Le Congrès et le travail de la Fédération unitaire de l’enseignement (Dommanget, 1926)

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Article de Maurice Dommanget paru dans l’Humanité du 28 août 1926 [disponible également au format image].

Le Congrès de l’enseignement à Grenoble

L’IMMENSE TRAVAIL PÉDAGOGIQUE ET CORPORATIF DE LA FÉDÉRATION UNITAIRE

Le congrès de Grenoble a marqué la place grandissante occupée par la Fédération unitaire de l’enseignement et dans le mouvement corporatif du personnel de l’instruction publique et dans le mouvement social et international de la classe ouvrière.

La vaste salle du gymnase municipal de Grenoble réunissait plus de trois cents éducateurs de tous ordres d’enseignement et de toutes régions, qui représentaient incontestablement l’avant-garde ardente et agissante du corps enseignant de ce pays.

Tous les témoins de ce beau congrès s’accordent à dire que ce fut une réelle démonstration de vitalité, de puissance, de cohésion, de flamme révolutionnaire du prolétariat universitaire. On sentait que là se trouvaient rassemblés les seuls professeurs et instituteurs qui fussent sortis véritablement du stade corporatif. Il était clair, aux yeux des moins avertis, que les congressistes de Grenoble ne s’en tenaient pas, au point de vue social, à quelques vagues et vaines tirades de congrès contre l’oligarchie financière mais qu’ils luttaient en fait, chaque jour, sur le solide et ferme terrain de classe, frémissant aux souffles prolétariens; participant sous des formes multiples à l’organisation ouvrière.

A d’autres, on peut servir encore la phraséologie creuse des principes démocratiques, les promesses cent fois renouvelées et jamais tenues, la confiance en des hommes, des méthodes et des procédés qui ont fait leur temps. Les éducateurs unitaires ont prouvé qu’ils rejetaient bien loin d’eux toutes les vieilles guenilles d’un autre âge, et c’est pourquoi les ouvriers et les artisans de la grande cité des Alpes ont acclamé frénétiquement, au cours d’une réunion publique des plus réussies, ceux qu’ils voyaient, qu’ils sentaient résolument avec eux dans l’immense effort d’affranchissement social.

Les congressistes de Grenoble ne se sont colloqués ni avec des « sommités » locales civiles et militaires, ni avec des sommités social-démocrates. Tout au plus se sont-ils permis d’inviter un camarade du Bureau confédéral pour marquer la connexion étroite de la Fédération de l’enseignement avec la C. G. T. U., et aussi deux syndiqués, nos camarades Baroux et Delourme, députés, pour qu’ils rendent compte des démarches faites en cours d’année.

C’est qu’il n’est point besoin de bluff pour travailler utilement. Et les lumières de ceux qui obscurcissent le sens de classe des prolétaires ne sauraient aider à résoudre les problèmes que pose l’action fédérale dans le cadre des graves conjonctures actuelles. Cependant, il faut le dire parce que c’est la vérité et que toute vérité doit être proclamée même quand elle déplaît le congrès, à son début, semblait paralysé, pratiquement, par la lutte sourde des tendances, il piétinait.

Mais quand, après un ample débat, les thèses se furent affrontées avec toute la liberté, toute la passion et aussi toute la courtoisie désirables, les gros nuages amoncelés au-dessus du congrès se dissipèrent et c’est dans une atmosphère rassérénée que put se poursuivre tout un travail énorme et fécond.

Ce travail, qui se concrétisa dans des résolutions que l’École Emancipée insérera, il n’est pas mauvais d’en indiquer ici les grandes lignes.

Au point de vue corporatif, la Fédération maintient sa fidélité au principe du traitement unique et à la suppression des indemnités autres que les indemnités pour charges de famille et pour postes déshérités.

Le congrès fit sien le projet Molinier, exposé devant la commission ministérielle, et qui assure la péréquation, externe et interne tout en réduisant dans une proportion considérable le nombre des catégories du personnel. Au cas où le projet fédéral ne serait pas pris en considération, le congrès demanda, la répartition, égalitaire des crédits obtenus. Il s’éleva à nouveau contre la ridicule augmentation de 12 % et s’affirma une fois de plus pour l’échelle mobile comme étant susceptible non seulement d’assurer la permanence du pouvoir d’achat des traitements, mais de réaliser l’union de tous les fonctionnaires.

La question angoissante du recrutement du personnel primaire fut solutionnée dans le sens de l’unité d’origine par l’unité de diplômes. La titularisation par promotion dès la sortie de l’École normale, le reclassement des maîtres, l’organisation rationnelle d’un service spécial de suppléance, des améliorations et des garanties en faveur des normaliens furent unanimement réclamés.

Au point de vue pédagogique, le rapport si suggestif de Gabrielle Bouët sur l’application pratique de la morale prolétarienne fournit au congrès une bonne base de discussion que le manque de temps ne permit malheureusement pas d’approfondir. Il reste entendu qu’au cours de l’année qui s’ouvre les leçons et procédés des camarades, passés au creuset de l’expérience, seront livrés aux réflexions de tous par la voie de l’Ecole Emancipée. En une matière aussi délicate, ne faut-il pas marcher à la sonde ? C’est seulement après que l’expérience aura prononcé, que nous pourrons étayer solidement et retoucher en quelques parties l’édifice que Boyer a dressé l’an dernier au Congrès de Paris.

Ceux qui ne réalisent qu’au profit des maisons capitalistes d’édition accusent volontiers les instituteurs unitaires de caresser la chimère, d’être incapables de tout effort positif. Le développement de l’Ecole Emancipée est des Editions de la Jeunesse constitué déjà, certes, la plus belle des réponses à de telles impudences. Mais la publication prochaine du manuel d’histoire de Richard, dont les passages saillants ont été lus au congrès et accueillis par de chaleureux applaudissements, viendra confondre définitivement ceux qui s’érigent en mentors.

Au point de vue social, le congrès, plaçant l’intérêt supérieur de la corporation plus haut que toutes considérations de chapelles et de boutiques, s’est affirmé résolument pour l’unité syndicale. Il a également pris position dans la nouvelle lutte qui s’amorce entre partisans et adversaires de la majorité confédérale. A propos de ce qu’on appelle plus ou moins justement « la Direction unique », il a affirmé sagement,
avec force et à une grosse majorité, dans une motion qui a été reproduite ici même, qu’il n’avait pas à connaître les fonctions politiques ou coopératives dont peuvent être investis dans des organisations parallèles les militants syndicaux. Il s’est élevé contre toute tentative d’établissement du délit d’opinion dans le domaine syndical.

C’est notre fédération qui à tenu l’Internationale des travailleurs de l’Enseignement sur les fonts baptismaux, c’est elle qui en a guidé les premiers pas, c’est un de ses membres les plus dévoués, le camarade Vernochet, qui en est le secrétaire. Aussi, par un sentiment bien naturel, s’est-elle montrée particulièrement susceptible à l’annonce des tentatives de division provenant du S. N, et des mesquineries du gouvernement autrichien, dans le but de nuire au Congrès de Vienne. Le congrès protesta véhémentement contre le retrait du visa des passeports aux délégués instituteurs russes et il salua d’unanimes applaudissements le télégramme de la Centrale du personnel enseignant de Belgique affirmant son attachement à l’I. T. E. et repoussant « toute tentative de division d’où qu’elle vienne ».

Enfin, pour matérialiser son attachement à la cause générale des travailleurs, le congrès a voté d’enthousiasme une somme de 1.000 francs il partager également entre les mineurs anglais et les dockers de Dunkerque.

La Fédération de l’Enseignement sort affermie, renforcée du Congrès de Grenoble et c’est fort heureux, car la confiance accrue dont elle jouit parmi les jeunes et parmi les professeurs, la faillite du Cartel des gauches, la crise financière, qui se muera inévitablement en une crise de régime, lui imposent les plus lourdes tâches.

Elle s’efforcera d’être à la hauteur des circonstances et d’agir au mieux des intérêts du personnel, de l’école et du prolétariat.

Maurice Dommanget, secrétaire de la Fédération de l’Enseignement.

Carte postale du Congrès de Grenoble

Un groupe de congressistes sur la route du Galibier (9 août 1926)

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