparation à la gestion des moyens de production et d’échanges parallèlement à la lutte journalière contre la patronat et pour la conquête des revendications ouvrières.

Fidèle à la résolution d’Amiens, le Congrès considère que le syndicalisme est, par son origine, par son caractère et son idéal, une force révolutionnaire; il affirme à nouveau son indépendance complète vis-à-vis des groupements politiques ou philosophiques; il déclare qu’aucune influence extérieure ne peut s’exercer sur lui dans son action quotidienne nationale ou internationale.

Il estime que le syndicalisme doit porter au maximum l’effort des militants ouvriers afin de détruire le régime capitaliste et de réaliser la Révolution prolétarienne.

Dans cette œuvre révolutionnaire, le syndicalisme, plaçant la Révolution au-dessus de tout système et de toute théorie, se déclare prêt à accepter l’aide de toutes les autres forces révolutionnaires.

Le syndicalisme dans l’internationale

Au milieu du chaos de ce monde bouleversé, les travailleurs ont, plus que jamais, le devoir impérieux de se tendre la main par-dessus les frontières et de proclamer qu’ils appartiennent à leur classe avant d’appartenir à l’Etat qui les opprime.

Pour opposer un front commun et irrésistible à la puissance capitaliste internationale, les ouvriers du monde entier doivent, en effet, se réunir au sein d’un organisme dans lequel ils retrouvent internationalement le prolongement de la lutte des classes qu’ils engagent dans leur propre pays contre leur patronat respectif.

Estimant que la place d’un mouvement syndical basé sur la lutte de classes et sur l’internationalisme ne peut être dans l’Internationale d’Amsterdam, intimement liée avec le Bureau international du travail, subventionné par les gouvernements capitalistes, le Congrès déclare que la C.G.T. française doit se retirer de cet organisme de collaboration de classe et que sans violer la Charte d’Amiens elle peut adhérer à l’Internationale syndicale de Moscou à la condition expresse que ses statuts respectent l’autonomie du mouvement syndical.

Voir aussi:

Une Réponse to “Motion révolutionnaire au Congrès de Lille de la CGT (1921)”

  1. Entretien avec Pierre Monatte (1921) « La Bataille socialiste Says:

    […] Motion révolutionnaire au Congrès de Lille de la C.G.T. (juillet 1921) […]

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