Réponses aux critiques au sujet de l’U.R.S.S.(Louzon, 1932)

by

Deux articles de Robert Louzon parus dans les numéros 127 et 131 de la Révolution prolétarienne.

Réponse à quelques critiques au sujet de l’URSS

Paru dans La Révolution prolétarienne du 10 mai 1932.

J’ai reçu d’un lecteur de la « R.P. » une lettre où il est dit:

Je comprends parfaitement que vous n’approuviez pas tout ce qui se tente en URSS ni surtout les moyens employés, mais je ne peux concevoir que vous en arriviez à des critiques aussi répétées et aussi violentes. II me semble que si l’on tient compte de l’immense misère de la Russie en 1921-22, on conçoit qu’il ne soit pas si aisé de faire passer un immense pays d’un état à un autre diamétralement opposé. Il me parait donc normal que des erreurs, inévitables dès que l’on agit, aient été commises. Et j’en arrive au plus important: Croyez-vous qu’il y ait intérêt à souligner, à amplifier presque, les erreurs commises, sans indiquer, en contre-partie, les difficultés à vaincre.

Un autre camarade, collaborateur de la « RP », m’écrit pareillement :

Je ne critique et ne discute aucun des textes publiés, aucun des chiffres fournis. Mais je voudrais voir, en face, d’autres textes et d’autres chiffres, le positif à côté du négatif.

Enfin, un troisième se plaint que je me laisse « emporter par ma passion de dialecticien».

Tous ces reproches seraient vrais s’il n’y avait actuellement en URSS que des « erreurs », de « mauvaises choses » a côté de « bonnes ». Ils tombent, au contraire, si on est en présence, non d’une révolution, avec ses erreurs, mais d’une contre-révolution.  Toute la question est là. Il ne s’agit pas rie savoir si telle ou telle mesure est « bonne » ou « mauvaise », mais ce qu’elle caractérise : une Révolution ou une Réaction, le Socialisme ou le Fascisme ?

Qu’est que le Socialisme ? Le Socialisme, c’est tout le pouvoir au prolétariat. Tout le pouvoir au prolétariat afin de réaliser l’égalité entre les hommes. Le Travail est maître afin que  » qui ne travaille pas, ne mange pas », et que « qui travaille également, mange également ». Or, sur ces deux points : pouvoir des travailleurs et égalité entre les travailleurs, c’est  l’exact contre-pied du socialisme que prend le régime stalinien.

Un État fasciste n’est pas la dictature du prolétariat

Où est en Russie, actuellement, le pouvoir des travailleurs ? Quel pouvoir possède actuellement, en quelque matière que ce soit, le travailleur russe ? En dehors du droit d’applaudir au maître du du jour: aucun ; ni dans le domaine politique, ni dans le domaine économique. Pas plus pour discuter de ses conditions de travail que de la politique à suivre, à l’intérieur ou à l’extérieur, l’ouvrier russe n’a le droit de discuter ; il n’a que celui d’approuver. Ses syndicats ont moins d’indépendance même que les corporations fascistes. Les soi-disant contrats collectifs qui fixent ses conditions de travail sont des contrats conclus par une même personne : l’État sous deux visages. C’est l’État sous forme de trust d’entreprise qui traite avec l’État sous forme de « syndicat ». Le Congrès des Soviets, organe suprême du pouvoir politique d’après la Constitution, est mis dans l’incapacité d’exercer une action politique quelconque, par la brièveté et la rareté de ses sessions. C’est une assemblée de pur apparat, doté de moins de pouvoir que le Sénat de Napoléon !

Dictature du prolétariat, cela signifie que tout le pouvoir doit’ venir du prolétariat, c’est-à-dire d’en bas. Or, sous le régime stalinien, c’est exactement le contraire: tout le pouvoir vient d’en haut.  Personne n’est nommé par la collectivité; chacun est désigné par son supérieur. Au lieu du principe prolétarien de la « délégation », c’est le principe fasciste de la « hiérarchie ». Au lieu de la dictature d’une classe, la dictature d’un homme : celui qui est en haut de la hiérarchie, le « Duce ». Entre Staline et Mussolini, il est impossible de discerner la moindre différence dans la nature de leur pouvoir.

Entre la bureaucratie hiérarchisée du parti communiste, chargée de faire exécuter par tous, les ordres de son secrétaire général dont elle dépend exclusivement, et la bureaucratie hiérarchisée du parti fasciste, chargée de faire exécuter par tous les ordres du « Duce » dont elle dépend exclusivement, quelle différence ? – Si, une; la franchise: la franchise du côté fasciste. Les fascistes ont, eux, proclamé ouvertement ce qu’ils appliquaient. Ils ont établi une théorie de l’État, fondée sur le principe de la hiérarchie (Gerarchia), en accord avec leur pratique, au lieu de la dissimuler sous le mensonge de la « dictature du prolétariat ». Ah! qu’on relise, – disons-le encore une fois – ce qu’entendaient, par dictature du prolétariat ceux qui créèrent cette expression. Qu’on relise quelle sorte d’État prolétarien Marx avait perçu à travers la grandiose expérience révolutionnaire que fut la Commune de Paris ! Qu’on relise le livre admirable de Lénine sur l’État et la Révolution ! Et l’on comprendra toute l’opposition qu’il y a entre l’État prolétarien et l’État fasciste. Entre l’État fondé sur la liberté et le pouvoir des travailleurs, et l’État fondé sur la domination d’une caste, soumise elle-même, dans le but d’assurer sa propre domination, à la volonté d’un homme !

Or, la forme de l’État conditionne la nature de ses réalisations. Un État formé sur la hiérarchie ne peut réaliser l’égalité économique. Les nombreuses mesures que nous avons dénoncées qui montrent que l’État stalinien tourne de plus en plus le dos à l’égalité, ne sont pas le résultat d’un accident, elles sont la conséquence nécessaire et inévitable du régime politique. Sous un tel régime c’est un mensonge que de parler de propriété collective. Le droit de propriété, c’est le droit de diriger, de jouir, et de disposer. Or, ce droit n’est actuellement qu’entre les mains de Staline. En réalité, en Russie, il y a actuellement propriété individuelle: une monstrueuse propriété individuelle. Toute la Russie est, en fait, la propriété d’un homme qui, assisté de quelques conseillers, la fait gérer par un corps immense d’intendants, et en assure la garde par une armée de policiers. Dans les anciens Empires, le principe était que le monarque était seul propriétaire, que tout le sol, les récoltes, les fortunes, sous quelques formes qu’elles soient, lui appartenaient. Ce principe, qui était alors plus ou moins parfaitement réalisé, l’est maintenant intégralement par Staline. Ce n’est pas la collectivité, ce n’est pas le prolétariat qui est propriétaire en Russie, puisqu’il n’a aucun droit de gestion, c’est l’État, et l’État c’est Staline. Nous n’entendons pas être dupes. Le premier devoir d’un révolutionnaire est de voir clair. Napoléon pouvait graver sur ses écus : « République Française. Napoléon Empereur », les républicains — ceux qui n’étaient ni aveugles ni corrompus — ne pouvaient pas ne pas voir qu’avec Napoléon empereur il n’y avait plus de République ; Staline peut continuer à appeler « dictature du prolétariat » sa propre dictature, les partisans de la dictature du prolétariat – ceux qui ne sont ni aveugles, ni corrompus – ne peuvent pas ne pas voir que la dictature du prolétariat, en Russie, est morte. Après s’être, au cours des glorieuses journées de 17 et des années suivantes, emparé du pouvoir, le prolétariat russe se l’est laissé enlever. Il n’a fait que changer de maître. Prendre un maître à la place d’un autre n’est pas la voie qui mène au socialisme. Croire au « ‘bon maître » est une utopie. L’industrialisation n’est pas le socialisme. Mais… il y a le plan quinquennal. Ce plan qui a rallié à la Russie stalinienne tant de « techniciens », d’hommes d’affaires, d’industriels, de littérateurs, d’intellectuels et d’anciens fascistes, tous anciens ennemis de la Russie d’octobre devenus les plus chauds laudateurs de la Russie de Staline. Ils ont, en effet, en celle-ci retrouvé quelque-chose qu’ils connaissent bien, quelque-chose de tout repos: ce vieux capitalisme d’État, qui a toujours été très développé en Russie, et qui leur a toujours, autrefois, permis de si fructueuses affaires.

Chaque fois que la Russie veut faire un effort pour s’européaniser — et tel est le but essentiel du plan quinquennal — -elle le fait — pour des raisons qu’il serait trop long de rechercher pour le moment — par le moyen d’une intervention de l’Etat. Avec une grande perspicacité, Sorel avait, dès octobre, indiqué que les bolcheviks reprenaient l’œuvre de Pierre-le-grand: porter la Russie au niveau des pays de l’Europe occidentale. Pour ce faire, Pierre-le-grand avait doté la Russie d’une façade moderne, une façade européenne, plus moderne et plus européenne même que l’Europe d’alors: il avait construit Saint-Pétersbourg. Aujourd’hui, le but de Staline est de construire un nouveau Pétersbourg plus étendu et plus grandiose : il s’agit de doter la Russie d’usines « modernes » et «gigantesques » à l’instar des des usines d’Allemagne et d’Amérique, tout comme Pierre avait construit Pétersbourg et Péterhof à l’instar de Paris et de Versailles.

Cette industrialisation qui, à la manière dont elle est conçue, sent terriblement l’artificiel, sera-t-elle autre chose qu’une façade, une façade comme le fut Pétersbourg; il est trop tôt pour en juger avec certitude. Mais façade ou réalité, l’industrialisation est une chose, et le socialisme en est une autre. L’Allemagne, les États-Unis, se sont industrialisés l’une et l’autre en vingt ans: quel rapport cela a-t-il avec le socialisme?

Les Russes peuple « inférieur » !

Mais…, dit-on encore, n’oublions pas que nous sommes en Russie, que le peuple est très « en retard » et que, par suite, un régime de dictature est peut-être, après tout, ce qui lui convient le mieux. Tel était notamment le raisonnement que tenaient récemment à une de nos camarades russes, des membres du Parti Ouvrier Belge, « démocrates » cependant s’il en fût, au retour d’un voyage en Russie. Pareillement un camarade français pense qu’il convient d’attaquer à fond le parti communiste français, mais… il ne faut pas toucher au régime de l’URSS ! Comme si tout le monde, y compris ce camarade, ne savait pas que le parti communiste français n’a aucune indépendance, aucunes méthodes propres, et que ce qu’il applique ici, n’est que la transposition pure et simple des méthodes qui gouvernent l’URSS, avec cette circonstance aggravante que là-bas il y a, en plus, pour les imposer, la force du Guépéou.

La domestication des syndicats en France par le parti communiste n’est que l’application de la domestication de la classe ouvrière en Russie par l’oligarchie soviétique. On ne peut être a la fois pour ceci et contre cela. Désapprouver le parti français et approuver le parti russe, ce n’est pas autre chose que de dire comme ces social-démocrates belges : ces méthodes nous n’en voulons pas pour nous, mais pour les Russes ça va très bien; pour nous autres, « gens supérieurs », nous n’acceptons l’as de dictature mais pour ce peuple « inférieur » que sont les Russes, la dictature est chose excellente. C’est là un raisonnement bien connu ; c’est un raisonnement que, pour notre part, nous avons entendu maintes et maintes fois dans la bouche des colonisateurs, particulièrement dans celle des colonisateurs qui se disent socialistes ! Chez eux, le « il faut un dieu pour la canaille » s’est transforma en : « il faut un maître pour l’indigène ». Les peuples soumis à l’impérialisme européen sont des « races inférieurs » qui ne sont pas suffisamment « évoluées » pour pouvoir jouir de « notre liberté ». Ces sont des membres éminents de la Ligue de Droits de l’Homme, mais ils admettent parfaitement que pour les indigènes il n’y ait ni droit ni garantie, seulement des juridictions d’exception; les « droits de l’homme », pour eux, ne sont pas un article d’exportation.

C’est exactement de cette même mentalité que procèdent tous ces honorables démocrates, français et belges, qui, antibolcheviks pour leurs pays, sont staliniens pour l’U.R.S.S. Ces socialistes belges appliquaient à l’U.R.S.S. exactement la même doctrine que celle qu’ils appliquent à leurs nègres du Congo.

Eh bien! Cette doctrine n’est point la nôtre. Nous ne sommes point des esclavagistes. Nous n’avons point une doctrine socialiste pour nous, et une doctrine fasciste pour les autres. Nous ne pensons pas qu’il y ait des peuples inférieurs et des peuples supérieurs; des peuples qui ont besoin du knout et des autres qui seuls ont droit à la liberté. Nous laissons ces croyances intéressées à la suffisance petite bourgeoisie des intellectuels admirateurs de Gobineau.

Pour la révolution russe

contre la réaction stalinienne

Voilà donc les principales raisons pour lesquelles nous ne saurions avoir à l’égard de la réaction stalinienne ni l’indifférence, ni l’indulgence qu’on nous demande. Il ne s’agit point, répétons-le, de divergences sur des points de détail, mais d’une opposition de principe.

De notre déclaration ceux qui ont assisté à la Révolution russe, en indifférents ou en adversaires, pourront sans doute triompher, et nous dire, pleins de leur supériorité : nous vous l’avions bien dit ! nous vous avions bien dit que la Révolution russe ne pouvait rien donner ! Hein ! vous vous repentez maintenant !

Nous ne nous repentons aucunement. Que les événements se répètent, même en ayant la certitude de là où ils doivent conduire, notre attitude serait la même. Même en sachant que Lénine doit aboutir à Staline, et la dictature du prolétariat à celle du Duce, nous agirions exactement de la même manière. Nous ne sommes et ne serons jamais de ceux qui boudent aux 14 juillet, sous le prétexte qu’ils sont suivis de Brumaire (1). Le camarade qui s’en prenait à « ma » dialectique avait tort ; la seule dialectique qui intervienne ici est la dialectique de l’histoire. Nous savons que l’histoire ne procède jamais en ligne droite. Qu’un pas en avant est suivi d’un pas de côté. Mais nous savons aussi que celui-ci ne ramène jamais au point de départ. « Toute action, tout pas en avant, tout mouvement réel » est un fait positif que rien ne saurait annuler. Octobre, l’expropriation des expropriateurs, Octobre, tout le pouvoir aux Soviets, Octobre, l’égalité entre tous les travailleurs, égalité tout juste rompue en faveur de ceux qui jusque là avaient été les plus « méprisés » et les plus « offensés », octobre qui fut tout ce qui est nié maintenant, est la plus grande action, le plus grand pas en avant, le plus grand mouvement réel qui ait jamais été fait. C’est le premier acte décisif de la Révolution Sociale. A travers toutes les vicissitudes, malgré tous les retours momentanés en arrière, ce qu’octobre a lancé dans le monde ne disparaîtra pas. C’est parce que nous sommes fidèles à la Révolution russe que nous sommes les ennemis de la réaction stalinienne ; et c’est en vertu de la même logique que parmi les anciens étrangleurs de la Révolution russe, , se trouvent aujourd’hui si nombreux les apologistes de Staline !

R. LOUZON.

La destruction des bolcheviks

Les journaux trotskystes annoncent la mort à Akmolinsk, en Asie centrale, de Liola Tsulukidze. Cette camarade était membre du parti bolchevik depuis 1905. Restée bolchevik, elle fut déportée par Staline d’abord à Kokand, dans le Turkestan, puis, malade, à Andijan, et enfin à Akmolinsk, l’un des pires endroits de l’Asie centrale. Elle y est morte peu après son arrivée.

*

Tous les révolutionnaires, qui terminent actuellement leurs trois années d’ « isolateur politique », sont condamnés à nouveau ipso facto par le Guépéou à trois nouvelles années. Bien entendu, il en sera ainsi jusqu’à leur mort.

*

Nous n’avons malheureusement aucune nouvelle de ceux qui appartenaient à la tendance connue sous le nom de ses chefs de file, les bolcheviks Sapronov et Smirnov. Ce furent ceux-là qui constituèrent le plus vigoureux centre de résistance à la contre-révolution stalinienne, et furent, pour cela, déportés dans les zones les plus froides de l’Extrême-Nord sibérien.

***

Parmi nos lettres:  Critiques au sujet de l’U.R.S.S.

Paru dans La Révolution prolétarienne du 10 juillet 1932.

Le camarade Lesimple nous écrit:

Vous vous placez, à l’égard de l’U.R.S.S., au point de vue absolu, et vous faites la comparaison, en esprit, entre le régime communiste parfait tel que vous l’imaginez et celui qui cherche à se construire en Russie. Cette comparaison ne peut être que défavorable au régime soviétique et cela pour longtemps encore ; je tâcherai d’expliquer pourquoi tout à l’heure. Au contraire, je suis, de par mon métier, en contact direct avec les ouvriers dans une région très reculée et je vois la façon dont les ouvriers sont exploités sans espoir pour eux que leur travail améliorera leurs conditions de vie. Si exploité que soit l’ouvrier russe d’après ce que vous dites, son travail profite à la communauté et donc à lui-même au lieu de n’enrichir que quelques capitalistes. C’est là, à mon avis, une différence fondamentale.  Au point de vue travail, salaire, etc.. je crois qu’il y a aussi un autre point de vue que celui auquel vous vous placez toujours. Je crois qu’avant d’émettre une critique relative au régime soviétique il faut toujours noter que, contrairement aux prévisions de Marx, le premier régime communiste s’est instauré dans le pays le moins industrialisé d’Europe. Donc situation paradoxale et difficile : Révolution prolétarienne sans prolétaires, ou presque.

Et c’est pourquoi les usines soviétiques ont un double but:

Créer des ouvriers pour défendre le régime;

Améliorer la condition de vie d’un peuple immense ruiné par la guerre mondiale, par la guerre civile, par la guerre d’intervention.

Ceci va me permettre de réfuter en partie l’argument du « travail pharaonesque », car en admettant, ce que je ne crois pas, que la condition de l’ouvrier soviétique soit analogue à celle de l’esclave égyptien, il y a tout de même le fait qu’une pyramide n’a jamais été que le tombeau d’un tyran tandis qu’une centrale électrique permet, une fois construite, d’améliorer l’existence d’un grand nombre d’individus.

Et n’ailles pas déduire de cela que je suis partisan d’une mécanisation intensive et intégrale; non, je crois que les Soviets conçoivent de trop grandes usines, mais je cherche à expliquer pourquoi ils construisent ces usines et en quoi ces constructions diffèrent des pyramides auxquelles tant d’écrivains les ont comparées.

Et j’en arrive à la question des salaires: je ne crois pas qu’elle ait l’importance capitale que vous lui attribuez. Il ne faut pas oublier que les cartes de coopératives sont un correctif extrêmement puissant aux augmentations de salaires, comme l’a si clairement indiqué J. Dubois dans un livre sur l’U.R.S.S.

Quant aux travaux à la tâche ou à la prime, je dirais que là encore les dirigeants soviétiques, voient surtout le but à atteindre. Et ce but me semble être le suivant: étant donné que c’est la même génération qui a subi la guerre, qui a fait la Révolution, qui a souffert de la famine, il est indispensable que sa condition de vie aille maintenant en s’améliorant, il faut donc que réussissent les divers plans d’équipement. Quand on connaît l’apathie de la plupart des Russes, on comprend mieux l’intérêt qu’il y a eu à encourager ceux susceptibles de produire vite.

 Et si cela étonne, j’ajouterai deux choses:

1° La Russie Soviétique n’est encore qu’en régime précommuniste;

2° Lorsque le bien être et l’abondance seront suffisants, un décret abolira les inégalités des salaires et les travaux à la prime avec la même facilité qu’il les a créés.

L’essentiel de ce qui nous sépare du camarade Lesimple et de ceux, nombreux, qui pensent comme lui, réside dans la dernière phrase de sa lettre: lorsque l’U.R.S.S., étant industrialisée, sera devenue riche, un décret… et le socialisme, le véritable socialisme sera établi !

Eh bien, non ! le socialisme ne pourra pas s’établir par décrets si on ne le prépare pas, si on emploie des méthodes qui sont le contre-pied exact du socialisme. On ne va pas au socialisme en employant et en exagérant les méthodes capitalistes les plus typiquement anti-socialistes. On ne prépare pas le prolétariat à vivre en liberté en le soumettant à un régime de terreur policière qui n’a pas d’égal, sauf en Italie ; on ne prépare pas l’égale rémunération de tous les producteurs en poussant la « catégorisation » et la différence de salaires entre les catégories à un degré qui n’est même pas atteint dans les pays capitalistes.

Et quant à dire, comme beaucoup, que l’U.R.S.S. a été obligé de recourir au travail à la tâche et d’exacerber les inégalités et les rivalités individuelles, c’est parce que c’est là une nécessité de la « nature humaine », de son « apathie », – c’est nier purement et simplement la possibilité du socialisme. C’est l’argument qui a toujours été donné par la bourgeoisie contre le socialisme, et que, pour ma part, je me refuse à admettre.

Ce que nous reprochons à Staline, ce n’est pas du tout de ne pas avoir intégralement réalisé le socialisme, mais de s’en écarter chaque jour davantage en employant de plus en plus complètement les méthodes d’organisation et de rémunération du travail du capitalisme, lesquelles ne sauraient conduire au socialisme pas plus lorsqu’elles sont employées par Staline que lorsqu’elles le sont par les capitalistes… si ce n’est par la volonté révolutionnaire qu’elles sont susceptibles d’engendrer chez ceux qui en sont les victimes.

R.L.

Nous avons également une lettre du camarade Avid qui nécessite une assez longue réponse, et que l’abondance des matières nous oblige à laisser provisoirement sur le marbre.

Étiquettes : , , ,


%d blogueurs aiment cette page :